Guémara
Rabbi Éléazar dit : Ce récit prouve que la prière est plus grande que les bonnes actions sans prière (Tossafot), car nul ne fut plus grand que Moché notre maître dans l'accomplissement des bonnes actions ; et pourtant sa requête — celle d'entrer en Terre d'Israël — ne fut exaucée, fût-ce de manière limitée, que par la prière, lorsque D.ieu lui permit de gravir la montagne et de contempler le pays. Car, au début, il est dit : « Ne me parle plus » ; et juxtaposé à cela : « Monte au sommet de la colline » (Devarim 3, 26-27).
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה תְּפִלָּה יוֹתֵר מִמַּעֲשִׂים טוֹבִים, שֶׁאֵין לְךָ גָּדוֹל בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים יוֹתֵר מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ, אַף עַל פִּי כֵן לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלָּה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תּוֹסֶף דַּבֵּר אֵלַי״ וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״עֲלֵה רֹאשׁ הַפִּסְגָּה״.
Après avoir comparé et opposé la prière et les bonnes actions, la Guemara explore une autre comparaison. Rabbi Éléazar dit : Un jeûne est plus grand que la charité. Quelle en est la raison ? Parce que le jeûne est une mitsva accomplie avec son propre corps, l'homme s'affligeant lui-même, tandis que la charité ne s'accomplit qu'avec son argent.
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה תַּעֲנִית יוֹתֵר מִן הַצְּדָקָה. מַאי טַעְמָא — זֶה בְּגוּפוֹ, וְזֶה בְּמָמוֹנוֹ.
Dans une autre comparaison, Rabbi Éléazar dit : La prière est plus grande que les sacrifices, ainsi qu'il est dit : « À quoi bon la multitude de vos sacrifices, dit l'Éternel ? Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des bêtes grasses ; je ne désire pas le sang des taureaux, des agneaux et des boucs » (Yechaya 1, 11). Et plusieurs versets plus loin, il est écrit : « Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; quand même vous multipliez les prières, je n'écoute pas ; vos mains sont pleines de sang » (Yechaya 1, 15). Non seulement les sacrifices d'Israël, mais même leurs prières — qui sont d'un niveau spirituel plus élevé — ne seront pas agréées.
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה תְּפִלָּה יוֹתֵר מִן הַקָּרְבָּנוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר ״לָמָּה לִּי רֹב זִבְחֵיכֶם״, וּכְתִיב: ״וּבְפָרִשְׂכֶם כַּפֵּיכֶם״.
À propos de ce verset de Yechaya, la Guemara rapporte que Rabbi Yo'hanan dit : Tout Cohen qui a tué une personne ne lèvera pas ses mains pour la bénédiction sacerdotale (birkat Cohanim), ainsi qu'il est dit : « vos mains sont pleines de sang ». On voit ici que la bénédiction sacerdotale, accomplie mains étendues, n'est pas agréée lorsqu'elle est faite par des Cohanim dont « les mains sont pleines de sang ».
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל כֹּהֵן שֶׁהָרַג אֶת הַנֶּפֶשׁ — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְדֵיכֶם דָּמִים מָלֵאוּ״.
Et Rabbi Éléazar dit : Depuis le jour où le Temple fut détruit, les portes de la prière furent verrouillées, et la prière n'est plus agréée comme autrefois, ainsi qu'il est dit dans la lamentation sur la destruction du Temple : « Même quand je crie et que j'appelle au secours, il étouffe ma prière » (Eikha 3, 8). Pourtant, bien que les portes de la prière aient été verrouillées avec la destruction du Temple, les portes des larmes ne furent pas verrouillées, et celui qui pleure devant D.ieu peut être assuré que ses prières seront exaucées, ainsi qu'il est dit : « Écoute ma prière, Éternel, prête l'oreille à mon cri, ne reste pas sourd à mes larmes » (Tehilim 39, 13). Puisque cette prière est une demande que D.ieu prête attention aux larmes de celui qui prie, il est certain qu'au moins les portes des larmes ne sont pas verrouillées.
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִנְעֲלוּ שַׁעֲרֵי תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גַּם כִּי אֶזְעַק וַאֲשַׁוֵּעַ שָׂתַם תְּפִלָּתִי״. וְאַף עַל פִּי שֶׁשַּׁעֲרֵי תְפִילָּה נִנְעֲלוּ, שַׁעֲרֵי דִמְעָה לֹא נִנְעֲלוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁמְעָה תְפִלָּתִי ה׳ וְשַׁוְעָתִי הַאֲזִינָה אֶל דִּמְעָתִי אַל תֶּחֱרַשׁ״.
Au sujet du verrouillage des portes de la prière, la Guemara rapporte que Rava ne décrétait pas de jeûne un jour nuageux, parce qu'il est dit : « Tu t'es enveloppé d'une nuée, à travers laquelle la prière ne peut passer » (Eikha 3, 44). Le verset indique que les nuages sont un mauvais présage, signifiant que D.ieu a détourné Sa face (Rav Haï Gaon).
רָבָא לָא גְּזַר תַּעֲנִיתָא בְּיוֹמָא דְעֵיבָא, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר ״סַכֹּתָה בֶעָנָן לָךְ מֵעֲבוֹר תְּפִלָּה״.
Et Rabbi Éléazar dit : Depuis le jour où le Temple fut détruit, un mur de fer sépare Israël de son Père qui est aux cieux, ainsi qu'il est dit au prophète Ye'hezkel, à qui il fut ordonné de symboliser cette séparation : « Et toi, prends une plaque de fer, et pose-la comme un mur de fer entre toi et la ville… ce sera un signe pour la maison d'Israël » (Ye'hezkel 4, 3).
