Guémara
Poursuivant le sujet de la santé, on a enseigné dans une baraïta : Ben Azaï dit : sur tout lit, couche-toi, sauf sur le sol [la terre nue]. Sur tout siège, assieds-toi, sauf sur une poutre, de peur que tu n'en tombes. Chmouel a dit : dormir à l'aube est aussi efficace que la trempe [istema] l'est pour le fer. Aller à la selle à l'aube est aussi bénéfique que la trempe l'est pour le fer.
תַּנְיָא, בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: עַל כׇּל מִשְׁכָּב שְׁכַב, חוּץ מִן הַקַּרְקַע. עַל כׇּל מוֹשָׁב שֵׁב, חוּץ מִן הַקּוֹרָה. אָמַר שְׁמוּאֵל: שֵׁינָה בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר כְּאִסְטָמָא לְפַרְזְלָא. יְצִיאָה בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר כְּאִסְטָמָא לְפַרְזְלָא.
De même, la Guemara rapporte : Bar Kappara vendait des maximes pour des dinars ; il exprimait ses idées en formules brèves. Par exemple : si tu as faim, mange ; ne tarde pas à manger, car la faim risque de passer et ta nourriture ne te sera d'aucun profit. De même, si tu as soif, bois ; tant que la marmite bout encore, vide-la avant qu'elle ne refroidisse. C'est là une métaphore du fait de se soulager [se rendre aux toilettes sans attendre]. Bar Kappara dit aussi : lorsque le cor sonne à Rome, signifiant qu'il y a une demande de figues sur le marché romain, fils de marchand de figues, vends les figues de ton père — même sans sa permission — afin de ne pas manquer l'occasion.
בַּר קַפָּרָא הֲוָה מְזַבֵּן מִילֵּי בְּדִינָרֵי: עַד דְּכָפְנַתְּ — אֱכוֹל. עַד דְּצָחֵית — שְׁתִי, עַד דְּרָתְחָא קִדְרָךָ — שְׁפוֹךְ. קַרְנָא קָרְיָא בְּרוֹמִי, בַּר מְזַבֵּין תְּאֵנֵי, תְּאֵנֵי דַּאֲבוּךְ זַבֵּין.
Abayé dit aux Sages : lorsque vous empruntez les sentiers de la ville de Me'hoza pour sortir vous soulager dans un champ, ne regardez ni d'un côté ni de l'autre, car peut-être des femmes y sont-elles assises et il est inconvenant de les regarder.
אֲמַר לְהוּ אַבָּיֵי לְרַבָּנָן: כִּי עָיְילִיתוּ בִּשְׁבִילֵי דְמָחוֹזָא לְמִיפַּק בֵּיהּ בְּחַקְלָא, לָא תֶּחֱזוֹ לָא לְהַךְ גִּיסָא וְלָא לְהַךְ גִּיסָא, דִּלְמָא יָתְבֵי נְשֵׁי, וְלָאו אוֹרַח אַרְעָא לְאִסְתַּכּוֹלֵי בְּהוּ.
La Guemara rapporte : Rav Safra entra une fois dans des toilettes [beit hakissé], quand Rabbi Abba survint. Pour savoir s'il pouvait entrer, Rabbi Abba toussa près de la porte. Rav Safra lui dit : entre, mon maître. Lorsqu'il sortit, Rabbi Abba lui dit : jusqu'à présent tu n'es jamais entré à Séïr, le pays des Édomites, qui ne sont pas rigoureux dans leur pratique de la pudeur, et déjà tu as appris les coutumes de Séïr ! N'avons-nous pas appris dans la michna concernant le Beit haMikdach : il y avait là un foyer [près du bain rituel] et des toilettes d'honneur. Et voici en quoi consistait cet honneur : si on les trouvait verrouillées, on savait que quelqu'un s'y trouvait ; si on les trouvait ouvertes, on savait que personne ne s'y trouvait. Parler dans les toilettes n'est donc pas une conduite souhaitable.
רַב סָפְרָא עָל לְבֵית הַכִּסֵּא. אֲתָא רַבִּי אַבָּא, נְחַר לֵיהּ אַבָּבָא. אֲמַר לֵיהּ: לֵיעוּל מָר. בָּתַר דִּנְפַק אֲמַר לֵיהּ: עַד הַשְׁתָּא לָא עֲיַילְתְּ לְשֵׂעִיר, וּגְמַרְתְּ לָךְ מִילֵּי דְשֵׂעִיר! לָאו הָכִי תְּנַן: מְדוּרָה הָיְתָה שָׁם וּבֵית הַכִּסֵּא שֶׁל כָּבוֹד. וְזֶה הָיָה כְּבוֹדוֹ: מְצָאוֹ נָעוּל — בְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ שָׁם אָדָם, מְצָאוֹ פָּתוּחַ — בְּיָדוּעַ שֶׁאֵין שָׁם אָדָם. אַלְמָא לָאו אוֹרַח אַרְעָא הוּא!
