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Traité Beitzah

5b

Étude de Beitzah 5b

Étude de la Guémara 5b

Guémara
…et il chercha à rendre le fruit sans propriétaire (hefker) au profit des pauvres, pour qui il vaudrait la peine d'apporter le fruit à Jérusalem. Ses élèves lui dirent : Rabbi, il n'est pas besoin de le faire, car tes collègues ont déjà voté pour toi et l'ont permis. Les membres du Sanhédrin ont déjà pris un vote et permis le rachat du fruit d'une vigne de quatrième année même près de Jérusalem. La raison : après la destruction du Temple, il n'y a plus lieu d'orner les marchés de Jérusalem. La Guemara explique : qui sont « tes collègues » ? C'est Rabban Yo'hanan ben Zakkaï.
וּבִקֵּשׁ לְהַפְקִירוֹ לַעֲנִיִּים. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי, כְּבָר נִמְנוּ עָלֶיךָ חֲבֵרֶיךָ וְהִתִּירוּהוּ. מַאן חֲבֵרֶיךָ — רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי.
La Guemara déduit de la baraïta : la raison [pour laquelle le rachat est permis], c'est qu'ils ont explicitement voté pour annuler le décret — ce qui indique que, s'ils n'avaient pas voté, l'ordonnance ne se serait pas éteinte d'elle-même, bien que sa justification ne fût plus applicable. De même, l'interdit d'un œuf pondu ne s'annule pas, car il n'a jamais été explicitement permis [par un nouveau vote].
טַעְמָא דְּנִמְנוּ. הָא לָא נִמְנוּ — לֹא.
La Guemara cherche à comprendre pourquoi Rav Yossef a cité deux versets en preuve. La Guemara demande : pourquoi « et il est dit » ? Pourquoi Rav Yossef juge-t-il nécessaire de citer un second verset ? La Guemara explique son propos : or, puisqu'il est écrit « Tenez-vous prêts pour le troisième jour, ne vous approchez pas d'une femme » (Chémot 19, 15), pourquoi me faut-il le verset « Va, dis-leur : retournez à vos tentes » (Devarim 5, 27) ? Après trois jours, l'interdit serait tombé de toute façon ! Conclus-en que toute chose établie par un vote requiert un autre vote pour être permise.
מַאי ״וְאוֹמֵר״? הָכִי קָאָמַר, מִכְּדֵי כְּתִיב ״הֱיוּ נְכוֹנִים לִשְׁלֹשֶׁת יָמִים אַל תִּגְּשׁוּ אֶל אִשָּׁה״, ״לֵךְ אֱמוֹר לָהֶם שׁוּבוּ לָכֶם לְאׇהֳלֵיכֶם״ לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ כׇּל דָּבָר שֶׁבְּמִנְיָן — צָרִיךְ מִנְיָן אַחֵר לְהַתִּירוֹ.
Et si tu proposes une autre explication — que l'instruction « retournez à vos tentes » ne fut pas donnée pour permettre aux hommes de rentrer auprès de leurs épouses, mais vint comme un commandement spécial d'accomplir la mitsva du devoir conjugal (ona) — c'est pour réfuter cette possibilité que Rav Yossef a poursuivi : viens et entends une autre preuve d'un autre verset : « Quand la corne du bélier sonnera longuement, ils pourront monter sur la montagne » (Chémot 19, 13).
וְכִי תֵּימָא: לְמִצְוַת עוֹנָה הוּא דַּאֲתָא. תָּא שְׁמַע: ״בִּמְשֹׁךְ הַיֹּבֵל הֵמָּה יַעֲלוּ בָהָר״.
Or, puisqu'il est écrit « Que ni le petit ni le gros bétail ne paisse devant cette montagne » (Chémot 34, 3), cela indique que l'interdit ne s'applique que tant que la Présence divine est révélée sur la montagne, et qu'il est permis aussitôt après. Si c'est le cas, pourquoi me faut-il le verset « Quand la corne du bélier sonnera longuement » ? Pourquoi un signal particulier serait-il requis [pour autoriser la montée] ? Conclus-en que toute chose établie par un vote requiert un autre vote pour être permise.
מִכְּדֵי כְּתִיב: ״גַּם הַצֹּאן וְהַבָּקָר אַל יִרְעוּ אֶל מוּל הָהָר הַהוּא״, ״בִּמְשֹׁךְ הַיֹבֵל״ לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ: דָּבָר שֶׁבְּמִנְיָן — צָרִיךְ מִנְיָן אַחֵר לְהַתִּירוֹ.
Et si tu dis : cet énoncé — qu'un vote spécifique est nécessaire — ne vaut que pour les choses interdites par la Torah, mais que pour une chose interdite par la loi rabbinique, non, cette halakha ne s'applique pas — viens et entends la baraïta sur la vigne de quatrième année. La halakha selon laquelle son fruit doit être apporté à Jérusalem et ne peut être racheté est rabbinique, et l'on a néanmoins dit à Rabbi Eliézer : « tes collègues ont déjà voté pour toi et l'ont permis. » Cela indique que, sans vote, l'interdit n'aurait pas été abrogé.
וְכִי תֵּימָא הָנֵי מִילֵּי בִּדְאוֹרָיְיתָא, אֲבָל בִּדְרַבָּנַן לָא — תָּא שְׁמַע כֶּרֶם רְבָעִי, וְהָא כֶּרֶם רְבָעִי דְּרַבָּנַן, וְקָאָמְרִי לֵיהּ: כְּבָר נִמְנוּ עָלֶיךָ חֲבֵרֶיךָ וְהִתִּירוּהוּ.
Et si tu dis : dans le cas de l'interdit de l'œuf aussi, Rabban Yo'hanan ben Zakkaï a pris un vote à son sujet et l'a permis — la Guemara répond : quand ils ont voté, c'était au sujet du témoignage pour fixer le début du mois ; ils n'ont pas voté pour annuler l'interdit de l'œuf.
וְכִי תֵּימָא: בֵּיצָה נָמֵי, אִמְּנוֹ עֲלַהּ רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְשַׁרְיוּהָ. כִּי אִמְּנוֹ — אַעֵדוּת, אַבֵּיצָה לָא אִמְּנוֹ.
Abayé dit à Rav Yossef : veux-tu dire qu'un œuf fut interdit par un vote ? Le tribunal a-t-il pris un vote spécial pour rendre interdit un œuf pondu à Roch Hachana ? La halakha de l'œuf ne dépend-elle pas de la question du témoignage ? Quand le témoignage de la fin de l'après-midi fut interdit, manger un œuf pondu à Roch Hachana le fut du même coup ; et quand ce témoignage fut permis, manger un œuf le fut automatiquement. L'observation de Rav Yossef est donc inexacte.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: אַטּוּ בֵּיצָה בְּמִנְיָן מִי הֲוַאי? בֵּיצָה בְּעֵדוּת תַּלְיָא מִלְּתָא. אִתְּסַר עֵדוּת — אִתְּסַר בֵּיצָה, אִשְׁתְּרַי עֵדוּת — אִשְׁתְּרַי בֵּיצָה.
Rav Adda et Rav Chalman, tous deux originaires de Bei Kelo'hit, dirent : même depuis l'ordonnance de Rabban Yo'hanan ben Zakkaï et au-delà, un œuf demeure interdit. Quelle est la raison ? Que le Temple soit bientôt rebâti, et l'ordonnance selon laquelle on n'accepte le témoignage que jusqu'à l'heure de min'ha sera rétablie — et les gens diront : « l'an dernier, n'avons-nous pas mangé le second jour de fête un œuf pondu le premier jour de Roch Hachana ? Maintenant aussi, mangeons-le, comme l'an dernier. » Et ils ne sauront pas la différence halakhique majeure entre les deux cas : l'an dernier, les deux jours de Roch Hachana étaient deux sanctités, et maintenant ils sont une seule longue sanctité.
רַב אַדָּא וְרַב שַׁלְמָן, תַּרְוַיְיהוּ מִבֵּי כְלוֹחִית, אָמְרִי: אַף מִתַּקָּנַת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְאֵילָךְ בֵּיצָה אֲסוּרָה. מַאי טַעְמָא — מְהֵרָה יִבָּנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְיֹאמְרוּ: אֶשְׁתָּקַד מִי לֹא אָכַלְנוּ בֵּיצָה בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי? הַשְׁתָּא נָמֵי נֵיכוֹל. וְלָא יָדְעִי דְּאֶשְׁתָּקַד שְׁתֵּי קְדוּשּׁוֹת הֵן, וְהַשְׁתָּא קְדוּשָּׁה אַחַת הִיא.
La Guemara objecte : s'il en est ainsi — si tel est le souci — nous ne devrions pas non plus accepter de témoignage de nos jours [jusqu'au soir]. Quelle est la raison ? Que le Temple soit bientôt rebâti, et les gens diront : « l'an dernier, n'avons-nous pas accepté le témoignage pour fixer le début du mois toute la journée ? Maintenant aussi, acceptons le témoignage des témoins même après min'ha. »
אִי הָכִי, עֵדוּת נָמֵי לֹא נְקַבֵּל, מַאי טַעְמָא — מְהֵרָה יִבָּנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְיֹאמְרוּ: אֶשְׁתָּקַד מִי לֹא קִבַּלְנוּ עֵדוּת הַחֹדֶשׁ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ, הַשְׁתָּא נָמֵי נְקַבֵּל!
La Guemara rejette cette objection : comment comparer ces cas ? Là, pour les témoins, le témoignage est confié au tribunal, et le tribunal est capable de distinguer les raisons des décrets. L'œuf, en revanche, est confié à tous — et comme tout le monde ne consultera pas un Sage sur le statut de ses œufs, il y a un risque légitime d'erreur.
הָכִי הַשְׁתָּא! הָתָם עֵדוּת מְסוּרָה לְבֵית דִּין. בֵּיצָה לַכֹּל מְסוּרָה.
Rava dit : même depuis l'ordonnance de Rabban Yo'hanan ben Zakkaï et au-delà, un œuf demeure interdit. Rava explique son raisonnement : Rabban Yo'hanan ben Zakkaï ne reconnaît-il pas que si des témoins venaient à partir de l'heure de min'ha — même après la destruction du Temple — on observe ce jour comme saint et aussi le lendemain comme saint ? La seule différence : au temps du Temple, tout témoignage rendu le premier jour n'était pas pris en compte (le second jour étant alors compté comme premier de l'an), tandis qu'au temps de Rabban Yo'hanan ben Zakkaï le nouvel an se comptait dès le premier jour. Mais quant à la sainteté de la fête, le second jour était aussi traité comme saint — ce qui prouve que, lorsqu'on observait deux jours en Erets Israël, ils étaient tenus pour une seule sanctité et non pour deux.
רָבָא אָמַר: אַף מִתַּקָּנַת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְאֵילָךְ בֵּיצָה אֲסוּרָה. מִי לֹא מוֹדֶה רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁאִם בָּאוּ עֵדִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה, שֶׁנּוֹהֲגִין אוֹתוֹ הַיּוֹם קֹדֶשׁ וּלְמָחָר קֹדֶשׁ?
Beitzah 5b
100%
ביצה ה׳ במַסֶּכֶת בֵּיצָה