Cela ne signifie pas que le nom « Yaakov » sera entièrement déraciné de sa place, mais que le nom « Israël » deviendra le nom principal, auquel le nom « Yaakov » sera secondaire — car la Torah continue de l'appeler Yaakov après cet événement. Et l'Écriture dit aussi que la rédemption ultime éclipsera la rédemption précédente, par le verset : « Ne vous souvenez plus des événements d'autrefois, et ne méditez plus sur les choses anciennes » (Yéchayahou 43, 18). Et la Guemara explique : « Ne vous souvenez plus des événements d'autrefois », c'est l'asservissement aux royaumes ; « et ne méditez plus sur les choses anciennes », c'est la sortie d'Égypte, qui eut lieu avant l'asservissement aux nations.
לֹא שֶׁיֵּעָקֵר ״יַעֲקֹב״ מִמְּקוֹמוֹ, אֶלָּא ״יִשְׂרָאֵל״ עִיקָּר וְ״יַעֲקֹב״ טָפֵל לוֹ. וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ״: אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת״ — זֶה שִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת, ״וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ״ — זוֹ יְצִיאַת מִצְרַיִם.
À propos du verset suivant : « Voici, je fais une chose nouvelle, maintenant elle va germer » (Yéchayahou 43, 19), Rav Yossef enseigna une baraïta : ceci se rapporte à la guerre future de Gog et Magog, qui fera oublier tous les événements antérieurs.
״הִנְנִי עֹשֶׂה חֲדָשָׁה עַתָּה תִצְמָח״, תָּנֵי רַב יוֹסֵף: זוֹ מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג.
La Guemara cite une parabole : à quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui marchait en chemin : un loup l'attaqua et il en réchappa, et il continua de raconter l'histoire du loup. Un lion l'attaqua et il en réchappa, et il continua de raconter l'histoire du lion. Un serpent l'attaqua et il en réchappa : il oublia alors l'épisode du lion et du loup, et il continua de raconter l'histoire du serpent. Chaque rencontre était plus dangereuse, et chaque délivrance plus miraculeuse que la précédente, de sorte qu'il racontait toujours le récit le plus récent. Ainsi en est-il d'Israël : les épreuves les plus récentes font oublier les épreuves antérieures.
מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה — לְאָדָם שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וּפָגַע בּוֹ זְאֵב וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה זְאֵב. פָּגַע בּוֹ אֲרִי וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה אֲרִי. פָּגַע בּוֹ נָחָשׁ וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, שָׁכַח מַעֲשֵׂה שְׁנֵיהֶם, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה נָחָשׁ. אַף כָּךְ יִשְׂרָאֵל — צָרוֹת אַחֲרוֹנוֹת מְשַׁכְּחוֹת אֶת הָרִאשׁוֹנוֹת.
Ayant évoqué le changement du nom de Yaakov, la Guemara aborde le changement des noms d'Avraham et de Sarah. Quel est le sens du changement du nom d'Avram en Avraham ? Ainsi qu'il est dit : « Avram, c'est Avraham » (Divré haYamim I 1, 27).
״אַבְרָם הוּא אַבְרָהָם״:
La Guemara explique : au commencement il devint père — un chef, un homme éminent — seulement pour Aram ; aussi fut-il appelé Avram, père [av] d'Aram. Et finalement, par la bénédiction de D.ieu, il devint le père du monde entier ; aussi fut-il appelé Avraham, père de la multitude [av hamon], ainsi qu'il est dit : « Je t'ai établi père d'une multitude de nations » (Béréchit 17, 5).
בַּתְּחִלָּה נַעֲשָׂה אָב לַאֲרָם, וּלְבַסּוֹף נַעֲשָׂה אָב לְכָל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
De même, quel est le sens du changement du nom de Saraï en Sarah ? Le même principe s'applique à Saraï qu'à Avram : « Saraï, c'est Sarah. »
״שָׂרַי הִיא שָׂרָה״.
La Guemara explique : au commencement elle ne fut princesse que pour sa propre nation — « ma princesse » [Saraï] —, mais finalement elle devint Sarah, terme général indiquant qu'elle était princesse pour le monde entier.
בַּתְּחִלָּה נַעֲשֵׂית שָׂרַי לְאוּמָּתָהּ, וּלְבַסּוֹף נַעֲשֵׂית שָׂרָה לְכָל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
À propos du nom d'Avraham, Bar Kappara enseigna : quiconque appelle Avraham « Avram » transgresse une mitsva positive, ainsi qu'il est dit : « Et ton nom sera Avraham » (Béréchit 17, 5) — c'est une mitsva positive de l'appeler Avraham. Rabbi Éliézer dit : celui qui appelle Avraham « Avram » transgresse une mitsva négative, ainsi qu'il est dit : « Et ton nom ne sera plus appelé Avram, et ton nom sera Avraham, car je t'ai établi père d'une multitude de nations » (Béréchit 17, 5).
תָּנֵי בַּר קַפָּרָא: כָּל הַקּוֹרֵא לְאַבְרָהָם ״אַבְרָם״ — עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם״. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: עוֹבֵר בְּלָאו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יִקָּרֵא עוֹד [אֶת] שִׁמְךָ אַבְרָם״.
La Guemara demande : mais si l'on considère ces énoncés comme contraignants, alors il faudrait en déduire d'ici que celui qui appelle Sarah « Saraï » transgresse lui aussi une mitsva positive ou négative.
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְשָׂרָה ״שָׂרַי״ הָכִי נָמֵי?
La Guemara répond : là, dans le cas de Sarah, ce n'est pas une mitsva générale ; c'est plutôt le Saint, béni soit-Il, qui dit à Avraham seul : « Saraï ta femme, tu ne l'appelleras pas du nom de Saraï, car Sarah est son nom » (Béréchit 17, 15). En revanche, à propos d'Avraham, cela est dit en termes généraux : « Ton nom ne sera plus appelé Avram. »
הָתָם, קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אָמַר לְאַבְרָהָם: ״שָׂרַי אִשְׁתְּךָ לֹא תִקְרָא אֶת שְׁמָהּ שָׂרָי כִּי שָׂרָה שְׁמָהּ״.
De nouveau, la Guemara demande : mais s'il en est ainsi, celui qui appelle Yaakov « Yaakov » — au sujet de qui il est écrit : « Ton nom ne sera plus Yaakov, mais Israël » (Béréchit 32, 29) — transgresse lui aussi une mitsva ?!
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְיַעֲקֹב ״יַעֲקֹב״ הָכִי נָמֵי?!
La Guemara répond : c'est différent là, car le verset revient en arrière et D.ieu Lui-même appelle Yaakov « Yaakov », ainsi qu'il est écrit avant sa descente en Égypte : « Et D.ieu parla à Israël dans les visions de la nuit, et dit : Yaakov, Yaakov ; et il dit : me voici » (Béréchit 46, 2).
שָׁאנֵי הָתָם דַּהֲדַר אַהְדְּרֵיהּ קְרָא, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים לְיִשְׂרָאֵל בְּמַרְאוֹת הַלַּיְלָה וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב״.