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Traité Berakhot

3a

Étude de Berakhot 3a

Étude de la Guémara 3a

Guémara
La baraïta précédente citait l'opinion de Rabbi Méïr selon laquelle le temps de la récitation du Chéma commence lorsque les Cohanim s'immergent avant de consommer leur téroumah. Or, dans la Tossefta, il a été enseigné que Rabbi Méïr tient que l'on commence à réciter le Chéma à partir du moment où les gens rentrent prendre leur repas la veille de Chabbat. Une opinion de Rabbi Méïr semble en contredire une autre opinion de Rabbi Méïr. La Guemara répond : deux Tanaïm, disciples de Rabbi Méïr, ont exprimé des opinions différentes au nom de Rabbi Méïr.
קַשְׁיָא דְּרַבִּי מֵאִיר אַדְּרַבִּי מֵאִיר! תְּרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר.
De même, l'opinion de Rabbi Éliézer citée dans la Michna contredit l'opinion de Rabbi Éliézer citée dans la baraïta. Dans la Michna, Rabbi Éliézer tient que le temps de la récitation du Chéma commence à la sortie des étoiles, « à partir de l'heure où les Cohanim rentrent consommer leur téroumah », tandis que dans la baraïta, il déclare que le temps de la récitation du Chéma commence lorsque le jour devient saint, la veille de Chabbat.
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר!
La Guemara répond : il y a deux résolutions possibles à la contradiction apparente dans l'opinion de Rabbi Éliézer. Soit deux Tanaïm ont exprimé des opinions différentes au nom de Rabbi Éliézer ; soit, si tu veux, dis plutôt que la première clause de la Michna — selon laquelle on commence à réciter le Chéma lorsque les Cohanim rentrent consommer leur téroumah — n'est en réalité pas l'opinion de Rabbi Éliézer. Seule la seconde partie de la phrase, « jusqu'à la fin de la première veille », fut énoncée par Rabbi Éliézer.
תְּרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וְאִיבָּעֵית אֵימָא: רֵישָׁא לָאו רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא.
Dans la Michna, nous avons appris que Rabbi Éliézer établit que l'on peut réciter le Chéma du soir jusqu'à la fin de la première veille. Ces veilles sont mentionnées dans l'Écriture comme des segments de la nuit, mais il faut établir : en combien de segments précisément la nuit se divise-t-elle, trois ou quatre ? Et de plus, pourquoi Rabbi Éliézer emploie-t-il des repères aussi imprécis, plutôt qu'une définition plus exacte du temps (Tossefot HaRoch) ?
עַד סוֹף הָאַשְׁמוּרָה.
Que tient donc réellement Rabbi Éliézer ? S'il tient que la nuit se compose de trois veilles, qu'il dise explicitement que l'on récite le Chéma du soir jusqu'à la quatrième heure. Et s'il tient que la nuit se compose de quatre veilles, qu'il dise explicitement jusqu'à la troisième heure.
מַאי קָסָבַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר? אִי קָסָבַר שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, לֵימָא ״עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת״. וְאִי קָסָבַר אַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, לֵימָא ״עַד שָׁלֹשׁ שָׁעוֹת״!
La Guemara répond : en réalité, Rabbi Éliézer tient que la nuit se compose de trois veilles, et il emploie ce langage particulier des veilles afin de nous enseigner ceci : il y a des veilles dans le Ciel et il y a des veilles sur la terre ; de même que notre nuit se divise en veilles, de même la nuit dans les mondes supérieurs. Ainsi qu'il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Éliézer dit : la nuit se compose de trois veilles, et à chacune de ces veilles, le Saint, béni soit-Il, siège et rugit comme un lion, dans la douleur, sur la destruction du Temple. Cette image est tirée d'une référence de l'Écriture, ainsi qu'il est dit : « L'Éternel rugit [yichag] d'en haut, de Sa sainte Demeure Il fait entendre Sa voix ; Il rugit puissamment [chaog yichag] sur Sa résidence, Il pousse un cri comme ceux qui foulent le raisin, contre tous les habitants de la terre » (Yirmeyahou 25, 30). Les trois occurrences de la racine chin-aleph-guimel dans ce verset correspondent aux trois veilles de la nuit.
לְעוֹלָם קָסָבַר שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְהָא קָמַשְׁמַע לָן: דְּאִיכָּא מִשְׁמָרוֹת בָּרָקִיעַ וְאִיכָּא מִשְׁמָרוֹת בְּאַרְעָא. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְעַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר יוֹשֵׁב הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְשׁוֹאֵג כָּאֲרִי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ מִמָּרוֹם יִשְׁאָג, וּמִמְּעוֹן קָדְשׁוֹ יִתֵּן קוֹלוֹ שָׁאֹג יִשְׁאַג עַל נָוֵהוּ״.
Et des signes de la transition entre chacune de ces veilles dans le monde supérieur peuvent être perçus dans ce monde-ci : à la première veille, l'âne brait ; à la deuxième, les chiens aboient ; et à la troisième, les gens commencent à se lever, le nourrisson tète au sein de sa mère et l'épouse converse avec son mari.
וְסִימָן לַדָּבָר: מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה חֲמוֹר נוֹעֵר, שְׁנִיָּה כְּלָבִים צוֹעֲקִים, שְׁלִישִׁית, תִּינוֹק יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ, וְאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעֲלָהּ.
À propos de ces manifestations terrestres des trois veilles célestes telles qu'établies dans la baraïta, la Guemara demande : qu'a donc énuméré Rabbi Éliézer ? S'il a énuméré le début des veilles, pourquoi me faut-il un signe pour le début de la première veille ? C'est lorsque le soir commence — un signe supplémentaire est superflu. Et s'il a énuméré la fin des veilles, pourquoi me faut-il un signe pour la fin de la dernière veille ? C'est lorsque le jour commence — un signe supplémentaire est pareillement superflu.
מַאי קָא חָשֵׁיב רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, אִי תְּחִלַּת מִשְׁמָרוֹת קָא חָשֵׁיב — תְּחִלַּת מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה סִימָנָא לְמָה לִי? אוּרְתָּא הוּא! אִי סוֹף מִשְׁמָרוֹת קָא חָשֵׁיב, סוֹף מִשְׁמָרָה אַחֲרוֹנָה לְמָה לִי סִימָנָא? יְמָמָא הוּא!
La Guemara répond : en réalité, il a énuméré les signes pour la fin de la première veille et le début de la dernière veille — qui requièrent tous deux un signe —, ainsi que le milieu de la veille du milieu. Et si tu veux, dis plutôt : il a énuméré la fin de toutes les veilles. Et si tu objectes qu'un signe indiquant la fin de la dernière veille est inutile, puisque c'est le jour, néanmoins ce signe est utile.
אֶלָּא: חָשֵׁיב סוֹף מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה, וּתְחִלַּת מִשְׁמָרָה אַחֲרוֹנָה, וְאֶמְצָעִית דְּאֶמְצָעִיתָא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: כּוּלְּהוּ סוֹף מִשְׁמָרוֹת קָא חָשֵׁיב, וְכִי תֵּימָא אַחֲרוֹנָה לָא צְרִיךְ.
Quelle est la portée pratique de ce signe ? Il est utile à celui qui récite le Chéma alors qu'il est couché dans une maison obscure, qui ne peut voir l'aube et qui ne sait pas quand arrive le temps de la récitation du Chéma. Cette personne dispose d'un signe : lorsqu'une femme parle avec son mari et qu'un nourrisson tète au sein de sa mère, la dernière veille de la nuit s'est achevée, et il doit se lever et réciter le Chéma.
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ — לְמִיקְרֵי קְרִיאַת שְׁמַע לְמַאן דְּגָנֵי בְּבַיִת אָפֵל וְלָא יָדַע זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע אֵימַת. כֵּיוָן דְּאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעֲלָהּ וְתִינוֹק יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ, לִיקוּם וְלִיקְרֵי.
Rav Yits'hak bar Chemouel dit au nom de Rav : la nuit se compose de trois veilles, et à chacune de ces veilles, le Saint, béni soit-Il, siège et rugit comme un lion — car le service du Temple était lié au changement de ces veilles (Tossefot HaRoch) —, et dit : « Malheur à Moi, car à cause de leurs fautes J'ai détruit Ma maison, brûlé Mon sanctuaire et exilé Mes enfants parmi les nations du monde. »
אָמַר רַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְעַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר יוֹשֵׁב הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְשׁוֹאֵג כַּאֲרִי, וְאוֹמֵר: ״אוֹי שֶׁהֶחֱרַבְתִּי אֶת בֵּיתִי וְשָׂרַפְתִּי אֶת הֵיכָלִי וְהִגְלֵיתִי אֶת בָּנַי לְבֵין אוּמּוֹת הָעוֹלָם״.
Il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Yossi dit : un jour, je cheminais sur la route, et j'entrai dans l'une des ruines de Jérusalem pour y prier. Élie — de mémoire bénie — vint et monta la garde pour moi à l'entrée, et il m'attendit jusqu'à ce que j'eusse achevé ma prière. Lorsque j'eus achevé ma prière et que je fus sorti de la ruine, Élie me dit, avec déférence, comme on s'adresse à un maître : « La paix sur toi, mon maître. » Je lui répondis : « La paix sur toi, mon maître et mon enseignant. » Et il me dit : « Mon fils, pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? » Je lui dis : « Pour prier. » Et il me dit : « Tu aurais dû prier sur la route. » Et je lui dis : « Je craignais d'être interrompu par les passants. » Et il me dit : « Tu aurais dû réciter la prière abrégée. »
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְנִכְנַסְתִּי לְחוּרְבָּה אַחַת מֵחוּרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם לְהִתְפַּלֵּל. בָּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְשָׁמַר לִי עַל הַפֶּתַח, (וְהִמְתִּין לִי) עַד שֶׁסִּייַּמְתִּי תְּפִלָּתִי. לְאַחַר שֶׁסִּייַּמְתִּי תְּפִלָּתִי אָמַר לִי: ״שָׁלוֹם עָלֶיךָ, רַבִּי״. וְאָמַרְתִּי לוֹ: ״שָׁלוֹם עָלֶיךָ, רַבִּי וּמוֹרִי״. וְאָמַר לִי: בְּנִי, מִפְּנֵי מָה נִכְנַסְתָּ לְחוּרְבָּה זוֹ? אָמַרְתִּי לוֹ: לְהִתְפַּלֵּל. וְאָמַר לִי: הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ. וְאָמַרְתִּי לוֹ: מִתְיָרֵא הָיִיתִי שֶׁמָּא יַפְסִיקוּ בִּי עוֹבְרֵי דְּרָכִים, וְאָמַר לִי הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה.
Berakhot 3a
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ברכות ג׳ אמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת