Guémara
[La conclusion que les produits non-sacrés préparés selon les exigences de pureté du kodesh [des aliments sacrés] sont traités à un niveau supérieur] est déduite du fait qu'une maalavéité [degré de sévérité supplémentaire] n'est pas enseignée à leur sujet [dans la mishna].
מִדְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ מַעֲלָה.
La Guemara demande : mais peut-être la raison pour laquelle une maalavéité [degré de sévérité supérieur] n'est pas enseignée au sujet de ceux qui mangent du kodesh [des aliments sacrés] est-elle simplement que ces aliments ne constituent pas un niveau de pureté rituelle distinct — car si leur [degré] ressemble à celui de la terouma, la terouma a déjà été enseignée [dans la mishna] ; et si leur [degré] ressemble à celui des houlin [aliments profanes], les houlin aussi ont déjà été enseignés. [La preuve : ] comme il est enseigné dans une baraïta que [les houlin préparés selon les normes du kodesh] ne constituent pas un niveau propre : « Des aliments profanes préparés selon le degré de pureté requis pour le kodesh sont [traités] comme des houlin [aliments profanes]. » Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok, dit : « Ils sont [traités] comme la terouma » — mais non comme le kodesh. Par conséquent, le fait que ce niveau ne soit pas mentionné explicitement ne constitue aucune preuve.
וְדִלְמָא הַאי דְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ מַעֲלָה, דְּאִי דָּמוּ לִתְרוּמָה — הָא תָּנֵי תְּרוּמָה, וְאִי דָּמוּ לְחוּלִּין — הָא תָּנֵי לְחוּלִּין. דִּתְנַן: חוּלִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טׇהֳרַת הַקּוֹדֶשׁ — הֲרֵי הֵן כְּחוּלִּין, רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר: הֲרֵי הֵן כִּתְרוּמָה.
Bien plutôt, la preuve est tirée de la dernière clause [de la mishna] : Yossei ben Yoézer était le membre le plus pieux de la prêtrise, et pourtant son linge [de corps] était considéré comme impur par le midras [la pression] d'un zav [gonorrhéen] aux yeux de ceux qui mangent le kodesh [les aliments sacrés]. Yo'hanan ben Goudgéda mangeait des aliments profanes préparés selon le degré de pureté requis pour le kodesh tous les jours de sa vie, et néanmoins son linge était considéré comme rendu impur par le midras d'un zav aux yeux de ceux qui préparent les eaux de purification [para adouma, la vache rousse].
אֶלָּא מִסֵּיפָא: יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר הָיָה חָסִיד שֶׁבַּכְּהוּנָּה, וְהָיְתָה מִטְפַּחְתּוֹ מִדְרָס לַקּוֹדֶשׁ. יוֹחָנָן בֶּן גּוּדְגְּדָא הָיָה אוֹכֵל עַל טׇהֳרַת הַקּוֹדֶשׁ כׇּל יָמָיו, וְהָיְתָה מִטְפַּחְתּוֹ מִדְרָס לַחַטָּאת.
La Guemara tire la conclusion : pour les eaux de purification [chitat], oui, son linge était considéré comme ayant contracté l'impureté par pression [midras] ; mais pour les aliments sacrés [kodesh], non, il n'était pas considéré comme impur par pression. Apparemment, [le tanna] soutient que des aliments profanes préparés selon le degré de pureté requis pour le kodesh sont [traités] comme le kodesh lui-même — puisque celui qui est scrupuleux dans la préservation de la pureté requise pour le kodesh, même pour les aliments profanes, est considéré pur même vis-à-vis des aliments sacrés eux-mêmes.
לַחַטָּאת אִין, לַקּוֹדֶשׁ לָא. אַלְמָא קָסָבַר: חוּלִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טׇהֳרַת קוֹדֶשׁ כְּקוֹדֶשׁ דָּמוּ.
§ Concernant les précautions particulières qu'il faut prendre pour éviter tout soupçon que ses vêtements aient contracté une impureté — Rabbi Yonatan ben Elazar dit : « Si le châle [maaphoret] de celui qui était rigoureux à l'égard de la pureté rituelle lui est tombé, et qu'il a dit à une autre personne : “Rends-le moi“, et que celle-ci le lui a remis, le châle est impur. » [Même si l'autre personne est elle-même pure,] puisque son attention a été un instant détournée de la vigilance à l'égard de l'impureté, c'est comme si le châle avait contracté l'impureté. De même, Rabbi Yonatan ben Amram dit : « Si les vêtements du Chabbat de quelqu'un ont été échangés contre ses vêtements de la semaine, et qu'il les a enfilés, ils sont impurs. » Le fait qu'il croyait porter des vêtements différents de ceux qu'il avait l'intention de porter suffit à distraire son attention et à compromettre sa vigilance contre l'impureté.
אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן אֶלְעָזָר: נָפְלָה מַעְפׇּרְתּוֹ הֵימֶנּוּ, אָמַר לַחֲבֵירוֹ: ״תְּנָהּ לִי״ וּנְתָנָהּ לוֹ — טְמֵאָה. אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן עַמְרָם: נִתְחַלְּפוּ לוֹ כֵּלִים שֶׁל שַׁבָּת בְּכֵלִים שֶׁל חוֹל וּלְבָשָׁן — נִטְמְאוּ.
Rabbi Elazar bar Tsadok dit : « Il y eut un incident impliquant deux femmes qui étaient épouses de 'havérim' [membres d'une fraternité scrupuleuse en matière de pureté rituelle], dont les vêtements furent échangés au bain public [beit hamerchatsi] ; et l'affaire fut portée devant Rabbi Akiva, qui déclara les vêtements impurs. » Cela démontre qu'un acte non intentionnel est considéré comme un relâchement de l'attention, qui rend les objets impurs, même s'il n'y avait pas d'autre raison de les considérer impurs.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: מַעֲשֶׂה בִּשְׁתֵּי נָשִׁים חֲבֵירוֹת שֶׁנִּתְחַלְּפוּ לָהֶן כְּלֵיהֶן בְּבֵית הַמֶּרְחָץ, וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְטִימְּאָן.
Rabbi Ochaya objecte fortement à cela : « Mais si c'est ainsi, quelqu'un qui a introduit sa main dans un panier pour prendre une miche de pain de froment, et c'est une miche de pain d'orge qui lui est venue dans la main — dans ce cas aussi direz-vous que la miche est rendue impure ? »
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: אֶלָּא מֵעַתָּה, הוֹשִׁיט יָדוֹ לַסַּל לִיטּוֹל פַּת חִטִּין וְעָלְתָה בְּיָדוֹ פַּת שְׂעוֹרִים, הָכִי נָמֵי דְּנִטְמֵאת?
Et si vous disiez : c'est en effet le cas — mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : « Celui qui surveille un tonneau [de vin] en vue de préserver sa pureté rituelle, supposant que c'est un tonneau de vin, et il s'avère que c'est [un tonneau] d'huile — [l'huile] est rituellement pure en ce sens qu'elle ne transmet pas d'impureté »? Cela indique que l'ignorance quant à l'identité de l'objet que l'on surveille ne cause pas en soi d'impureté. La Guemara rejette cet argument : Mais selon votre raisonnement, lisez la fin de cette même baraïta : « Et il est interdit d'en manger » — ce qui indique que la surveillance est insuffisante dans ce cas. La Guemara demande : Pourquoi le tonneau est-il pur et y a-t-il néanmoins une interdiction de manger son contenu? Si l'erreur du gardien ne nuit pas à son statut de pureté, on devrait pareillement lui permettre d'en manger.
וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי — וְהָתַנְיָא: הַמְשַׁמֵּר אֶת הֶחָבִית בְּחֶזְקַת שֶׁל יַיִן וְנִמְצֵאת שֶׁל שֶׁמֶן — טְהוֹרָה מִלְּטַמֵּא! וּלְטַעְמָיךְ, אֵימָא סֵיפָא: וַאֲסוּרָה מִלֶּאֱכוֹל. אַמַּאי?
