AccueilÉtudeTanakhBibliothèqueSujetsParachaDivrei TorahRabbanimSagesHistoireÀ proposMes favorisFaire un don
Retour

Traité Chullin

105a

Étude de Chullin 105a

Étude de la Guémara 105a

Guémara
[La Guemara discute la dispute de la baraïta entre Beit Chammaï et Beit Hillel sur le ki'nouf et le hadha'ha. Une première interprétation est proposée :] Si l'on dit que Beit Chammaï dit qu'on essuie [mekane'aḥ] la bouche avec de la nourriture solide [comme du pain] et n'a pas besoin de rincer [la bouche à l'eau], et que Beit Hillel dit qu'on rince [mediaḥ] la bouche [à l'eau] et n'a pas besoin de l'essuyer — [cette interprétation est problématique,] car à propos de ce que Rabbi Zeira a dit — que l'essuyage de la bouche [ki'nouf peh] ne peut être effectué qu'avec du pain [spécifiquement] — conformément à l'opinion de qui serait-ce ? Ce serait conformément à Beit Chammaï [puisque Beit Hillel, selon cette lecture, ne requiert pas d'essuyage du tout]. Or, il est peu probable que Rabbi Zeira ait tranché conformément à Beit Chammaï plutôt qu'à Beit Hillel.
אִילֵּימָא בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְקַנֵּחַ וְלָא בָּעֵי מֵדִיחַ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מֵדִיחַ וְלָא בָּעֵי מְקַנֵּחַ. אֶלָּא הָא דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: אֵין קִינּוּחַ פֶּה אֶלָּא בְּפַת, כְּמַאן? כְּבֵית שַׁמַּאי!
[Une deuxième interprétation est alors proposée, mais elle aussi pose problème :] Il faut plutôt expliquer ainsi : Beit Chammaï dit qu'on essuie la bouche [après avoir mangé de la viande] et n'a pas besoin de rincer en plus, tandis que Beit Hillel dit qu'en plus d'essuyer, il faut aussi rincer. [Si c'est ainsi,] cela constitue l'un des cas où Beit Chammaï est plus clément et Beit Hillel plus sévère — et en ce cas, que le tanna du traité Edouyyot [qui recense ces cas] l'enseigne aux côtés des autres disputes listées là-bas impliquant des allègements de Beit Chammaï et des rigueurs de Beit Hillel ! [Le fait qu'il ne l'y ait pas inclus est problématique.]
אֶלָּא, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְקַנֵּחַ וְלָא בָּעֵי מֵדִיחַ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אַף מֵדִיחַ. הָוֵי לֵיהּ מִקּוּלֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחוּמְרֵי בֵּית הִלֵּל, וְלִתְנְיַיהּ גַּבֵּי קוּלֵּי בֵּית שַׁמַּאי וְחוּמְרֵי בֵּית הִלֵּל!
Il faut plutôt interpréter leurs déclarations comme suit : Beit Chammaï dit qu'on essuie [mekane'aḥ] la bouche après avoir mangé de la viande, et il en va de même pour le rinçage [mediaḥ] — c'est-à-dire qu'il faut aussi rincer. Et Beit Hillel dit qu'on rince [mediaḥ] la bouche, et il en va de même pour l'essuyage [ki'nouf] — c'est-à-dire qu'il faut aussi essuyer. L'un des Sages a mentionné une chose [l'essuyage] et l'autre Sage a mentionné une autre chose [le rinçage], et ils ne sont pas en désaccord [les deux pratiques sont requises selon les deux écoles].
אֶלָּא, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְקַנֵּחַ, וְהוּא הַדִּין לְמֵדִיחַ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מֵדִיחַ, וְהוּא הַדִּין לִמְקַנֵּחַ. מָר אָמַר חֲדָא, וּמָר אָמַר חֲדָא, וְלָא פְּלִיגִי.
Après avoir cité en passant la déclaration de Rabbi Zeira, la Guemara discute du fond de cette question. Rabbi Zeira dit : L'essuyage de la bouche [ki'nouf peh] ne peut être effectué qu'avec du pain. La Guemara précise : Et cela ne s'applique qu'au pain préparé à partir de farine de froment [deh'ittei]. Mais quant au pain préparé à partir de farine d'orge, on ne peut pas l'utiliser pour l'essuyage, car le pain d'orge s'émiette dans la bouche et n'essuie pas soigneusement.
