Guémara
Il agit pour le mieux.
הַכֹּל לְטוֹבָה.
Et Rav Houna a dit que Rav a dit au nom de Rabbi Méir : les paroles d'un homme doivent toujours être peu nombreuses devant le Saint, béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « Ne te précipite pas avec ta bouche, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant D.ieu ; car D.ieu est au ciel, et toi sur la terre. C'est pourquoi, que tes paroles soient peu nombreuses » (Kohélet 5, 1).
וְאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: לְעוֹלָם יִהְיוּ דְּבָרָיו שֶׁל אָדָם מוּעָטִין לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תְּבַהֵל עַל פִּיךָ וְלִבְּךָ אַל יְמַהֵר לְהוֹצִיא דָבָר לִפְנֵי הָאֱלֹהִים כִּי הָאֱלֹהִים בַּשָּׁמַיִם וְאַתָּה עַל הָאָרֶץ עַל כֵּן יִהְיוּ דְבָרֶיךָ מְעַטִּים״.
Rav Nahman bar Rav Hisda interpréta de manière homilétique : que signifie ce qui est écrit : « Alors l'Éternel D.ieu forma [vayyitser] l'homme » (Béréchit 2, 7), avec deux yod ? Ce double yod fait allusion au fait que le Saint, béni soit-Il, créa deux penchants : l'un le bon penchant [yétser hatov] et l'autre le mauvais penchant [yétser hara].
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא: מַאי דִּכְתִיב ״וַיִּיצֶר ה׳ אֱלֹהִים אֶת הָאָדָם״ בִּשְׁנֵי יוֹדִין? — שְׁנֵי יְצָרִים בָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, אֶחָד יֵצֶר טוֹב וְאֶחָד יֵצֶר רָע.
Rav Nahman bar Yits'hak réfute vigoureusement cela : s'il en est ainsi, l'animal, à propos duquel vayyitser n'est pas écrit avec un double yod, n'aurait-il pas de penchant ? Or, ne voyons-nous pas qu'il cause des dégâts, mord et rue ! Plutôt, interprète le double yod de manière homilétique, selon l'opinion de Rabbi Chimon ben Pazi, car Rabbi Chimon ben Pazi a dit : cela fait allusion à la difficulté de la vie humaine ; malheur à moi à cause de mon Créateur [yotsri] et malheur à moi à cause de mon penchant [yitsri]. Si l'on choisit de suivre soit son Créateur, soit son penchant, malheur à lui à cause de l'autre.
מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֶלָּא מֵעַתָּה, בְּהֵמָה דְּלָא כְּתִיב בַּהּ ״וַיִּיצֶר״ לֵית לַהּ יִצְרָא? וְהָא קָא חֲזֵינַן דְּמַזְּקָא וְנָשְׁכָא וּבָעֲטָא! אֶלָּא כִּדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי ״אוֹי לִי מִיּוֹצְרִי וְאוֹי לִי מִיִּצְרִי״.
Autre explication possible : cette duplication dans le langage de la création peut s'expliquer selon l'enseignement de Rabbi Yirmeya ben Élazar, car Rabbi Yirmeya ben Élazar a dit : le Saint, béni soit-Il, créa deux visages [dou partsoufin] chez Adam, le premier homme ; il fut créé à la fois mâle et femelle dans un seul corps, ainsi qu'il est dit : « Tu m'as formé [tsartani] par-derrière et par-devant » (Téhilim 139, 5) ; tsartani dérive du mot tsoura [visage]. D.ieu forma deux visages sur une seule créature, dos et face.
אִי נָמֵי כִּדְרַבִּי יִרְמְיָה בֶּן אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בֶּן אֶלְעָזָר: דּוּ פַּרְצוּפִין בָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בָּאָדָם הָרִאשׁוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָחוֹר וָקֶדֶם צַרְתָּנִי״.
Il est dit : « Et l'Éternel D.ieu bâtit la tséla qu'Il avait prise de l'homme en une femme, et Il l'amena vers l'homme » (Béréchit 2, 22).
״וַיִּבֶן ה׳ אֱלֹהִים אֶת הַצֵּלָע״.
Rav et Chmouel divergent sur le sens du mot tséla : l'un a dit : cela signifie visage. Ève était à l'origine un visage ou un côté d'Adam. Et l'autre a dit : cela signifie queue, qu'il explique comme voulant dire que la tséla était un appendice, c'est-à-dire l'une des côtes de la poitrine d'Adam.
רַב וּשְׁמוּאֵל: חַד אָמַר פַּרְצוּף. וְחַד אָמַר זָנָב.
