Guémara
« Et qui est semblable à Ton peuple Israël, nation unique dans le pays ? » (I Divréi haYamim 17, 21).
״וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ״.
Et Rabbi Elazer ben Azaria commença également sa déracha et enseigna : il est écrit : « Les paroles des Sages sont comme des aiguillons [darvonot], et comme des clous bien plantés sont ceux qui sont regroupés en assemblées [ba'aléi assoupot] ; ils ont été donnés par un seul berger » (Kohélet 12, 11). Pourquoi les paroles de la Torah sont-elles comparées à un aiguillon [darvan] ? Pour te dire : de même que cet aiguillon dirige la vache vers son sillon [télamé'ha] pour produire la subsistance du monde, de même les paroles de la Torah guident ceux qui les étudient des voies de la mort vers les voies de la vie. [La Guemara demande :] Si c'est ainsi, déduit-en la conséquence suivante : de même que cet aiguillon est mobile et non rigide, de même les paroles de la Torah sont mobiles et non permanentes ! C'est pourquoi le verset dit : « clous » [machmédot] [qui, eux, sont permanents].
וְאַף הוּא פָּתַח וְדָרַשׁ: ״דִּבְרֵי חֲכָמִים כַּדָּרְבֹנוֹת וּכְמַשְׂמְרוֹת נְטוּעִים בַּעֲלֵי אֲסֻפּוֹת נִתְּנוּ מֵרוֹעֶה אֶחָד״, לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה לְדָרְבָן? לוֹמַר לָךְ: מָה דָּרְבָן זֶה מְכַוֵּין אֶת הַפָּרָה לִתְלָמֶיהָ לְהוֹצִיא חַיִּים לְעוֹלָם — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה מְכַוְּונִין אֶת לוֹמְדֵיהֶן מִדַּרְכֵי מִיתָה לְדַרְכֵי חַיִּים. אִי מָה דָּרְבָן זֶה מִטַּלְטֵל — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה מִטַּלְטְלִין, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מַשְׂמְרוֹת״.
[La Guemara demande :] Si c'est ainsi, on peut aussi déduire : de même que ce clou se réduit et ne s'agrandit pas [car il s'use avec le temps], de même les paroles de la Torah se réduiraient et ne s'agrandiraient pas. C'est pourquoi le verset dit : « bien plantés [nétouïm] » — de même que cette plantation [néti'a] fleurit et se multiplie, de même les paroles de la Torah fleurissent et se multiplient. « Ceux qui sont regroupés en assemblées [ba'aléi assoupot] » — ce sont les disciples des Sages [talmidéi 'hakhamim] qui siègent en de nombreux groupes [assoupot] et s'occupent de la Torah. Certains [de ces Sages] déclarent [une chose] impure [métemé] et d'autres la déclarent pure [métaher], certains l'interdisent et d'autres la permettent, certains la rendent invalide [possél] et d'autres valide [machkhir].
אִי מָה מַסְמֵר זֶה חָסֵר וְלֹא יָתֵר — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה חֲסֵירִין וְלֹא יְתֵירִין, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״נְטוּעִים״, מָה נְטִיעָה זוֹ פָּרָה וְרָבָה — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה פָּרִין וְרָבִין. ״בַּעֲלֵי אֲסֻפּוֹת״ — אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, שֶׁיּוֹשְׁבִין אֲסוּפּוֹת אֲסוּפּוֹת וְעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה. הַלָּלוּ מְטַמְּאִין וְהַלָּלוּ מְטַהֲרִין, הַלָּלוּ אוֹסְרִין וְהַלָּלוּ מַתִּירִין, הַלָּלוּ פּוֹסְלִין וְהַלָּלוּ מַכְשִׁירִין,
De peur qu'un homme ne dise : comment puis-je étudier la Torah désormais [alors qu'elle contient tant d'opinions contradictoires] ? Le verset enseigne : « ils ont tous été donnés par un seul berger ». Un seul Dieu les a tous donnés ; un seul guide [parnas, c'est-à-dire Moïse] les a tous prononcés, de la bouche du Maître de toute la création, béni soit-Il, comme il est écrit : « Et Dieu parla toutes ces paroles » (Chémot 20, 1). [Le pluriel « toutes ces paroles » indique que Dieu a transmis l'ensemble des interprétations des Dix Commandements ; comme les Sages puisent toujours dans la Torah elle-même ou dans les paroles des prophètes pour étayer leurs opinions, il y a une unité fondamentale dans l'étude de la Torah, malgré les nombreuses explications et applications.]
