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Traité Chagigah

6a

Étude de Chagigah 6a

Étude de la Guémara 6a

Guémara
Qui donc l'a amené jusqu'ici, c'est-à-dire jusqu'à Jérusalem ? [La Guemara objecte :] Si le père était capable d'amener son enfant jusqu'à Jérusalem, pourquoi ne pourrait-il pas l'amener plus loin, jusqu'au Mont du Temple ?
עַד הָכָא, מַאן אַתְיֵיהּ?
Abaye lui dit : [La réponse est simple.] Pour le trajet jusqu'ici [jusqu'à Jérusalem], c'est sa mère qui l'a amené — puisque celle-ci est elle-même obligée dans la [mitsva de la] réjouissance du Yom Tov [et monte donc au Temple]. À partir de ce point [depuis Jérusalem jusqu'au Mont du Temple], s'il est capable de monter et de tenir la main de son père, il est obligé [dans la mitsva de l'éducation] ; sinon, il en est dispensé.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: עַד הָכָא דְּמִיחַיְּיבָא אִימֵּיהּ בְּשִׂמְחָה — אַיְיתִיתֵיהּ אִימֵּיהּ. מִכָּאן וְאֵילָךְ, אִם יָכוֹל לַעֲלוֹת וְלֶאֱחוֹז בְּיָדוֹ שֶׁל אָבִיו מִירוּשָׁלַיִם לְהַר הַבַּיִת — חַיָּיב, וְאִי לָא — פָּטוּר.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda HaNassi a répondu au nom de Beit Hillel [à l'objection suivante de Beit Shammaï] : Selon l'opinion de Beit Shammaï — qui exige que l'enfant soit capable de monter sur l'épaule de son père pour être soumis à la mitsva d'apparaître [au Temple] — il leur faut expliquer le verset traitant de Hanna, mère de Chemouel : « Mais Hanna ne monta pas, car elle dit à son mari : Jusqu'au sevrage de l'enfant, alors je l'amènerai » (I Chemouel 1, 22). Or Chemouel était déjà capable de monter sur l'épaule de son père [à ce moment-là]. L'âge du sevrage est de vingt-quatre mois, et avant cela Chemouel était déjà assez grand pour monter sur l'épaule de son père [pour la montée de Jérusalem au Mont du Temple], et pourtant il n'était pas encore prêt à monter au Sanctuaire [selon Hanna]. Cela démontre que seul l'enfant capable de marcher par lui-même est soumis à la mitsva d'apparaître.
הֵשִׁיב רַבִּי תַּחַת בֵּית הִלֵּל: לְדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי, ״וְחַנָּה לֹא עָלָתָה כִּי אָמְרָה לְאִישָׁהּ עַד יִגָּמֵל הַנַּעַר וַהֲבִיאוֹתִיו״ — וְהָא שְׁמוּאֵל, דְּיָכוֹל לִרְכּוֹב עַל כְּתֵיפוֹ שֶׁל אָבִיו הֲוָה.
Son père [Rabbi Yehouda HaNassi] lui dit : Selon ton raisonnement, soulève la difficulté suivante : Hanna elle-même n'était-elle pas obligée dans la [mitsva de la] réjouissance [et aurait donc dû monter au Sanctuaire] ? [Pourquoi n'est-elle pas montée ?] C'est plutôt [qu'il faut expliquer ainsi] : Hanna a perçu chez Chemouel un besoin de soins tout particuliers [materne ment excessif], et elle s'inquiétait pour lui d'une faiblesse [qu'il aurait pu éprouver] à cause des fatigues du voyage. Puisqu'elle ne pouvait pas l'amener, elle n'est pas venue elle-même.
אֲמַר לֵיהּ אֲבוּהּ: וּלְטַעְמָיךְ, תִּיקְשֵׁי לָךְ, חַנָּה גּוּפַהּ מִי לָא מִיחַיְּיבָא בְּשִׂמְחָה? אֶלָּא חַנָּה, מְפַנְּקוּתָא יַתִּירְתָּא חַזְיָיא בֵּיהּ בִּשְׁמוּאֵל, וְחַשָּׁא בֵּיהּ בִּשְׁמוּאֵל לְחוּלְשָׁא דְאוֹרְחָא.
