…mais le jour de fête, c'est interdit, car parfois ceux qui lui semblaient gras se révéleront maigres, et les maigres se révéleront gras, et il déplacera un objet qui ne lui convient pas — transgressant ainsi l'interdit de déplacer un mouktsé. Ou bien, parfois ils se révéleront tous maigres, il les laissera tous, et il en viendra à négliger la joie de la fête. Si, en revanche, on annonce la veille « je prendrai celui-ci et celui-là », on ne prendra effectivement que ces pigeonneaux-là, rehaussant ainsi sa joie de la fête.
אֲבָל בְּיוֹם טוֹב אָסוּר, דְּזִימְנִין דְּמִשְׁתַּכְחִי שְׁמֵנִים כְּחוּשִׁים וּכְחוּשִׁים שְׁמֵנִים, וְקָמְטַלְטֵל מִידֵּי דְּלָא חֲזֵי לֵיהּ. אִי נָמֵי זִימְנִין דְּמִשְׁתַּכְחִי כֻּלְּהוּ כְּחוּשִׁים וְשָׁבֵיק לְהוּ, וְאָתֵי לְאִמְּנוֹעֵי מִשִּׂמְחַת יוֹם טוֹב.
Mishna 1
MICHNA : si, la veille de la fête, on a désigné des pigeonneaux noirs à abattre, et que le lendemain on trouve dans le colombier des blancs au lieu des oiseaux désignés ; ou si l'on a désigné des blancs et trouvé des noirs ; ou si l'on a désigné deux pigeonneaux et trouvé trois — ils sont interdits, car ce ne sont pas les mêmes que ceux désignés. Si, en revanche, on en a désigné trois et qu'on n'en trouve que deux — ils sont permis, car on présume que l'un des pigeonneaux s'est échappé.
מַתְנִי׳ זִמֵּן שְׁחוֹרִים וּמָצָא לְבָנִים, לְבָנִים וּמָצָא שְׁחוֹרִים, שְׁנַיִם וּמָצָא שְׁלֹשָׁה — אֲסוּרִים. שְׁלֹשָׁה וּמָצָא שְׁנַיִם — מוּתָּרִים.(משנה)
Si on les a désignés à l'intérieur du nid et que le lendemain on ne les y trouve pas, mais qu'on trouve des pigeonneaux devant le nid — ils sont interdits, car ce pourraient être d'autres que ceux désignés et laissés dans le nid. Mais s'il n'y a que ces pigeonneaux-là dans le voisinage immédiat — ils sont permis, car on peut présumer que ce sont ceux qu'on a désignés à l'intérieur du nid.
בְּתוֹךְ הַקֵּן וּמָצָא לִפְנֵי הַקֵּן — אֲסוּרִין, וְאִם אֵין שָׁם אֶלָּא הֵם — הֲרֵי אֵלּוּ מוּתָּרִים.
Guémara
GUEMARA : la Guemara demande : mais il est évident que si l'on a désigné des noirs et trouvé des blancs, ce ne sont pas les mêmes oiseaux ! Rabba dit : de quoi traitons-nous ici ? La Michna vise un cas où l'on a désigné à la fois des noirs et des blancs à abattre, et où l'on s'est levé et a trouvé des noirs à la place des blancs, et des blancs à la place des noirs. De peur que tu ne dises « ce sont les mêmes pigeonneaux, ils ont simplement échangé de place », la Michna nous enseigne que cette prétention n'est pas acceptée. On présume plutôt que ceux qu'on avait désignés s'en sont allés vers l'extérieur, et que ceux qu'on a trouvés sont d'autres, venus d'ailleurs.
גְּמָ׳ פְּשִׁיטָא! אָמַר רַבָּה: הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן, כְּגוֹן שֶׁזִּמֵּן שְׁחוֹרִים וּלְבָנִים, וְהִשְׁכִּים וּמָצָא שְׁחוֹרִים בִּמְקוֹם לְבָנִים וּלְבָנִים בִּמְקוֹם שְׁחוֹרִים. מַהוּ דְּתֵימָא: הָנֵי אִינְהוּ נִינְהוּ וְאִתְהֲפוֹכֵי אִתְהֲפוּךְ, קָא מַשְׁמַע לַן: הָנָךְ אֲזַדוּ לְעָלְמָא, וְהָנֵי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ.
La Guemara suggère : disons que cette Michna soutient Rabbi 'Hanina, car Rabbi 'Hanina a dit : pour lever un doute sur l'identité d'un objet, lorsque la majorité indique une chose mais que l'objet en question est proche d'une source indiquant le contraire, on suit la majorité. Ici, la majorité des pigeonneaux sont interdits (n'ayant pas été désignés pour la fête) ; les pigeonneaux trouvés sont donc interdits, bien que les plus proches soient ceux qui avaient été désignés.
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי חֲנִינָא. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: רוֹב וְקָרוֹב — הַלֵּךְ אַחַר הָרוֹב!
La Guemara réfute cette suggestion : peut-être en est-il comme l'a dit Abayé à propos d'une autre question : nous traitons de pigeonneaux situés sur une corniche (zaviz) — une planche plate saillant du colombier, autour de laquelle de nombreux pigeons se rassemblent. Ici aussi, la Michna vise une corniche. Comme d'autres pigeons s'y trouvent régulièrement, le principe selon lequel on suit la majorité plutôt que la source proche ne s'applique pas — car ni la majorité des pigeons ni la source proche ne sont les originaux — et tous les pigeonneaux sont donc interdits.
