La Guemara s'interroge là-dessus : S'il en est ainsi, pourquoi traiter d'un cas où l'on épouse une vierge en particulier ? Même celui qui épouse une veuve accomplit une mitsva et devrait, lui aussi, être dispensé.
אִי הָכִי מַאי אִירְיָא הַכּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה? אֲפִילּוּ כּוֹנֵס אֶת הָאַלְמָנָה נָמֵי.
La Guemara répond que, malgré tout, il y a une distinction entre celui qui épouse une vierge et celui qui épouse une veuve. Ici, dans le cas de celui qui épouse une vierge, le 'hatan (le marié) est préoccupé par ses pensées ; tandis que là, dans le cas de celui qui épouse une veuve, il n'est pas préoccupé.
הָכָא — טְרִיד, וְהָכָא — לָא טְרִיד.
La Guemara objecte : Si c'est en raison de la préoccupation, alors même celui qui est préoccupé parce que son navire a sombré en mer devrait être dispensé. S'il en est ainsi, pourquoi donc Rabbi Abba bar Zavda a-t-il dit au nom de Rav : Un avel (un endeuillé) est tenu à toutes les mitsvot énoncées dans la Torah, à l'exception de la mitsva de mettre les téfilines, car le terme « parure » (péèr) est employé à leur sujet, ainsi qu'il est dit — le prophète Yé'hezkel s'étant vu interdire de prendre le deuil — : « Ceins ta parure sur toi » (Yé'hezkel 24, 17) ? Or si même un avel, qui est dans la peine et préoccupé, est tenu de réciter le Chema, il est clair que la préoccupation n'a aucune incidence sur l'obligation.
אִי מִשּׁוּם טִרְדָּא, אֲפִילּוּ טָבְעָה סְפִינָתוֹ בַּיָּם נָמֵי, אַלְּמָה אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אָבֵל חַיָּיב בְּכָל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה, חוּץ מִן הַתְּפִילִּין שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר בָּהֶן ״פְּאֵר״, שֶׁנֶּאֱמַר ״פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ וְגוֹ׳״!
La Guemara répond : Malgré tout, il y a une distinction entre les cas. Là, c'est un cas de préoccupation liée à un acte volontaire, car il n'y a pas de mitsva à être préoccupé par son deuil ; mais ici, dans le cas d'un 'hatan, la cause de la préoccupation est la mitsva elle-même.
אָמְרִי הָתָם טִרְדָּא דִרְשׁוּת הָכָא טִרְדָּא דְמִצְוָה.
Mishna 1
MICHNA : La Michna rapporte un autre épisode illustrant la conduite singulière de Rabban Gamliel. Il se baigna la première nuit après la mort de sa femme. Ses disciples lui dirent : Ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, qu'un avel (un endeuillé) a interdiction de se baigner ? Il leur répondit : Je ne suis pas comme les autres hommes, je suis délicat [isténis]. Pour moi, ne pas me baigner cause une véritable souffrance physique ; or même un avel n'a pas à endurer de souffrance physique au titre de son deuil.
מַתְנִי׳ רָחַץ לַיְלָה הָרִאשׁוֹן שֶׁמֵּתָה אִשְׁתּוֹ. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ שֶׁאָבֵל אָסוּר לִרְחוֹץ? אָמַר לָהֶם אֵינִי כִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם, אִסְטְנִיס אֲנִי.(משנה)
Et lorsque Tavi, son esclave, mourut, Rabban Gamliel accepta pour sa mort des condoléances, comme on le ferait pour un proche parent. Ses disciples lui dirent : Ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, que l'on n'accepte pas de condoléances pour la mort des esclaves ? Rabban Gamliel dit à ses disciples : Mon esclave Tavi n'est pas comme tous les autres esclaves : il était vertueux, et il convient de lui rendre le même honneur que l'on rend à un membre de la famille.
וּכְשֶׁמֵּת טָבִי עַבְדּוֹ קִבֵּל עָלָיו תַּנְחוּמִין. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ שֶׁאֵין מְקַבְּלִין תַּנְחוּמִין עַל הָעֲבָדִים? אָמַר לָהֶם: אֵין טָבִי עַבְדִּי כִּשְׁאָר כָּל הָעֲבָדִים, כָּשֵׁר הָיָה.
À propos de la récitation du Chema la nuit de ses noces, les Sages ont dit que si, malgré sa dispense, un 'hatan désire réciter le Chema la première nuit, il peut le faire. Rabban Chimon ben Gamliel dit : Tout homme qui désire se donner la réputation d'un homme craignant D.ieu n'est pas en droit de se la donner ; et par conséquent, tout 'hatan qui désire réciter le Chema la nuit de ses noces n'est pas en droit de le faire.
חָתָן אִם רוֹצֶה לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע לַיְלָה הָרִאשׁוֹן — קוֹרֵא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא כָּל הָרוֹצֶה לִיטּוֹל אֶת הַשֵּׁם, יִטּוֹל.
Guémara
GUEMARA : À propos du fait que Rabban Gamliel se baigna la première nuit après la mort de sa femme, la Guemara demande : Quelle est la raison pour laquelle Rabban Gamliel n'observa pas les usages du deuil après la mort de sa femme ? La Guemara répond : Il soutient que le deuil aigu [aninout] n'est en vigueur que le jour même du décès, mais que le deuil aigu de la nuit n'est que de décret rabbinique, ainsi qu'il est écrit : « Je changerai vos fêtes en deuil, et tous vos chants en lamentations ; je mettrai le sac sur tous les reins et la calvitie sur toute tête ; je te rendrai semblable à un endeuillé pour un fils unique, et sa fin sera comme un jour amer » (Amos 8, 10). Ainsi, par la loi de la Torah, le deuil aigu de l'homme n'a lieu que le jour, « comme un jour amer », tandis que le deuil aigu de la nuit qui suit n'est que rabbinique. Et dans le cas d'un homme délicat, les Sages n'ont pas décrété qu'il dût s'affliger durant la période de deuil aigu.
