On n'a enseigné [que l'on peut sacrifier l'offrande de fête le premier jour mais pas les sept jours, comme il est rapporté dans la baraïta de cet amud] que dans le cas où [l'offrant] n'a pas terminé [de sacrifier ses offrandes ce jour-là]. Cependant, s'il a terminé [la journée sans avoir pu les offrir toutes], il peut revenir et les sacrifier [lors des jours suivants].
לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא גָּמַר, אֲבָל גָּמַר — חוֹזֵר וּמַקְרִיב.
La Guemara demande : Que signifie [le terme] « terminé » dans ce contexte ? Si l'on dit que cela signifie qu'il a fini de sacrifier toutes ses offrandes — que va-t-il revenir sacrifier ? Au contraire, cela signifie que si la journée ne s'est pas terminée [et qu'il lui reste encore des offrandes], il ne peut pas revenir les sacrifier lors d'autres jours de fête. Mais si la journée s'est terminée et qu'il n'a pas fini de sacrifier ses offrandes, il peut revenir les sacrifier [les jours suivants]. Cela montre que Rabbi Yo'hanan reconnaît que dans ces circonstances, il est permis de sacrifier les offrandes de fête lors des jours restants de la fête.
מַאי ״גָּמַר״? אִילֵּימָא גָּמַר קׇרְבְּנוֹתָיו — מַאי מַקְרִיב? אֶלָּא שֶׁלֹּא גָּמַר הַיּוֹם, אֲבָל גָּמַר הַיּוֹם — חוֹזֵר וּמַקְרִיב.
Mishna 1
MICHNA : Quant à celui qui n'a pas célébré [en amenant l'offrande de fête] le premier jour de la fête de Soukot, il peut célébrer [en l'amenant] pendant tous les jours restants du pèlerinage [la fête], et même le dernier jour de la fête [c'est-à-dire le huitième jour, Chémini Atseret].
מַתְנִי׳ מִי שֶׁלֹּא חָג בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג — חוֹגֵג אֶת כָּל הָרֶגֶל וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג.(משנה)
Si la fête de pèlerinage est passée et qu'[il] n'a pas célébré [en amenant l'offrande de fête], il n'est pas tenu de [payer une] compensation [quelconque] à ce titre. Même s'il a consacré un animal à cette fin et qu'il a été perdu, une fois la fête passée, il n'a plus aucune obligation de le remplacer, car il a raté l'occasion d'accomplir cette mitsva. Et c'est à ce propos qu'il est dit : « Ce qui est tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté » (Qohélet 1, 15).
עָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג — אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ, עַל זֶה נֶאֱמַר ״מְעֻוָּות לֹא יוּכַל לִתְקוֹן וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִמָּנוֹת״.
Rabbi Chimon ben Menasya dit : Quel est [donc] le « tordu » qui ne peut être redressé ? Ce verset parle de celui qui a eu des relations [interdites] avec une femme qui lui est défendue [ervah] et a engendré avec elle un mamzer [enfant de naissance illégitime]. Cet individu est incapable de rectifier sa faute, car le statut de l'enfant illégitime est permanent. Et si tu dis que [le verset parle de] celui qui vole ou qui pille — bien qu'il soit « tordu », il peut restituer ce qu'il a volé et de cette manière sa faute sera rectifiée.
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְּיָיא אוֹמֵר: אֵיזֶהוּ מְעֻוָּות שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתָּקֵן? זֶה הַבָּא עַל הָעֶרְוָה וְהוֹלִיד מִמֶּנָּה מַמְזֵר. אִם תֹּאמַר בְּגוֹנֵב וְגוֹזֵל — יָכוֹל הוּא לְהַחְזִירוֹ, וִיתַקֵּן.
Rabbi Chimon ben Yo'haï dit : On n'appelle « tordu » que quelqu'un qui était d'abord droit et qui s'est ensuite tordu. Et qui est-ce ? C'est le talmid 'hakham [disciple-savant] qui se sépare de l'étude de la Torah. Voici un exemple de quelque chose de droit devenu tordu.
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: אֵין קוֹרִין מְעֻוָּות אֶלָּא לְמִי שֶׁהָיָה מְתוּקָּן בַּתְּחִילָּה וְנִתְעַוֵּות, וְאֵי זֶה? זֶה תַּלְמִיד חָכָם הַפּוֹרֵשׁ מִן הַתּוֹרָה.
Guémara
GUEMARA : [La michna a enseigné que si l'on n'a pas amené l'offrande de fête le premier jour de Soukot, on peut l'amener même le Chémini Atseret, bien qu'il soit une fête distincte.] D'où ces choses sont-elles dérivées ? Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Ichmaël que cette halakha est dérivée au moyen d'une analogie verbale [guézéra chava]. Il est dit [le mot] « assemblée [atseret] » (Devarim 16, 8) au sujet du septième jour de Pessah, et il est dit « assemblée [atseret] » (Vayikra 23, 36) au sujet du huitième jour de la fête de Soukot [Chémini Atseret]. De même que là-bas [pour Pessah], le jour d'assemblée — c'est-à-dire le septième jour de Pessah — est [disponible pour] le rattrapage [des obligations du premier jour], de même ici [pour Soukot], le Chémini Atseret est [disponible pour] le rattrapage.
גְּמָ׳ מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: נֶאֱמַר ״עֲצֶרֶת״ בִּשְׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח, וְנֶאֱמַר ״עֲצֶרֶת״ בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג. מָה לְהַלָּן לְתַשְׁלוּמִין — אַף כָּאן לְתַשְׁלוּמִין.