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֵין קִינּוּחַ הַפֶּה אֶלָּא בְּפַת. וְהָנֵי מִילֵּי בִּדְחִיטֵּי, אֲבָל בְּדִשְׂעָרֵי – לָא.
La Guemara ajoute : Et même dans le cas du pain de froment, on ne dit cette halakha que pour le pain froid [karira]. Mais le pain chaud est inefficace pour l'essuyage même s'il est de froment, car il se ramollit et colle au palais, et il n'essuie pas la bouche correctement. Et de plus, même si le pain est froid, cela ne s'applique qu'au pain mou [rakhikha] ; mais on ne peut pas essuyer avec du pain dur [akkoucha], car lui aussi n'est pas efficace pour nettoyer. La Guemara conclut : La halakha est que l'utilisation de tous les aliments [sauf exceptions] constitue un essuyage efficace, à l'exception de la farine [kemḥa], des dattes [tamarei] et des légumes [yarka].
וּדְחִיטֵּי נָמֵי לָא אֲמַרַן, אֶלָּא בִּקְרִירָא, אֲבָל בְּחַמִּימָא – מִשְׁטָר שָׁטְרִי. וְהָנֵי מִילֵּי בְּרַכִּיכָא, אֲבָל בְּאַקּוֹשָׁא – לָא. וְהִלְכְתָא בְּכֹל מִילֵּי הָוֵי קִינּוּחַ, לְבַר מִקִּמְחָא, תַּמְרֵי וְיַרְקָא.
Rav Assi posa une question à Rabbi Yo'hanan : Combien de temps faut-il attendre entre la viande et le fromage [avant de pouvoir manger le fromage] ? Rabbi Yo'hanan lui répondit : Pas du tout [aucun délai n'est requis]. [La Guemara s'interroge :] Est-ce bien ainsi ? Mais Rav Ḥisda n'a-t-il pas dit : Celui qui a mangé de la viande est interdit de manger immédiatement du fromage, mais celui qui a mangé du fromage est autorisé à manger ensuite de la viande sans délai ? [La question de Rav Assi portait donc sur le mauvais sens.] Rav Assi a en réalité posé la question suivante à Rabbi Yo'hanan : Combien de temps faut-il attendre entre le fromage et la viande [avant de pouvoir manger la viande] ? Et en réponse à cette question, Rabbi Yo'hanan lui dit : Pas du tout [aucun délai n'est requis].
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב אַסִּי מֵרַבִּי יוֹחָנָן: כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין בָּשָׂר לִגְבִינָה? אָמַר לוֹ: וְלֹא כְּלוּם. אִינִי? וְהָא אָמַר רַב חִסְדָּא: אָכַל בָּשָׂר – אָסוּר לֶאֱכוֹל גְּבִינָה, גְּבִינָה – מוּתָּר לֶאֱכוֹל בָּשָׂר! אֶלָּא כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין גְּבִינָה לְבָשָׂר? אֲמַר לֵיהּ: וְלֹא כְּלוּם.
Après avoir cité en passant la déclaration de Rav Ḥisda, la Guemara en discute directement. Rav Ḥisda dit : Celui qui a mangé de la viande est interdit de manger immédiatement du fromage, car la viande contient des matières grasses qui adhèrent à la bouche et prolongent la saveur de la viande. Mais celui qui a mangé du fromage est autorisé à manger ensuite de la viande sans délai. Rav Aḥa bar Yossef dit à Rav Ḥisda : Dans le cas de la viande qui est entre les dents [bassar chébeïn ha-chinnaïm — restes de viande coincés dans les dents], quelle est la halakha ? Ces restes sont-ils considérés comme de la viande au point qu'il lui soit interdit de manger du fromage tant qu'ils se trouvent dans sa bouche ?
גּוּפָא, אָמַר רַב חִסְדָּא: אָכַל בָּשָׂר – אָסוּר לֶאֱכוֹל גְּבִינָה, גְּבִינָה – מוּתָּר לֶאֱכוֹל בָּשָׂר. אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בַּר יוֹסֵף לְרַב חִסְדָּא: בָּשָׂר שֶׁבֵּין הַשִּׁינַּיִם מַהוּ?
En réponse [à la question de Rav Aḥa sur la viande entre les dents], Rav Ḥisda lui appliqua le verset suivant : « Tandis que la viande était encore entre leurs dents » (Bamidbar / Nombres 11, 33). Ce verset indique que même quand la viande est entre les dents, elle est encore considérée comme de la viande — et par conséquent, on ne peut pas consommer de fromage tant que cette viande n'a pas été retirée.
