Guémara
[Suite du passage sur les eaux de lavage chaudes pour les mains (maïm richonnim) :] — [si la main ne] recule [soledet] pas devant la chaleur de l'eau [il est permis de s'en servir]. Mais si la main recule [sous l'effet de la chaleur], on ne peut pas se laver [les mains] avec cette eau [car elle est trop chaude].
סוֹלֶדֶת בָּהֶן, אֲבָל הַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן אֵין נוֹטְלִין בָּהֶן.
Et il y en a qui enseignent cette déclaration [de Rav Yitz'hak bar Yossef au nom de Rabbi Yannaï] à propos de la partie finale de la baraïta [concernant les maïm a'haronim] : Pour les eaux finales, on ne peut se laver qu'avec de l'eau froide — mais pas avec de l'eau chaude. Rav Yitz'hak bar Yossef dit au nom de Rabbi Yannaï : On n'a enseigné [cette interdiction des eaux chaudes] que dans un cas où l'eau est si chaude que la main recule [soledet] devant elle. Mais si la main ne recule pas [si l'eau est tiède], on peut se laver [les mains avec]. La Guemara commente : On peut déduire par inférence [de cette version de la déclaration] que dans le cas des eaux premières [maïm richonnim], même si l'eau est si chaude que la main recule, il est permis de s'en servir pour se laver.
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַסֵּיפָא, אַחֲרוֹנִים אֵין נוֹטְלִין אֶלָּא בְּצוֹנֵן, אֲבָל בְּחַמִּין – לֹא. אָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר רַבִּי יַנַּאי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן, אֲבָל אֵין הַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן – נוֹטְלִין. מִכְּלָל דְּרִאשׁוֹנִים, אַף עַל פִּי שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן – מוּתָּר.
La baraïta enseigne que les eaux intermédiaires [amtzaïm] sont facultatives [rchout]. Rav Na'hman dit : On n'a enseigné cela que [pour le lavage des mains] entre un plat cuisiné et un autre plat cuisiné [du même type au cours d'un repas]. Mais entre un plat cuisiné [de viande] et du fromage, il y a une obligation [ḥobah] de se laver les mains.
אֶמְצָעִיִּים רְשׁוּת. אָמַר רַב נַחְמָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּין תַּבְשִׁיל לְתַבְשִׁיל, אֲבָל בֵּין תַּבְשִׁיל לִגְבִינָה – חוֹבָה.
Rav Yehouda, fils de Rabbi Ḥiyya, dit : Pour quelle raison les Sages ont-ils dit que les eaux finales [maïm a'haronim] constituent une obligation [ḥobah] ? C'est parce qu'il existe du sel sodomite [mela'h sedomit] qui aveugle les yeux [lorsqu'il entre en contact avec eux]. Puisque ce sel pourrait rester sur les mains après le repas, on doit les laver. Abaye dit : Et ce type de sel dangereux se trouve dans la proportion d'une pincée [korta] pour tout un kor [de sel ordinaire]. Rav Aḥa, fils de Rava, dit à Rav Achi : Si quelqu'un a mesuré du sel [au cours d'un repas], quelle est la halakha [doit-il se laver les mains ensuite] ? Rav Achi lui répondit : Cela va sans dire [nul besoin de poser la question — il est certainement obligé de se laver les mains].
אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא: מִפְּנֵי מָה אָמְרוּ מַיִם אַחֲרוֹנִים חוֹבָה? שֶׁמֶּלַח סְדוֹמִית יֵשׁ, שֶׁמְּסַמֵּא אֶת הָעֵינַיִם. אָמַר אַבָּיֵי: וּמִשְׁתְּכַח כִּי קוּרְטָא בְּכוֹרָא. אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: כָּל מִלְחָא מַאי? אֲמַר לֵיהּ: לָא מִבַּעְיָא.
Abaye dit : Au début, j'aurais dit que cette pratique [l'interdiction] de ne pas verser les eaux finales [maïm a'haronim] sur le sol [et l'obligation de les verser dans un récipient] est due au fait que c'est salissant [zouhama]. Mais le Maître [Rabba] m'a dit que c'est parce qu'un esprit mauvais [rouaḥ ra'ah] se pose sur [ces eaux] et que les passants risquent d'en être affectés.
אָמַר אַבָּיֵי: מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא, הַאי דְּלָא מָשׁוּ מַיָּא בָּתְרָאֵי עַל אַרְעָא – מִשּׁוּם זוּהֲמָא. אֲמַר לִי מָר: מִשּׁוּם דְּשָׁרְיָא רוּחַ רָעָה עֲלַיְיהוּ.
Et Abaye dit également : Au début, j'aurais dit que la raison de cette règle [selon laquelle on ne doit pas prendre quelque chose de la table] quand une personne tient une coupe pour boire, est de peur qu'un incident fâcheux [davar kalkala] ne survienne au cours du repas — c'est-à-dire que celui qui tient la coupe voulait peut-être l'objet qui a été pris, et puisqu'il ne peut pas parler [la bouche pleine ou la coupe à la main], il pourrait s'étouffer de colère. Mais le Maître m'a dit par la suite que c'est parce que cela est mauvais pour la santé — cela provoque un esprit de douleur dans la moitié de la tête [rouaḥ tzrada, c'est-à-dire une migraine].
וְאָמַר אַבָּיֵי: מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא, הַאי דְּלָא שָׁקֵיל מִידֵּי מִפָּתוּרָא כִּי נָקֵיט אִינִישׁ כָּסָא לְמִשְׁתֵּי, שֶׁמָּא יֶאֱרַע דְּבַר קַלְקָלָה בַּסְּעוּדָה. אֲמַר לִי מָר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לְרוּחַ צְרָדָא.
Et on n'a dit [que cette pratique est interdite] que si l'on prend un objet de la table et qu'on ne le remet pas [à sa place]. Mais si l'on prend et qu'on remet [l'objet à sa place], nous n'avons pas d'objection. Et on n'a dit également [que c'est interdit] que si l'on emporte l'objet au-delà de quatre coudées [arba amot] de la table. Mais si l'on reste à l'intérieur de quatre coudées, nous n'avons pas d'objection. Et de plus, on n'a dit cette halakha que concernant un objet qui est nécessaire pour le repas [midéi di-tzarikha le-seoudeta]. Mais pour un objet qui n'est pas nécessaire au repas, nous n'avons pas d'objection.
וְלָא אֲמַרַן, אֶלָּא דְּשָׁקֵיל וְלָא מַהְדַּר, אֲבָל מִשְׁקַל וְאַהְדּוֹרֵי – לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת, אֲבָל תּוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת – לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא מִידֵּי דִּצְרִיךְ לִסְעוֹדְתָּא, אֲבָל מִידֵּי דְּלָא צְרִיךְ לִסְעוֹדְתָּא – לֵית לַן בַּהּ.
La Guemara rapporte que Mar bar Rav Achi était particulièrement attentif [à cette règle] et ne retirait aucun objet de la table pendant que quelqu'un tenait sa coupe en main — même un mortier [assita] et un pilon [boukhna] pour les épices, qui sont des exemples d'objets nécessaires au repas.
מָר בַּר רַב אָשֵׁי קָפֵיד אֲפִילּוּ אַאֲסִיתָא וּבוּכְנָא דְּתַבְלֵי, מִידֵּי דִּצְרִיכִי לִסְעוּדְתָּא.
Et Abaye dit encore : Au début, j'aurais dit que cette pratique [selon laquelle] les gens ramassent les miettes de pain après le repas est due à la propreté [mekaïroutah — nettoyage de la maison]. Mais le Maître m'a dit par la suite que c'est parce que laisser les miettes est mauvais — cela peut augmenter la vulnérabilité d'une personne à la pauvreté.