Rabbi Yirmeya dit : « La baraïta parle de quelqu'un qui déclare : “Je l'ai gardée contre les choses qui la rendraient impure [touma], mais non contre les choses qui l'invalideraient [pessoul].” » Autrement dit, il a pris soin de la garder contre une impureté sévère [au premier degré], qui provoquerait une transmission de l'impureté à tout ce qu'elle toucherait, mais non contre un degré d'impureté moindre qui se contente de l'invalider pour l'usage sans lui permettre de rendre d'autres objets impurs. Puisqu'il l'a gardée contre l'impureté [transmissible], elle est considérée pure quant à la transmission d'impureté ; mais elle ne peut toujours pas être consommée, au cas où elle aurait été invalidée par un objet impur.
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה, בְּאוֹמֵר: שְׁמַרְתִּיהָ מִדָּבָר הַמְטַמְּאָהּ וְלֹא מִדָּבָר הַפּוֹסְלָהּ.
La Guemara demande : Y a-t-il une telle chose qu'une surveillance partielle [à moitié] ? La Guemara répond : Oui, et il est bien enseigné dans une baraïta : « Si quelqu'un a introduit sa main dans un panier [rempli de figues], que le panier était sur son épaule, qu'une pelle [magréfa] se trouvait dans le panier, et que son esprit était concentré sur le panier pour le garder pur [mais] son esprit n'était pas concentré sur la pelle — le panier est pur et la pelle est impure. »
וּמִי אִיכָּא נְטִירוּתָא לְפַלְגָא? אִין, וְהָתַנְיָא: הוֹשִׁיט יָדוֹ בְּסַל, וְהַסַּל עַל כְּתֵיפוֹ, וְהַמַּגְרֵיפָה בְּתוֹךְ הַסַּל, וְהָיָה בְּלִבּוֹ עַל הַסַּל וְלֹא הָיָה בְּלִבּוֹ עַל הַמַּגְרֵיפָה — הַסַּל טָהוֹר וְהַמַּגְרֵיפָה טְמֵאָה.
La Guemara demande : Le panier est pur ? Que la pelle rende alors le panier impur [par impureté] ! [La Guemara répond :] La halakha est qu'un ustensile ne peut pas rendre un autre ustensile impur. Le panier reste donc pur. La Guemara pose une autre question : Que [la pelle] rende au moins impur ce qui se trouve dans le panier, car la nourriture n'est pas un ustensile et peut donc être rendue impure par un ustensile ! Ravina dit : [Cette baraïta] parle de quelqu'un qui déclare : « J'ai gardé [la pelle] contre les choses qui la rendraient rituellement impure [lui permettant de transmettre l'impureté], mais je ne l'ai pas gardée contre les choses qui l'invalideraient. » Il n'y a donc aucune preuve d'ici que le contenu du tonneau dans le cas précédent ne peut pas être consommé.
הַסַּל טָהוֹר? תְּטַמֵּא הַמַּגְרֵיפָה לַסַּל! אֵין כְּלִי מְטַמֵּא כְּלִי. וְלִיטָּמֵא מַה שֶּׁבַּסַּל! אָמַר רָבִינָא, בְּאוֹמֵר: שְׁמַרְתִּיו מִדָּבָר שֶׁמְּטַמְּאוֹ וְלֹא מִדָּבָר הַפּוֹסְלוֹ.
Revenant à la discussion précédente, la Guemara déclare : en tout état de cause, cela est difficile [quand même]. Pourquoi un objet serait-il impur simplement parce que celui qui le surveillait s'est trompé sur l'identité de son contenu ? Comment cela s'accorderait-il avec la baraïta qui enseigne explicitement que si l'on surveille un tonneau en supposant qu'il contient du vin et qu'il s'avère contenir de l'huile, l'huile est pure et ne peut pas rendre d'autres choses impures ?
מִכׇּל מָקוֹם קַשְׁיָא?