Guémara
…et qui enterre ses fils, tous ses péchés lui sont pardonnés.
וְקוֹבֵר אֶת בָּנָיו — מוֹחֲלִין לוֹ עַל כׇּל עֲוֹנוֹתָיו.
Rabbi Yo'hanan lui dit : Quelle est ta source pour cela ? Soit : si l'on s'adonne à la Torah et aux actes de bonté, ses péchés lui sont pardonnés, comme il est écrit : « Par la bonté et la vérité la faute est expiée » (Michlé / Proverbes 16, 6) ; la « bonté » désigne les actes de bonté (guemilout 'hassadim), comme il est dit : « Celui qui poursuit la charité et la bonté trouve la vie, la charité et l'honneur » (Michlé 21, 21), où bonté et charité sont mentionnées ensemble. Et la « vérité » désigne la Torah, comme il est dit : « Acquiers la vérité et ne la vends pas ; de même la sagesse, la discipline et l'intelligence » (Michlé 23, 23). Mais d'où déduit-on que les péchés de celui qui enterre ses fils lui sont également pardonnés ?
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: בִּשְׁלָמָא תּוֹרָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים, דִּכְתִיב: ״בְּחֶסֶד וֶאֱמֶת יְכֻפַּר עָוֹן״. ״חֶסֶד״ — זוֹ גְּמִילוּת חֲסָדִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רוֹדֵף צְדָקָה וָחָסֶד יִמְצָא חַיִּים צְדָקָה וְכָבוֹד״. ״אֱמֶת״ — זוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱמֶת קְנֵה וְאַל תִּמְכֹּר״. אֶלָּא ״קוֹבֵר אֶת בָּנָיו״ מִנַּיִן?
Une réponse fut fournie à Rabbi Yo'hanan lorsqu'un certain ancien lui enseigna, au nom de Rabbi Chimon bar Yo'haï : cette conclusion se déduit d'une analogie verbale (guezera chava) entre les mots « faute » et « faute ». Ici il est écrit : « Par la bonté et la vérité la faute est expiée », et là il est écrit : « Il rétribue la faute des pères dans le sein de leurs enfants » (Yirmeyahou / Jérémie 32, 18). Parce qu'Il « rétribue la faute des pères dans le sein de leurs enfants », les péchés du père lui sont pardonnés.
תְּנָא לֵיהּ הַהוּא סָבָא, מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי: אָתְיָא, ״עָוֹן״ ״עָוֹן״. כְּתִיב הָכָא ״בְּחֶסֶד וֶאֱמֶת יְכֻפַּר עָוֹן״, וּכְתִיב הָתָם ״וּמְשַׁלֵּם עֲוֹן אָבוֹת אֶל חֵיק בְּנֵיהֶם״.
Rabbi Yo'hanan dit : la lèpre (néga'im) et la souffrance liée à la perte d'enfants ne sont pas des afflictions d'amour (yissourin chel ahava).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: נְגָעִים וּבָנִים — אֵינָן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה.
La Guemara demande : la lèpre n'est-elle pas une affliction d'amour ? N'avons-nous pas appris dans une baraïta : si quelqu'un présente l'un des quatre signes de lèpre (Vayikra 13), ils ne sont rien d'autre qu'un autel d'expiation ?
וּנְגָעִים לָא? וְהָתַנְיָא: כׇּל מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֶחָד מֵאַרְבָּעָה מַרְאוֹת נְגָעִים הַלָּלוּ — אֵינָן אֶלָּא מִזְבַּח כַּפָּרָה!
La Guemara répond : bien que les signes de lèpre soient un autel d'expiation pour les péchés, ils ne constituent pas une affliction d'amour.
מִזְבַּח כַּפָּרָה — הָווּ, יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה — לָא הָווּ.
Et si tu le souhaites, dis plutôt : cette baraïta, qui affirme que la lèpre est une affliction d'amour, vaut pour nous, à Babylone, car hors d'Érets Israël nous ne sommes pas aussi rigoureux sur les lois de l'impureté rituelle, et le lépreux peut fréquenter autrui, ce qui adoucit sa souffrance. Et la déclaration de Rabbi Yo'hanan, selon laquelle la lèpre n'est pas une affliction d'amour, vaut pour eux, en Érets Israël, où l'on est extrêmement rigoureux sur les lois de l'impureté rituelle, de sorte que la souffrance du lépreux est grande, car il est banni de la société (Rav Haï Gaon).