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִפְסְקָה חוֹמַת בַּרְזֶל בֵּין יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה קַח לְךָ מַחֲבַת בַּרְזֶל וְנָתַתָּ אוֹתָהּ קִיר בַּרְזֶל בֵּינְךָ וּבֵין הָעִיר״.
Rabbi 'Hanin dit que Rabbi 'Hanina dit : Quiconque prolonge sa prière a l'assurance que sa prière ne reviendra pas sans réponse ; elle sera certainement agréée. D'où tirons-nous cela ? De Moché notre maître, ainsi qu'il est dit que Moché dit : « Je me prosternai devant l'Éternel les quarante jours et les quarante nuits durant lesquels je me prosternai ; et je priai l'Éternel » (Devarim 9, 26-27), et il est écrit ensuite : « Et l'Éternel m'écouta cette fois encore, l'Éternel ne voulut pas te détruire » (Devarim 10, 10).
אָמַר רַבִּי חָנִין אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כׇּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ, אֵין תְּפִלָּתוֹ חוֹזֶרֶת רֵיקָם. מְנָא לַן — מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאֶתְפַּלֵּל אֶל ה׳״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַיִּשְׁמַע ה׳ אֵלַי גַּם בַּפַּעַם הַהִיא״.
La Guemara soulève une objection : En est-il bien ainsi ? Rabbi 'Hiya bar Abba n'a-t-il pas dit que Rabbi Yo'hanan dit : Quiconque prolonge sa prière et compte sur elle pour être exaucé finira par éprouver de la peine au cœur, car elle ne sera pas exaucée ? Ainsi qu'il est dit : « L'espérance différée rend le cœur malade » (Michlé 13, 12). Et quel est le remède pour celui qui est atteint de ce mal ? Qu'il s'adonne à l'étude de la Torah, ainsi qu'il est dit : « Mais le désir accompli est un arbre de vie » (Michlé 13, 12), et l'arbre de vie n'est autre que la Torah, ainsi qu'il est dit : « Elle est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent, et ceux qui la soutiennent sont heureux » (Michlé 3, 18). Cela n'est pas difficile. Ceci — la parole de Rabbi 'Hiya bar Abba, selon laquelle on souffrira au cœur — se rapporte à celui qui prolonge sa prière et compte sur elle pour être exaucé ; cela — la parole de Rabbi 'Hanin, selon laquelle celui qui prolonge sa prière est digne de louange — se rapporte à celui qui prolonge sa prière sans compter sur elle pour être exaucé.
אִינִי?! וְהָא אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִילָּתוֹ וּמְעַיֵּין בָּהּ — סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹחֶלֶת מְמֻשָּׁכָה מַחֲלָה לֵב״. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ — יַעֲסוֹק בַּתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעֵץ חַיִּים תַּאֲוָה בָאָה״, וְאֵין עֵץ חַיִּים אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ״. לָא קַשְׁיָא, הָא דְּמַאֲרֵיךְ וּמְעַיֵּין בַּהּ. הָא דְּמַאֲרֵיךְ וְלָא מְעַיֵּין בַּהּ
Sur une note semblable, Rabbi 'Hama, fils de Rabbi 'Hanina, dit : Celui qui a prié et a vu qu'il n'était pas exaucé doit prier de nouveau, ainsi qu'il est dit : « Espère en l'Éternel, fortifie-toi, que ton cœur prenne courage, et espère en l'Éternel » (Tehilim 27, 14). L'homme doit se tourner vers D.ieu avec espérance, et s'il le faut se tourner de nouveau vers D.ieu avec espérance.
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: אִם רָאָה אָדָם שֶׁהִתְפַּלֵּל וְלֹא נַעֲנָה — יַחְזוֹר וְיִתְפַּלֵּל. שֶׁנֶּאֱמַר: ״קַוֵּה אֶל ה׳ חֲזַק וְיַאֲמֵץ לִבֶּךָ וְקַוֵּה אֶל ה׳״.
En lien avec l'importance de redoubler d'effort dans la prière, la Guemara relève que les Sages enseignèrent dans une braïta : Quatre choses requièrent un renforcement — un effort constant pour s'améliorer — et ce sont : la Torah, les bonnes actions, la prière et le métier (dérekh érets).
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעָה צְרִיכִין חִזּוּק, וְאֵלּוּ הֵן: תּוֹרָה, וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, תְּפִלָּה, וְדֶרֶךְ אֶרֶץ.
Pour chacune de ces choses, une preuve scripturaire est citée : D'où tire-t-on que la Torah et les bonnes actions requièrent un renforcement ? Ainsi qu'il est dit dans l'instruction à Yehochoua : « Seulement, fortifie-toi et sois très courageux, en veillant à agir selon toute la Torah que Moché mon serviteur t'a ordonnée ; ne t'en écarte ni à droite ni à gauche, afin de réussir partout où tu iras » (Yehochoua 1, 7). Dans ce verset, « veiller » se rapporte à l'étude de la Torah et « agir » se rapporte aux bonnes actions (Maharcha) ; le langage en apparence redondant n'est pas superflu. La Guemara en déduit : Sois fort dans la Torah et courageux dans les bonnes actions.
תּוֹרָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים מִנַּיִן? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״רַק חֲזַק וֶאֱמַץ מְאֹד לִשְׁמֹר וְלַעֲשׂוֹת כְּכׇל הַתּוֹרָה״, ״חֲזַק״ — בַּתּוֹרָה, ״וֶאֱמַץ״ — בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים.