Guémara
[Les Émorites] se creusèrent des cavernes et s'y tapirent. Ils dirent : Lorsque Israël passera ici, nous les tuerons. Et ils ne savaient pas que l'arche de l'alliance précédait les enfants d'Israël et aplanissait les montagnes devant eux. Lorsque l'arche arriva, les montagnes se collèrent l'une à l'autre et les tuèrent ; et leur sang s'écoula vers les torrents de l'Arnon. Lorsque Et et Hev [les lépreux] arrivèrent, ils virent le sang qui sortait d'entre les montagnes ; ils vinrent le rapporter à Israël, et Israël entonna un cantique [chira]. C'est ce qui est écrit : « Et l'épanchement des torrents qui s'inclina vers le site de Ar et s'appuya sur la frontière de Moav » (Bamidbar 21, 15). [Cela se rapporte à l'épanchement des torrents, là où la montagne — jadis une vallée — s'étendit en direction de la montagne de Ar, en Moav.]
עָבְדִי לְהוֹן נְקִירָתָא וּטְשׁוֹ בְּהוֹן. אָמְרִי: כִּי חָלְפִי יִשְׂרָאֵל הָכָא — נִקְטְלִינּוּן, וְלָא הֲווֹ יָדְעִי דְּאָרוֹן הֲוָה מְסַגֵּי קַמַּיְיהוּ דְּיִשְׂרָאֵל וַהֲוָה מַמֵּיךְ לְהוּ טוּרֵי מִקַּמַּיְיהוּ. כֵּיוָן דַּאֲתָא אָרוֹן, אִדְּבַקוּ טוּרֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, וְקַטְלִינּוּן, וּנְחַת דְּמַיְיהוּ לְנַחֲלֵי אַרְנוֹן. כִּי אֲתוֹ אֶת וָהֵב, חֲזוֹ דְּמָא דְּקָא נָפֵיק מִבֵּינֵי טוּרֵי. אֲתוֹ וְאָמְרִי לְהוּ לְיִשְׂרָאֵל וַאֲמַרוּ שִׁירָה. הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וְאֶשֶׁד הַנְּחָלִים אֲשֶׁר נָטָה לְשֶׁבֶת עָר וְנִשְׁעַן לִגְבוּל מוֹאָב״.
Parmi les sites énumérés dans la baraïta où l'on est tenu de réciter une berakha en reconnaissance des miracles qui s'y produisirent figurait le site des grêlons d'Elgavich. La Guemara demande : Que sont les grêlons d'Elgavich ?
אַבְנֵי אֶלְגָּבִישׁ. מַאי אַבְנֵי אֶלְגָּבִישׁ?
Il a été enseigné dans le midrach : Ce sont les pierres qui demeurèrent suspendues [dans les airs et ne tombèrent pas] à cause d'un homme [al gav ich], et qui retombèrent à cause d'un homme [al gav ich]. La Guemara explique : Elles demeurèrent suspendues à cause d'un homme — c'est Moché, que le verset désigne comme « homme », ainsi qu'il est écrit : « Et l'homme Moché était fort humble » (Bamidbar 12, 3), et il est écrit : « Et Moché sortit de la ville, loin de Pharaon, et étendit ses mains vers l'Éternel ; les tonnerres et la grêle cessèrent, et la pluie ne se déversa plus sur la terre » (Chemot 9, 33). [Les grêlons de Moché demeurèrent suspendus.] Et les pierres retombèrent à cause d'un homme — c'est Yéhochoua, lui aussi appelé « homme », ainsi qu'il est écrit : « Prends Yéhochoua fils de Noun, un homme en qui réside l'esprit » (Bamidbar 27, 18). Et il est écrit que, lorsque Yéhochoua et son peuple livrèrent bataille à l'armée des rois émorites, [D.ieu les fit périr précisément par ces pierres :] « Comme ils fuyaient devant Israël, à la descente de Beth 'Horon, l'Éternel fit tomber sur eux du ciel de grosses pierres jusqu'à Azéka, et ils moururent ; ils furent plus nombreux à mourir par les grêlons que ceux que les enfants d'Israël tuèrent par l'épée » (Yéhochoua 10, 11).
