Guémara
[S'il les a faits] épais [ke'avin], de sorte qu'ils ont l'apparence de miches de pain, ils sont assujettis à la halla ; et s'il leur a donné la forme de planches [kelimoudin], ils en sont exempts, puisqu'ils ne serviront assurément qu'au koutah. Abayé dit à Rav Yossef : quelle berakha récite-t-on sur la pâte cuite dans la cavité du sol (kouba déar'a) ? Rav Yossef lui dit : penses-tu que c'est du pain ? Ce n'est que de la pâte pétrie, et comme sur toutes les autres céréales cuites, on récite dessus la berakha « boré miné mezonot ».
כְּעָבִין — חַיָּיבִין, כְּלִמּוּדִין — פְּטוּרִים. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: הַאי כּוּבָּא דְאַרְעָא מַאי מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ? אֲמַר לֵיהּ: מִי סָבְרַתְּ נַהֲמָא הוּא?! גּוּבְלָא בְּעָלְמָא הוּא וּמְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.
Mar Zoutra fonda son repas sur cette pâte, et il récita « hamotsi léhem min haarets » au préalable, ainsi que les trois berakhot du Birkat Hamazon ensuite. Puisqu'il avait fondé son repas dessus, il la considérait comme du pain.
מָר זוּטְרָא קְבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ, וּבָרֵךְ עִלָּוֵיהּ ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״, וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת.
Mar bar Rav Achi a dit : avec ces sortes de pain, une personne s'acquitte de son obligation de manger de la matsa à Pessah. Quelle en est la raison ? Parce que nous l'appelons « pain de misère » (léhem oni), et qu'en ce sens il entre dans la catégorie de la matsa.
אָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי: וְאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח, מַאי טַעְמָא — ״לֶחֶם עוֹנִי״ קָרֵינַן בֵּיהּ.
Et au sujet des berakhot, Mar bar Rav Achi a dit : sur ce miel de dattes (douvcha détamré), on récite « chéhakol nihyé bidvaro ». Quelle est la raison pour laquelle on ne récite pas « boré péri haéts », comme on le fait sur la datte elle-même ? Parce que le miel de dattes n'est pas l'essence du fruit, mais simplement de l'humidité qui s'écoule du fruit mûr.
וְאָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי: הַאי דּוּבְשָׁא דְתַמְרֵי מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״שֶׁהַכֹּל נִהְיֶה בִּדְבָרוֹ״. מַאי טַעְמָא? — זֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא.
De quelle opinion procède cela ? De l'opinion de ce Tana, ainsi que nous l'avons appris dans une MISHNA : si un non-Cohen a mangé du miel de dattes, du vin de pommes ou du vinaigre fait de raisins d'automne — qui poussent rabougris en fin de saison et sont impropres à la production de vin — ou tout autre type de jus fait de fruits de téroumah, Rabbi Éliézer l'oblige à rembourser le principal et un cinquième supplémentaire, en pénalité pour usage abusif d'objets consacrés. Et Rabbi Yéhochoua l'en exempte, car il tient que ce sont là des sous-produits du fruit et qu'ils n'ont pas le statut du fruit lui-même. La décision de Mar bar Rav Achi au sujet des berakhot se fondait sur la décision de Rabbi Yéhochoua au sujet de la téroumah.
כְּמַאן? — כִּי הַאי תַּנָּא דִּתְנַן דְּבַשׁ תְּמָרִים, וְיֵין תַּפּוּחִים, וְחוֹמֶץ סִפְוָנִיּוֹת, וּשְׁאָר מֵי פֵירוֹת שֶׁל תְּרוּמָה — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְחַיֵּיב קֶרֶן וָחוֹמֶשׁ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ פּוֹטֵר.
L'un des Sages dit à Rava : quelle est la halakha au sujet de la terima ? Rava n'était pas familier du terme terima et ne comprit pas ce qu'il lui disait. Ravina était assis devant Rava et dit à l'étudiant qui avait posé la question à Rava : en posant ta question, parles-tu de la terima de sésame, ou parles-tu de la terima de carthame (safran bâtard), ou parles-tu de la terima de pépins de raisin ?
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן לְרָבָא: טְרִימָא מַהוּ? לָא הֲוָה אַדַּעְתֵּיהּ דְּרָבָא מַאי קָאָמַר לֵיהּ. יְתֵיב רָבִינָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר לֵיהּ: דְּשׁוּמְשְׁמֵי קָא אָמְרַתְּ, אוֹ דְּקוּרְטְמֵי קָא אָמְרַתְּ, אוֹ דְּפוּרְצָנֵי קָא אָמְרַתְּ?
Sur ces entrefaites, Rava saisit le sens du terme et dit au Sage : assurément, tu parles d'aliments pressés, et tu m'as rappelé une chose qu'a dite Rav Assi : ces dattes de téroumah, il est permis de les presser afin d'en faire de la terima, parce que les dattes conservent leur forme ; et il est interdit d'en faire de la bière de dattes, car en agissant ainsi les dattes sont abîmées, et il est interdit d'abîmer la téroumah. La Guemara conclut : la halakha est que, sur des dattes que l'on a transformées en terima, on récite « boré péri haéts ». Quelle en est la raison ? Parce qu'elles demeurent dans leur état d'origine.
