Guémara
Nous avons appris dans la MISHNA : Et l'on ne récite pas la berakha sur la lampe [du feu, lors de la havdala à l'issue du Chabbat] tant que l'on n'a pas tiré profit de sa lumière.
וְאֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ.
Rav Yéhouda dit au nom de Rav : « Tirer profit » ne signifie pas que celui qui récite la berakha doive effectivement tirer profit de la lumière de la lampe. Plutôt, dès lors que, s'il se tenait tout près de la lampe, il pourrait en utiliser la lumière, alors, s'il la voit, il peut réciter une berakha dessus, même s'il se tient à présent à distance. Et de même Rav Achi a dit : C'est à distance que nous avons étudié [la enseigné la michna].
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹא ״יֵאוֹתוּ״ יֵאוֹתוּ מַמָּשׁ, אֶלָּא כׇּל שֶׁאִילּוּ עוֹמֵד בְּקָרוֹב וּמִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ, וַאֲפִילּוּ בְּרִיחוּק מָקוֹם. וְכֵן אָמַר רַב אָשֵׁי: בְּרִיחוּק מָקוֹם שָׁנִינוּ.
La Guemara soulève une objection à partir d'une Tossefta : Celui qui avait une lampe cachée dans son giron ou placée à l'intérieur d'une lanterne opaque, ou bien celui qui a vu une flamme mais n'a pas utilisé sa lumière, ou encore celui qui a utilisé sa lumière mais n'a pas vu la flamme — celui-là ne récite pas de berakha tant qu'il ne voit pas la flamme ET n'utilise pas sa lumière.
מֵיתִיבִי: הָיְתָה לוֹ נֵר טְמוּנָה בְּחֵיקוֹ, אוֹ בְּפַנָּס, אוֹ שֶׁרָאָה שַׁלְהֶבֶת וְלֹא נִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ, אוֹ נִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ וְלֹא רָאָה שַׁלְהֶבֶת — אֵינוֹ מְבָרֵךְ עַד שֶׁיִּרְאֶה שַׁלְהֶבֶת וְיִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ.
La Guemara clarifie d'abord le contenu de la Tossefta elle-même : Soit, le cas où l'on utilise sa lumière sans voir la flamme se rencontre lorsque la flamme est située au coin d'un mur [éclairant les alentours mais demeurant hors de vue]. Mais le cas où l'on voit la flamme sans utiliser sa lumière, comment se rencontre-t-il ? N'est-ce pas qu'il s'agit d'un cas où l'on est à distance ? [Apparemment, on doit effectivement utiliser la flamme ; avoir seulement la possibilité de l'utiliser ne suffit pas — ce qui contredit Rav.]
בִּשְׁלָמָא מִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ וְלֹא רָאָה שַׁלְהֶבֶת מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ — דְּקַיְימָא בְּקֶרֶן זָוִית. אֶלָּא רָאָה שַׁלְהֶבֶת וְלֹא נִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? לָאו דִּמְרַחֲקָא?!
La Guemara rejette cette déduction : Non. Cela se rapporte à un cas où la flamme va en s'affaiblissant peu à peu. On voit la flamme, mais l'on n'est pas en mesure d'utiliser sa lumière.
לָא, כְּגוֹן דְּעָמְיָא וְאָזְלָא.
Les Sages ont enseigné dans une baraïta : Sur des charbons rougeoyants on récite une berakha, comme on le fait sur une lampe ; en revanche sur des charbons qui s'éteignent [omemot], on ne récite pas de berakha. La Guemara demande : Quelles sont les circonstances de charbons « rougeoyants » ? Rav 'Hisda a dit : Des charbons rougeoyants, ce sont tous ceux qui, si l'on place parmi eux un éclat de bois, l'enflamment d'eux-mêmes, sans qu'on ait à attiser la flamme.
תָּנוּ רַבָּנַן: גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת — מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן, אוֹמְמוֹת — אֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן. הֵיכִי דָּמֵי לוֹחֲשׁוֹת? אָמַר רַב חִסְדָּא: כׇּל שֶׁאִילּוּ מַכְנִיס לְתוֹכָן קֵיסָם וְדוֹלֶקֶת מֵאֵילֶיהָ.
Au sujet de la formulation de la baraïta, la Guemara soulève un doute : La baraïta dit-elle « omemot » avec un alef, ou « omemot » avec un ayin ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״אוֹמְמוֹת״ אוֹ ״עוֹמְמוֹת״?
Viens et entends une résolution, car Rav 'Hisda bar Avdimi a dit : La version correcte est « omemot » avec un ayin, comme il est dit : « Les cèdres dans le jardin de D.ieu ne purent l'obscurcir [amamouhou] » (Yé'hezkel 31, 8).
תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַב חִסְדָּא בַּר אַבְדִּימִי: ״אֲרָזִים לֹא עֲמָמֻהוּ בְּגַן אֱלֹהִים״.
Et quant à la question de savoir s'il faut, ou non, tirer effectivement profit de la lumière de la flamme pour réciter une berakha, Rava a dit : Lorsque la Michna a dit « tirer profit », elle voulait dire qu'il doit effectivement tirer profit de la lumière.
וְרָבָא אָמַר: ״יֵאוֹתוּ״ מַמָּשׁ.
La Guemara demande : Et à quelle proximité doit-on être pour être considéré comme ayant tiré profit de la flamme ? Oulla a dit : De façon à pouvoir distinguer entre un issar et un poundéyon [deux pièces de monnaie de l'époque]. 'Hizkiya a dit : De façon à pouvoir distinguer entre un poids en usage à Tibériade [Teverya] et un poids en usage à Tsippori [qui différaient légèrement].
וְכַמָּה? אָמַר עוּלָּא: כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין אִיסָּר לְפוּנְדְּיוֹן. חִזְקִיָּה אָמַר: כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין מְלוּזְמָא שֶׁל טְבֶרְיָא לִמְלוּזְמָא שֶׁל צִפּוֹרִי.
La Guemara rapporte que les Amoraïm se conduisaient conformément à leurs opinions ci-dessus énoncées. À l'issue du Chabbat, Rav Yéhouda récitait la berakha sur la lumière de la maison d'Adda, le serviteur, laquelle était éloignée de sa propre maison. Rava récitait la berakha sur la lumière de la maison de Gourya bar 'Hama, laquelle était attenante à sa maison. Abayé récitait la berakha sur la lumière de la maison de bar Avouh.
רַב יְהוּדָה מְבָרֵךְ אַדְּבֵי אַדָּא דַּיָּילָא, רָבָא מְבָרֵךְ אַדְּבֵי גּוּרְיָא בַּר חָמָא. אַבָּיֵי מְבָרֵךְ אַדְּבֵי בַּר אֲבוּהּ.
Rav Yéhouda dit au nom de Rav un principe halakhique général : Il n'est pas nécessaire de rechercher [activement] une source de lumière à l'issue du Chabbat, comme on recherche les autres mitsvot. Si aucune flamme n'est disponible sur laquelle réciter une berakha, cela n'empêche pas d'accomplir la havdala. Et Rav Zéira a dit : Au début, je recherchais une lumière ; depuis que j'ai entendu cette halakha que Rav Yéhouda a dite au nom de Rav, moi non plus je ne la recherche pas. Toutefois, si une lampe se trouve disponible d'elle-même, je récite une berakha dessus.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אֵין מְחַזְּרִין עַל הָאוּר כְּדֶרֶךְ שֶׁמְחַזְּרִים עַל הַמִּצְוֹת. אָמַר רַבִּי זֵירָא: מֵרֵישׁ הֲוָה מְהַדַּרְנָא, כֵּיוָן דִּשְׁמַעְנָא לְהָא דְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַב, אֲנָא נָמֵי לָא מְהַדַּרְנָא, אֶלָּא אִי מִקְּלַע לִי מִמֵּילָא — מְבָרֵיכְנָא.