Rava dit : ce n'est pas une difficulté ; les baraïtot ne se contredisent pas. Cette décision-ci, qui permet un petit mortier et pilon, est pour nous, les habitants de Babylonie, qui n'avons pas de serviteurs ; et cet énoncé-là est pour eux, les habitants d'Erets Israël, qui ont de nombreux serviteurs. Comme les serviteurs pourraient traiter l'interdit à la légère — en se servant d'un grand mortier et en prétendant n'avoir usé que d'un petit — il leur est interdit de piler dans tous les cas.
רָבָא אָמַר, לָא קַשְׁיָא: הָא לַן, וְהָא לְהוּ.
La Guemara rapporte : Rav Papi se trouva venir un jour de fête à la maison de Mar Chmouel. On lui apporta une bouillie faite de gruaux de blé, mais il n'en mangea pas, de crainte que le blé n'eût été pilé le jour même. La Guemara demande : mais peut-être l'avaient-ils pilé avec un petit mortier et pilon, d'une manière permise ? La Guemara répond : cela ne pouvait être le cas, car il observa que c'était bien moulu, ce qu'on ne peut obtenir avec un petit mortier et pilon.
רַב פַּפֵּי אִקְּלַע לְבֵי מָר שְׁמוּאֵל. אַיְיתִי לֵיהּ דַּיְיסָא וְלָא אֲכַל. וְדִלְמָא בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה עַבְדוּהּ? דְּחַזְיֵיהּ דַּהֲוָה דְּיִיק טְפֵי.
La Guemara demande : et peut-être l'avaient-ils préparée la veille, la veille de la fête ? La Guemara répond : cela ne pouvait être le cas, car il observa que les écorces des gruaux étaient luisantes — indice qu'ils avaient été préparés récemment. Et si tu veux, dis plutôt qu'il s'abstint d'en manger pour une autre raison : parce que la maison de Mar Chmouel est différente, ayant des esclaves, et que les esclaves sont relâchés quant aux interdits ; Mar Chmouel aurait donc dû interdire toute forme de mouture dans sa maison, pour s'assurer que nul n'y moule quoi que ce soit d'une manière inappropriée.
וְדִלְמָא מֵאֶתְמוֹל עַבְדוּהּ? דְּחַזְיֵיהּ דַּהֲוָה קְלִיף צַהֲרֵיהּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא: שָׁאנֵי בֵּי מָר שְׁמוּאֵל, דְּאִיכָּא פְּרִיצוּתָא דְעַבְדֵי.
Mishna 1
MICHNA : au sujet de celui qui trie des légumineuses un jour de fête en séparant les parties comestibles et non comestibles, Beit Chammaï disent : il peut trier la nourriture et la manger aussitôt, en laissant les déchets. Et Beit Hillel disent : il peut trier de sa manière habituelle, dans son giron, avec un plateau ou un grand récipient ; mais il ne peut le faire ni avec une tablette, ni avec un van, ni avec un tamis, car ces ustensiles sont spécialement conçus pour le tri, ce qui donne à son acte l'apparence d'une activité de semaine. Rabban Gamliel dit : on peut même laver les légumineuses dans l'eau et écumer les déchets qui flottent à la surface.
מַתְנִי׳ הַבּוֹרֵר קִטְנִיּוֹת בְּיוֹם טוֹב, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: בּוֹרֵר אוֹכֶל וְאוֹכֵל. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: בּוֹרֵר כְּדַרְכּוֹ בְּחֵיקוֹ בַּקָּנוֹן וּבַתַּמְחוּי, אֲבָל לֹא בַּטַּבְלָא וְלֹא בַּנָּפָה וְלֹא בַּכְּבָרָה. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף מֵדִיחַ וְשׁוֹלֶה.(משנה)
Guémara
GUEMARA : il est enseigné dans une baraïta : Rabban Gamliel a dit : dans quel cas cela est-il dit ? Dans quelles circonstances Beit Hillel ont-ils permis de retirer les déchets à la manière de semaine ? Dans un cas où la quantité de nourriture est supérieure à celle des déchets. Mais si la quantité de déchets est supérieure à celle de la nourriture, tous s'accordent qu'on doit retirer la nourriture et laisser les déchets.
גְּמָ׳ תַּנְיָא, אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — כְּשֶׁהָאוֹכֶל מְרוּבֶּה עַל הַפְּסוֹלֶת, אֲבָל פְּסוֹלֶת מְרוּבָּה עַל הָאוֹכֶל — דִּבְרֵי הַכֹּל נוֹטֵל אֶת הָאוֹכֵל וּמַנִּיחַ אֶת הַפְּסוֹלֶת.
La Guemara demande : si la quantité de déchets est supérieure à celle de la nourriture, y a-t-il un avis qui le permette ? Puisque la plus petite quantité de nourriture est annulée par les déchets, tout le mélange est tenu pour mouktsé et ne peut être déplacé ! La Guemara répond : non, il est nécessaire d'énoncer cette halakha dans un cas où le retrait des déchets est plus grand en termes d'effort, tout en étant plus petit en taille. Autrement dit, il y a en réalité plus de nourriture que de déchets, mais comme un plus grand effort est requis pour retirer les déchets, il est préférable de retirer la nourriture.
פְּסוֹלֶת מְרוּבָּה עַל הָאוֹכֶל מִי אִיכָּא מַאן דְּשָׁרֵי? לָא צְרִיכָא, דִּנְפִישׁ בְּטִרְחָא וְזוּטַר בְּשִׁיעוּרָא.
