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Traité Beitzah

14a

Étude de Beitzah 14a

Étude de la Mishna & Guémara 14a

…à partir des jointures de ses doigts et au-dessus — c'est-à-dire qu'il ne place pas les grains mêlés à la balle dans sa paume, mais sur ses doigts, ce qui est une manière inhabituelle de les tenir [pour les vanner en soufflant].
מִקִּשְׁרֵי אֶצְבְּעוֹתָיו וּלְמַעְלָה.
On rit de cette explication en Occident (Erets Israël), en disant : puisqu'il modifie déjà sa façon de faire par rapport à la méthode habituelle, le faire même de toute sa main devrait aussi être permis ! Plutôt, la halakha est comme l'a dit Rav Elazar : on peut souffler en tenant le grain d'une main mais non de deux, et l'on peut même le faire de toute sa force, car ce n'est en rien tenu pour semblable à un travail interdit.
מַחֲכוּ עֲלַהּ בְּמַעְרְבָא: כֵּיוָן דִּמְשַׁנֵּי — אֲפִילּוּ בְּכוּלַּהּ יְדָא נָמֵי. אֶלָּא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְנַפֵּחַ בְּיָדוֹ אַחַת, וּבְכָל כֹּחוֹ.
Mishna 1
MICHNA : Beit Chammaï disent : les épices peuvent être pilées un jour de fête d'une manière légèrement inhabituelle, avec un pilon de bois ; et le sel ne peut être pilé qu'avec une fiole de terre cuite ou avec une louche de bois, d'une manière très différente de celle d'un jour ordinaire. Et Beit Hillel disent : les épices peuvent être pilées de leur manière habituelle, même avec un pilon de pierre ; et quant au sel, bien qu'il doive être pilé d'une manière irrégulière, une légère modification — comme le piler avec un pilon de bois — suffit à rendre l'acte permis.
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: תַּבְלִין נִדּוֹכִין בְּמָדוֹךְ שֶׁל עֵץ, וְהַמֶּלַח בְּפַךְ וּבְעֵץ הַפָּרוּר. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: תַּבְלִין נִדּוֹכִין כְּדַרְכָּן בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן, וְהַמֶּלַח בְּמָדוֹךְ שֶׁל עֵץ.(משנה)
Guémara
GUEMARA : en tout cas, tous — Beit Chammaï comme Beit Hillel — s'accordent que le pilage du sel requiert un changement ; il ne peut être accompli de la manière ordinaire d'un jour de semaine. Quelle en est la raison ? Rav Houna et Rav 'Hisda ont divergé sur cette question. L'un d'eux dit : chacun sait que tous les plats requièrent du sel, et l'on devrait donc préparer le sel la veille de la fête ; comme on a manqué de le faire, cette tâche ne peut s'accomplir le jour de fête que d'une manière inhabituelle. Mais tous les plats ne requièrent pas d'épices, et il est donc possible que, la veille de la fête, on n'ait pas su qu'on aurait besoin d'épices le jour de fête.
גְּמָ׳ דְּכוּלֵּי עָלְמָא מִיהַת מֶלַח בָּעֲיָא שִׁנּוּי. מַאי טַעְמָא? רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא, חַד אָמַר: כׇּל הַקְּדֵרוֹת כּוּלָּן צְרִיכוֹת מֶלַח, וְאֵין כׇּל הַקְּדֵרוֹת צְרִיכוֹת תַּבְלִין.
Et l'autre donna une raison différente : toutes les épices perdent leur saveur et ne peuvent être préparées à l'avance, tandis que le sel ne perd pas sa saveur — ce qui signifie qu'on aurait pu le préparer la veille. Comme on a négligé de le faire, on ne peut préparer le sel le jour de fête que d'une manière inhabituelle.
וְחַד אָמַר: כׇּל הַתַּבְלִין מְפִיגִין טַעְמָן, וּמֶלַח אֵינָהּ מְפִיגָה טַעְמָהּ.
La Guemara demande : quelle est la différence pratique entre ces deux raisons ? La Guemara répond : la différence pratique est dans un cas où l'on savait d'avance quel type de plat on voulait cuire le jour de fête. Puisqu'on savait quelles épices on requerrait, on aurait pu les préparer la veille — auquel cas les épices ne diffèrent pas du sel, et l'on devrait être tenu de les préparer d'une manière inhabituelle. Mais si la raison est que les épices perdent leur saveur, le fait qu'on ait su quels plats on comptait préparer est sans pertinence. Ou bien, il y a une différence pratique dans le cas du safran, dont la saveur ne se dissipe pas au cours d'une seule journée : celui qui sait quel plat il préparera le jour de fête aurait donc pu préparer le safran la veille.
מַאי בֵּינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ דְּיָדַע מַאי קְדֵרָה בָּעֵי לְבַשּׁוֹלֵי, אִי נָמֵי בְּמוֹרִיקָא.
Rav Yehouda dit que Chmouel a dit : tous les aliments qui doivent être pilés avant d'être mangés peuvent l'être de leur manière habituelle — et cela vaut même pour le sel. La Guemara objecte : mais n'as-tu pas dit que tous s'accordent que le sel requiert un changement dans sa manière de préparation ? La Guemara répond : il a énoncé cette halakha conformément à ce tanna, comme il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Méir a dit : Beit Chammaï et Beit Hillel n'ont pas divergé dans le cas des aliments qu'on pile régulièrement ; tous deux tiennent qu'ils peuvent être pilés de leur manière habituelle, et que le sel peut être pilé avec eux.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כׇּל הַנִּדּוֹכִין נִדּוֹכִין כְּדַרְכָּן, וַאֲפִילּוּ מֶלַח. וְהָא אָמְרַתְּ מֶלַח בָּעֲיָא שִׁנּוּי! הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי מֵאִיר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל הַנִּדּוֹכִין שֶׁנִּדּוֹכִין כְּדַרְכָּן וּמֶלַח עִמָּהֶן,