La Guemara explique l'opinion de Rav Safra, qui dit à Rabbi Abba qu'il pouvait entrer alors qu'il était aux toilettes : Rav Safra estimait qu'il y avait danger pour Rabbi Abba. S'il avait attendu, incertain de pouvoir entrer ou non, il se serait mis en danger. Comme on l'a enseigné dans une baraïta : Rabban Chimon ben Gamliel dit : une colonne de matières fécales retenue, parce qu'on ne peut se soulager, provoque l'hydropisie [hidrokan]. Un jet [silon] d'urine retenu provoque la jaunisse.
וְהוּא סָבַר מְסוּכָּן הוּא. דְּתַנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: עַמּוּד הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן. סִילוֹן הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי יֵרָקוֹן.
La Guemara rapporte que Rabbi Élazar entra dans des toilettes. Survint ce Romain, qui le bouscula. Rabbi Élazar se leva et sortit ; un serpent vint et arracha les entrailles du Romain. Rabbi Élazar récita au sujet de ce Romain le verset : « C'est pourquoi je donnerai un homme [adam] à ta place » (Yéchaya 43, 4) ; ne lis pas adam, mais lis Édom, c'est-à-dire un Romain.
רַבִּי אֶלְעָזָר עָל לְבֵית הַכִּסֵּא. אֲתָא הַהוּא רוֹמָאָה דַּחֲקֵיהּ. קָם רַבִּי אֶלְעָזָר וּנְפַק. אֲתָא דְּרָקֹונָא שַׁמְטֵיהּ לְכַרְכְּשֵׁיהּ. קָרֵי עֲלֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר: ״וְאֶתֵּן אָדָם תַּחְתֶּיךָ״, אַל תִּקְרֵי ״אָדָם״ אֶלָּא ״אֱדוֹם״.
À propos de la pudeur dans les toilettes, la Guemara cite une autre allusion biblique. Lorsque David trouva Chaoul dans la grotte et l'épargna, en coupant le pan de son manteau, il lui dit : « Voici, en ce jour, tes yeux ont vu comment D.ieu t'avait livré aujourd'hui entre mes mains dans la grotte ; on a dit de te tuer, mais [mon œil] t'a épargné » (I Chmouel 24, 11).
״וְאָמַר לַהֲרָגֲךָ וַתָּחָס עָלֶיךָ״.
La Guemara demande : pourquoi le verset dit-il « et il a dit » ? Il aurait dû dire « et j'ai dit ». Pourquoi le verset dit-il « et tu as été épargné » ? Il aurait dû dire « et j'ai épargné ». Plutôt, Rabbi Élazar a dit : David dit à Chaoul : selon la loi de la Torah, tu mériterais d'être tué, car tu es un poursuivant [rodef] qui cherche à me tuer, et la Torah dit : si quelqu'un vient pour te tuer, devance-le et tue-le. Mais c'est la pudeur dont tu as fait preuve qui t'a épargné.
״וְאָמַר״, ״וְאָמַרְתִּי״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! ״וַתָּחָס״, ״וְחַסְתִּי״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לוֹ דָּוִד לְשָׁאוּל: מִן הַתּוֹרָה בֶּן הֲרִיגָה אַתָּה, שֶׁהֲרֵי רוֹדֵף אַתָּה, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: בָּא לְהׇרְגְּךָ — הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ, אֶלָּא צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בְּךָ, הִיא חָסָה עָלֶיךָ.
Et quelle est cette pudeur ? Comme il est écrit : « Il arriva aux parcs à brebis, sur le chemin, où se trouvait une grotte, et Chaoul y entra pour se couvrir les pieds [se soulager]. Or David et ses hommes étaient assis au fond de la grotte » (I Chmouel 24, 4). On a enseigné que les Sages ont dit : il y avait une clôture à l'intérieur d'une clôture, et une grotte à l'intérieur d'une grotte, et Chaoul entra se soulager par souci de pudeur. Quant à l'expression « pour se couvrir les pieds », Rabbi Élazar a dit : cela enseigne que, même là, il se couvrit de son vêtement comme d'une souka.
וּמַאי הִיא? — דִּכְתִיב: ״וַיָּבֹא אֶל גִּדְרוֹת הַצֹּאן עַל הַדֶּרֶךְ וְשָׁם מְעָרָה וַיָּבֹא שָׁאוּל לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו״. תָּנָא: גָּדֵר לִפְנִים מִן גָּדֵר, וּמְעָרָה לִפְנִים מִמְּעָרָה לְהָסֵךְ. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁסִּיכֵּךְ עַצְמוֹ כְּסוּכָּה.
