Guémara
Les Sages ont enseigné : Celui qui voit le soleil au commencement de son cycle, la lune dans sa puissance, les planètes sur leur orbite, ou les signes du zodiaque alignés selon leur ordre, récite : « Béni… [sois-Tu D.ieu,] Auteur de la création (ossé béréchit) ». La Guemara demande : Et quand le soleil se trouve-t-il au commencement de son cycle ? Abayé dit : Tous les vingt-huit ans, lorsque le cycle est achevé et revient à son point de départ, et que l'équinoxe de Nissan [l'équinoxe de printemps, où les jours et les nuits du printemps sont de durée égale] tombe dans la constellation de Chabtaï (Saturne), la nuit du troisième jour [de la semaine] et au soir [précédant] le quatrième ; car alors leur disposition redevient telle qu'elle était lorsque les corps célestes furent placés pour la première fois dans les cieux.
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה חַמָּה בִּתְקוּפָתָהּ, לְבָנָה בִּגְבוּרָתָהּ, וְכוֹכָבִים בִּמְסִילּוֹתָם, וּמַזָּלוֹת כְּסִדְרָן, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֵׂה בְרֵאשִׁית״. וְאֵימַת הָוֵי? אָמַר אַבָּיֵי: כׇּל עֶשְׂרִין וּתְמָנְיָא שְׁנִין, וְהָדַר מַחְזוֹר וְנָפְלָה תְּקוּפַת נִיסָן, בְּשַׁבְּתַאי בְּאוּרְתָּא דִּתְלָת נַגְהֵי אַרְבַּע.
Nous avons appris dans la Michna que Rabbi Yéhouda dit : Celui qui voit la grande mer de manière intermittente récite : « Béni… [sois-Tu D.ieu,] qui as fait la grande mer (chéassa et hayam hagadol) ». La Guemara demande : Combien de temps faut-il [pour que ce soit] « par intervalles » ? Rami bar Abba dit au nom de Rav Yitshak : Trente jours.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הָרוֹאֶה הַיָּם וְכוּ׳ לִפְרָקִים. עַד כַּמָּה? אָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר רַב יִצְחָק: עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם.
Et Rami bar Abba dit au nom de Rav Yitshak : Celui qui voit le fleuve Perat (l'Euphrate) près du pont de Bavel (Babylone) récite : « Béni… [sois-Tu D.ieu,] Auteur de la création (ossé béréchit) ». La Guemara ajoute : Et maintenant que les Perses ont détourné le cours du fleuve, on ne récite la bénédiction qu'en amont de Bé Chavor ; en aval, [le fleuve] ne coule plus comme il le faisait lors de la création, et là on ne récite donc pas la bénédiction « Auteur de la création ». Rav Yossef dit : On ne récite la bénédiction qu'en amont de Ihi Dékira. Et Rami bar Abba dit : Celui qui voit le Hidékel (le Tigre) sur le pont de Chavistana récite : « Béni… [sois-Tu D.ieu,] Auteur de la création ».
וְאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר רַב יִצְחָק: הָרוֹאֶה פְּרָת אַגִּשְׁרָא דְבָבֶל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֵׂה בְרֵאשִׁית״. וְהָאִידָּנָא דְּשַׁנְיוּהּ פָּרְסָאֵי — מִבֵּי שַׁבּוּר וּלְעֵיל. רַב יוֹסֵף אָמַר: מֵאִיהִי דְקִירָא וּלְעֵיל. וְאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא: הָרוֹאֶה דִּגְלַת אַגִּשְׁרָא דְּשָׁבִיסְתְּנָא, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֵׂה בְּרֵאשִׁית״.
La Guemara entreprend d'expliquer les noms de ces fleuves. Quelle est l'origine du nom Hidékel [le Tigre] ? Rav Achi dit : Son nom est un acronyme tiré du fait que ses eaux sont vives [hadin] et légères [kalin], et donc bonnes à boire. Quelle est l'origine du nom Perat [l'Euphrate] ? Il est ainsi nommé parce que ses eaux sont fécondes [parin] et se multiplient [ravin] ; on y trouve quantité de poissons.