אַדְּהָכִי וְהָכִי אַסְּקֵיהּ רָבָא לְדַעְתֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: חֲשִׁילְתָּא וַדַּאי קָא אָמְרַתְּ, וְאַדְכַּרְתַּן מִלְּתָא הָא דְּאָמַר רַב אַסִּי: הַאי תַּמְרֵי שֶׁל תְּרוּמָה מוּתָּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן טְרִימָא, וְאָסוּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן שֵׁכָר. וְהִלְכְתָא תַּמְרֵי וְעַבְדִינְהוּ טְרִימָא — מְבָרְכִין עִלָּוַיְיהוּ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״. מַאי טַעְמָא? — בְּמִלְּתַיְיהוּ קָיְימִי כִּדְמֵעִיקָּרָא.
La Guemara soulève une autre question, au sujet de la berakha que l'on récite sur de l'orge grillée à laquelle on a ajouté du miel ou du vinaigre [chetita]. Rav a dit que l'on récite « chéhakol nihyé bidvaro » ; et Chemouel a dit que l'on récite « boré miné mezonot ».
שְׁתִיתָא, רַב אָמַר ״שֶׁהַכֹּל נִהְיֶה בִּדְבָרוֹ״, וּשְׁמוּאֵל אָמַר ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.
Rav Hisda a dit : et ils ne divergent pas, car chacun parle d'un cas différent. Ce cas-ci, où Chemouel a dit que l'on récite « boré miné mezonot », vise un cas où le mélange est épais ; tandis que ce cas-là, où Rav a dit que l'on récite « chéhakol nihyé bidvaro », vise un cas où le mélange est liquide. Lorsqu'il est épais, on l'a fait comme aliment ; c'est pourquoi on récite une berakha comme on le ferait sur tout aliment fait des cinq espèces de céréales. Lorsqu'il est liquide, on l'a fait comme remède ; c'est pourquoi on récite seulement « chéhakol nihyé bidvaro ».
אָמַר רַב חִסְדָּא, וְלָא פְּלִיגִי: הָא בְּעָבָה, הָא בְּרַכָּה. עָבָה לַאֲכִילָה עָבְדִי לַהּ, רַכָּה לִרְפוּאָה קָא עָבְדִי לַהּ.
À propos de l'hypothèse selon laquelle ce mélange est essentiellement médicinal, Rav Yossef souleva une difficulté à partir des lois du Chabbat : et ils s'accordent que l'on peut mélanger le chetita le Chabbat et boire la bière égyptienne [zitom hamitsri], qui contient un mélange d'épice piquante dans de la farine. Or, s'il te vient à l'esprit de dire que, lorsqu'on prépare le chetita, l'intention est à des fins médicinales, le remède est-il permis le Chabbat ?!
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: וְשָׁוִין שֶׁבּוֹחֲשִׁין אֶת הַשַּׁתּוּת בְּשַׁבָּת וְשׁוֹתִין זֵיתוֹם הַמִּצְרִי. וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ לִרְפוּאָה קָא מְכַוֵּין, רְפוּאָה בְּשַׁבָּת מִי שְׁרֵי?!
Abayé dit à Rav Yossef : ne tiens-tu pas cela pour vrai ? N'avons-nous pas appris dans une MISHNA : tous les aliments qui se mangent communément, une personne peut les manger à des fins médicinales le Chabbat ; et toutes les boissons qui ne sont pas réservées à un usage médicinal, une personne peut les boire à des fins médicinales le Chabbat. Or, que peux-tu dire pour expliquer cette décision ? Que l'intention de l'homme est de manger ; ici aussi, lorsqu'il mélange le chetita, l'intention de l'homme est de manger.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: וְאַתְּ לָא תִּסְבְּרָא? וְהָא תְּנַן: כׇּל הָאוֹכָלִין אוֹכֵל אָדָם לִרְפוּאָה בְּשַׁבָּת, וְכׇל הַמַּשְׁקִין שׁוֹתֶה. אֶלָּא מָה אִית לָךְ לְמֵימַר — גַּבְרָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין, הָכִי נָמֵי גַּבְרָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין.
La Guemara cite une autre version de ce qui a été enseigné ci-dessus : mais que peux-tu dire pour expliquer cette décision ? Que l'intention de l'homme est de manger, et que la guérison survient d'elle-même ; ici aussi, l'intention de l'homme est de manger, et la guérison survient d'elle-même. En apparence, après avoir prouvé qu'il est permis de boire le chetita le Chabbat, c'est manifestement un type d'aliment sur lequel on est tenu de réciter une berakha. S'il en est ainsi, il est difficile de comprendre la nécessité, pour Rav et Chemouel, de faire remarquer que l'on est tenu de réciter une berakha dessus.
לִישָּׁנָא אַחֲרִינָא: אֶלָּא מָה אִית לָךְ לְמֵימַר — גַּבְרָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין, וּרְפוּאָה מִמֵּילָא קָא הָוְיָא? הָכִי נָמֵי לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין, וּרְפוּאָה מִמֵּילָא קָא הָוְיָא.