Rabbi Chimon soulève un dilemme : Qu'en est-il, selon l'opinion de Beit Shammaï, d'un enfant mineur boiteux [qui ne peut pas marcher mais peut monter sur l'épaule de son père] ; et, selon l'opinion des deux écoles, d'un enfant mineur aveugle [mais capable de tenir la main de son père et de monter] ? Quelle est la halakha [sont-ils soumis à la mitsva d'éducation à l'apparaître au Temple] ?
בָּעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן: קָטָן חִיגֵּר לְדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי, וְסוֹמֵא לְדִבְרֵי שְׁנֵיהֶם, מַהוּ?
La Guemara s'interroge : Dans quel cas s'agit-il ? Si l'on dit [qu'il s'agit] d'un enfant boiteux qui ne pourra jamais guérir, et d'un enfant aveugle qui ne pourra jamais recouvrer la vue — [la question ne se pose même pas.] Si un adulte se trouvant dans cet état en est dispensé, est-il besoin de questionner pour un enfant mineur ?! [Puisque ce mineur ne sera jamais obligé une fois adulte, il n'y a aucune raison de l'éduquer maintenant.] La Guemara précise donc : Non ; il est nécessaire de poser la question concernant un enfant boiteux qui peut guérir avant l'âge adulte, et un enfant aveugle qui peut recouvrer la vue. Quelle est la halakha ? Puisque ce mineur pourrait éventuellement être obligé [une fois adulte], faut-il dès maintenant l'éduquer [dans cette mitsva] ?
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא בְּחִיגֵּר שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְפַּשֵּׁט, וְסוֹמֵא שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְפַּתֵּחַ? הַשְׁתָּא גָּדוֹל — פָּטוּר, קָטָן — מִיבַּעְיָא?! לָא צְרִיכָא: בְּחִיגֵּר שֶׁיָּכוֹל לְהִתְפַּשֵּׁט, וְסוֹמֵא שֶׁיָּכוֹל לְהִתְפַּתֵּחַ, מַאי?
Abaye dit : Partout où un adulte est obligé par la Torah, on éduque également un enfant mineur [dans ce même état] par [décret] rabbinique. Partout où un adulte est dispensé par la Torah [du fait de son état], un enfant mineur dans ce même état est également dispensé par [décret] rabbinique. Puisque dans l'état actuel [de cet enfant] un adulte serait dispensé, il n'y a pas non plus d'obligation d'éduquer ce mineur — même s'il est susceptible de devenir obligé dans le futur [lorsqu'il sera guéri].
אָמַר אַבָּיֵי: כֹּל הֵיכָא דְּגָדוֹל מִיחַיַּיב מִדְּאוֹרָיְיתָא — קָטָן נָמֵי מְחַנְּכִינַן לֵיהּ מִדְּרַבָּנַן, כֹּל הֵיכָא דְּגָדוֹל פָּטוּר מִדְּאוֹרָיְיתָא — מִדְּרַבָּנַן קָטָן נָמֵי פָּטוּר.
§ [Nouvelle section de la michna :] Beit Shammaï disent : L'olat reïya [l'offrande brûlée d'apparition] doit valoir au minimum deux [pièces d']argent [kesseph], et l'offrande de fête [chagiga] doit valoir au minimum une ma'a d'argent. Et Beit Hillel disent : L'olat reïya doit valoir au minimum une ma'a d'argent, et l'offrande de fête au moins deux pièces d'argent. [La Guemara s'apprête à examiner les raisons de ce désaccord.]
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: הָרְאִיָּיה שְׁתֵּי כֶּסֶף כּוּ׳.
Les Sages ont enseigné dans une baraïta : Beit Shammaï disent : L'olat reïya doit valoir deux pièces d'argent, et la chagiga [n'a besoin de valoir que] une ma'a d'argent. [La raison en est que] l'olat reïya monte entièrement vers le Ciel [elle est entièrement consumée sur l'autel], ce qui n'est pas le cas de la chagiga [dont le propriétaire et les cohanim consomment des parts]. Et de plus : nous trouvons qu'à l'occasion de la fête de l'Assemblée [Shavouot], le verset accorde davantage d'olot [holocaustes] que de chelamim [sacrifices de paix] [un taureau, deux béliers et sept agneaux en holocaustes, mais seulement deux agneaux en paix].
תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: הָרְאִיָּיה שְׁתֵּי כֶּסֶף, וְהַחֲגִיגָה מָעָה כֶּסֶף. שֶׁהָרְאִיָּיה עוֹלָה כּוּלָּהּ לַגָּבוֹהַּ, מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּחֲגִיגָה, וְעוֹד: מָצִינוּ בָּעֲצֶרֶת שֶׁרִיבָּה בָּהֶן הַכָּתוּב בְּעוֹלוֹת יוֹתֵר מִבִּשְׁלָמִים.
Et Beit Hillel disent : L'olat reïya doit [n'avoir besoin de] valoir [que] une ma'a d'argent, et la chagiga deux pièces d'argent. [La raison est que] la chagiga existait déjà avant la Parole [de Dieu], c'est-à-dire avant le Don de la Torah au Sinaï, ce qui n'est pas le cas de la mitsva d'apparaître [au Temple — qui, selon eux, n'a été ordonnée qu'au Sinaï]. Et de plus : nous trouvons qu'en ce qui concerne les offrandes des [douze] princes [lors de la dédicace du Tabernacle], le verset leur accorde davantage de chelamim [sacrifices de paix] que d'olot [chaque prince offrit un veau, un bélier et un agneau en holocauste, mais deux taureaux, deux béliers, cinq boucs et cinq agneaux en chelamim].
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: הָרְאִיָּיה מָעָה כֶּסֶף וַחֲגִיגָה שְׁתֵּי כֶסֶף. שֶׁחֲגִיגָה יֶשְׁנָהּ לִפְנֵי הַדִּיבּוּר, מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּרְאִיָּיה. וְעוֹד: מָצִינוּ בַּנְּשִׂיאִים שֶׁרִיבָּה בָּהֶן הַכָּתוּב בִּשְׁלָמִים יוֹתֵר מִבְּעוֹלוֹת.
La Guemara demande : Et Beit Hillel, quelle est la raison pour laquelle ils ne disent pas comme Beit Shammaï ? Beit Hillel répondrait aux deux arguments de Beit Shammaï [comme suit] : Quant à ce que vous avez dit — que l'olat reïya est supérieure parce qu'elle monte entièrement vers le Ciel — au contraire, c'est la chagiga qui est supérieure, car elle comporte deux [types d']alimentation : [une portion] pour Dieu [sur l'autel] et [une portion] pour les hommes. Et quant à ce que vous avez dit — que l'on peut déduire la halakha de la fête de l'Assemblée [Shavouot] — on devrait plutôt déduire les halakhot de l'offrande d'un individu à partir d'une autre offrande d'un individu [celle des princes] ; et l'on ne déduit pas les halakhot de l'offrande d'un individu à partir de l'offrande du public [comme celle de Shavouot].
וּבֵית הִלֵּל, מַאי טַעְמָא לָא אָמְרִי כְּבֵית שַׁמַּאי? דְּקָא אָמְרַתְּ: רְאִיָּיה עֲדִיפָא — דְּעוֹלָה כּוּלָּהּ לַגָּבוֹהַּ, אַדְּרַבָּה: חֲגִיגָה עֲדִיפָא — דְּאִית בָּהּ שְׁתֵּי אֲכִילוֹת. וּדְקָא אָמְרַתְּ: נֵילַף מֵעֲצֶרֶת — דָּנִין קׇרְבַּן יָחִיד מִקׇּרְבַּן יָחִיד, וְאֵין דָּנִין קׇרְבַּן יָחִיד מִקׇּרְבַּן צִבּוּר.
La Guemara pose la question inverse : Et Beit Shammaï, quelle est la raison pour laquelle ils ne disent pas comme Beit Hillel ? Beit Shammaï répondrait aux arguments de Beit Hillel : Quant à ce que vous avez dit — que la chagiga est supérieure parce qu'elle existait avant la Parole de Dieu — l'olat reïya aussi existait avant la Parole [selon Beit Shammaï, le peuple d'Israël a sacrifié des olot au Sinaï avant le Don de la Torah, et celles-ci étaient des olot reïya].
וּבֵית שַׁמַּאי, מַאי טַעְמָא לָא אָמְרִי כְּבֵית הִלֵּל? דְּקָאָמְרַתְּ: חֲגִיגָה עֲדִיפָא — דְּיֶשְׁנָהּ לִפְנֵי הַדִּיבּוּר, רְאִיָּיה נָמֵי יֶשְׁנָהּ לִפְנֵי הַדִּיבּוּר.
Chagigah 6a
100%
חגיגה ו׳ אמַסֶּכֶת חֲגִיגָה