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Traité Berakhot

18b

Étude de Berakhot 18b

Étude de la Guémara 18b

Guémara
Il est désigné dans le verset comme « fils d'un homme vivant ». La Guemara s'étonne : faut-il en conclure, du fait que l'Écriture lui donne cette appellation, que tous les autres seraient « fils de morts » ? Bien plutôt, le verset doit s'expliquer ainsi : « fils d'un homme vivant » qui vit à jamais, lui qui même dans la mort est appelé vivant. « Riche en exploits, de Kabtseël » : car il a multiplié et rassemblé de nombreux ouvriers pour la Torah. « C'est lui qui frappa les deux Ariel de Moab » : car après sa mort il n'a laissé nul égal, ni à l'époque du Premier Temple ni à celle du Second — le Temple étant appelé Ariel (voir Yechaya 29, 1), et les « deux Ariel » désignant les deux Temples.
״בֶּן אִישׁ חַי״: אַטּוּ כּוּלֵּי עָלְמָא בְּנֵי מֵתֵי נִינְהוּ? אֶלָּא: ״בֶּן אִישׁ חַי״ — שֶׁאֲפִילּוּ בְּמִיתָתוֹ קָרוּי חַי. ״רַב פְּעָלִים מִקַּבְצְאֵל״ — שֶׁרִיבָּה וְקִבֵּץ פּוֹעֲלִים לַתּוֹרָה. ״וְהוּא הִכָּה אֵת שְׁנֵי אֲרִאֵל מוֹאָב״ — שֶׁלֹּא הִנִּיחַ כְּמוֹתוֹ לֹא בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן וְלֹא בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי.
Les Sages ont divergé sur l'interprétation de la suite du verset : « Et il descendit et tua le lion au fond de la fosse, un jour de neige. » Certains disent que cela signifie qu'il brisa des blocs de grêle, descendit et s'immergea dans l'eau pour se purifier. D'autres disent qu'il apprit tout le Sifra — le midrach halakhique sur le livre de Vayikra, de l'école de Rav — en un jour d'hiver.
״וְהוּא יָרַד וְהִכָּה אֶת הָאֲרִי בְּתוֹךְ הַבּוֹר בְּיוֹם הַשָּׁלֶג״, אִיכָּא דְאָמְרִי: דְּתַבַּר גְּזִיזֵי דְבַרְדָּא, וּנְחַת וּטְבַל. אִיכָּא דְאָמְרִי: דִּתְנָא סִיפְרָא דְבֵי רַב בְּיוֹמָא דְסִיתְוָא.
Par contraste avec les justes, qui sont appelés vivants même après leur mort, le verset déclare expressément : « Et les morts ne savent rien. » Ce sont les méchants, qui même de leur vivant sont appelés morts, comme le dit le prophète Yehezkel à propos d'un roi d'Israël encore vivant : « Et toi, profané, méchant prince d'Israël » (Yehezkel 21, 30). Et si tu veux, dis plutôt que la preuve vient d'ici : « Sur la parole de deux témoins ou de trois témoins sera mis à mort le mort » (Devarim 17, 6). Cela est étonnant : tant que l'accusé n'a pas été condamné à mort, il est vivant. Bien plutôt, ce méchant est considéré comme mort dès le départ.
״וְהַמֵּתִים אֵינָם יוֹדְעִים מְאוּמָה״ — אֵלּוּ רְשָׁעִים, שֶׁבְּחַיֵּיהֶן קְרוּיִין ״מֵתִים״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה חָלָל רָשָׁע נְשִׂיא יִשְׂרָאֵל״. וְאִי בָּעֵית אֵימָא, מֵהָכָא: ״עַל פִּי שְׁנַיִם עֵדִים אוֹ עַל פִּי שְׁלֹשָׁה עֵדִים יוּמַת הַמֵּת״, חַי הוּא! אֶלָּא, הַמֵּת מֵעִיקָּרָא.