La Guemara poursuit par une interprétation homilétique du verset : « David se leva et coupa furtivement le pan du manteau de Chaoul » (I Chmouel 24, 5). Rabbi Yossi, fils de Rabbi 'Hanina, a dit : quiconque traite les vêtements avec mépris — comme David qui déchira sans raison le manteau de Chaoul — sera puni en ceci qu'à la fin il ne tirera plus de profit de ses propres vêtements, comme il est dit : « Le roi David était vieux, avancé en âge ; on le couvrait de vêtements, mais il ne se réchauffait pas » (I Mélakhim 1, 1).
״וַיָּקָם דָּוִד וַיִּכְרֹת אֶת כְּנַף הַמְּעִיל אֲשֶׁר לְשָׁאוּל בַּלָּט״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: כׇּל הַמְבַזֶּה אֶת הַבְּגָדִים, סוֹף אֵינוֹ נֶהֱנֶה מֵהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהַמֶּלֶךְ דָּוִד זָקֵן בָּא בַּיָּמִים וַיְכַסֻּהוּ בַּבְּגָדִים וְלֹא יִחַם לוֹ״.
Quant à la parole de David à Chaoul : « Si c'est D.ieu qui t'a incité contre moi, qu'Il agrée une offrande » (I Chmouel 26, 19), Rabbi Élazar a dit que le Saint béni soit-Il dit à David : tu M'appelles incitateur ? En rétribution, Je te ferai trébucher sur une chose que même les écoliers connaissent, comme il est écrit : « Quand tu feras le dénombrement des enfants d'Israël selon leur compte, chacun donnera à D.ieu la rançon de sa personne lorsqu'on les comptera, afin qu'il n'y ait pas de fléau parmi eux quand on les comptera » (Chemot 30, 12). Aussitôt après que D.ieu eut dit cela à David, « Satan se dressa contre Israël et incita David à dénombrer Israël » (I Divré haYamim 21, 1). De plus, il est écrit : « La colère de D.ieu s'enflamma de nouveau contre Israël, et Il incita David contre eux, en disant : va, dénombre Israël et Juda » (II Chmouel 24, 1). La réponse proportionnée au fait que David avait traité D.ieu d'incitateur fut que D.ieu l'incita. Et lorsqu'il les compta, il ne préleva pas de rançon sur eux, et il fut puni, comme il est écrit : « D.ieu envoya une peste en Israël, depuis le matin jusqu'au temps fixé » (II Chmouel 24, 15).
״אִם ה׳ הֱסִיתְךָ בִי יָרַח מִנְחָה״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְדָוִד: ״מֵסִית״ קָרֵית לִי? הֲרֵי אֲנִי מַכְשִׁילְךָ בְּדָבָר שֶׁאֲפִילּוּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן יוֹדְעִים אוֹתוֹ. דִּכְתִיב: ״כִּי תִשָּׂא אֶת רֹאשׁ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִפְקֻדֵיהֶם וְנָתְנוּ אִישׁ כֹּפֶר נַפְשׁוֹ וְגוֹ׳״. מִיָּד, ״וַיַּעֲמֹד שָׂטָן עַל יִשְׂרָאֵל״, וּכְתִיב: ״וַיָּסֶת אֶת דָּוִד בָּהֶם לֵאמֹר לֵךְ מְנֵה אֶת יִשְׂרָאֵל״. וְכֵיוָן דִּמְנִינְהוּ לָא שְׁקַל מִינַּיְיהוּ כּוֹפֶר. דִּכְתִיב: ״וַיִּתֵּן ה׳ דֶּבֶר בְּיִשְׂרָאֵל מֵהַבֹּקֶר וְעַד עֵת מוֹעֵד״.
La Guemara demande : quel est le sens de « le temps fixé » ? Chmouel l'ancien, beau-père de Rabbi 'Hanina, a dit au nom de Rabbi 'Hanina : cela signifie depuis le moment où le sacrifice quotidien [le tamid] est égorgé jusqu'au moment où son sang est aspergé. Rabbi Yo'hanan a dit : cela signifie précisément jusqu'à midi.
מַאי ״עֵת מוֹעֵד״? אָמַר שְׁמוּאֵל סָבָא חַתְנֵיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא: מִשְּׁעַת שְׁחִיטַת הַתָּמִיד עַד שְׁעַת זְרִיקָתוֹ. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: עַד חֲצוֹת מַמָּשׁ.