Guémara
Dans le même esprit, Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : D'où sait-on que le Saint, béni soit-Il, prie ? De ce qu'il est dit : « Je les amènerai vers Ma montagne sainte, et Je les réjouirai dans la maison de Ma prière » (Yechayahou 56, 7). Le verset ne dit pas « la maison de leur prière », mais bien « la maison de Ma prière » ; d'ici nous voyons que le Saint, béni soit-Il, prie.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְפַּלֵּל? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קָדְשִׁי וְשִׂמַּחְתִּים בְּבֵית תְּפִלָּתִי״, ״תְּפִלָּתָם״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״תְּפִלָּתִי״, מִכָּאן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְפַּלֵּל.
La Guemara demande : Que prie D.ieu ?
מַאי מְצַלֵּי?
Rav Zoutra bar Tovia a dit que Rav a dit : D.ieu dit : « Que ce soit Ma volonté que Ma miséricorde domine Ma colère envers Israël pour ses transgressions, que Ma miséricorde l'emporte sur Mes autres attributs par lesquels Israël est puni, que Je Me conduise envers Mes enfants, Israël, selon l'attribut de miséricorde, et que J'entre avec eux en deçà de la stricte lettre de la loi. »
אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה, אָמַר רַב: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנַי שֶׁיִּכְבְּשׁוּ רַחֲמַי אֶת כַּעֲסִי, וְיִגּוֹלּוּ רַחֲמַי עַל מִדּוֹתַי, וְאֶתְנַהֵג עִם בָּנַי בְּמִדַּת רַחֲמִים, וְאֶכָּנֵס לָהֶם לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין״.
De même, il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yichmaël ben Élicha, le Cohen Gadol, a dit : Une fois, à Yom Kippour, je suis entré dans le sanctuaire le plus intérieur, le Saint des Saints, pour offrir l'encens, et dans une vision j'ai vu Akhtriel Ya, l'Éternel des armées — l'un des noms de D.ieu exprimant Son autorité suprême —, assis sur un trône haut et élevé (voir Yechayahou 6). Et Il me dit : « Yichmaël, Mon fils, bénis-Moi. » Je Lui dis la prière que D.ieu prie : « Que ce soit Ta volonté que Ta miséricorde domine Ta colère, que Ta miséricorde l'emporte sur Tes autres attributs, que Tu Te conduises envers Tes enfants selon l'attribut de miséricorde, et que Tu entres avec eux en deçà de la stricte lettre de la loi. » Le Saint, béni soit-Il, inclina la tête et accepta la bénédiction. Cet événement nous enseigne que tu ne dois pas tenir pour légère la bénédiction d'un homme ordinaire. Si D.ieu a sollicité et accepté la bénédiction d'un homme, à plus forte raison un homme doit-il accorder de la valeur à la bénédiction d'un autre homme.
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע: פַּעַם אַחַת, נִכְנַסְתִּי לְהַקְטִיר קְטוֹרֶת לִפְנַי וְלִפְנִים, וְרָאִיתִי אַכְתְּרִיאֵל יָהּ ה׳ צְבָאוֹת, שֶׁהוּא יוֹשֵׁב עַל כִּסֵּא רָם וְנִשָּׂא, וְאָמַר לִי: ״יִשְׁמָעֵאל בְּנִי, בָּרְכֵנִי!״ אָמַרְתִּי לוֹ: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, שֶׁיִּכְבְּשׁוּ רַחֲמֶיךָ אֶת כַּעַסְךָ, וְיִגּוֹלּוּ רַחֲמֶיךָ עַל מִדּוֹתֶיךָ, וְתִתְנַהֵג עִם בָּנֶיךָ בְּמִדַּת הָרַחֲמִים, וְתִכָּנֵס לָהֶם לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין״. וְנִעְנַע לִי בְּרֹאשׁוֹ. וְקָמַשְׁמַע לַן, שֶׁלֹּא תְּהֵא בִּרְכַּת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ.
Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : D'où sait-on qu'on ne doit pas chercher à apaiser une personne au moment où elle est emportée par sa colère, mais qu'il faut plutôt l'apaiser une fois calmée ? De ce qu'il est écrit, lorsque, à la suite de la faute du Veau d'or, Moché demanda que la Présence divine repose sur Israël comme auparavant, D.ieu lui dit : « Ma face ira, et Je te donnerai le repos » (Chemot 33, 14). Rabbi Yo'hanan explique : Le Saint, béni soit-Il, dit à Moché : Attends que Ma face de colère soit passée, et alors J'exaucerai ta demande. De même, il faut attendre que la colère d'une personne se dissipe.
