Guémara
La Guemara objecte : mais la Téfila (prière), qui est elle aussi une matière dont la communauté s'occupe — et nous avons appris dans la MISHNA : celui qui se tenait en prière et se souvint qu'il était impur du fait d'une émission séminale (baal kéri) et ne s'était pas encore immergé ne doit pas interrompre sa prière, mais doit l'abréger. La Guemara en déduit : la raison [pour laquelle il continue] est qu'il a déjà commencé à prier ; mais s'il n'avait pas encore commencé, alors il ne devrait pas commencer, même par la méditation [du cœur].
וַהֲרֵי תְּפִלָּה, דְּדָבָר שֶׁהַצִּבּוּר עֲסוּקִין בּוֹ, וּתְנַן: הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וְנִזְכַּר שֶׁהוּא בַּעַל קֶרִי — לֹא יַפְסִיק, אֶלָּא יְקַצֵּר. טַעְמָא דְּאַתְחֵיל, הָא לָא אַתְחֵיל — לֹא יַתְחִיל!
La Guemara répond : la Téfila est différente, en ce qu'elle ne comporte pas l'acceptation du joug du royaume des Cieux. La Guemara rejette cela : mais le birkat hamazon (Grâces après le repas) ne comporte pas non plus l'acceptation du joug du royaume des Cieux, et pourtant nous avons appris dans la MISHNA : sur la nourriture, on récite une bénédiction après, mais on n'en récite pas avant. Plutôt, les différences doivent s'expliquer autrement : la récitation du Chema et le birkat hamazon sont l'un et l'autre des mitsvot selon la loi de la Torah, tandis que la Téfila n'est qu'une obligation rabbinique. C'est pourquoi celui qui est impur n'a pas besoin de prier.
שָׁאנֵי תְּפִלָּה דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם. וַהֲרֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם, וּתְנַן עַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו! אֶלָּא: קְרִיאַת שְׁמַע וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָיְיתָא, וּתְפִלָּה דְּרַבָּנַן.
Rav Yehouda dit : d'où vient la mitsva, selon la loi de la Torah, de réciter le birkat hamazon (Grâces après le repas) ? Car il est dit : « Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras l'Éternel ton D.ieu » (Devarim 8, 10).
אָמַר רַב יְהוּדָה: מִנַּיִן לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרֶיהָ מִן הַתּוֹרָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ״.
Et d'où vient la mitsva, selon la loi de la Torah, de réciter la bénédiction sur la Torah avant sa lecture ? Car il est dit : « Quand je proclamerai le nom de l'Éternel, rendez gloire à notre D.ieu » (Devarim 32, 3), ce qui signifie qu'avant de proclamer le nom de l'Éternel en lisant la Torah, on doit rendre gloire à D.ieu.
מִנַּיִן לְבִרְכַּת הַתּוֹרָה לְפָנֶיהָ מִן הַתּוֹרָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי שֵׁם ה׳ אֶקְרָא הָבוּ גֹדֶל לֵאלֹהֵינוּ״.
Rabbi Yo'hanan dit : nous avons déduit que l'on doit réciter la bénédiction sur la Torah après sa lecture, à partir du birkat hamazon, par un raisonnement a fortiori (kal va'homer). Et nous avons déduit l'obligation de réciter une bénédiction avant de consommer de la nourriture, à partir de la bénédiction sur la Torah, par un raisonnement a fortiori. La bénédiction sur la Torah après sa lecture, à partir du birkat hamazon, par un raisonnement a fortiori : la nourriture, qui ne requiert pas de bénédiction avant selon la loi de la Torah, requiert une bénédiction après ; la Torah, qui requiert une bénédiction avant, n'est-il pas juste qu'elle requière une bénédiction après ? Et de même : la bénédiction avant de consommer de la nourriture, à partir de la bénédiction sur la Torah, par un raisonnement a fortiori : la Torah, qui ne requiert pas de bénédiction après selon la loi de la Torah, requiert une bénédiction avant ; la nourriture, qui requiert une bénédiction après, n'est-il pas juste qu'elle requière une bénédiction avant ?
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָמַדְנוּ בִּרְכַּת הַתּוֹרָה לְאַחֲרֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מִקַּל וָחוֹמֶר, וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְפָנֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַתּוֹרָה מִקַּל וָחוֹמֶר. בִּרְכַּת הַתּוֹרָה לְאַחֲרֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מִקַּל וָחוֹמֶר: וּמָה מָזוֹן שֶׁאֵין טָעוּן לְפָנָיו, טָעוּן לְאַחֲרָיו, תּוֹרָה שֶׁטְּעוּנָה לְפָנֶיהָ, אֵינוֹ דִּין שֶׁטְּעוּנָה לְאַחֲרֶיהָ. וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְפָנֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַתּוֹרָה מִקַּל וָחוֹמֶר: וּמָה תּוֹרָה שֶׁאֵין טְעוּנָה לְאַחֲרֶיהָ, טְעוּנָה לְפָנֶיהָ, מָזוֹן שֶׁהוּא טָעוּן לְאַחֲרָיו, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּהֵא טָעוּן לְפָנָיו.