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא — לָן. וְהָא — לְהוּ.
Et si tu le souhaites, dis plutôt : cette baraïta, qui affirme que la lèpre est une affliction d'amour, se rapporte à la lèpre cachée, qui n'atteint que les parties dissimulées du corps. Mais la déclaration de Rabbi Yo'hanan se rapporte à la lèpre visible, qui pousse ceux qui la voient à s'éloigner du lépreux.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא — בְּצִנְעָא, הָא — בְּפַרְהֶסְיָא.
La Guemara poursuit son objection : et la souffrance liée à la perte d'enfants n'est-elle pas une affliction d'amour ? La Guemara précise : de quel cas s'agit-il ? Si tu dis qu'il a eu des enfants et qu'ils sont morts, Rabbi Yo'hanan lui-même n'a-t-il pas dit, en consolant la victime d'un malheur : « Ceci est l'os de mon dixième fils » ? Rabbi Yo'hanan connut la mort de dix de ses enfants, et il conserva un petit os de son dixième enfant en souvenir douloureux. Il montrait cet os aux autres afin de les consoler, et puisqu'il le leur montrait, la mort de ses enfants devait assurément être une affliction d'amour. Il consolait autrui en montrant qu'il existe une intimité avec D.ieu dans cette souffrance (Tossefot). Pourquoi donc Rabbi Yo'hanan aurait-il dit que la souffrance liée à la perte d'enfants n'est pas une affliction d'amour ? Il faut plutôt conclure que lorsque Rabbi Yo'hanan a dit que ces afflictions ne sont pas des afflictions d'amour, il parlait de celui qui n'a pas d'enfants ; mais lorsqu'on a eu des enfants qui sont morts, cela peut fort bien être considéré comme une affliction d'amour.
וּבָנִים לָא?! הֵיכִי דָמֵי, אִילֵּימָא דַּהֲווֹ לְהוּ וּמֵתוּ, וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר? אֶלָּא הָא — דְּלָא הֲווֹ לֵיהּ כְּלָל. וְהָא — דַּהֲווֹ לֵיהּ וּמֵתוּ.
La Guemara poursuit le sujet de la souffrance et de l'affliction : l'élève de Rabbi Yo'hanan, Rabbi 'Hiyya bar Abba, tomba malade. Rabbi Yo'hanan entra lui rendre visite et lui dit : ta souffrance t'est-elle chère ? Désires-tu être malade et affligé ? Rabbi 'Hiyya lui répondit : je ne désire ni cette souffrance ni sa récompense, car celui qui accueille cette souffrance avec amour est récompensé. Rabbi Yo'hanan lui dit : donne-moi ta main. Rabbi 'Hiyya bar Abba lui donna sa main, et Rabbi Yo'hanan le releva et lui rendit la santé.
רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא חֲלַשׁ. עָל לְגַבֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יְדָךְ. יְהַב לֵיהּ יְדֵיהּ, וְאוֹקְמֵיהּ.
De même, Rabbi Yo'hanan tomba malade. Rabbi 'Hanina entra lui rendre visite et lui dit : ta souffrance t'est-elle chère ? Rabbi Yo'hanan lui répondit : je ne désire ni cette souffrance ni sa récompense. Rabbi 'Hanina lui dit : donne-moi ta main. Il lui donna sa main, et Rabbi 'Hanina le releva et lui rendit la santé.
רַבִּי יוֹחָנָן חֲלַשׁ. עָל לְגַבֵּיהּ רַבִּי חֲנִינָא. אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יְדָךְ. יְהַב לֵיהּ יְדֵיהּ, וְאוֹקְמֵיהּ.
La Guemara demande : pourquoi Rabbi Yo'hanan attendit-il que Rabbi 'Hanina lui rendît la santé ? S'il était capable de guérir son élève, que Rabbi Yo'hanan se relève donc lui-même !
אַמַּאי, לוֹקִים רַבִּי יוֹחָנָן לְנַפְשֵׁיהּ?