De même, Rabbi 'Hanan dit : Même si le maître des songes — dans un rêve véridique, c'est-à-dire un ange (Maayan haBerakhot) — dit à un homme que demain il mourra, qu'il ne s'empêche pas d'implorer la miséricorde, comme il est dit : « Car dans la multitude des songes, des vanités et des paroles nombreuses, crains plutôt D.ieu » (Kohélet 5, 6). Bien que le songe puisse lui paraître réel, il n'en est pas nécessairement ainsi, et l'on doit placer sa confiance en D.ieu.
אָמַר רַבִּי חָנָן: אֲפִילּוּ בַּעַל הַחֲלוֹמוֹת אוֹמֵר לוֹ לְאָדָם לְמָחָר הוּא מֵת — אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי בְרֹב חֲלֹמוֹת וַהֲבָלִים וּדְבָרִים הַרְבֵּה כִּי אֶת הָאֱלֹהִים יְרָא״.
Ayant entendu la dure prophétie de Yechayahou, aussitôt : « 'Hizkiyahou tourna sa face vers le mur et pria D.ieu » (Yechayahou 38, 2).
מִיָּד ״וַיַּסֵּב חִזְקִיָּהוּ פָּנָיו אֶל הַקִּיר וַיִּתְפַּלֵּל אֶל ה׳״.
La Guemara demande : Que signifie le mot « mur (kir) » dans ce contexte ? Pourquoi 'Hizkiyahou tourna-t-il sa face vers un mur ? Rabbi Chimon ben Lakich dit : Cela fait symboliquement allusion au fait que 'Hizkiyahou pria D.ieu depuis les parois (kirot) de son cœur, comme il est dit ailleurs : « Mes entrailles, mes entrailles, je souffre. Les parois de mon cœur. Mon cœur gémit en moi » (Yirmeyahou 4, 19).
מַאי ״קִיר״? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מִקִּירוֹת לִבּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מֵעַי מֵעַי אוֹחִילָה קִירוֹת לִבִּי וְגוֹ׳״.
Rabbi Levi dit : 'Hizkiyahou entendait évoquer des choses relatives à un mur, et il dit devant D.ieu : Maître de l'univers, si la Chounamite, qui ne fit qu'un seul petit mur sur le toit pour le prophète Élicha, et que Tu rendis la vie à son fils, à plus forte raison devrais-Tu rendre la vie au descendant du père de mon père, le roi Chelomo, qui recouvrit tout le sanctuaire du Temple d'argent et d'or. Dans sa prière, 'Hizkiyahou dit : « De grâce, D.ieu, souviens-Toi que j'ai marché devant Toi en vérité et d'un cœur entier, et que j'ai fait ce qui est bon à Tes yeux. Et 'Hizkiyahou pleura abondamment » (Yechayahou 38, 3).
רַבִּי לֵוִי אָמַר: עַל עִסְקֵי הַקִּיר, אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּמָה שׁוּנַמִּית שֶׁלֹּא עָשְׂתָה אֶלָּא קִיר אַחַת קְטַנָּה הֶחֱיֵיתָ אֶת בְּנָהּ, אֲבִי אַבָּא שֶׁחִפָּה אֶת הַהֵיכָל כּוּלּוֹ בְּכֶסֶף וּבְזָהָב עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. ״זְכָר נָא אֵת אֲשֶׁר הִתְהַלַּכְתִּי לְפָנֶיךָ בֶּאֱמֶת וּבְלֵב שָׁלֵם וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עָשִׂיתִי״.
La Guemara demande : À quelle action précise faisait-il référence en disant : « Et j'ai fait ce qui est bon à Tes yeux » ? Plusieurs avis sont avancés, rappelant les mérites de 'Hizkiyahou : Rav Yehouda dit au nom de Rav qu'il juxtaposa la délivrance (gueoula) à la prière (téfila) au lever du soleil, au lieu de dormir tard comme c'était la coutume de la plupart des rois (Iyoun Yaakov). Rabbi Levi dit : Il dissimula (gnaza) le Livre des Remèdes, sur lequel tout le monde se reposait.
מַאי ״וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עָשִׂיתִי״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: שֶׁסָּמַךְ גְּאוּלָּה לִתְפִלָּה. רַבִּי לֵוִי אָמַר: שֶׁגָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת.
Les Sages enseignèrent : Le roi 'Hizkiyahou accomplit six actions novatrices. Pour trois d'entre elles, les Sages l'approuvèrent, et pour trois ils ne l'approuvèrent pas.
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁשָּׁה דְבָרִים עָשָׂה חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ, עַל שְׁלֹשָׁה הוֹדוּ לוֹ, וְעַל שְׁלֹשָׁה לֹא הוֹדוּ לוֹ.
Pour trois actions, les Sages l'approuvèrent : Il dissimula le Livre des Remèdes, et ils l'approuvèrent. Il broya le serpent d'airain — par lequel des miracles avaient été accomplis pour Israël (Bamidbar 21, 9) — le détruisant parce qu'il avait servi au culte idolâtre (II Melakhim 18, 4), et ils l'approuvèrent. Il traîna les ossements de son père mauvais, le roi Ahaz, sur un lit de cordes — c'est-à-dire qu'il ne lui accorda pas des funérailles dignes d'un roi (II Divré haYamim 28, 27) — et ils l'approuvèrent.
עַל שְׁלֹשָׁה הוֹדוּ לוֹ: גָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת — וְהוֹדוּ לוֹ. כִּתֵּת נְחַשׁ הַנְּחשֶׁת — וְהוֹדוּ לוֹ. גֵּירַר עַצְמוֹת אָבִיו עַל מִטָּה שֶׁל חֲבָלִים — וְהוֹדוּ לוֹ.
Mais pour trois autres innovations, les Sages de sa génération ne l'approuvèrent pas : Il obstrua les eaux du Gihon, le réservoir de Siloé, en détournant ses eaux dans la ville au moyen d'un tunnel (II Divré haYamim 32, 30), et ils ne l'approuvèrent pas. Il arracha les portes du sanctuaire et les envoya au roi d'Achour (II Melakhim 18, 16), et ils ne l'approuvèrent pas. Il intercala Nissan en Nissan — créant une année embolismique en ajoutant un mois supplémentaire pendant le mois de Nissan. Or cette intercalation doit être effectuée avant la fin d'Adar (II Divré haYamim 30, 2).
וְעַל שְׁלֹשָׁה לֹא הוֹדוּ לוֹ: סָתַם מֵי גִיחוֹן — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ. קִצֵּץ דַּלְתוֹת הֵיכָל וְשִׁגְּרָם לְמֶלֶךְ אַשּׁוּר — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ. עִבֵּר נִיסָן בְּנִיסָן — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ.
À propos de son intercalation de Nissan, la Guemara demande : 'Hizkiyahou n'acceptait-il pas la halakha : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année » (Chemot 12, 2) ? Par déduction, ce premier mois est Nissan, et aucun autre mois n'est Nissan. Comment 'Hizkiyahou pouvait-il ajouter un Nissan supplémentaire en violation de la loi de la Torah ?
וּמִי לֵית לֵיהּ לְחִזְקִיָּהוּ, ״הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם רֹאשׁ חֳדָשִׁים״: זֶה נִיסָן וְאֵין אַחֵר נִיסָן?!
La Guemara répond que le scénario était différent. 'Hizkiyahou se trompa plutôt à propos de l'opinion halakhique attribuée, dans des générations ultérieures, à Chemouël, car Chemouël dit : On n'intercale pas l'année le trentième jour d'Adar, puisqu'il est apte à être établi comme néoménie de Nissan. Le trentième jour de chaque mois, ceux qui avaient vu la nouvelle lune venaient témoigner devant le tribunal qui, sur la foi de leur témoignage, déclarait ce jour le premier jour du mois suivant. C'est pourquoi l'on ne peut pas déclarer une année embolismique le trentième jour d'Adar, car il pourrait potentiellement devenir le premier de Nissan. Aussi les Sages de la génération de 'Hizkiyahou n'approuvèrent-ils pas sa décision d'intercaler l'année le trentième d'Adar. 'Hizkiyahou tenait, lui, que l'on ne dit pas : « Puisque ce jour est apte à être établi comme néoménie », c'est là une raison suffisante pour s'abstenir d'intercaler l'année.
אֶלָּא, טְעָה בְּדִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר שְׁמוּאֵל, אֵין מְעַבְּרִין אֶת הַשָּׁנָה בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים שֶׁל אֲדָר, הוֹאִיל וְרָאוּי לְקוֹבְעוֹ נִיסָן. סָבַר: ״הוֹאִיל וְרָאוּי״ — לָא אָמְרִינַן.
Découlant de l'analyse de la prière de 'Hizkiyahou, Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : Quiconque fonde sa prière ou sa requête sur son propre mérite, lorsque D.ieu exauce sa prière, c'est sur le mérite d'autrui qu'elle est fondée. Et quiconque, avec modestie, fonde sa prière ou sa requête sur le mérite d'autrui, lorsque D.ieu exauce sa prière, c'est sur son propre mérite qu'elle est fondée.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִמְרָא: כָּל הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת עַצְמוֹ — תּוֹלִין לוֹ בִּזְכוּת אֲחֵרִים. וְכָל הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת אֲחֵרִים — תּוֹלִין לוֹ בִּזְכוּת עַצְמוֹ.
La Guemara apporte une preuve à partir de Moché. Lorsqu'il pria D.ieu pour le pardon après l'épisode du Veau d'or, il fonda sa requête sur le mérite d'autrui, comme il est dit : « Souviens-Toi d'Avraham, de Yitshak et d'Israël, Tes serviteurs, auxquels Tu as juré par Toi-même, et à qui Tu as dit : Je multiplierai votre descendance comme les étoiles des cieux, et tout ce pays dont J'ai parlé, Je le donnerai à votre descendance et ils en hériteront à jamais » (Chemot 32, 13). Or, lorsque cette histoire est rapportée, le pardon accordé par D.ieu à Israël est fondé sur le propre mérite de Moché, comme il est dit : « Et Il dit qu'Il les détruirait, si Moché, Son élu, ne s'était tenu sur la brèche devant Lui pour détourner Sa fureur destructrice, de peur qu'Il ne les anéantisse » (Tehilim 106, 23).
מֹשֶׁה תָּלָה בִּזְכוּת אֲחֵרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ״. תָּלוּ לוֹ בִּזְכוּת עַצְמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר לְהַשְׁמִידָם לוּלֵי מֹשֶׁה בְחִירוֹ עָמַד בַּפֶּרֶץ לְפָנָיו לְהָשִׁיב חֲמָתוֹ מֵהַשְׁחִית״.