La Michna a enseigné que Rabban Gamliel dit : on peut même laver les légumineuses dans l'eau et écumer les déchets qui flottent à la surface. Il est enseigné (Tossefta, Beitzah 1) : Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok, a dit : telle était la coutume de la maison de Rabban Gamliel — on apportait un seau plein de lentilles, on y versait de l'eau, et la nourriture coulait au fond tandis que les déchets remontaient, ce qui leur épargnait d'avoir à séparer les lentilles des déchets à la main.
רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף מֵדִיחַ וְשׁוֹלֶה. תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי צָדוֹק: כָּךְ הָיָה מִנְהָגָן שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל, שֶׁהָיוּ מְבִיאִין דְּלִי מָלֵא עֲדָשִׁים וּמְצִיפִין עָלָיו מַיִם, וְנִמְצָא אוֹכֶל לְמַטָּה וּפְסוֹלֶת לְמַעְלָה.
La Guemara demande : mais n'est-ce pas l'inverse qui est enseigné dans une autre baraïta — que la nourriture remontait à la surface tandis que les déchets coulaient au fond ? La Guemara répond : ce n'est pas une difficulté. Cette baraïta-ci, qui dit que les déchets coulent, vise des déchets sous forme de terre, qui coule sous les lentilles ; cette baraïta-là, où il est dit que les déchets remontent, parle de paille, qui flotte sur l'eau.
וְהָתַנְיָא אִיפְּכָא? לָא קַשְׁיָא: הָא בְּעַפְרָא, הָא בְּגִילֵי.
Mishna 2
MICHNA : Beit Chammaï disent : on ne peut envoyer [en présent] un jour de fête que des portions de nourriture préparée, mais non d'autres cadeaux. Et Beit Hillel disent : on peut même envoyer en présent des animaux domestiques, des animaux sauvages et des volailles, vivants ou abattus ; de même, on peut envoyer des vins, des huiles et des récipients de farine, et même des légumineuses, mais non du grain, qui est impropre à l'usage, puisqu'on ne peut le moudre le jour de fête. Et Rabbi Chimon permet d'envoyer en présent même du grain, car on peut en faire de la bouillie sans le moudre.
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מְשַׁלְּחִין בְּיוֹם טוֹב אֶלָּא מָנוֹת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְשַׁלְּחִין בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף, בֵּין חַיִּין בֵּין שְׁחוּטִין. מְשַׁלְּחִין יֵינוֹת שְׁמָנִים וּסְלָתוֹת וְקִטְנִיּוֹת, אֲבָל לֹא תְּבוּאָה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה.
Guémara 2
GUEMARA : Rav Ye'hiel enseigne : et l'on peut envoyer ces objets pourvu qu'on ne le fasse pas au moyen d'un convoi (avla) de personnes, car ils auraient l'air de transporter des marchandises au marché. Il est enseigné dans une baraïta : un convoi compte au moins trois personnes ; s'il y en a moins de trois, ce n'est pas appelé un convoi et c'est permis. Rav Achi souleva un dilemme : dans le cas de trois personnes et trois types de nourriture différents, quelle est la halakha ? Est-ce tenu pour un convoi, ou le fait qu'il y ait trois types différents fait-il que chacun est tenu pour un objet distinct ? La Guemara répond : le dilemme demeure non résolu, car aucune réponse n'a été trouvée.
גְּמָ׳ תָּנֵי רַב יְחִיאֵל: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנּוּ בְּשׁוּרָה. תָּנָא: אֵין שׁוּרָה פְּחוּתָה מִשְּׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם. בָּעֵי רַב אָשֵׁי: תְּלָתָא גַּבְרֵי וּתְלָתָא מִינֵי מַאי? תֵּיקוּ.
La Michna a enseigné que Rabbi Chimon permet l'envoi de grain. Il est enseigné dans une baraïta : Rabbi Chimon permet l'envoi de grain, par exemple : du blé pour en préparer des loudiyot (un type de gâteau) ; de l'orge à placer devant son animal ; ou des lentilles pour en préparer des rессissin (un plat fait de lentilles concassées).
רַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה. תַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה, כְּגוֹן: חִטִּין לַעֲשׂוֹת מֵהֶן לוּדִיּוֹת, שְׂעוֹרִים לִיתֵּן לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ, עֲדָשִׁים לַעֲשׂוֹת מֵהֶן רְסִיסִין.
Mishna 3
MICHNA : on peut envoyer des vêtements, qu'ils soient cousus ou non cousus, et même s'ils contiennent un mélange interdit de laine et de lin (chaatnez). Mais on ne peut le faire que s'ils servent aux besoins de la fête. Cependant, on ne peut envoyer une sandale cloutée — à laquelle sont fixés des clous — car les Sages ont décrété qu'on ne peut porter une sandale de ce type un Chabbat ou un jour de fête ; ni une chaussure non cousue, qui ne convient pas à une fête. Rabbi Yehouda dit : on ne peut même pas envoyer une chaussure blanche, que les gens ne portent pas d'ordinaire, parce qu'elle requiert un artisan pour la teindre en noir. Telle est la règle générale : tout ce dont on peut se servir un jour de fête, on peut l'envoyer.
מַתְנִי׳ מְשַׁלְּחִין כֵּלִים בֵּין תְּפוּרִין בֵּין שֶׁאֵינָן תְּפוּרִין, וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כִּלְאַיִם וְהֵן לְצוֹרֶךְ הַמּוֹעֵד. אֲבָל לֹא סַנְדָּל הַמְסוּמָּר וְלֹא מִנְעָל שֶׁאֵינוֹ תָּפוּר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף לֹא מִנְעָל לָבָן, מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ אוּמָּן. זֶה הַכְּלָל: כׇּל שֶׁנֵּאוֹתִין בּוֹ בְּיוֹם טוֹב — מְשַׁלְּחִין אוֹתוֹ.