La Guemara remarque : la logique de ce raisonnement a fortiori peut être réfutée. Ce qui vaut pour la nourriture, dont on tire un plaisir en mangeant, ne vaut pas pour les matières qui n'offrent aucun plaisir corporel. C'est pourquoi la bénédiction sur la Torah ne peut être déduite de la bénédiction sur la nourriture. Et de même : ce qui vaut pour la Torah, qui procure la vie éternelle à ceux qui s'adonnent à son étude, ne vaut pas pour les matières qui ne procurent pas la vie éternelle. C'est pourquoi la bénédiction avant de consommer de la nourriture ne peut être déduite de la bénédiction sur la Torah. De plus, nous avons appris dans la MISHNA : sur la nourriture, celui qui est impur du fait d'une émission séminale récite une bénédiction après, mais n'en récite pas avant. La Michna ne déduit donc pas la bénédiction récitée avant le repas de la bénédiction récitée sur la Torah. Par conséquent, ceci constitue une réfutation concluante (téyouvta) de l'affirmation de Rabbi Yo'hanan.
אִיכָּא לְמִפְרַךְ: מָה לְמָזוֹן שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה. וּמָה לְתוֹרָה שֶׁכֵּן חַיֵּי עוֹלָם. וְעוֹד, תְּנַן עַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. תְּיוּבְתָּא.
Rav Yehouda dit : celui qui doute s'il a récité le Chema ou ne l'a pas récité ne le récite pas de nouveau. Mais celui qui doute s'il a récité « Emet veyatsiv » (« Vrai et certain ») — la bénédiction qui suit le Chema le matin — doit réciter « Emet veyatsiv » de nouveau. Quelle en est la raison ? Selon lui, l'obligation de réciter le Chema n'est que rabbinique : sa décision suit le principe selon lequel, dans les cas de doute (safek) portant sur une loi rabbinique, on statue avec indulgence et l'on n'a pas à répéter. Mais puisque « Emet veyatsiv » est avant tout une commémoration de la sortie d'Égypte, c'est une mitsva selon la loi de la Torah ; et dans les cas de doute portant sur une loi de la Torah, on statue avec rigueur et l'on doit répéter.
אָמַר רַב יְהוּדָה: סָפֵק קָרָא קְרִיאַת שְׁמַע, סָפֵק לֹא קָרָא — אֵינוֹ חוֹזֵר וְקוֹרֵא. סָפֵק אָמַר ״אֱמֶת וְיַצִּיב״, סָפֵק לֹא אָמַר — חוֹזֵר וְאוֹמֵר ״אֱמֶת וְיַצִּיב״. מַאי טַעְמָא? — קְרִיאַת שְׁמַע דְּרַבָּנַן. ״אֱמֶת וְיַצִּיב״, דְּאוֹרָיְיתָא.
Rav Yossef soulève une objection : comment peux-tu dire que l'obligation de réciter le Chema n'est que rabbinique, alors qu'il est explicitement écrit : « Tu les répéteras à tes enfants et tu en parleras… quand tu te couches et quand tu te lèves » (Devarim 6, 7) ? Abayé lui dit : ce verset a été écrit au sujet des paroles de la Torah. Il n'y a pas lieu de l'interpréter de la manière habituelle, comme obligeant à la récitation du Chema, mais bien comme se rapportant à l'obligation générale d'étudier la Torah.
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: ״וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ״. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: הָהוּא בְּדִבְרֵי תוֹרָה כְּתִיב.
À partir d'ici, la Guemara tente de résoudre cette question en citant une preuve tirée de la Michna. Nous avons appris dans la MISHNA : celui qui est impur du fait d'une émission séminale peut méditer le Chema dans son cœur (hirhour), mais ne récite ni les bénédictions qui précèdent le Chema ni celles qui le suivent. Sur la nourriture pour laquelle, après en avoir mangé, on est tenu selon la loi de la Torah de réciter une bénédiction, on récite la bénédiction après, mais non avant.
תְּנַן: בַּעַל קֶרִי מְהַרְהֵר בְּלִבּוֹ וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לֹא לְפָנֶיהָ וְלֹא לְאַחֲרֶיהָ. וְעַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו.
Or, s'il te venait à l'esprit que l'obligation de réciter « Emet veyatsiv » est selon la loi de la Torah, qu'il récite donc la bénédiction après le Chema ! Puisqu'il ne récite pas cette bénédiction, c'est apparemment qu'il en est exempt.
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ ״אֱמֶת וְיַצִּיב״ דְּאוֹרָיְיתָא — לִבְרוֹךְ לְאַחֲרֶיהָ!
La Guemara réfute cela : quelle est la raison pour laquelle [habituellement] on récite « Emet veyatsiv » ? Si c'est parce qu'elle traite avant tout de la sortie d'Égypte, n'a-t-elle pas déjà été mentionnée dans la récitation du Chema, dans le paragraphe des tsitsit (franges rituelles) ?
מַאי טַעְמָא מְבָרֵךְ, אִי מִשּׁוּם יְצִיאַת מִצְרַיִם — הָא אַדְכַּר לֵיהּ בִּקְרִיאַת שְׁמַע.
La Guemara objecte : alors qu'il dise ceci — « Emet veyatsiv » — et qu'il n'ait pas besoin de réciter cela — le Chema ! La Guemara répond : si l'on peut commémorer la sortie d'Égypte aussi bien dans le Chema que dans « Emet veyatsiv », le Chema est préférable, car il comporte deux éléments : à la fois une commémoration de la sortie d'Égypte et une acceptation du joug du royaume des Cieux.
וְנֵימָא הָא וְלָא לִבְעֵי הָא! קְרִיאַת שְׁמַע עֲדִיפָא, דְּאִית בַּהּ תַּרְתֵּי.