שֶׁמָּא יֹאמַר אָדָם: הֵיאַךְ אֲנִי לָמֵד תּוֹרָה מֵעַתָּה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כּוּלָּם נִתְּנוּ מֵרוֹעֶה אֶחָד״. אֵל אֶחָד נְתָנָן, פַּרְנָס אֶחָד אֲמָרָן, מִפִּי אֲדוֹן כׇּל הַמַּעֲשִׂים בָּרוּךְ הוּא, דִּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים אֶת כׇּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״.
Toi aussi, [l'étudiant,] fais de tes oreilles une entonnoir [aparkhéssét] et acquiers pour toi un cœur capable de comprendre, pour écouter à la fois les paroles de ceux qui déclarent impur et les paroles de ceux qui déclarent pur ; les paroles de ceux qui interdisent et les paroles de ceux qui permettent ; les paroles de ceux qui invalident et les paroles de ceux qui valident. C'est en ces termes que Rabbi Yehoua leur dit [à Rabbi Yo'hanan ben Broqa et à Rabbi Elazer ben Hisma] : aucune génération n'est considérée comme orpheline [sans guide] si Rabbi Elazer ben Azaria réside en son sein.
אַף אַתָּה, עֲשֵׂה אׇזְנֶיךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת, וּקְנֵה לְךָ לֵב מֵבִין לִשְׁמוֹעַ אֶת דִּבְרֵי מְטַמְּאִים וְאֶת דִּבְרֵי מְטַהֲרִים, אֶת דִּבְרֵי אוֹסְרִין וְאֶת דִּבְרֵי מַתִּירִין, אֶת דִּבְרֵי פוֹסְלִין וְאֶת דִּבְרֵי מַכְשִׁירִין. בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה אָמַר לָהֶם: אֵין דּוֹר יָתוֹם שֶׁרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שָׁרוּי בְּתוֹכוֹ.
[La Guemara demande :] Pourquoi Rabbi Yo'hanan ben Broqa et Rabbi Elazer ben Hisma ne lui ont-ils pas dit ces enseignements directement et sans délai ? La Guemara répond : ils hésitèrent en raison d'un incident qui s'était produit. Car il est enseigné dans une baraïta : il arriva que Rabbi Yossi ben Dormaskit se rendit pour saluer Rabbi Eliézer à Lod. [Rabbi Eliézer] lui dit : quelle nouveauté a-t-on enseignée aujourd'hui au Beit Midrach ?
וְלֵימְרוּ לֵיהּ בְּהֶדְיָא? מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה. דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן דּוֹרְמַסְקִית שֶׁהָלַךְ לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבִּי (אֶלְעָזָר) [אֱלִיעֶזֶר] בְּלוֹד, אָמַר לוֹ: מָה חִידּוּשׁ הָיָה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הַיּוֹם?
Rabbi Yossi ben Dormaskit lui dit : les Sages se sont réunis, ont voté et ont conclu [nimmou végomérou] : en Ammon et en Moav [des territoires situés à l'est du Jourdain, hors d'Eretz Israël], on sépare la dîme du pauvre [ma'asser ani] pendant l'année de la Chemita [bien que les lois de la Chemita et des dîmes n'y s'appliquent pas normalement].
אֲמַר לֵיהּ, נִמְנוּ וְגָמְרוּ: עַמּוֹן וּמוֹאָב מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי בַּשְּׁבִיעִית.
[Rabbi Eliézer] lui dit [dans un accès de colère] : Yossi, étends tes mains et reçois tes yeux [qui sont sur le point de sortir de leurs orbites, sous-entendant : une telle audace mérite un châtiment]. [Rabbi Yossi] étendit les mains et reçut ses yeux [qui sortirent effectivement de leurs orbites]. Rabbi Eliézer pleura et dit le verset : « Le secret de l'Éternel est pour ceux qui Le craignent ; et Son alliance, pour la leur faire connaître » (Téhilim 25, 14) [c'est-à-dire que les Sages sont parvenus à la conclusion correcte, même s'ils n'en connaissaient pas la véritable justification].
אָמַר לוֹ: יוֹסֵי, פְּשׁוֹט יָדֶיךָ וְקַבֵּל עֵינֶיךָ. פָּשַׁט יָדָיו וְקִבֵּל עֵינָיו. בָּכָה רַבִּי אֶלְעָזָר וְאָמַר: ״סוֹד ה׳ לִירֵאָיו וּבְרִיתוֹ לְהוֹדִיעָם״.
[Rabbi Eliézer] lui dit : va dire aux [Sages du Beit Midrach] : ne vous inquiétez pas de votre vote [de crainte de ne pas avoir statué correctement], car vous n'avez en réalité pas institué une nouvelle ordonnance du tout. Voici la tradition [kabbala] que j'ai reçue de Rabban Yo'hanan ben Zakkaï, qui l'a entendue de son maître, et son maître du sien : c'est une halakha transmise à Moïse au Sinaï [halakha léMocheh miSinaï] qu'en Ammon et en Moav on sépare la dîme du pauvre lors de l'année de la Chemita. Quelle en est la raison ? Parce que ceux qui montèrent d'Égypte [à l'époque de la conquête de Yehoua] conquirent de nombreuses villes, et ceux qui montèrent de Babylone [lors du retour de l'Exil] ne les conquirent pas —
אָמַר לוֹ, לֵךְ אֱמוֹר לָהֶם: אַל תָּחוּשׁוּ לְמִנְיַינְכֶם, כָּךְ מְקּוּבְּלַנִי מֵרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, שֶׁשָּׁמַע מֵרַבּוֹ וְרַבּוֹ מֵרַבּוֹ: הִלְכְתָא לְמֹשֶׁה מִסִּינַי, עַמּוֹן וּמוֹאָב מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי בַּשְּׁבִיעִית. מָה טַעַם — הַרְבֵּה כְּרַכִּים כָּבְשׁוּ עוֹלֵי מִצְרַיִם וְלֹא כְּבָשׁוּם עוֹלֵי בָּבֶל,
— car la première consécration d'Eretz Israël [par ceux qui montèrent d'Égypte] ne l'avait consacrée que pour son temps et ne l'avait pas consacrée pour la postérité [c'est-à-dire que la sainteté de la Terre dépendait de la conquête et fut suspendue lors de l'exil]. Et ceux qui montèrent de Babylone laissèrent ces villes de côté et ne les considérèrent pas comme faisant partie d'Eretz Israël, même après la réinstallation. [Les habitants de ces régions] labouraient et récoltaient pendant la Chemita et séparaient la dîme du pauvre, afin que les pauvres d'Eretz Israël — qui n'avaient pas de revenus suffisants des années précédentes — puissent s'y appuyer durant l'année de la Chemita, recevant une aide de cette dîme. / Il fut enseigné [par un tanna] : après que l'esprit de Rabbi Eliézer se fut apaisé, il dit : « Que ce soit la volonté [de Dieu] que les yeux de Yossi retournent à leur place. » Et ses yeux retournèrent [à leur place]. C'est en raison de cet incident — dans lequel Rabbi Eliézer avait réagi sévèrement lorsque son disciple lui rapporta ce qu'il considérait comme une nouveauté — que les élèves de Rabbi Yehoua hésitèrent à lui raconter ce qu'ils avaient entendu, jusqu'à ce que leur maître les encourage à le faire.
מִפְּנֵי שֶׁקְּדוּשָּׁה רִאשׁוֹנָה קִדְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְלֹא קִדְּשָׁה לְעָתִיד לָבֹא, וְהִנִּיחוּם כְּדֵי שֶׁיִּסְמְכוּ עֲלֵיהֶן עֲנִיִּים בַּשְּׁבִיעִית.
Traduction française en préparation — version anglaise (Steinsaltz) : It was taught that after Rabbi Elazar’s mind was put at ease, he said: May it be God’s will that Rabbi Yosei’s eyes should return to their place. And indeed his eyes returned. Due to this event, in which Rabbi Elazar responded harshly when his disciple related what he considered a novel idea, the students of Rabbi Yehoshua hesitated to recount what they had heard until their teacher encouraged them to do so.
תָּנָא: לְאַחַר שֶׁנִּתְיַישְּׁבָה דַּעְתּוֹ, אָמַר: יְהִי רָצוֹן שֶׁיַּחְזְרוּ עֵינֵי יוֹסֵי לִמְקוֹמָן, וְחָזְרוּ.
Traduction française en préparation — version anglaise (Steinsaltz) : § The Sages taught: Who is considered an imbecile? One who goes out alone at night, and one who sleeps in a cemetery, and one who rends his garment. It was stated that Rav Huna said: One does not have the halakhic status of an imbecile until there are all of these signs present in him at the same time. Rabbi Yoḥanan said: He is considered an imbecile even due to the appearance of one of these signs.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵיזֶהוּ שׁוֹטֶה? הַיּוֹצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה, וְהַלָּן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, וְהַמְקָרֵעַ אֶת כְּסוּתוֹ. אִיתְּמַר, רַב הוּנָא אָמַר: עַד שֶׁיְּהוּ כּוּלָּן בְּבַת אַחַת, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ בְּאַחַת מֵהֶן.