La Guemara analyse cette controverse : soit, selon celui qui dit que tséla signifie visage ; c'est pourquoi il est écrit : « Tu m'as formé [tsartani] par-derrière et par-devant ». Mais selon celui qui dit que tséla signifie queue, que signifie le verset : « Tu m'as formé [tsartani] par-derrière et par-devant » ? La Guemara répond : cela peut s'expliquer selon l'opinion de Rabbi Ami, car Rabbi Ami a dit : « par-derrière » signifie qu'Adam fut créé à la fin de l'œuvre de la création ; et « par-devant » signifie qu'il fut le premier pour le châtiment.
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף — הַיְינוּ דִּכְתִיב ״אָחוֹר וָקֶדֶם צַרְתָּנִי״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, מַאי ״אָחוֹר וָקֶדֶם צַרְתָּנִי״? כִּדְרַבִּי אַמֵּי, דְּאָמַר רַבִּי אַמֵּי: ״אָחוֹר״ — לְמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית, ״וָקֶדֶם״ — לְפוּרְעָנוּת.
La Guemara demande : soit, Adam fut « par-derrière », c'est-à-dire dernier dans l'œuvre de la création, ce qui signifie qu'il ne fut pas créé avant le sixième jour, la veille de Chabbat ; mais « par-devant », c'est-à-dire premier, pour le châtiment — de quel châtiment s'agit-il ? Si l'on dit qu'il fut le premier châtié à la suite de l'épisode du serpent, n'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta qu'à propos du châtiment, Rabbi Yehouda HaNassi dit : pour conférer un honneur, on commence par le plus grand ; pour maudire, on commence par le moindre.
בִּשְׁלָמָא ״אָחוֹר״ לְמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית — דְּלָא אִבְּרִי עַד מַעֲלֵי שַׁבְּתָא, אֶלָּא ״וָקֶדֶם״ לְפוּרְעָנוּת, פּוּרְעָנוּת דְּמַאי? אִילֵּימָא פּוּרְעָנוּת דְּנָחָשׁ, וְהָתַנְיָא רַבִּי אוֹמֵר: בִּגְדוּלָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל, וּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן.
La Guemara explique : pour conférer un honneur, on commence par le plus grand, ainsi qu'il est écrit : « Et Moché dit à Aaron, et à Élazar et à Itamar, ses fils restants : Prenez l'oblation qui reste » (Vayikra 10, 12). Aaron, qui était le plus grand parmi ceux concernés, est mentionné en premier. Et pour maudire, on commence par le moindre, car d'abord le serpent fut maudit, puis Ève fut maudite, et finalement Adam lui-même fut maudit. Le châtiment ne commença pas par Adam !
בִּגְדוּלָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל — דִּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן וְאֶל אֶלְעָזָר וְאֶל אִיתָמָר בָּנָיו הַנּוֹתָרִים קְחוּ וְגוֹ׳״. בִּקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן — בַּתְּחִלָּה נִתְקַלֵּל נָחָשׁ, וּלְבַסּוֹף נִתְקַלְּלָה חַוָּה, וּלְבַסּוֹף נִתְקַלֵּל אָדָם!
Plutôt, cela renvoie au châtiment du Déluge, ainsi qu'il est écrit : « Et Il effaça toute existence qui était sur la face de la terre, depuis l'homme jusqu'au bétail, jusqu'aux reptiles et aux oiseaux du ciel » (Béréchit 7, 23) ; le châtiment commença par l'homme, puis les animaux, et finalement toutes les autres créatures.
אֶלָּא פּוּרְעָנוּת דְּמַבּוּל, דִּכְתִיב: ״וַיִּמַח אֶת כׇּל הַיְקוּם אֲשֶׁר עַל פְּנֵי הָאֲדָמָה מֵאָדָם וְעַד בְּהֵמָה״, בְּרֵישָׁא אָדָם וַהֲדַר בְּהֵמָה.
Revenant à l'interprétation de vayyitser, la Guemara demande : soit, selon celui qui dit qu'Ève était à l'origine un visage ou un côté d'Adam ; c'est pourquoi il est écrit vayyitser, avec un double yod, qui fait allusion aux deux formations. Mais selon celui qui dit qu'elle était une queue, ou un appendice, d'Adam, qu'est-ce qui est exprimé en écrivant vayyitser avec un double yod ?
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף, הַיְינוּ דִּכְתִיב ״וַיִּיצֶר״ בִּשְׁנֵי יוֹדִין. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, מַאי ״וַיִּיצֶר״?