תָּנָא: אֲבָנִים שֶׁעָמְדוּ עַל גַּב אִישׁ, וְיָרְדוּ עַל גַּב אִישׁ. עָמְדוּ עַל גַּב אִישׁ — זֶה מֹשֶׁה, דִּכְתִיב: ״וְהָאִישׁ מֹשֶׁה עָנָו מְאֹד״, וּכְתִיב: ״וַיַּחְדְּלוּ הַקֹּלוֹת וְהַבָּרָד וּמָטָר לֹא נִתַּךְ אָרְצָה״. יָרְדוּ עַל גַּב אִישׁ — זֶה יְהוֹשֻׁעַ, דִּכְתִיב: ״קַח לְךָ אֶת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן אִישׁ אֲשֶׁר רוּחַ בּוֹ״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי בְּנוּסָם מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הֵם בְּמוֹרַד בֵּית חוֹרֹן וַה׳ הִשְׁלִיךְ עֲלֵיהֶם אֲבָנִים גְּדֹלוֹת״.
Quant au rocher que Og, roi du Bachan, chercha à lancer sur Israël, il n'en existe aucune référence biblique, mais une tradition fut transmise. La Guemara rapporte qu'Og dit : Quelle est la dimension du camp d'Israël ? Trois parsa. Je vais aller arracher une montagne de trois parsa, je la lancerai sur eux et je les tuerai. Il alla, arracha une montagne de trois parsa et la porta sur sa tête. Et le Saint, béni soit-Il, fit venir sur elle des sauterelles [kamtsé] qui la percèrent, et elle retomba autour de son cou.
אֶבֶן שֶׁבִּקֵּשׁ עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן לִזְרוֹק עַל יִשְׂרָאֵל, גְּמָרָא גְּמִירִי לַהּ. אֲמַר מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל כַּמָּה הָוֵי — תְּלָתָא פַּרְסֵי, אֵיזֵיל וְאֶיעֱקַר טוּרָא בַּר תְּלָתָא פַּרְסֵי וְאִישְׁדֵּי עֲלַיְיהוּ, וְאִיקְטְלִינְהוּ. אֲזַל עֲקַר טוּרָא בַּר תְּלָתָא פַּרְסֵי וְאַיְיתִי עַל רֵישֵׁיהּ, וְאַיְיתִי קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא עֲלֵיהּ קַמְצֵי וְנַקְבוּהּ, וּנְחֵית בְּצַוְּארֵיהּ.
Og voulut l'en retirer ; ses dents s'allongèrent d'un côté et de l'autre [de sa tête], et il ne put l'en retirer. C'est ce qui est écrit : « Tu as brisé les dents des méchants » (Tehilim 3, 8). Et cela s'accorde avec l'interprétation homilétique de Rabbi Chimon ben Lakich, car Rabbi Chimon ben Lakich a dit : Que signifie ce qui est écrit : « Tu as brisé [chibarta] les dents des méchants » ? Ne lis pas « chibarta » [Tu as brisé], mais « chirbavta » [Tu as allongé].
הֲוָה בָּעֵי לְמִשְׁלְפֵהּ, מָשְׁכִי שִׁינֵּיהּ לְהַאי גִּיסָא וּלְהַאי גִּיסָא וְלָא מָצֵי לְמִשְׁלְפֵהּ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״שִׁנֵּי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ״. וְכִדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ. דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַאי דִּכְתִיב ״שִׁנֵּי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ״ — אַל תִּקְרֵי ״שִׁבַּרְתָּ״ אֶלָּא ״שִׁרְבַּבְתָּ״.
Le récit se conclut : Quelle était la taille de Moché ? Il mesurait dix coudées. Il prit une hache de dix coudées, bondit de dix coudées, frappa Og à la cheville et le tua.
מֹשֶׁה כַּמָּה הֲוָה — עֶשֶׂר אַמּוֹת, שְׁקֵיל נַרְגָּא בַּר עֲשַׂר אַמִּין, שְׁוַור עֲשַׂר אַמִּין, וּמַחְיֵיהּ בְּקַרְסוּלֵּיהּ וְקַטְלֵיהּ.
On doit réciter une berakha lorsqu'on voit le rocher sur lequel Moché s'assit, comme il est écrit : « Or les mains de Moché étaient lourdes ; ils prirent une pierre, la placèrent sous lui, et il s'assit dessus » (Chemot 17, 12).
וְאֶבֶן שֶׁיָּשַׁב עָלֶיהָ מֹשֶׁה — דִּכְתִיב: ״וִידֵי מֹשֶׁה כְּבֵדִים וַיִּקְחוּ אֶבֶן וַיָּשִׂימוּ תַחְתָּיו וַיֵּשֶׁב עָלֶיהָ״.
Et l'on doit réciter une berakha en voyant la femme de Lot, comme il est dit : « Mais sa femme regarda derrière lui, et elle devint une colonne de sel » (Béréchit 19, 26). Et [pour] le rempart de Yéri'ho qui fut englouti, comme il est écrit : « Et le rempart s'écroula sur place » (Yéhochoua 6, 20).
וְאִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתַּבֵּט אִשְׁתּוֹ מֵאַחֲרָיו וַתְּהִי נְצִיב מֶלַח״. וְחוֹמַת יְרִיחוֹ שֶׁנִּבְלְעָה — דִּכְתִיב: ״וַתִּפֹּל הַחוֹמָה תַּחְתֶּיהָ״.
La Guemara demande : Soit, sur tous ceux-là [on récite une berakha] : ce sont des miracles ; mais la femme de Lot est un malheur [pouranouta] ! Pourquoi réciter une berakha sur un malheur ? La Guemara répond : Celui qui voit ce lieu récite : « Béni… [es-Tu,] le Juge de vérité [dayan haemet]. »
בִּשְׁלָמָא כּוּלְּהוּ — נִיסָּא, אֶלָּא אִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט פּוּרְעָנוּתָא הוּא! — דְּאָמַר ״בָּרוּךְ … דַּיַּין הָאֱמֶת״.
La Guemara demande : Mais la baraïta enseigne que sur tous ceux-là on doit « rendre grâce et offrir louange » ! La Guemara répond : Il faut corriger la formulation de la baraïta et enseigner : Sur Lot et sur sa femme, on récite deux berakhot. Sur sa femme on récite : « Béni… [es-Tu,] le Juge de vérité » ; et sur Lot on récite : « Béni… [es-Tu, qui] te souviens des justes [zokher et hatsadikim]. » Car Rabbi Yo'hanan a dit : [Du récit de Lot on peut apprendre que] même à l'heure de la colère du Saint, béni soit-Il, Il se souvient des justes, comme il est dit : « Et il advint, lorsque D.ieu détruisit les villes de la plaine, que D.ieu se souvint d'Abraham et fit sortir Lot du milieu du bouleversement, lorsqu'Il bouleversa les villes où habitait Lot » (Béréchit 19, 29).
וְהָא ״הוֹדָאָה וָשֶׁבַח״ קָתָנֵי! תְּנִי: עַל לוֹט וְעַל אִשְׁתּוֹ מְבָרְכִים שְׁתַּיִם. עַל אִשְׁתּוֹ אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … דַּיַּין הָאֱמֶת״, וְעַל לוֹט אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … זוֹכֵר אֶת הַצַּדִּיקִים״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, זוֹכֵר אֶת הַצַּדִּיקִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בְּשַׁחֵת אֱלֹהִים אֶת עָרֵי הַכִּכָּר וַיִּזְכֹּר אֱלֹהִים אֶת אַבְרָהָם וַיְשַׁלַּח אֶת לוֹט מִתּוֹךְ הַהֲפֵכָה וְגוֹ׳״.
La baraïta a également enseigné que l'on récite une berakha pour le rempart de Yéri'ho qui fut englouti sur place. La Guemara demande : Les remparts de Yéri'ho furent-ils donc engloutis dans le sol ? Ne s'écroulèrent-ils pas, comme il est dit : « Et il advint, lorsque le peuple entendit le son du chofar, que le peuple poussa une grande clameur, et le rempart s'écroula sur place » (Yéhochoua 6, 20) ? La Guemara explique : Puisque la largeur et la hauteur des remparts étaient égales l'une à l'autre, c'est pour cela qu'ils furent engloutis. [S'ils s'étaient simplement écroulés, cela n'aurait eu aucun effet, leur largeur étant égale à leur hauteur.]
וְחוֹמַת יְרִיחוֹ שֶׁנִּבְלְעָה. וְחוֹמַת יְרִיחוֹ נִבְלְעָה? וְהָא נָפְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כִשְׁמֹעַ הָעָם אֶת קוֹל הַשּׁוֹפָר וַיָּרִיעוּ הָעָם תְּרוּעָה גְדוֹלָה וַתִּפֹּל הַחוֹמָה תַּחְתֶּיהָ״! — כֵּיוָן דְּפוּתְיַהּ וְרוּמַהּ כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ, מִשּׁוּם הָכִי אִבַּלְעָה בְּלוֹעֵי.
Rav Yéhouda a dit au nom de Rav : Quatre doivent rendre grâce à D.ieu [par une offrande de reconnaissance et une berakha spéciale]. Ce sont : ceux qui descendent en mer [les marins], ceux qui cheminent dans le désert, celui qui était malade et a guéri, et celui qui était enfermé en prison et en est sorti. [Tous ceux-là figurent dans les versets d'un psaume (Tehilim 107).]
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אַרְבָּעָה צְרִיכִין לְהוֹדוֹת: יוֹרְדֵי הַיָּם, הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת, וּמִי שֶׁהָיָה חוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא, וּמִי שֶׁהָיָה חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִים וְיָצָא.