מַאי ״חִדֶּקֶל״ — אָמַר רַב אָשֵׁי: שֶׁמֵּימָיו חַדִּין וְקַלִּין. מַאי ״פְּרָת״? — שֶׁמֵּימָיו פָּרִין וְרָבִין.
Au sujet du fleuve Tigre, Rava dit : Les habitants de la ville de Mehoza sont vifs [d'esprit] parce qu'ils boivent l'eau du Tigre ; ils ont le teint rouge parce qu'ils ont des relations conjugales en plein jour ; et leurs yeux sont sans cesse en mouvement parce qu'ils habitent des maisons obscures.
וְאָמַר רָבָא: הַאי דַּחֲרִיפֵי בְּנֵי מָחוֹזָא — מִשּׁוּם דְּשָׁתוּ מַיָּא דְּדִגְלַת. הַאי דְּגִיחוֹרֵי — מִשּׁוּם דִּמְשַׁמְּשִׁי בִּימָמָא. וְהַאי דְּנָיְידִי עֵינַיְיהוּ — מִשּׁוּם דְּדָיְירוּ בְּבַיִת אָפֵל.
Nous avons appris dans notre Michna que, sur la pluie, on récite la bénédiction : « Béni… [sois-Tu D.ieu,] qui es bon et qui fais le bien (hatov vehametiv) ». La Guemara demande : Et sur la pluie récite-t-on vraiment la bénédiction « qui es bon et qui fais le bien » ? Rabbi Abahou n'a-t-il pas dit — et certains rapportent que cela fut enseigné dans une braïta : À partir de quand récite-t-on la bénédiction sur la pluie ? À partir du moment où le fiancé est sorti à la rencontre de la fiancée. Autrement dit, lorsqu'il y a des flaques d'eau sur le sol : le fiancé, c'est-à-dire les gouttes qui tombent d'en haut, fait jaillir la fiancée, c'est-à-dire l'eau d'en bas.
עַל הַגְּשָׁמִים כּוּ׳. וְעַל הַגְּשָׁמִים ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״ מְבָרֵךְ? וְהָאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: מֵאֵימָתַי מְבָרְכִין עַל הַגְּשָׁמִים — מִשֶּׁיֵּצֵא חָתָן לִקְרַאת כַּלָּה.
La Guemara demande : Quelle bénédiction récite-t-on [alors] ? Rav Yéhouda dit : La formule de la bénédiction est : « Nous Te rendons grâce pour chaque goutte que Tu as fait descendre pour nous. » Et Rabbi Yohanan conclut ainsi la bénédiction : « Quand notre bouche serait aussi pleine de chant que la mer… nous ne saurions Te louer assez, ô D.ieu notre D.ieu » — et il poursuit avec la formule de nichmat que l'on récite le matin de Chabbat, jusqu'à : « se prosternera devant Toi. Béni sois-Tu, ô D.ieu, à qui sont offertes d'abondantes actions de grâce (rov hahodaot). »
מַאי מְבָרְכִין? אָמַר רַב יְהוּדָה: ״מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ עַל כׇּל טִפָּה וְטִפָּה שֶׁהוֹרַדְתָּ לָנוּ״. וְרַבִּי יוֹחָנָן מְסַיֵּים בַּהּ הָכִי: ״אִילּוּ פִינוּ מָלֵא שִׁירָה כַּיָּם וְכוּ׳ אֵין אֲנַחְנוּ מַסְפִּיקִין לְהוֹדוֹת לְךָ ה׳ אֱלֹהֵינוּ״, עַד ״תִּשְׁתַּחֲוֶה״. ״בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ רוֹב הַהוֹדָאוֹת״.
La Guemara demande : La bénédiction dit-elle « d'abondantes actions de grâce (rov hahodaot) » et non « toutes les actions de grâce » ? Assurément, toutes les actions de grâce reviennent à D.ieu. Rava dit : Corrige la formule de la bénédiction et dis : « le D.ieu des actions de grâce (haKel hahodaot) ». Rav Papa dit : Par conséquent, récitons les deux : « d'abondantes actions de grâce (rov hahodaot) » et « le D.ieu des actions de grâce (haKel hahodaot) ».
״רוֹב הַהוֹדָאוֹת״ וְלָא כׇּל הַהוֹדָאוֹת? אָמַר רָבָא: אֵימָא — ״הָאֵל הַהוֹדָאוֹת״. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ, ״רוֹב הַהוֹדָאוֹת״ וְ״הָאֵל הַהוֹדָאוֹת״.
Cependant, [la difficulté] demeure : car il apparaît que la bénédiction sur la pluie n'est pas « qui es bon et qui fais le bien (hatov vehametiv) », comme l'indique pourtant notre Michna. La Guemara répond : Cela n'est pas difficile. Ceci — ce que nous avons appris dans notre Michna, que l'on récite « qui es bon et qui fais le bien » — vise le cas où l'on a entendu dire que la pluie est tombée. Cela — où nous avons appris que l'on récite « Nous Te rendons grâce », etc. — vise le cas où l'on a vu tomber la pluie.
וְאֶלָּא קַשְׁיָא! — לָא קַשְׁיָא, הָא דִּשְׁמַע מִשְׁמָע, הָא דַּחֲזָא מִחְזֵי.
La Guemara demande : Celui qui a entendu dire que la pluie est tombée, c'est là un cas de bonne nouvelle. Or nous avons appris dans la Michna que, sur une bonne nouvelle, on récite « qui es bon et qui fais le bien (hatov vehametiv) ». Il n'y a donc aucune raison pour que la Michna mentionne la pluie séparément.
דִּשְׁמַע מִשְׁמָע הַיְינוּ בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת, וּתְנַן: עַל בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת אוֹמֵר ״בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״!
Plutôt : ceci [l'enseignement de Rabbi Abahou] et cela [la Michna] visent tous deux le cas où l'on a vu tomber la pluie, et cela n'est pas difficile. Ceci [l'enseignement de Rabbi Abahou, selon lequel on récite « Nous Te rendons grâce », etc.] vise le cas où il est tombé peu de pluie, tandis que cela [la Michna, qui dit que l'on récite « qui es bon et qui fais le bien »] vise le cas où il est tombé beaucoup de pluie. Et si tu veux, dis plutôt : ceci et cela visent des cas où il est tombé beaucoup de pluie, et cela n'est pas difficile. Ceci [la Michna] vise le cas où l'on possède une terre, tandis que cela [l'enseignement de Rabbi Abahou, selon lequel on récite « Nous Te rendons grâce », etc.] vise le cas où l'on ne possède pas de terre, de sorte que la pluie ne lui profite pas directement.
אֶלָּא: אִידֵּי וְאִידֵּי דַּחֲזָא מִחְזֵי, וְלָא קַשְׁיָא: הָא דַּאֲתָא פּוּרְתָּא, הָא דַּאֲתָא טוּבָא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא דַּאֲתָא טוּבָא, וְלָא קַשְׁיָא — הָא דְּאִית לֵיהּ אַרְעָא, הָא דְּלֵית לֵיהּ אַרְעָא.
La Guemara demande : Celui qui possède une terre récite « qui es bon et qui fais le bien (hatov vehametiv) » ? N'avons-nous pas appris dans la MISHNA : Celui qui a bâti une maison neuve ou acheté des ustensiles neufs récite : « Béni… [sois-Tu D.ieu,] qui nous as fait vivre… et nous as fait parvenir à ce moment (chéhéhéyanou) ». Or [si la pluie tombe sur une terre] qui lui appartient en propre, il devrait réciter « qui nous as fait vivre (chéhéhéyanou) » et non « qui es bon et qui fais le bien » ; ce n'est que [pour une terre] qui appartient à lui et à d'autres [en indivision] qu'il récite « qui es bon et qui fais le bien ».
אִית לֵיהּ אַרְעָא ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״ מְבָרֵךְ?! וְהָא תְּנַן: בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ, וְקָנָה כֵּלִים חֲדָשִׁים, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱיָינוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה״. שֶׁלּוֹ וְשֶׁל אֲחֵרִים — אוֹמֵר: ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״?