וְאָמַר אַבָּיֵי: מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא, הַאי דְּכָנְשִׁי נִשְׁוָורָאָה – מִשּׁוּם מְנַקֵּירוּתָא. אֲמַר לִי מָר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לְעַנְיוּתָא.
La Guemara rapporte : Il y avait un certain homme que l'ange ministériel de la pauvreté poursuivait, mais l'ange ne pouvait pas le réduire à la pauvreté, car il était exceptionnellement attentif aux miettes de pain. Un jour, cet homme rompit son pain [lorsqu'il mangea] sur de l'herbe, et des miettes tombèrent parmi les brins d'herbe. L'ange dit : Maintenant, il tombera certainement entre mes mains, car il ne peut pas ramasser toutes les miettes. Après que l'homme eut mangé, il apporta une houe, arracha l'herbe et la jeta dans la rivière. Il entendit ensuite l'ange ministériel de la pauvreté dire : Malheur à moi, car cet homme m'a expulsé de ma demeure [c'est-à-dire que l'homme lui a ôté toute prise sur lui].
הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מְהַדַּר עֲלֵיהּ שָׂרָא דְּעַנְיוּתָא, וְלָא הֲוָה יָכֵיל לֵיהּ, דְּקָא זְהִיר אַנִּשְׁוָורָא טוּבָא. יוֹמָא חַד כְּרַךְ לִיפְתָּא אַיַּבְלֵי, אֲמַר: הַשְׁתָּא וַדַּאי נָפֵל בִּידַאי. בָּתַר דְּאָכֵיל, אַיְיתִי מָרָא עַקְרִינְהוּ לְיַבְלֵי, שְׁדִינְהוּ לְנַהֲרָא. שַׁמְעֵיהּ דְּקָאָמַר: וַוי דְּאַפְּקֵיהּ הָהוּא גַּבְרָא מִבֵּיתֵיהּ.
Et Abaye dit : Au début, j'aurais dit que cette pratique [selon laquelle] les gens ne boivent pas la mousse [oufia] qui se trouve en surface d'une boisson, est suivie parce qu'elle est répugnante. Mais le Maître m'a dit que c'est parce qu'elle est mauvaise pour la vulnérabilité au catarrhe [kharsam]. La Guemara commente : La boire est mauvais pour le catarrhe, tandis que souffler pour la disperser est mauvais pour les maux de tête, et l'enlever avec la main est mauvais pour [augmenter la vulnérabilité à] la pauvreté. Si c'est ainsi, quel remède [takkanat] y a-t-il ? Il faut l'enfoncer [chokoueï chokoueï] à l'intérieur de la boisson [et boire en la laissant s'y noyer].
וְאָמַר אַבָּיֵי: מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא, הַאי דְּלָא שָׁתֵי אוּפְיָא – מִשּׁוּם מְאִיסוּתָא. אֲמַר לִי מָר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לְכַרְסָם. מִישְׁתְּיֵהּ – קָשֵׁה לְכַרְסָם, מִינְפַּח בֵּיהּ – קַשְׁיָא לְרֵישָׁא, מִדְחֲיֵיהּ – קַשְׁיָא לְעַנְיוּתָא. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? לְשַׁקְּעֵיהּ שַׁקּוֹעֵי.
La Guemara note : Le remède contre le catarrhe causé par la mousse du vin est la bière [chikhra] ; le remède contre le catarrhe causé par la mousse de la bière est l'eau ; et contre le catarrhe causé par la mousse de l'eau, il n'y a pas de remède. Et c'est conforme à l'adage que les gens disent : La pauvreté suit le pauvre. Non seulement le pauvre n'a que de l'eau à boire, mais il n'y a pas non plus de remède contre la maladie provoquée par sa boisson.
לְכַרְסָם דְּחַמְרָא – שִׁיכְרָא, דְּשִׁיכְרָא – מַיָּא, דְּמַיָּא – לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא, וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: בָּתַר עַנְיָא אָזְלָא עַנְיוּתָא.