Mishna 1
Cette michna — qui englobe l'ensemble des michnayot de ce chapitre [« Haroé »] — contient une série de berakhot et de halakhot qui ne se récitent pas à des moments fixés, mais en réponse à diverses expériences et à divers événements. MICHNA : Celui qui voit un lieu où des miracles [nissim] se sont produits en faveur d'Israël récite : « Béni… [es-Tu, qui] as accompli des miracles pour nos ancêtres en ce lieu. » Celui qui voit un lieu d'où une idolâtrie [avoda zara] a été extirpée récite : « Béni… [es-Tu, qui] as extirpé l'idolâtrie de notre pays. »
מַתְנִי׳ הָרוֹאֶה מָקוֹם שֶׁנַּעֲשׂוּ בּוֹ נִסִּים לְיִשְׂרָאֵל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁעָשָׂה נִסִּים לַאֲבוֹתֵינוּ בַּמָּקוֹם הַזֶּה״. מָקוֹם שֶׁנֶּעֶקְרָה מִמֶּנּוּ עֲבוֹדָה זָרָה, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁעָקַר עֲבוֹדָה זָרָה מֵאַרְצֵנוּ״.(משנה)
Sur les zikin et les zeva'ot [phénomènes que la Guemara examinera plus bas], sur le tonnerre, sur les vents en bourrasque et sur les éclairs — manifestations de la puissance du Créateur — on récite : « Béni… [es-Tu, dont] la force et la puissance emplissent le monde. » Sur les montagnes, sur les collines, sur les mers, sur les fleuves et sur les déserts [d'une grandeur extraordinaire (Rambam)], on récite : « Béni… [es-Tu,] Auteur de la création [ossé béréchit]. » Conformément à son opinion selon laquelle une berakha distincte devrait être instituée pour chaque espèce particulière, Rabbi Yéhouda dit : Celui qui voit la grande mer [yam hagadol] récite une berakha spéciale : « Béni… [es-Tu, qui] as fait la grande mer. » Comme pour toutes les berakhot de ce genre, on ne la récite que lorsqu'on voit la mer par intervalles, et non de façon régulière.
עַל הַזִּיקִין, וְעַל הַזְּוָעוֹת, וְעַל הָרְעָמִים, וְעַל הָרוּחוֹת, וְעַל הַבְּרָקִים אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁכֹּחוֹ וּגְבוּרָתוֹ מָלֵא עוֹלָם״. עַל הֶהָרִים, וְעַל הַגְּבָעוֹת, וְעַל הַיַּמִּים, וְעַל הַנְּהָרוֹת, וְעַל הַמִּדְבָּרוֹת אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֵׂה בְּרֵאשִׁית״. רַבִּי יְהוּדָה, אוֹמֵר: הָרוֹאֶה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל״ — בִּזְמַן שֶׁרוֹאֵהוּ לִפְרָקִים.
Sur les pluies et sur les bonnes nouvelles, on récite la berakha spéciale : « Béni… [es-Tu,] qui es bon et qui fais le bien [hatov vehamétiv]. » Même sur de mauvaises nouvelles, on récite une berakha spéciale : « Béni… [es-Tu,] le Juge de vérité [dayan haemet]. » De même, lorsqu'on a bâti une maison neuve ou acheté des ustensiles neufs, on récite : « Béni… [es-Tu, qui] nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à ce temps [chéhé'héyanou]. » La Michna énonce un principe général : On récite une berakha pour le mal qui survient tout comme pour le bien. Autrement dit, on récite la berakha appropriée à l'épreuve que l'on traverse à présent, bien qu'elle puisse receler quelque élément positif pour l'avenir. De même, on doit réciter une berakha pour le bien qui survient tout comme pour le mal.
עַל הַגְּשָׁמִים, וְעַל בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״. עַל בְּשׂוֹרוֹת רָעוֹת אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת״. בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ, וְקָנָה כֵּלִים חֲדָשִׁים, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱיָינוּ וְקִיְּימָנוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה״. מְבָרֵךְ עַל הָרָעָה מֵעֵין עַל הַטּוֹבָה, וְעַל הַטּוֹבָה מֵעֵין עַל הָרָעָה.
La Michna énonce : Et celui qui crie [implore] au sujet du passé, dans une tentative de changer ce qui a déjà eu lieu, voilà une prière vaine [tefilat chav]. Par exemple, celui dont l'épouse est enceinte et qui dit : « Que ce soit Ta volonté, ô D.ieu, que mon épouse enfante un garçon » — voilà une prière vaine. Ou celui qui cheminait sur la route [vers chez lui] et entendit le bruit d'un cri dans la ville, et qui dit : « Que ce soit Ta volonté que cela ne provienne pas de ma maison » — voilà une prière vaine. [Dans les deux cas, l'événement a déjà eu lieu.]
וְהַצּוֹעֵק לְשֶׁעָבַר — הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא. הָיְתָה אִשְׁתּוֹ מְעוּבֶּרֶת, וְאוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן שֶׁתֵּלֵד אִשְׁתִּי זָכָר״ — הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא. הָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר, וְאוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן שֶׁלֹּא תְּהֵא בְּתוֹךְ בֵּיתִי״ — הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא.
Les Sages ont également dit : Celui qui entre dans une grande ville [kerakh — la Guemara expliquera plus bas qu'il s'agit d'un cas où l'entrée dans la ville est dangereuse] récite deux prières : l'une à son entrée, afin d'y entrer en paix, et l'autre à sa sortie, afin d'en sortir en paix. Ben Azzaï dit : Il récite quatre prières, deux à son entrée et deux à sa sortie. Outre qu'il prie d'entrer et de sortir en paix, il rend grâce pour le passé et implore [par la prière] pour l'avenir.
הַנִּכְנָס לִכְרַךְ מִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם, אַחַת בִּכְנִיסָתוֹ, וְאַחַת בִּיצִיאָתוֹ. בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: אַרְבַּע, שְׁתַּיִם בִּכְנִיסָתוֹ, וּשְׁתַּיִם בִּיצִיאָתוֹ. נוֹתֵן הוֹדָאָה עַל שֶׁעָבַר וְצוֹעֵק עַל הֶעָתִיד.
La Michna énonce un principe général : On est tenu de réciter une berakha pour le mal qui survient tout comme on récite une berakha pour le bien qui survient, comme il est dit : « Tu aimeras l'Éternel ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir » (Devarim 6, 5). La Michna explique ce verset ainsi : « De tout ton cœur » signifie avec tes deux penchants, avec ton bon penchant [yétser tov] et ton mauvais penchant [yétser hara], qui tous deux doivent être assujettis à l'amour de D.ieu. « De toute ton âme » signifie même s'Il prend ton âme. « Et de tout ton pouvoir [meodekha] » signifie avec tout ton argent [car la richesse est désignée dans la Bible par le mot « pouvoir »]. Autre explication : « De tout ton pouvoir [meodekha] » signifie : pour chaque mesure [mida] qu'Il te mesure — qu'elle soit bonne ou éprouvante — rends-Lui grâce.
חַיָּיב אָדָם לְבָרֵךְ עַל הָרָעָה כְּשֵׁם שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָהַבְתָּ אֵת ה׳ אֱלֹהֶיךָ בְּכׇל לְבָבְךָ וְגוֹ׳״. ״בְּכָל לְבָבְךָ״ — בִּשְׁנֵי יְצָרֶיךָ, בְּיֵצֶר טוֹב וּבְיֵצֶר הָרָע. ״וּבְכׇל נַפְשְׁךָ״ — אֲפִילּוּ הוּא נוֹטֵל אֶת נַפְשְׁךָ. ״וּבְכׇל מְאֹדֶךָ״ — בְּכָל מָמוֹנְךָ. דָּבָר אַחֵר: ״בְּכָל מְאֹדֶךָ״ — בְּכָל מִדָּה וּמִדָּה שֶׁהוּא מוֹדֵד לְךָ הֱוֵי מוֹדֶה לוֹ.
La Michna enseigne plusieurs halakhot relatives au Temple. On ne doit pas se comporter avec légèreté ou frivolité face à la porte orientale du mont du Temple, laquelle est alignée face au Saint des Saints [beth kodech hakodachim]. Par déférence pour le Temple, on ne doit pas pénétrer sur le mont du Temple avec son bâton, ses chaussures, sa ceinture-bourse [pounda], ni même avec la poussière qui se trouve sur ses pieds. On ne doit pas faire du Temple un raccourci pour le traverser ; et, par un raisonnement a fortiori [kal va'homer], à plus forte raison ne doit-on pas y cracher.
לֹא יָקֵל אָדָם אֶת רֹאשׁוֹ כְּנֶגֶד שַׁעַר הַמִּזְרָח שֶׁהוּא מְכוּוָּן כְּנֶגֶד בֵּית קׇדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים. וְלֹא יִכָּנֵס לְהַר הַבַּיִת בְּמַקְלוֹ, וּבְמִנְעָלוֹ, וּבְפוּנְדָּתוֹ, וּבְאָבָק שֶׁעַל רַגְלָיו. וְלָא יַעֲשֶׂנּוּ קַפַּנְדַּרְיָא. וּרְקִיקָה — מִקַּל וָחוֹמֶר.
La Michna rapporte : À la conclusion de toutes les berakhot récitées dans le Temple, ceux qui les récitaient disaient : « Béni es-Tu, Éternel, D.ieu d'Israël, jusqu'à l'éternité [ad haolam], le monde. » Mais lorsque les Sadducéens [minim] se dévoyèrent et déclarèrent qu'il n'existe qu'un seul monde et point de Monde-à-venir, les Sages instituèrent qu'à la conclusion de la berakha on dise : « De l'éternité à l'éternité [min haolam vead haolam]. »
כׇּל חוֹתְמֵי בְּרָכוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ הָיוּ אוֹמְרִים ״עַד הָעוֹלָם״. מִשֶּׁקִּלְקְלוּ הַמִּינִין וְאָמְרוּ אֵין עוֹלָם אֶלָּא אֶחָד, הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ אוֹמְרִים ״מִן הָעוֹלָם וְעַד הָעוֹלָם״.