גְּמָ׳ מַאי טַעְמָא דְּרַבָּן (שִׁמְעוֹן בֶּן) גַּמְלִיאֵל? קָסָבַר: אֲנִינוּת לַיְלָה — דְּרַבָּנַן, דִּכְתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מָר״. וּבִמְקוֹם אִיסְטְנִיס לָא גְזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנַן.
« Et lorsque Tavi, son esclave, mourut… ». Nous avons appris dans notre Michna que, lorsque Tavi, son serviteur, mourut, Rabban Gamliel accepta pour lui des condoléances.
וּכְשֶׁמֵּת טָבִי עַבְדּוֹ וְכוּ׳.
Les Sages ont enseigné dans une baraïta : Pour des esclaves et des servantes qui meurent, on ne se tient pas en rangée de consolateurs pour réconforter les endeuillés, et l'on ne récite ni la berakha des endeuillés ni la consolation des endeuillés.
תָּנוּ רַבָּנַן: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין עוֹמְדִין עֲלֵיהֶם בְּשׁוּרָה, וְאֵין אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים.
On rapporte un fait : lorsque la servante de Rabbi Éliézer mourut, ses disciples entrèrent pour le consoler. Lorsqu'il les vit s'approcher, il monta à l'étage, et ils montèrent à sa suite. Il entra dans le vestibule [anpilon], et ils entrèrent à sa suite. Il entra dans la salle de réception [téraklin], et ils entrèrent à sa suite. Les voyant le suivre partout, il leur dit : Il me semblait que vous vous brûleriez à de l'eau tiède — c'est-à-dire que vous sauriez saisir une allusion, et que lorsque je suis monté à l'étage, vous comprendriez que je ne souhaitais pas recevoir vos consolations. Or je vois à présent que vous ne vous brûlez même pas à de l'eau bouillante. Ne vous ai-je pas enseigné ceci : Pour des esclaves et des servantes qui meurent, on ne se tient pas en rangée de consolateurs pour réconforter les endeuillés, et l'on ne récite ni la berakha des endeuillés ni la consolation des endeuillés — car la relation entre maître et esclave n'est pas comme une relation familiale ? Que dit-on alors à leur sujet [lorsqu'ils meurent] ? De même que l'on dit à un homme, au sujet de son bœuf ou de son âne qui sont morts : « Que l'Omniprésent comble ta perte », de même on lui dit, au sujet de son esclave ou de sa servante qui sont morts : « Que l'Omniprésent comble ta perte » — car le lien entre un maître et son esclave n'est que de nature financière.
מַעֲשֶׂה וּמֵתָה שִׁפְחָתוֹ שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. נִכְנְסוּ תַּלְמִידָיו לְנַחֲמוֹ. כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתָם עָלָה לַעֲלִיָּיה, וְעָלוּ אַחֲרָיו. נִכְנַס לָאַנְפִּילוֹן, נִכְנְסוּ אַחֲרָיו. נִכְנַס לַטְּרַקְלִין, נִכְנְסוּ אַחֲרָיו. אָמַר לָהֶם: כִּמְדוּמֶּה אֲנִי שֶׁאַתֶּם נִכְוִים בְּפוֹשְׁרִים, עַכְשָׁיו אִי אַתֶּם נִכְוִים אֲפִילּוּ בְּחַמֵּי חַמִּין, לֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין עוֹמְדִים עֲלֵיהֶם בְּשׁוּרָה, וְאֵין אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְלֹא תַּנְחוּמֵי אֲבֵלִים? אֶלָּא מָה אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם? — כְּשֵׁם שֶׁאוֹמְרִים לוֹ לְאָדָם עַל שׁוֹרוֹ וְעַל חֲמוֹרוֹ שֶׁמֵּתוּ — ״הַמָּקוֹם יְמַלֵּא לְךָ חֶסְרוֹנְךָ״, כָּךְ אוֹמְרִים לוֹ עַל עַבְדּוֹ וְעַל שִׁפְחָתוֹ ״הַמָּקוֹם יְמַלֵּא לְךָ חֶסְרוֹנְךָ״.
On a enseigné dans une autre baraïta : On ne fait pas d'éloge funèbre pour les esclaves et les servantes. Rabbi Yossi dit : S'il s'agissait d'un serviteur vertueux, on récite à son sujet une sorte d'éloge : « Hélas, un homme bon et fidèle, qui jouissait du fruit de son labeur. » Ils lui dirent : S'il en est ainsi, quel éloge as-tu laissé pour les Juifs vertueux ? Un Juif serait fier d'être loué de cette manière.
תַּנְיָא אִידַּךְ: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין מַסְפִּידִין אוֹתָן. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אִם עֶבֶד כָּשֵׁר הוּא — אוֹמְרִים עָלָיו: ״הוֹי אִישׁ טוֹב וְנֶאֱמָן וְנֶהֱנֶה מִיגִיעוֹ״. אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן, מָה הִנַּחְתָּ לַכְּשֵׁרִים?