קָרֵי עֲלֵיהּ ״הַבָּשָׂר עוֹדֶנּוּ בֵּין שִׁנֵּיהֶם״.
Mar Oukva dit : Moi, pour cette question [du délai entre viande et fromage], je suis comme du vinaigre fils du vin par rapport à mon père — c'est-à-dire que ma pratique est inférieure à celle de mon père. Car mon père, s'il mangeait de la viande à ce moment-ci [à une heure donnée], ne mangeait pas de fromage jusqu'au lendemain à la même heure [soit vingt-quatre heures plus tard]. Quant à moi — c'est uniquement lors de ce repas [au cours duquel j'ai mangé de la viande] que je ne mange pas de fromage ; à un repas différent au cours de la même journée, je mangerai du fromage.
אָמַר מָר עוּקְבָא: אֲנָא, לְהָא מִלְּתָא, חַלָּא בַּר חַמְרָא לְגַבֵּי אַבָּא, דְּאִילּוּ אַבָּא כִּי הֲוָה אָכֵיל בִּשְׂרָא הָאִידָּנָא, לָא הֲוָה אָכֵל גְּבִינָה עַד לִמְחַר עַד הַשְׁתָּא, וְאִילּוּ אֲנָא – בְּהָא סְעוֹדְתָּא הוּא דְּלָא אָכֵילְנָא, לִסְעוֹדְתָּא אַחְרִיתָא – אָכֵילְנָא.
De même, Chmouel dit : Moi, pour cette autre question [de la gestion du patrimoine], je suis comme du vinaigre fils du vin par rapport à mon père. Car mon père inspectait ses propriétés pour les examiner deux fois par jour, mais moi je ne les inspecte qu'une fois par jour. La Guemara note : En cela, Chmouel est fidèle à sa propre logique, car Chmouel a dit : Celui qui inspecte ses propriétés chaque jour trouvera une monnaie esteira [c'est-à-dire : en surveillant régulièrement, on préserve sa fortune et on prévient des pertes].
אָמַר שְׁמוּאֵל: אֲנָא, לְהָא מִלְּתָא, חַלָּא בַּר חַמְרָא לְגַבֵּי אַבָּא, דְּאִילּוּ אַבָּא הֲוָה סָיַיר נִכְסֵיהּ תְּרֵי זִמְנֵי בְּיוֹמָא, וַאֲנָא לָא סָיַירְנָא אֶלָּא חֲדָא זִימְנָא. שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: מַאן דְּסָיַיר נִכְסֵיהּ כֹּל יוֹמָא מַשְׁכַּח אִסְתֵּירָא.
La Guemara rapporte qu'Abaye inspectait ses propriétés chaque jour. Un jour, il rencontra son métayer [arisseï] qui transportait une charge de bois [que le métayer avait l'intention de s'approprier]. Abaye lui dit : Où vas-tu avec ces bûches ? Le métayer lui dit : Chez le Maître [c'est-à-dire qu'il prétendit les apporter chez Abaye]. Abaye, qui savait que le métayer avait eu l'intention de les voler, lui dit : Les Sages vous ont déjà devancé [en disant qu'on doit inspecter régulièrement ses propriétés] — et c'est ainsi qu'ils ont empêché que tu me voles ce bois.
אַבָּיֵי הֲוָה סָיַיר נִכְסֵיהּ כֹּל יוֹמָא וְיוֹמָא. יוֹמָא חַד פְּגַע בַּאֲרִיסֵיהּ דְּדָרֵי פִּתְכָּא דְּאוּפֵי. אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי לְהֵיכָא? אֲמַר לֵיהּ: לְבֵי מָר. אֲמַר לֵיהּ: כְּבָר קַדְמוּךְ רַבָּנַן.
La Guemara rapporte également que Rav Assi inspectait ses propriétés chaque jour. Il disait : Où sont donc toutes ces pièces esteira dont parle Mar Chmouel ? Cette ronde ne me rapporte rien. Un jour, il vit un canal d'irrigation [tzinora] qui débordait, inondant ses terres. Il enleva sa robe, la roula et la plaça à l'intérieur du tuyau pour bloquer le flot d'eau. Il éleva alors la voix, des gens vinrent et bouchèrent l'orifice. Il dit : Voilà que j'ai trouvé toutes les pièces esteira dont parle Mar Chmouel — car j'aurais subi une perte considérable si je n'avais pas inspecté mes champs.
רַב אַסִּי הֲוָה סָיַיר נִכְסֵיהּ כֹּל יוֹמָא, אָמַר: הֵיכָא נִינְהוּ כֹּל הָנֵי אִסְתִּירֵי דְּמָר שְׁמוּאֵל? יוֹמָא חַד חֲזָא צִינּוֹרָא דְּבִדְקָא בְּאַרְעֵיהּ, שַׁקְלֵיהּ לִגְלִימֵיהּ, כַּרְכֵיהּ אוֹתְבֵיהּ בְּגַוַּהּ, רְמָא קָלָא, אֲתוֹ אִינָשֵׁי סַכְרוּהּ, [אֲמַר]: אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְכוּלְּהוּ אִיסְתֵּרֵי דְּמָר שְׁמוּאֵל.
Chullin 105a
100%
חולין ק״ה אמַסֶּכֶת חוּלִּין