Les Sages instituèrent également que l'on salue son prochain au nom de D.ieu, c'est-à-dire que l'on mentionne le nom de D.ieu dans sa salutation, comme il est dit : « Et voici que Boaz arriva de Beth-Lé'hem et dit aux moissonneurs : L'Éternel soit avec vous ; et ils lui répondirent : Que l'Éternel te bénisse » (Routh 2, 4). Et il est dit : « Et l'ange de D.ieu lui apparut et lui dit : L'Éternel est avec toi, vaillant guerrier » (Choftim 6, 12). Et il est dit : « Et ne méprise pas ta mère lorsqu'elle a vieilli » (Michlé 23, 22), c'est-à-dire qu'on ne doit pas négliger les coutumes que l'on a reçues en héritage. Et de crainte que tu ne dises que mentionner le nom de D.ieu [dans une salutation] est interdit, il est dit : « Il est temps d'agir pour l'Éternel ; ils ont rendu vaine Ta Torah » (Tehilim 119, 126), c'est-à-dire qu'il est parfois nécessaire de suspendre des préceptes bibliques afin d'accomplir la volonté de D.ieu — et saluer son prochain est assurément la volonté de D.ieu. Rabbi Natan donne une autre interprétation du verset : « Ils ont rendu vaine Ta Torah » parce qu'« il est temps d'agir pour l'Éternel », c'est-à-dire qu'il est parfois nécessaire de suspendre des préceptes bibliques afin de consolider la Torah.
וְהִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא אָדָם שׁוֹאֵל אֶת שְׁלוֹם חֲבֵרוֹ בַּשֵּׁם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִנֵּה בֹעַז בָּא מִבֵּית לֶחֶם וַיֹּאמֶר לַקּוֹצְרִים ה׳ עִמָּכֶם וַיֹּאמְרוּ לוֹ יְבָרֶכְךָ ה׳״. וְאוֹמֵר: ״ה׳ עִמְּךָ גִּבּוֹר הֶחָיִל״. וְאוֹמֵר: ״אַל תָּבוּז כִּי זָקְנָה אִמֶּךָ״. וְאוֹמֵר: ״עֵת לַעֲשׂוֹת לַה׳ הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: ״הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״ מִשּׁוּם ״עֵת לַעֲשׂוֹת לַה׳״.
Guémara
GUEMARA : Au sujet de l'obligation de réciter une berakha sur un miracle, la Guemara demande : D'où ces enseignements sont-ils tirés ? Rabbi Yo'hanan a dit : Le verset énonce : « Et Yitro dit : Béni soit l'Éternel, qui vous a délivrés de la main des Égyptiens et de la main de Pharaon, qui a délivré le peuple de dessous la main des Égyptiens » (Chemot 18, 10) — [on en déduit qu']une berakha se récite sur un miracle.
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, דְּאָמַר קְרָא: ״וַיֹּאמֶר יִתְרוֹ בָּרוּךְ ה׳ אֲשֶׁר הִצִּיל וְגוֹ׳״.
La Guemara demande : Sur un miracle qui survient pour la multitude on récite une berakha, mais sur un miracle qui advient à un particulier on ne récite pas de berakha ?! N'y eut-il pas cet incident où un certain homme cheminait le long de la rive droite de l'Euphrate lorsqu'un lion l'attaqua, un miracle fut accompli pour lui et il en fut sauvé ? Il se présenta devant Rava, qui lui dit : Chaque fois que tu parviendras là-bas [au lieu du miracle], récite la berakha : « Béni… [es-Tu, qui] as accompli pour moi un miracle en ce lieu. »
אַנִּיסָּא דְרַבִּים מְבָרְכִינַן, אַנִּיסָּא דְיָחִיד לָא מְבָרְכִינַן?! וְהָא הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה קָא אָזֵיל בַּעֲבַר יַמִּינָא. נְפַל עֲלֵיהּ אַרְיָא, אִתְעֲבִיד לֵיהּ נִיסָּא וְאִיתַּצַּל מִינֵּיהּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא, וַאֲמַר לֵיהּ: כׇּל אִימַּת דְּמָטֵית לְהָתָם — בָּרֵיךְ ״בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה לִי נֵס בַּמָּקוֹם הַזֶּה״.
Et une fois, Mar, fils de Ravina, cheminait dans une vallée de saules et avait soif d'eau ; un miracle fut accompli pour lui, une source d'eau fut créée pour lui, et il but.
וּמָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא הֲוָה קָאָזֵיל בְּפַקְתָּא דַעֲרָבוֹת וּצְחָא לְמַיָּא. אִתְעֲבִיד לֵיהּ נִיסָּא, אִיבְּרִי לֵיהּ עֵינָא דְמַיָּא, וְאִישְׁתִּי.