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: מִנַּיִן שֶׁאֵין מְרַצִּין לוֹ לְאָדָם בִּשְׁעַת כַּעְסוֹ, דִּכְתִיב: ״פָּנַי יֵלֵכוּ וַהֲנִחֹתִי לָךְ״. אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: הַמְתֵּן לִי עַד שֶׁיַּעַבְרוּ פָּנִים שֶׁל זַעַם וְאָנִיחַ לְךָ.
La Guemara demande : Y a-t-il donc de la colère devant le Saint, béni soit-Il ? Peut-on parler de D.ieu en employant des termes tels que la colère ?
וּמִי אִיכָּא רִתְחָא קַמֵּיהּ דְּקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא?
La Guemara répond : Oui, comme il a été enseigné dans une baraïta : D.ieu Se met en colère, comme il est dit : « D.ieu juge le juste, et D.ieu S'irrite chaque jour » (Tehilim 7, 12).
אִין, דְּתַנְיָא ״וְאֵל זוֹעֵם בְּכָל יוֹם״.
Combien de temps dure Sa colère ? La colère de D.ieu dure un instant. Et combien dure un instant ? Un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'une heure, voilà ce qu'est un instant. La Guemara ajoute : Et aucune créature ne peut déterminer avec précision ce moment où D.ieu Se met en colère, à l'exception de Bilam le méchant, au sujet duquel il est écrit : « Celui qui connaît la connaissance du Très-Haut » (Bamidbar 24, 16).
וְכַמָּה זַעְמוֹ — רֶגַע. וְכַמָּה רֶגַע — אֶחָד מֵחֲמֵשֶׁת רִבּוֹא וּשְׁמוֹנַת אֲלָפִים וּשְׁמֹנֶה מֵאוֹת וּשְׁמֹנִים וּשְׁמֹנָה בְּשָׁעָה, וְזוֹ הִיא רֶגַע. וְאֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לְכַוֵּין אוֹתָהּ שָׁעָה, חוּץ מִבִּלְעָם הָרָשָׁע, דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״וְיוֹדֵעַ דַּעַת עֶלְיוֹן״.
Cela ne signifie pas que Bilam était un prophète de plein droit. Or, manifestement, Bilam ne connaissait pas la pensée de son ânesse ; et il connaîtrait la pensée du Très-Haut ? S'il était incapable de comprendre la réprimande de son ânesse, il était assurément incapable de comprendre la pensée du Très-Haut.
הַשְׁתָּא דַּעַת בְּהֶמְתּוֹ לֹא הֲוָה יָדַע, דַּעַת עֶלְיוֹן הֲוָה יָדַע?
Plutôt, ce verset de Bamidbar enseigne que Bilam était capable de déterminer avec précision l'heure où le Saint, béni soit-Il, est en colère. À ce moment-là, Bilam prononçait sa malédiction et, par la colère de D.ieu, elle se réalisait.
אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לְכַוֵּין אוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כּוֹעֵס בָּהּ.
Et c'est ce que le prophète dit à Israël : « Mon peuple, souviens-toi donc de ce que Balak, roi de Moav, avait projeté, et de ce que lui répondit Bilam, fils de Beor ; depuis Chittim jusqu'au Guilgal, afin que tu connaisses les actes de justice de l'Éternel » (Micha 6, 5). Que signifie : « Afin que tu connaisses les actes de justice de l'Éternel » ?
וְהַיְינוּ דְּאָמַר לְהוּ נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל: ״עַמִּי זְכָר נָא מַה יָּעַץ בָּלָק מֶלֶךְ מוֹאָב וְגוֹ׳״. מַאי ״לְמַעַן דַּעַת צִדְקוֹת ה׳״?
Rabbi Élazar a dit que le Saint, béni soit-Il, dit à Israël : Sachez combien d'actes de bonté J'ai accomplis en votre faveur, en ne Me mettant pas en colère durant les jours de Bilam le méchant, car si Je M'étais mis en colère, il ne serait pas resté un seul rescapé ni survivant parmi les ennemis d'Israël — euphémisme désignant Israël lui-même. D.ieu retint au contraire Sa colère, et la malédiction de Bilam resta sans effet.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: דְּעוּ כַּמָּה צְדָקוֹת עָשִׂיתִי עִמָּכֶם שֶׁלֹּא כָּעַסְתִּי בִּימֵי בִּלְעָם הָרָשָׁע, שֶׁאִלְמָלֵי כָּעַסְתִּי — לֹא נִשְׁתַּיֵּיר מִשּׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל שָׂרִיד וּפָלִיט.