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Traité Berakhot

19b

Étude de Berakhot 19b

Étude de la Guémara 19b

Guémara
Nous avons appris dans la Michna que ceux qui se tiennent dans la rangée — ceux de la rangée intérieure — sont dispensés de réciter le Chema, et que les autres y sont tenus. Les Sages l'ont enseigné plus en détail dans la Tossefta : les consolateurs qui se tiennent dans une rangée d'où l'on voit l'intérieur de l'espace où passent les endeuillés sont dispensés, et ceux qui se tiennent dans une rangée d'où l'on ne voit pas l'intérieur y sont tenus. Et Rabbi Yehouda développe et dit : les consolateurs qui se tiennent dans la rangée et qui sont venus à cause de l'endeuillé sont dispensés, tandis que ceux qui sont venus par leur propre curiosité sont tenus de réciter le Chema.
הָעוֹמְדִים בַּשּׁוּרָה וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: שׁוּרָה הָרוֹאָה פְּנִימָה — פְּטוּרָה, וְשֶׁאֵינָהּ רוֹאָה פְּנִימָה — חַיֶּיבֶת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַבָּאִים מֵחֲמַת הָאָבֵל — פְּטוּרִין, מֵחֲמַת עַצְמָן — חַיָּיבִין.
Nous avons appris que certains de ceux qui viennent consoler l'endeuillé sont dispensés du Chema, à titre d'honneur rendu au défunt. La Guemara élargit la discussion pour poser la question générale : dans quelle mesure la préservation de la dignité humaine (kevod habriot) l'emporte-t-elle sur les mitsvot énumérées dans la Torah ? Rav Yehouda dit que Rav dit : celui qui découvre des espèces interdites mélangées [kilayim], c'est-à-dire un mélange prohibé de laine et de lin, dans son vêtement, doit les ôter même sur la place publique. Il ne doit pas attendre d'être rentré chez lui. Quelle en est la raison ? Ainsi qu'il est dit : « Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil contre l'Éternel » (Michlé 21, 30). De là se déduit le principe général : partout où il y a profanation du Nom de l'Éternel, on ne témoigne pas d'égard au maître.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הַמּוֹצֵא כִּלְאַיִם בְּבִגְדוֹ — פּוֹשְׁטָן אֲפִילּוּ בַּשּׁוּק. מַאי טַעְמָא: ״אֵין חׇכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״, כׇּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חִלּוּל הַשֵּׁם אֵין חוֹלְקִין כָּבוֹד לָרַב.
La Guemara cite plusieurs sources pour contester ce principe. La Guemara souleva une objection à partir d'une baraïta : après avoir enterré le défunt et être revenus, s'ils ont devant eux deux chemins, l'un rituellement pur et l'autre rituellement impur — par exemple parce qu'il traverse un cimetière —, si l'endeuillé vient par le chemin pur, ils viennent avec lui par le chemin pur ; et s'il vient par le chemin impur, tous les participants aux funérailles l'accompagnent par le chemin impur, afin de lui témoigner du respect. Pourquoi feraient-ils cela ? Disons ici aussi : « Il n'y a ni sagesse, ni intelligence… contre l'Éternel » !
מֵתִיבִי: קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְחָזְרוּ, וְלִפְנֵיהֶם שְׁתֵּי דְרָכִים, אַחַת טְהוֹרָה וְאַחַת טְמֵאָה, בָּא בַּטְּהוֹרָה — בָּאִין עִמּוֹ בַּטְּהוֹרָה, בָּא בַּטְּמֵאָה — בָּאִין עִמּוֹ בַּטְּמֵאָה מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ. אַמַּאי? לֵימָא ״אֵין חׇכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה לְנֶגֶד ה׳״!
Rabbi Abba expliqua que la baraïta se rapporte à un chemin traversant un terrain où l'emplacement d'une tombe ou d'un cadavre est incertain [beth haperas]. Par exemple, dans le cas d'un champ contenant une tombe qui a été labourée et n'est plus intacte, tout le champ est réputé impur, par crainte que la charrue n'ait dispersé des ossements à travers le champ. Or ce champ n'est impur que selon la loi rabbinique, et non selon la loi de la Torah. Puisque cette interdiction n'est que d'ordre rabbinique, il est permis de traverser le champ pour témoigner du respect à l'endeuillé.
תַּרְגְּמַהּ רַבִּי אַבָּא בְּבֵית הַפְּרָס דְּרַבָּנַן.
La Guemara apporte la preuve que le statut légal d'un beth haperas n'est pas celui de l'impureté selon la loi de la Torah : Rav Yehouda dit que Chemouel dit : celui qui traverse un beth haperas peut souffler sur la poussière avant chaque pas, en sorte que, s'il y a un os sous la poussière, il le découvre, l'évite, et marche. On ne saurait se fier à un tel procédé d'examen à l'égard de l'impureté selon la loi de la Torah. Et Rav Yehouda bar Achi dit au nom de Rav : un beth haperas qui a été foulé aux pieds, formant un sentier, est pur, et l'on n'a plus à se soucier des ossements. À l'évidence, toute cette interdiction est une rigueur décrétée par les Sages.
דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מְנַפֵּחַ אָדָם בֵּית הַפְּרָס וְהוֹלֵךְ. וְאָמַר רַב יְהוּדָה בַּר אָשֵׁי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: בֵּית הַפְּרָס שֶׁנִּדַּשׁ — טָהוֹר.
La Guemara apporte une preuve supplémentaire quant à la mesure dans laquelle la dignité humaine l'emporte sur les mitsvot de la Torah. Viens et entends : Rabbi Elazar bar Tsadok le Cohen dit : moi-même et mes confrères Cohanim, nous enjambions les cercueils des morts pour nous hâter à la rencontre des rois d'Israël et les saluer. Et ils ne dirent pas cela seulement à l'égard des rois d'Israël, mais ils le dirent même à l'égard des rois des nations du monde, afin que, si l'on est privilégié d'assister à la rédemption d'Israël, on puisse distinguer entre les rois d'Israël et les rois des nations du monde. Le Cohen transgressait l'interdiction de la Torah de se rendre rituellement impur par contact avec un mort, et ce afin de témoigner du respect à un roi. Et pourquoi cela ? Disons ici aussi : « Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil contre l'Éternel » !
תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: מְדַלְּגִין הָיִינוּ עַל גַּבֵּי אֲרוֹנוֹת שֶׁל מֵתִים, לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל. וְלֹא לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל בִּלְבַד אָמְרוּ אֶלָּא אֲפִילּוּ לִקְרַאת מַלְכֵי אוּמּוֹת הָעוֹלָם, שֶׁאִם יִזְכֶּה, יַבְחִין בֵּין מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל לְמַלְכֵי אוּמּוֹת הָעוֹלָם. אַמַּאי? לֵימָא ״אֵין חׇכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״!
La Guemara répond à cette objection en disant qu'il faut le comprendre selon l'opinion de Rava, car Rava dit : selon la loi de la Torah, une tente au-dessus d'un cadavre — pour peu qu'il y ait un espace d'un téfa'h (largeur de main) entre le cadavre et la tente qui le surplombe — constitue une barrière à la propagation de l'impureté, et rien au-dessus de la tente ne peut contracter l'impureté rituelle transmise par le cadavre. Et lorsqu'il n'y a pas un espace d'un téfa'h entre le cadavre et la tente qui le surplombe, la tente ne constitue pas une barrière à la propagation de l'impureté, et l'impureté « comprimée » (téfousa) peut s'élever jusqu'aux cieux.
כִּדְרָבָא. דְּאָמַר רָבָא: דְּבַר תּוֹרָה, אֹהֶל, כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חָלָל טֶפַח — חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטּוּמְאָה. וְשֶׁאֵין בּוֹ חָלָל טֶפַח — אֵינוֹ חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטּוּמְאָה.