כִּדְאָמַר אַבָּיֵי — בְּדַף, הָכָא נָמֵי — בְּדַף.
La Michna a enseigné que si l'on a désigné deux et trouvé trois, ils sont interdits. La Guemara explique : de quelque manière qu'on envisage la chose, les pigeonneaux sont interdits. Si ce sont d'autres, ce sont d'autres qui n'ont pas été désignés. Et si ce ne sont pas d'autres — c'est-à-dire que deux des pigeonneaux désignés sont encore là — il y en a néanmoins un qu'on n'a certainement pas désigné et qui se mêle à eux, ce qui rend les autres interdits eux aussi.
שְׁנַיִם וּמָצָא שְׁלֹשָׁה — אֲסוּרִין. מָה נַפְשָׁךְ: אִי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ — הָא אַחֲרִינֵי נִינְהוּ, וְאִי לָא אַחֲרִינֵי נִינְהוּ — הָא אִיכָּא חַד דִּמְעָרַב בְּהוּ.
§ La Michna a enseigné que si l'on a désigné trois et trouvé deux, ils sont permis. La Guemara demande : quelle en est la raison ? La Guemara explique : ce sont les mêmes, et l'un d'eux s'en est allé vers l'extérieur, laissant les deux autres.
שְׁלֹשָׁה וּמָצָא שְׁנַיִם מוּתָּרִין. מַאי טַעְמָא? הָנֵי אִינְהוּ נִינְהוּ, וְחַד מִנַּיְיהוּ אֲזַל לְעָלְמָא.
La Guemara suggère : disons que la Michna est conforme à l'opinion de Rabbi [Yehouda HaNassi], et non à celle des Sages, car il est enseigné dans une baraïta : si l'on a placé cent dinars d'argent de la dîme (maasser) en lieu sûr et qu'on y a trouvé deux cents, on présume qu'il s'agit d'argent profane et d'argent de seconde dîme mêlés (quelqu'un a ajouté cent à l'argent de la dîme). On sépare donc un dinar du total et l'on énonce : « ce qui là-dedans est la dîme, soit ; ce qui là-dedans n'est pas de la dîme, qu'il serve à racheter l'argent de la dîme, et que cela soit sanctifié comme argent de la dîme à sa place. » Telle est la parole de Rabbi. Et les Sages disent : c'est entièrement de l'argent profane — car puisque l'argent n'est pas tel qu'on l'a laissé, on présume que quelqu'un a pris les cent dinars d'origine, et que lui, ou un autre, les a remplacés par deux cents dinars d'argent ordinaire.
לֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי הִיא וְלָא רַבָּנַן, דְּתַנְיָא: הִנִּיחַ מָנֶה וּמָצָא מָאתַיִם — חוּלִּין וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי מְעוֹרָבִין זֶה בָּזֶה, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הַכֹּל חוּלִּין.
À l'inverse, si l'on a placé deux cents dinars et trouvé cent, on présume que cent dinars sont restés à leur place et sont l'argent de la dîme, et que cent ont été retirés. Telle est la parole de Rabbi. Et les Sages disent : c'est entièrement de l'argent profane — on présume que quelqu'un a retiré tout l'argent, et que les cent dinars trouvés ont dû y être placés par un autre, sans lien avec l'argent laissé. La halakha du cas des pigeonneaux suit apparemment l'opinion de Rabbi dans le cas de l'argent de la seconde dîme.
הִנִּיחַ מָאתַיִם וּמָצָא מָנֶה, מָנֶה מוּנָּח וּמָנֶה מוּטָל, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הַכֹּל חוּלִּין!
La Guemara réfute cette prétention : même si tu dis que la Michna est conforme aux Sages, elle s'explique — car il a été énoncé à son sujet que Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent tous deux : les pigeonneaux, c'est différent, puisqu'ils sautillent typiquement d'un endroit à l'autre ; il est donc possible que l'un d'eux se soit échappé. En revanche, une bourse d'argent ne peut se déplacer d'elle-même et a forcément été prise par quelqu'un.
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן, הָא אִתְּמַר עֲלַהּ: רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: שָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת, הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת.
La Guemara demande : et pourquoi me faut-il répondre à son sujet « les pigeonneaux, c'est différent, puisqu'ils sautillent » ? Mais n'a-t-il pas été énoncé, au sujet de cette baraïta de la bourse, que Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar divergent : l'un d'eux a dit que la controverse ne vaut que dans le cas de deux bourses (cent dinars dans chacune) ; mais si tout l'argent était dans une seule bourse, tous s'accordent que c'est de l'argent profane (il est improbable que seule la moitié ait été retirée et l'autre laissée). Et l'autre a dit : la controverse ne vaut que pour une seule bourse ; mais pour deux bourses, tous s'accordent que cent dinars de dîme sont restés et cent ont été retirés.
וּלְמָה לִי לְשַׁנּוֹיֵי עֲלַהּ שָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת? וְהָא אִתְּמַר עֲלַהּ דְּהַהִיא, דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר, חַד אָמַר: בִּשְׁנֵי כִיסִין מַחְלוֹקֶת, אֲבָל בְּכִיס אֶחָד — דִּבְרֵי הַכֹּל חוּלִּין. וְחַד אָמַר: בְּכִיס אֶחָד מַחְלוֹקֶת, אֲבָל בִּשְׁנֵי כִיסִין — דִּבְרֵי הַכֹּל מָנֶה מוּנָּח וּמָנֶה מוּטָל.