« Il n'y a point de brèche » : que notre groupe de Sages ne soit pas comme le groupe de David, dont sortit Ahitophel, qui ouvrit une brèche dans le royaume de David. « Et nulle sortie » : que notre groupe ne soit pas comme le groupe de Chaoul, dont sortit Doëg l'Édomite, qui s'engagea sur une voie mauvaise. « Et nul cri » : que notre groupe ne soit pas comme le groupe d'Élicha, dont sortit Guéhazi. « Sur nos places » : que nous n'ayons ni fils ni élève qui « brûle son plat en public » — c'est-à-dire qui pèche publiquement et fait pécher les autres —, comme dans le cas bien connu de Jésus le Nazaréen.
״אֵין פֶּרֶץ״ — שֶׁלֹּא תְּהֵא סִיעָתֵנוּ כְּסִיעָתוֹ שֶׁל דָּוִד שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ אֲחִיתוֹפֶל. ״וְאֵין יוֹצֵאת״ — שֶׁלֹּא תְּהֵא סִיעָתֵנוּ כְּסִיעָתוֹ שֶׁל שָׁאוּל שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ דּוֹאֵג הָאֲדוֹמִי. ״וְאֵין צְוָחָה״ — שֶׁלֹּא תְּהֵא סִיעָתֵנוּ כְּסִיעָתוֹ שֶׁל אֱלִישָׁע שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ גֵּחֲזִי. ״בִּרְחוֹבוֹתֵינוּ״ — שֶׁלֹּא יְהֵא לָנוּ בֵּן אוֹ תַּלְמִיד שֶׁמַּקְדִּיחַ תַּבְשִׁילוֹ בָּרַבִּים, כְּגוֹן יֵשׁוּ הַנּוֹצְרִי.
Ayant rapporté une controverse sur l'interprétation d'un verset où l'on ignore si le débat oppose Rav et Chmouel ou bien Rabbi Yohanan et Rabbi Eléazar, la Guemara cite un autre verset au sujet duquel existe une controverse semblable. Il est dit : « Écoutez-Moi, hommes au cœur obstiné, qui êtes loin de la tsedaka [la justice / charité] » (Yechaya 46, 12). Tous deux conviennent que le verset parle des justes, mais Rav et Chmouel — et d'aucuns disent Rabbi Yohanan et Rabbi Eléazar — divergent sur sa lecture. L'un dit : le monde entier est sustenté par la tsedaka [la bonté gratuite] de D.ieu, non parce qu'il mériterait d'exister, tandis que les justes, eux qui sont « loin de la tsedaka » de D.ieu, sont sustentés « par le bras » [de plein droit], car leurs propres bonnes actions leur donnent le droit d'exiger leur subsistance. Et l'autre dit : le monde entier est sustenté par le mérite de leur droiture [celle des justes], tandis qu'eux ne sont pas sustentés du tout, pas même par leur propre mérite — conformément à ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav.
״שִׁמְעוּ אֵלַי אַבִּירֵי לֵב הָרְחוֹקִים מִצְּדָקָה״, רַב וּשְׁמוּאֵל, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר. חַד אָמַר: כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ נִזּוֹנִין בִּצְדָקָה, וְהֵם נִזּוֹנִין בִּזְרוֹעַ. וְחַד אָמַר: כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ נִזּוֹנִין בִּזְכוּתָם, וְהֵם אֲפִילּוּ בִּזְכוּת עַצְמָן אֵין נִזּוֹנִין. כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב.
Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : chaque jour, une voix céleste (bat kol) sort du mont Horev et proclame : le monde entier est sustenté grâce au mérite de Hanina ben Dossa, Mon fils ; et à Hanina, Mon fils, un kav de caroubes suffit pour le nourrir une semaine entière, d'une veille de Chabbat à la veille du Chabbat suivant.
דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּכָל יוֹם וְיוֹם בַּת קוֹל יוֹצֵאת מֵהַר חוֹרֵב וְאוֹמֶרֶת: כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ נִזּוֹנִין בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי, וַחֲנִינָא בְּנִי דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת.
Et cette exégèse diverge de l'opinion de Rav Yehouda, car Rav Yehouda a dit : qui sont les « hommes au cœur obstiné » ? Ce sont les païens insensés de Gova'ei. Rav Yossef a dit : sache qu'il en est bien ainsi, car jamais aucun converti n'est sorti de leurs rangs.
וּפְלִיגָא דְּרַב יְהוּדָה. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה מַאן ״אַבִּירֵי לֵב״ — גּוֹבָאֵי טַפְשָׁאֵי. אָמַר רַב יוֹסֵף: תִּדַּע, דְּהָא לָא אִיגַּיַּיר גִּיּוֹרָא מִינַּיְיהוּ.
De même, Rav Achi a dit : les habitants païens de la ville de Mata Mehassia sont les « hommes au cœur obstiné », car ils sont témoins de la gloire de la Torah deux fois l'an, lors des rassemblements de la kalla [aux mois d'Adar et d'Eloul], quand des milliers de gens se réunissent et étudient la Torah en masse ; et pourtant jamais aucun converti n'est sorti de leurs rangs.