Ils n'ont divergé que sur la question de savoir s'il est permis de piler le sel à part. Beit Chammaï disent : le sel peut être pilé avec une fiole et avec une louche de bois pour rôtir — c'est-à-dire en petites quantités, car on ne requiert pas beaucoup de sel pour rôtir la viande — mais il ne peut être pilé dans les grandes quantités requises pour saler la viande à cuire en marmite. Et Beit Hillel disent : il peut être pilé par n'importe quoi. La Guemara s'étonne de ce dernier énoncé : par n'importe quoi ?! Cela peut-il te venir à l'esprit ? Comment Beit Hillel peuvent-ils dire qu'on peut piler le sel de n'importe quelle manière, alors qu'il est établi que tous s'accordent que cela ne peut se faire que d'une manière inhabituelle ? Plutôt, dis : le sel peut être pilé pour n'importe quoi — que ce soit une petite quantité pour rôtir ou une grande quantité pour saler la viande.
לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְדוּכָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מֶלַח בְּפַךְ וּבְעֵץ הַפָּרוּר לְצָלִי, אֲבָל לֹא לִקְדֵרָה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: בְּכׇל דָּבָר. בְּכׇל דָּבָר סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא אֵימָא: לְכׇל דָּבָר.
Rav A'ha Bardela dit à son fils : quand tu piles du sel, incline-le un peu sur le côté puis pile, afin qu'au moins cela s'accomplisse d'une manière légèrement différente un jour de fête. La Guemara rapporte de même : Rav Chéchet entendit le bruit d'un pilon pilant du sel un jour de fête. Il se dit : ce bruit ne vient pas de l'intérieur de ma maison, car j'ai ordonné aux gens de ma maisonnée de ne pas le faire [ainsi].
אָמַר לֵיהּ רַב אַחָא בַּרְדְּלָא לִבְרֵיהּ: כִּי דָיְיכַת אַצְלִי אַצְלוֹיֵי וְדוּךְ. רַב שֵׁשֶׁת שְׁמַע קָל בּוּכְנָא, אֲמַר: הַאי לָאו מִגַּוֵּויהּ דְּבֵיתַאי הוּא.
La Guemara demande : mais peut-être l'ont-ils incliné et pilé d'une manière permise ? La Guemara répond : cela ne pouvait être le cas, car Rav Chéchet entendit que c'était un bruit net, à la différence de celui que produit un pilon incliné. La Guemara demande : mais peut-être pilaient-ils des épices, qu'on peut piler de la manière ordinaire un jour de fête ? La Guemara répond : le bruit que produit le pilage des épices est distinctif, comme un aboiement, qu'il aurait reconnu.
וְדִלְמָא אַצְלוֹיֵי אַצְלִי? דְּשַׁמְעֵיהּ דַּהֲוָה צְלִיל קָלֵיהּ. וְדִלְמָא תַּבְלִין הֲווֹ? תַּבְלִין נַבּוֹחֵי מְנַבַּח קָלַיְיהוּ.
§ Les Sages enseignèrent dans une baraïta : un jour de fête, on ne peut préparer des gruaux (tissané) — un plat fait de grains de blé concassés en quarts, ce qui exige un grand effort — ni moudre du grain au mortier et au pilon. La Guemara s'étonne : ce sont là deux énoncés contradictoires. Le tanna a d'abord dit que seuls les gruaux ne peuvent être préparés (car cela exige un dur travail) — impliquant que d'autres aliments peuvent être moulus ; puis il dit qu'on ne peut moudre au mortier et au pilon du tout. La Guemara répond : voici ce qu'il a voulu dire — la baraïta doit se lire ainsi : quelle est la raison pour laquelle on ne peut préparer des gruaux ? Parce qu'on ne peut moudre au mortier et au pilon.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי, וְאֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת. תַּרְתֵּי?! הָכִי קָאָמַר: מַה טַּעַם אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי — לְפִי שֶׁאֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת.
La Guemara objecte : que le tanna dise donc simplement « on ne peut moudre au mortier et au pilon », d'où l'on inférerait que les gruaux ne peuvent être préparés ! La Guemara explique : s'il n'enseignait que « on ne peut moudre au mortier et au pilon », j'aurais dit que cela ne vaut que pour un grand mortier et pilon, dont l'usage a l'apparence d'une activité de semaine ; mais avec un petit mortier et pilon, on pourrait dire que cela semble acceptable, et qu'on peut même préparer des gruaux avec ce mortier. Le tanna nous enseigne donc que les gruaux ne peuvent être préparés d'aucune manière.
וְלֵימָא: אֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת! אִי תָּנֵי אֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת, הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי בְּמַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה, אֲבָל בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה — אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
Beitzah 14a
100%
ביצה י״ד אמַסֶּכֶת בֵּיצָה