La Guemara rapporte une histoire sur ce sujet : les fils de Rabbi Hiya s'en allèrent aux villages superviser les ouvriers. Ils oublièrent ce qu'ils avaient appris et peinaient à s'en souvenir. L'un d'eux dit à l'autre : notre père défunt connaît-il notre peine ? L'autre lui dit : d'où la connaîtrait-il ? N'est-il pas écrit : « Ses fils sont honorés et il ne le sait pas, ils sont abaissés et il ne s'en aperçoit pas » (Iyov 14, 21) ? Les morts ne savent pas.
בְּנֵי רַבִּי חִיָּיא נְפוּק לְקִרְיָיתָא. אִייַּקַּר לְהוּ תַּלְמוּדַיְיהוּ. הֲווֹ קָא מִצַּעֲרִי לְאִדְּכוֹרֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ חַד לְחַבְרֵיהּ: יָדַע אֲבוּן בְּהַאי צַעֲרָא? אֲמַר לֵיהּ אִידַּךְ: מְנָא יָדַע? וְהָא כְּתִיב: ״יִכְבְּדוּ בָנָיו וְלֹא יֵדָע״.
L'autre lui répliqua : et les morts ne savent-ils vraiment pas ? N'est-il pas écrit : « Seule sa chair, sur lui, le fait souffrir, et son âme, sur lui, est en deuil » (Iyov 14, 22) ? À partir de ce verset, Rabbi Yitshak a dit : la vermine qui ronge est aussi douloureuse au mort que la piqûre d'une aiguille à la chair du vivant. Les morts doivent donc avoir la faculté de sentir et de savoir.
אֲמַר לֵיהּ אִידַּךְ: וְלָא יָדַע? וְהָא כְּתִיב: ״אַךְ בְּשָׂרוֹ עָלָיו יִכְאָב וְנַפְשׁוֹ עָלָיו תֶּאֱבָל״. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: קָשָׁה רִמָּה לַמֵּת כְּמַחַט בַּבָּשָׂר הַחַי!
Pour concilier cette contradiction, ils dirent : ils connaissent leur propre peine, mais ne connaissent pas la peine d'autrui.
אָמְרִי: בְּצַעֲרָא דִידְהוּ — יָדְעִי, בְּצַעֲרָא דְאַחֲרִינָא — לָא יָדְעִי.
La Guemara objecte : et vraiment, les morts ne connaîtraient-ils pas la peine d'autrui ? N'a-t-il pas été enseigné dans une beraïta : il advint qu'un homme pieux donna un dinar à un pauvre la veille de Roch haChana, en des années de disette, et que sa femme l'en railla [d'avoir donné une si forte somme en un temps si dur] ? Pour échapper à ses railleries incessantes, il s'en alla passer la nuit dans le cimetière. Cette nuit-là, en songe (Ritva, HaKotev, Maharcha), il entendit deux esprits qui conversaient l'un avec l'autre. L'un dit à l'autre : mon amie, allons rôder par le monde et entendre, de derrière le rideau céleste [le pargod, qui sépare la Présence divine du monde], quelle calamité va s'abattre sur le monde. L'autre esprit lui dit : je ne puis aller avec toi, car je suis enterrée dans une natte de roseaux ; mais toi, va, et dis-moi ce que tu auras entendu. Elle alla, rôda et revint. L'autre esprit lui dit : mon amie, qu'as-tu entendu de derrière le rideau céleste ? Elle répondit : j'ai entendu que quiconque sème lors de la première pluie de cette année, la grêle s'abattra et frappera ses récoltes. L'ayant entendu, l'homme pieux alla semer ses graines lors de la seconde pluie. En fin de compte, les récoltes du monde entier furent frappées par la grêle, et les siennes ne le furent pas.