אָמַר רַב אָשֵׁי: בְּנֵי מָתָא מַחְסֵיָא ״אַבִּירֵי לֵב״ נִינְהוּ, דְּקָא חָזוּ יְקָרָא דְאוֹרָיְיתָא תְּרֵי זִמְנֵי בְּשַׁתָּא, וְלָא קָמִגַּיַּיר גִּיּוֹרָא מִינַּיְיהוּ.
Nous avons appris dans notre Michna que si un jeune marié veut réciter le Chéma la première nuit de ses noces, il le peut ; mais Rabban Chimon ben Gamliel l'interdisait, à cause de l'apparence de présomption [comme s'il se vantait de pouvoir se concentrer].
חָתָן אִם רוֹצֶה לִקְרוֹת וְכוּ׳.
La Guemara demande : faut-il en conclure que Rabban Chimon ben Gamliel redoute la présomption (youhara) et que les Sages, eux, ne la redoutent pas ? N'avons-nous pas entendu d'eux le contraire ? Car nous avons appris dans une MISHNA : un lieu où l'on a coutume de travailler le Neuf Av, on y travaille ; un lieu où l'on a coutume de ne pas travailler le Neuf Av, on n'y travaille pas. Et partout, les disciples des Sages (talmidei hakhamim) chôment et ne travaillent pas. Rabban Chimon ben Gamliel dit : pour ce qui est du travail le Neuf Av, chacun doit toujours se conduire comme un disciple des Sages.
לְמֵימְרָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל חָיֵישׁ לְיוּהֲרָא וְרַבָּנַן לָא חָיְישִׁי לְיוּהֲרָא, וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ! דִּתְנַן: מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — עוֹשִׂין. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת — אֵין עוֹשִׂין. וְכָל מָקוֹם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בְּטֵלִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לְעוֹלָם יַעֲשֶׂה כָּל אָדָם אֶת עַצְמוֹ כְּתַלְמִיד חָכָם.
S'il en est ainsi, il y a contradiction entre la parole des Sages ici et la parole des Sages là-bas ; et il y a contradiction entre la parole de Rabban Chimon ben Gamliel ici et la parole de Rabban Chimon ben Gamliel là-bas.
קַשְׁיָא דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן, קַשְׁיָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל!
Rabbi Yohanan a dit : l'attribution des opinions est intervertie dans l'une des sources, afin d'éviter la contradiction. Rav Chicha, fils de Rav Idi, a dit : en réalité, point n'est besoin d'intervertir les opinions, car la contradiction entre la parole des Sages ici et leur parole là-bas n'en est pas une. Dans le cas de la récitation du Chéma la nuit de ses noces : puisque tout le monde récite le Chéma et que lui aussi le récite, il ne se distingue pas et cela n'a pas l'apparence de la présomption. Ici, au contraire, dans le cas du Neuf Av : puisque tout le monde travaille et que lui ne travaille pas, son oisiveté est remarquée et a l'apparence de la présomption.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוּחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: לְעוֹלָם לֹא תַּחְלִיף. דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן לָא קַשְׁיָא: קְרִיאַת שְׁמַע, כֵּיוָן דְּכוּלֵּי עָלְמָא קָא קָרוּ וְאִיהוּ נָמֵי קָרֵי — לָא מִיחְזֵי כְּיוּהֲרָא. הָכָא, כֵּיוָן דְּכוּלֵּי עָלְמָא עָבְדִי מְלָאכָה וְאִיהוּ לָא קָא עָבֵיד — מִיחְזֵי כְּיוּהֲרָא.
De même, la contradiction entre la parole de Rabban Chimon ben Gamliel ici et sa parole là-bas n'en est pas une. Là-bas, dans le cas de la récitation du Chéma la nuit de ses noces, l'affaire dépend de sa capacité à se concentrer, et il est manifeste pour tous qu'il en est incapable : réciter le Chéma en pareilles circonstances est un étalage de présomption. Mais ici, dans le cas du Neuf Av, celui qui le voit oisif se dit : c'est qu'il n'a pas de travail à faire. Va donc voir combien d'oisifs il y a sur la place du marché [même les jours où le travail est permis] : son inaction ne saute donc pas aux yeux.
דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לָא קַשְׁיָא: הָתָם בְּכַוָּנָה תַלְיָא מִילְּתָא, וַאֲנַן סָהֲדֵי דְּלָא מָצֵי לְכַוּוֹנֵי דַּעְתֵּיהּ. אֲבָל הָכָא, הָרוֹאֶה אוֹמֵר: מְלָאכָה הוּא דְּאֵין לוֹ. פּוּק חֲזִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא.
[Hadran sur « Hé qoré » — fin du chapitre. Puissions-nous revenir vers toi, chapitre « Hé qoré » (« Celui qui lisait »).]
הדרן עלך היה קורא
Mishna 1
MICHNA : Celui dont le mort [un proche défunt] gît devant lui, non encore enseveli, est exempt de la récitation du Chéma, de la prière de la Amida et de la mitsva de mettre les téfilines, ainsi que de tous les commandements positifs énoncés dans la Torah, jusqu'à ce que le mort ait été enterré.
מַתְנִי׳ מִי שֶׁמֵּתוֹ מוּטָּל לְפָנָיו — פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין, וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה.(משנה)