Or la plupart des cercueils ont un espace d'un téfa'h. Par conséquent, leur impureté ne se propage pas au-dessus du cercueil. Néanmoins, les Sages décrétèrent à l'égard des cercueils qui ont un espace d'un téfa'h, à cause de ceux qui n'en ont pas. Toutefois, par égard pour les rois, les Sages ne décrétèrent pas dans un cas les concernant, et les Cohanim furent autorisés à enjamber les cercueils, puisque cela est permis par la loi de la Torah. Dès lors, on ne peut tirer de là aucune preuve quant à la question de savoir si la dignité humaine l'emporte ou non sur la loi de la Torah.
וְרוֹב אֲרוֹנוֹת יֵשׁ בָּהֶן חָלָל טֶפַח. וְגָזְרוּ עַל שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם שֶׁאֵין בָּהֶן. וּמִשּׁוּם כְּבוֹד מְלָכִים לָא גְזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן.
La Guemara apporte une preuve supplémentaire à partir d'une baraïta. Viens et entends : grande est la dignité humaine (kevod habriot), car elle l'emporte sur une interdiction de la Torah.
תָּא שְׁמַע: גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה [אֶת] לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה.
La Guemara demande : pourquoi ? Disons ici aussi : « Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil contre l'Éternel » ! Rav bar Chaba interpréta cette interdiction — celle que la dignité humaine vient supplanter — devant Rav Kahana comme se rapportant à l'interdiction : « Selon la Torah qu'ils t'enseigneront et le jugement qu'ils te diront, tu agiras ; tu ne t'écarteras ni à droite ni à gauche de ce qu'ils te diront » (Devarim 17, 11). Les élèves de la Yéchiva se moquèrent de lui, car l'interdiction de « tu ne t'écarteras pas » est de la Torah, comme toutes les autres interdictions de la Torah. Pourquoi la dignité humaine devrait-elle la supplanter plus que n'importe quelle autre interdiction de la Torah ?
וְאַמַּאי? לֵימָא ״אֵין חׇכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״! תַּרְגְּמַהּ רַב בַּר שְׁבָא קַמֵּיהּ דְּרַב כָּהֲנָא בְּלָאו דְּ״לֹא תָסוּר״. אֲחִיכוּ עֲלֵיהּ, לָאו דְּ״לֹא תָסוּר״ דְאוֹרָיְיתָא הִיא?!
Rav Kahana leur répondit : un grand homme a parlé, ne vous moquez pas de lui. Les Sages ont fondé toute la loi rabbinique sur l'interdiction de « tu ne t'écarteras pas » ; cependant, par souci de la dignité humaine, les Sages ont permis de suspendre la loi rabbinique dans les cas où les deux entrent en conflit. Tous les décrets rabbiniques reposent sur la mitsva de la Torah d'obéir aux juges de chaque génération et de ne jamais s'écarter de leurs paroles. Par conséquent, lorsque les Sages suspendent un décret dans l'intérêt de la préservation de la dignité humaine, la dignité humaine vient bien supplanter une interdiction de la Torah. En tout état de cause, elle ne supplante que les décrets rabbiniques.
אָמַר רַב כָּהֲנָא: גַּבְרָא רַבָּה אָמַר מִילְּתָא, לָא תְּחִיכוּ עֲלֵיהּ. כׇּל מִילֵּי דְרַבָּנַן אַסְמְכִינְהוּ עַל לָאו דְּ״לֹא תָסוּר״, וּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שְׁרוֹ רַבָּנַן.
La Guemara apporte une preuve supplémentaire à partir d'une baraïta. Viens et entends : à propos des lois relatives à la restitution d'un objet perdu, il est dit : « Tu ne verras pas le bœuf de ton frère ou son agneau s'égarer et tu t'en détourneras (vehit'alamta) ; tu les ramèneras à ton frère » (Devarim 22, 1). La baraïta explique que l'expression apparemment superflue « et tu t'en détourneras » doit s'entendre comme accordant licence : il y a des fois où tu te détournes des objets perdus, et des fois où tu ne t'en détournes pas.
תָּא שְׁמַע: ״וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם״ — פְּעָמִים שֶׁאַתָּה מִתְעַלֵּם מֵהֶם, וּפְעָמִים שֶׁאֵין אַתָּה מִתְעַלֵּם מֵהֶם.
Berakhot 19b
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