[La Guemara ajoute que] le terme « assemblée » dans chacun de ces contextes est libre [pour cette analogie verbale], c'est-à-dire qu'il est superflu dans les deux contextes [car son sens est déjà exprimé autrement]. Car si [le terme] n'est pas libre, l'analogie verbale peut être réfutée [par l'argument que] : qu'a-t-on à dire à propos du septième jour de Pessah ? [Qu'il] n'est pas distinct des jours qui le précèdent [en ce qui concerne les offrandes de fête et l'interdiction de manger du pain levé]. Peut-on dire la même chose du huitième jour de la fête de Soukot, qui est distinct des jours qui le précèdent [c'est-à-dire que le Chémini Atseret n'implique pas les mêmes mitsvot que Soukot] ?
מוּפְנֶה. דְּאִי לָאו מוּפְנֶה, אִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מָה לִשְׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח שֶׁכֵּן אֵינוֹ חָלוּק מִשֶּׁלְּפָנָיו, תֹּאמַר בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג שֶׁחָלוּק מִשֶּׁלְּפָנָיו.
[Ce n'est pas ainsi, la guézéra chava est valide car] en vérité [la'ei], le terme « assemblée » est bien libre [mouphna]. Or, quel est le sens de « assemblée [atseret] » ? Il signifie qu'on est arrêté [atsour], c'est-à-dire qu'il est interdit d'effectuer des travaux [en ce jour]. Or, n'est-il pas déjà écrit [dans le même verset] : « Tu n'effectueras aucun travail » (Devarim 16, 8) ? Pourquoi alors ai-je besoin de ce mot atseret que la Torah a écrit [puisque l'interdiction du travail est déjà exprimée] ? Il faut donc conclure de là qu'il est libre [pour la guézéra chava].
לָאיֵי אִפְּנוֹיֵי מוּפְנֶה. מִכְּדֵי מַאי ״עֲצֶרֶת״ — עָצוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה, הָכְתִיב: ״לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה״, ״עֲצֶרֶת״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לְמָה לִי? אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.
Et un Tanna [autre que Rabbi Yo'hanan] tire la preuve de là [d'un autre verset], car il est enseigné dans une baraïta au sujet de la fête de Soukot : « Et vous la célébrerez comme fête pour l'Éternel sept jours » (Vayikra 23, 41). On aurait pu penser qu'on peut continuer à célébrer [en amenant l'offrande de fête] pendant tous les sept jours [du fait du mot « sept jours »]. C'est pourquoi le verset dit : « la » [אוֹתוֹ, « la même »], qui enseigne : « elle », c'est-à-dire [seulement] le [premier] jour de la fête, tu [dois] la célébrer [avec ces offrandes], et tu ne peux pas [devoir] la célébrer [c'est-à-dire la fêter obligatoirement] pendant tous les sept jours [comme s'il y avait une obligation égale chaque jour]. Si tel est le cas, pourquoi le mot « sept » est-il mentionné ? Pour le rattrapage : si l'on n'a pas amené l'offrande le premier jour, on peut le faire pendant tous les sept jours.
וְתַנָּא מַיְיתֵי לַהּ מֵהָכָא, דְּתַנְיָא: ״וְחַגּוֹתֶם אוֹתוֹ חַג לַה׳ שִׁבְעַת יָמִים״, יָכוֹל יְהֵא חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ כָּל שִׁבְעָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתוֹ״ — אוֹתוֹ אַתָּה חוֹגֵג, וְאִי אַתָּה חוֹגֵג כׇּל שִׁבְעָה. אִם כֵּן לָמָּה נֶאֱמַר ״שִׁבְעָה״ — לְתַשְׁלוּמִין.
Et d'où sait-on que si l'on n'a pas célébré [en amenant l'offrande de fête] le premier jour de la fête de Soukot, on peut continuer à célébrer pendant tout le pèlerinage et [même] le dernier jour de la fête [Chémini Atseret] ? Car le verset dit : « Vous la célébrerez dans le septième mois » (Vayikra 23, 41), ce qui indique qu'on peut amener les offrandes de fête même après les sept jours [proprement dits]. Si le verset n'avait dit que : « dans le septième mois », on aurait pu penser qu'on peut continuer à célébrer [en amenant les offrandes] à n'importe quel moment du reste du mois [de Tichri] entier. C'est pourquoi le verset dit : « la » [אוֹתוֹ], indiquant qu'on la célèbre [le jour de] « la » [c'est-à-dire l'un quelconque des jours de fête], et qu'on ne peut pas la célébrer en dehors de ces jours [après la fête].
וּמִנַּיִן שֶׁאִם לֹא חָג יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחוֹגֵג וְהוֹלֵךְ אֶת כָּל הָרֶגֶל וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי תָּחֹגּוּ אוֹתוֹ״, אִי ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״, יָכוֹל יְהֵא חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ הַחֹדֶשׁ כּוּלּוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתוֹ״ — אוֹתוֹ אַתָּה חוֹגֵג, וְאִי אַתָּה חוֹגֵג חוּצָה לוֹ.
§ La Guemara demande : Quelle est la signification du concept de « rattrapage » [tachloumin] mentionné dans la baraïta ? La Guemara répond : Rabbi Yo'hanan a dit : Les autres jours sont un rattrapage pour le premier jour [c'est-à-dire que si l'on n'a pas amené l'offrande de fête le premier jour, on peut encore le faire les jours restants de la fête]. Et Rabbi Ochaya a dit : Les jours sont un rattrapage les uns pour les autres [c'est-à-dire que chaque jour peut être considéré comme le jour principal de l'obligation].
וּמַאי תַּשְׁלוּמִין? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן, וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אָמַר: תַּשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה.