Guémara
…et fit amener tous les moutons de qualité de Kédar qui se trouvaient à Jérusalem, et il les fit tenir au parvis du Temple et dit : quiconque souhaite placer ses mains sur la tête d'un animal, qu'il vienne et place ses mains ici. Et ce jour-là Beit Hillel prirent le dessus sur Beit Chammaï, et ils établirent la halakha en ce cas conformément à leur opinion, et il n'y eut là personne pour contester la chose de quelque manière.
וְהֵבִיא כׇּל צֹאן קֵדָר שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם וְהֶעֱמִידָן בָּעֲזָרָה, וְאָמַר: כׇּל מִי שֶׁרוֹצֶה לִסְמוֹךְ — יָבֹא וְיִסְמוֹךְ, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם גָּבְרָה יָדָן שֶׁל בֵּית הִלֵּל וְקָבְעוּ הֲלָכָה כְּמוֹתָן, וְלֹא הָיָה שָׁם אָדָם שֶׁעִרְעֵר בַּדָּבָר כְּלוּם.
Et quelque temps plus tard, il y eut un autre incident touchant un certain disciple parmi les disciples de Beit Hillel, qui apporta son holocauste au parvis du Temple afin de placer ses mains sur la tête de l'animal un jour de fête. Un certain disciple parmi les disciples de Beit Chammaï le trouva et lui dit : qu'est-ce que ce placement de mains ? Pourquoi places-tu tes mains sur la tête de l'animal et transgresses-tu ainsi l'énoncé de Beit Chammaï ? Il lui dit : qu'est-ce que ce silence ? Pourquoi ne te tais-tu pas, puisque la halakha n'a pas été établie conformément à leur opinion ? Il le réduisit au silence par une réprimande, et lui, le disciple de Beit Chammaï, s'en alla sans bruit.
שׁוּב מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד מִתַּלְמִידֵי בֵּית הִלֵּל שֶׁהֵבִיא עוֹלָתוֹ לָעֲזָרָה לִסְמוֹךְ עָלֶיהָ, מְצָאוֹ תַּלְמִיד אֶחָד מִתַּלְמִידֵי בֵּית שַׁמַּאי, אָמַר לוֹ: מָה זוֹ סְמִיכָה? אָמַר לוֹ: מָה זוֹ שְׁתִיקָה? שִׁתְּקוֹ בִּנְזִיפָה, וְהָלַךְ לוֹ.
Abayé dit : par conséquent, il est clair d'ici qu'un érudit de la Torah dont le collègue lui dit une chose réprobatrice ou insultante ne doit pas répliquer par quelque chose de plus que ce que son collègue lui a dit — pour ne pas ajouter de l'huile sur le feu — comme, dans l'histoire ci-dessus, l'un dit à l'autre « qu'est-ce que ce placement de mains ? » et l'autre lui répondit dans les mêmes termes : « qu'est-ce que ce silence ? »
אָמַר אַבָּיֵי: הִלְכָּךְ, הַאי צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן דְּאָמַר לֵיהּ חַבְרֵיהּ מִלְּתָא, לָא לַהְדַּר לֵיהּ מִלְּתָא טְפֵי מִמַּאי דַּאֲמַר לֵיהּ חַבְרֵיהּ, דְּאִיהוּ אָמַר לֵיהּ: ״מָה זוֹ סְמִיכָה״, וְקָא מַהְדַּר לֵיהּ: ״מָה זוֹ שְׁתִיקָה״.
§ Au sujet de la controverse touchant le sacrifice des holocaustes d'apparition un jour de fête, il est enseigné dans une baraïta : Beit Hillel dirent à Beit Chammaï : de même qu'en un lieu où il est interdit d'abattre pour un particulier (hedyot) — par exemple le Chabbat — il est permis d'abattre des offrandes au Temple pour le Très-Haut, telles les offrandes quotidiennes et supplémentaires, de même, en un lieu où il est permis d'abattre pour un particulier — par exemple un jour de fête — n'est-il pas juste qu'il soit permis [d'abattre] pour le Très-Haut ? Cet argument devrait inclure aussi les holocaustes d'apparition. Beit Chammaï leur dirent : ce n'est pas une preuve. Les offrandes votives et volontaires prouvent que ce raisonnement n'est pas valable, car il est permis d'abattre un animal un jour de fête pour qu'un particulier le mange, mais il est interdit d'abattre des offrandes votives et volontaires un jour de fête pour le Très-Haut.
תַּנְיָא, אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: וּמָה בִּמְקוֹם שֶׁאָסוּר לַהֶדְיוֹט — מוּתָּר לַגָּבוֹהַּ, מְקוֹם שֶׁמּוּתָּר לַהֶדְיוֹט — אֵינוֹ דִּין שֶׁמּוּתָּר לַגָּבוֹהַּ? אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי: נְדָרִים וּנְדָבוֹת יוֹכִיחוּ, שֶׁמּוּתָּר לַהֶדְיוֹט וְאָסוּר לַגָּבוֹהַּ!
Beit Hillel leur dirent : si les offrandes votives et volontaires ne peuvent être abattues un jour de fête, c'est parce qu'elles n'ont pas de temps fixé et qu'il n'y a pas d'obligation de les sacrifier un jour de fête en particulier ; mais peux-tu dire de même au sujet d'un holocauste d'apparition, qui a un temps fixé, la fête elle-même ? Beit Chammaï leur dirent : lui non plus n'a pas de temps fixé, comme nous avons appris dans une MISHNA : celui qui n'a pas apporté son offrande de fête le premier jour de fête de Souccot peut l'apporter durant toute la fête, y compris le dernier jour de fête de Souccot, le Huitième Jour d'Assemblée (Chemini Atséret), ce jour étant tenu pour part de Souccot à cette fin. Cela montre qu'un holocauste d'apparition n'a pas non plus à être apporté à un temps fixé de la fête.
אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל: מָה לִנְדָרִים וּנְדָבוֹת — שֶׁאֵין קָבוּעַ לָהֶם זְמַן, תֹּאמַר בְּעוֹלַת רְאִיָּיה — שֶׁקָּבוּעַ לָהּ זְמַן. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי: אַף זוֹ אֵין קָבוּעַ לָהּ זְמַן, דִּתְנַן: מִי שֶׁלֹּא חָג בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁל חַג — חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ כָּל הָרֶגֶל כּוּלּוֹ, וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג.
Beit Hillel leur dirent : bien qu'un holocauste d'apparition n'ait pas à être sacrifié un jour particulier de la fête, il a néanmoins lui aussi un temps fixé, quoique plus long. Comme nous avons appris dans une MISHNA : si toute la fête a passé et qu'on n'a pas apporté son offrande de fête, on n'en est pas redevable — c'est-à-dire qu'on n'est pas tenu d'apporter une autre offrande, la mitsva ayant déjà passé. Cela indique que l'offrande est limitée spécifiquement aux jours de fête, à la différence des offrandes votives et volontaires, qu'on peut apporter en tout temps.
אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל: אַף זוֹ קָבוּעַ לָהּ זְמַן. דִּתְנַן: עָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג — אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ.
Beit Chammaï dirent à Beit Hillel, à l'appui de leur propre position : mais n'a-t-il pas déjà été énoncé dans le verset « Seul ce que toute âme doit manger, cela seul pourra être fait pour vous » (Chémot 12, 16) — ce qui indique : pour vous la nourriture peut être préparée, mais non pour le Très-Haut ? Beit Hillel leur dirent : mais n'a-t-il pas déjà été énoncé dans le verset « Vous la célébrerez comme une fête pour l'Éternel » (Vayikra 23, 41), qui enseigne : tout ce qui est sacrifié à l'Éternel peut être sacrifié ? S'il en est ainsi, que signifie le verset quand il dit « pour vous » ? Il signifie : pour vous, mais non pour les non-Juifs ; pour vous, mais non pour les chiens.
אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי, וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״לָכֶם״ — וְלֹא לְגָבוֹהַּ. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל, וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״לַה׳״ — כֹּל דְּלַה׳. אִם כֵּן, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״לָכֶם״, לָכֶם — וְלֹא לְגוֹיִם, לָכֶם — וְלֹא לִכְלָבִים.
Abba Chaoul énonça le même désaccord en une formulation différente, à savoir que Beit Hillel dirent à Beit Chammaï : de même qu'en un lieu où votre fourneau est fermé — c'est-à-dire le Chabbat, où une personne ne peut cuire pour elle-même — le fourneau de votre Maître est ouvert, puisqu'il est permis d'allumer un feu sur l'autel et d'y sacrifier des offrandes, de même, en un lieu où votre fourneau est ouvert — c'est-à-dire un jour de fête, où l'on peut cuire la nourriture qu'on mangera — n'est-il pas juste que le fourneau de votre Maître soit ouvert ? Et il est de même logique que votre table ne soit pas pleine tandis que la table de votre Maître — l'autel — demeure vide.
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמְרָהּ בְּלָשׁוֹן אַחֶרֶת: וּמָה בִּמְקוֹם שֶׁכִּירָתְךָ סְתוּמָה — כִּירַת רַבְּךָ פְּתוּחָה, בִּמְקוֹם שֶׁכִּירָתְךָ פְּתוּחָה — אֵינוֹ דִּין שֶׁכִּירַת רַבְּךָ פְּתוּחָה? וְכֵן בְּדִין, שֶׁלֹּא יְהֵא שׁוּלְחָנְךָ מָלֵא וְשׁוּלְחַן רַבְּךָ רֵיקָן.
La Guemara demande : sur quoi le tanna de la première baraïta et Abba Chaoul divergent-ils dans leurs versions respectives de l'énoncé de Beit Hillel ? La Guemara explique : un Sage — Abba Chaoul — tient que, selon Beit Hillel, même les offrandes votives et volontaires peuvent être sacrifiées un jour de fête, et Beit Chammaï ne pouvaient donc invoquer en preuve le fait qu'elles ne peuvent l'être, comme ils le prétendent dans la première baraïta. Et un Sage — le tanna de la première baraïta — tient que, selon Beit Hillel, les offrandes votives et volontaires ne peuvent être sacrifiées un jour de fête, et Beit Chammaï pouvaient donc avancer cette halakha à l'appui de leur opinion.
בְּמַאי קָא מִפַּלְגִי? מָר סָבַר: נְדָרִים וּנְדָבוֹת קְרֵבִין בְּיוֹם טוֹב, וּמַר סָבַר: אֵין קְרֵבִין בְּיוֹם טוֹב.
Rav Houna dit : selon l'énoncé de celui qui dit que les offrandes votives et volontaires ne peuvent être sacrifiées un jour de fête, tu ne dois pas dire que, selon la Torah, elles seraient en fait propres à être sacrifiées, et que ce sont les Sages qui ont édicté à leur sujet un décret qu'elles ne seraient pas sacrifiées un jour de fête, comme mesure préventive, de peur qu'on ne diffère de les sacrifier jusqu'à la fête — où il est plus commode de les apporter au Temple — et qu'on ne transgresse ainsi l'interdit de tarder à accomplir son vœu.
אָמַר רַב הוּנָא: לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵבִין בְּיוֹם טוֹב, לָא תֵּימָא: מִדְּאוֹרָיְיתָא מִחְזֵא חֲזוּ, וְרַבָּנַן הוּא דְּגָזְרִי בְּהוּ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְשַׁהֶה,
Ce n'est pas la raison ; plutôt, selon cet avis, elles ne sont pas propres à être sacrifiées un jour de fête même selon la Torah. Car les deux pains apportés à la fête de Chavouot sont une obligation de ce jour, et il n'y a pas lieu d'édicter à leur sujet un décret de peur qu'on ne diffère leur offrande — puisqu'ils ne peuvent être apportés que ce jour de fête — et pourtant leur cuisson et leur préparation ne supplantent ni le Chabbat ni le jour de fête. Selon cet avis, tout ce qui n'a pas à être accompli le jour de fête lui-même ne peut être fait un jour de fête.
אֶלָּא אֲפִילּוּ מִדְּאוֹרָיְיתָא נָמֵי לָא חָזוּ. דְּהָא שְׁתֵּי הַלֶּחֶם, דְּחוֹבַת הַיּוֹם נִינְהוּ, וְלֵיכָּא לְמִגְזַר שֶׁמָּא יְשַׁהֶה, וְאֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת יוֹם טוֹב.
§ Un dilemme fut soulevé devant les Sages : selon l'énoncé de celui qui dit que les offrandes votives et volontaires ne peuvent être sacrifiées un jour de fête, si l'on a transgressé et abattu ces offrandes votives et volontaires un jour de fête, quelle est la halakha ? Rava dit : on asperge le sang de ces offrandes sur l'autel afin de permettre que la viande soit mangée le jour de fête. Rabba bar Rav Houna, cependant, dit : on asperge le sang afin de brûler les parts sacrificielles de l'animal — y compris les graisses et autres portions qu'on apporte sur l'autel — le soir.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵבִין בְּיוֹם טוֹב, עָבַר וְשָׁחַט מַאי? רָבָא אָמַר: זוֹרֵק אֶת הַדָּם עַל מְנָת לְהַתִּיר בָּשָׂר בַּאֲכִילָה. רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר: זוֹרֵק אֶת הַדָּם עַל מְנָת לְהַקְטִיר אֵימוּרִין לָעֶרֶב.