וְלָא? וְהָתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁנָּתַן דִּינָר לְעָנִי בְּעֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה בִּשְׁנֵי בַצּוֹרֶת, וְהִקְנִיטַתּוּ אִשְׁתּוֹ, וְהָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת. וְשָׁמַע שְׁתֵּי רוּחוֹת שֶׁמְסַפְּרוֹת זוֹ לָזוֹ. אָמְרָה חֲדָא לַחֲבֶרְתָּהּ: חֲבֶרְתִּי, בּוֹאִי וְנָשׁוּט בָּעוֹלָם, וְנִשְׁמַע מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד מַה פּוּרְעָנוּת בָּא לָעוֹלָם? אָמְרָה לָהּ חֲבֶרְתָּהּ: אֵינִי יְכוֹלָה, שֶׁאֲנִי קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים. אֶלָּא לְכִי אַתְּ, וּמַה שֶּׁאַתְּ שׁוֹמַעַת אִמְרִי לִי. הָלְכָה הִיא וְשָׁטָה וּבָאָה. וְאָמְרָה לָהּ חֲבֶרְתָּהּ: חֲבֶרְתִּי, מַה שָּׁמַעְתְּ מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד? אָמְרָה לָהּ: שָׁמַעְתִּי שֶׁכָּל הַזּוֹרֵעַ בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה בָּרָד מַלְקֶה אוֹתוֹ. הָלַךְ הוּא וְזָרַע בִּרְבִיעָה שְׁנִיָּה. שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ לָקָה, שֶׁלּוֹ — לֹא לָקָה.
L'année suivante, la veille de Roch haChana, ce même homme pieux alla de lui-même passer la nuit dans le cimetière, et il entendit de nouveau les deux esprits converser l'un avec l'autre. L'un dit à l'autre : allons rôder par le monde et entendre, de derrière le rideau céleste, quelle calamité va s'abattre sur le monde. Elle lui dit : mon amie, ne te l'ai-je pas déjà dit, que je ne puis, car je suis enterrée dans une natte de roseaux ? Mais toi, va, et dis-moi ce que tu auras entendu. Elle alla, rôda et revint. L'autre esprit lui dit : mon amie, qu'as-tu entendu de derrière le rideau ? Elle lui dit : j'ai entendu que ceux qui sèment lors de la seconde pluie, la nielle frappera leurs récoltes. Cet homme pieux alla semer lors de la première pluie. Comme tous les autres avaient semé lors de la seconde pluie, en fin de compte les récoltes du monde entier furent atteintes par la nielle, et les siennes ne le furent pas.
לַשָּׁנָה הָאַחֶרֶת הָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, וְשָׁמַע אוֹתָן שְׁתֵּי רוּחוֹת שֶׁמְסַפְּרוֹת זוֹ עִם זוֹ. אָמְרָה חֲדָא לַחֲבֶרְתָּהּ: בּוֹאִי וְנָשׁוּט בָּעוֹלָם וְנִשְׁמַע מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד מַה פּוּרְעָנוּת בָּא לָעוֹלָם. אָמְרָה לָהּ: חֲבֶרְתִּי, לֹא כָּךְ אָמַרְתִּי לָךְ, אֵינִי יְכוֹלָה שֶׁאֲנִי קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים?! אֶלָּא לְכִי אַתְּ, וּמַה שֶּׁאַתְּ שׁוֹמַעַת בּוֹאִי וְאִמְרִי לִי. הָלְכָה וְשָׁטָה וּבָאָה. וְאָמְרָה לָהּ חֲבֶרְתָּהּ: חֲבֶרְתִּי, מַה שָּׁמַעְתְּ מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד? אָמְרָה לָהּ: שָׁמַעְתִּי שֶׁכָּל הַזּוֹרֵעַ בִּרְבִיעָה שְׁנִיָּה שִׁדָּפוֹן מַלְקֶה אוֹתוֹ. הָלַךְ וְזָרַע בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה, שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ נִשְׁדַּף וְשֶׁלּוֹ לֹא נִשְׁדַּף.
La femme de l'homme pieux lui dit : pourquoi, l'an passé, les récoltes du monde entier ont-elles été frappées et non les tiennes, et cette année les récoltes du monde entier ont-elles été niellées et non les tiennes ? Il lui rapporta toute l'histoire. On raconte qu'il ne se passa que peu de jours avant qu'une querelle n'éclatât entre la femme de cet homme pieux et la mère de la jeune fille qui était enterrée là. La femme de l'homme pieux lui dit, par dérision : va, et je te montrerai ta fille, qui est enterrée dans une natte de roseaux.
אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ: מִפְּנֵי מָה אֶשְׁתָּקַד שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ לָקָה וְשֶׁלְּךָ לֹא לָקָה, וְעַכְשָׁיו שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ נִשְׁדַּף וְשֶׁלְּךָ לֹא נִשְׁדַּף? סָח לָהּ כָּל הַדְּבָרִים הַלָּלוּ. אָמְרוּ: לֹא הָיוּ יָמִים מוּעָטִים עַד שֶׁנָּפְלָה קְטָטָה בֵּין אִשְׁתּוֹ שֶׁל אוֹתוֹ חָסִיד וּבֵין אִמָּהּ שֶׁל אוֹתָהּ רִיבָה. אָמְרָה לָהּ: לְכִי וְאַרְאֵךְ בִּתֵּךְ שֶׁהִיא קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים.
L'année suivante, il alla de nouveau passer la nuit dans le cimetière et entendit les mêmes esprits converser l'un avec l'autre. L'un dit à l'autre : mon amie, allons rôder par le monde et entendre, de derrière le rideau céleste, quelle calamité va s'abattre sur le monde. Elle lui dit : mon amie, laisse-moi tranquille ; les propos que nous avons échangés en privé, toi et moi, ont déjà été entendus parmi les vivants. Il appert donc que les morts savent ce qui se passe en ce monde.
לַשָּׁנָה הָאַחֶרֶת הָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת וְשָׁמַע אוֹתָן רוּחוֹת שֶׁמְסַפְּרוֹת זוֹ עִם זוֹ. אָמְרָה לָהּ: חֲבֶרְתִּי, בּוֹאִי וְנָשׁוּט בָּעוֹלָם וְנִשְׁמַע מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד מַה פּוּרְעָנוּת בָּא לָעוֹלָם. אָמְרָה לָהּ: חֲבֶרְתִּי, הֲנִיחִינִי, דְּבָרִים שֶׁבֵּינִי לְבֵינֵךְ כְּבָר נִשְׁמְעוּ בֵּין הַחַיִּים. אַלְמָא יָדְעִי.
La Guemara répond : ce n'est pas une preuve ; peut-être une autre personne, qui avait eu vent de la conversation des esprits, est-elle morte, et est-elle allée leur dire qu'on les avait surprises.
דִּילְמָא אִינִישׁ אַחֲרִינָא שָׁכֵיב, וְאָזֵיל וְאָמַר לְהוּ.
Viens et entends une [autre] preuve, car on raconte : Zeïri avait coutume de déposer ses dinars chez son hôtesse. Tandis qu'il allait et venait de l'école de Rav, elle mourut, et il ne savait pas où elle avait mis l'argent. Il alla donc après elle, à sa tombe au cimetière, et lui dit : où sont les dinars ? Elle répondit : va les prendre sous le gond de la porte, à tel endroit ; et dis à ma mère qu'elle m'envoie mon peigne et un tube de fard à paupières par telle femme, qui mourra et viendra ici demain. Il appert donc que les morts savent ce qui se passe en ce monde.
תָּא שְׁמַע: דִּזְעֵירִי הֲוָה מַפְקֵיד זוּזֵי גַּבֵּי אוּשְׁפִּיזְכָתֵיהּ. עַד דְּאָתֵי וְאָזֵיל לְבֵי רַב, שְׁכִיבָה. אֲזַל בָּתְרַהּ לַחֲצַר מָוֶת, אֲמַר לַהּ: זוּזֵי הֵיכָא? אֲמַרָה לֵיהּ: זִיל שַׁקְלִינְהוּ מִתּוּתֵי צִנּוֹרָא דְּדָשָׁא בְּדוּךְ פְּלָן, וְאֵימָא לַהּ לְאִימָּא, תְּשַׁדַּר לִי מַסְרְקַאי וְגוּבְתַּאי דְּכוּחְלָא בַּהֲדֵי פְּלָנִיתָא דְּאָתְיָא לִמְחַר. אַלְמָא יָדְעִי!
Berakhot 18b
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