Mishna 1
MICHNA : On ne peut pas racheter un premier-né d'ânesse ni avec un veau, ni avec un animal sauvage, ni avec un animal déjà abattu, ni avec une bête déchirée [tereifa], ni avec un hybride de brebis et de chèvre [kil'ayim], ni avec un koy — animal dont on ignore s'il est domestique ou sauvage. Rabbi Eliezer permet de racheter un premier-né d'ânesse avec un hybride de brebis et de chèvre, car c'est un agneau — ce hybride ayant le statut d'agneau —, mais il interdit de racheter avec un koy, car son statut est incertain. Si l'on a remis le premier-né d'ânesse lui-même au Cohen, le Cohen ne peut le garder qu'après avoir d'abord désigné un agneau en remplacement pour le rachat.
מַתְנִי׳ אֵין פּוֹדִין לֹא בְּעֵגֶל וְלֹא בְּחַיָּה, לֹא בִּשְׁחוּטָה וְלֹא בִּטְרֵיפָה, וְלֹא בְּכִלְאַיִם וְלֹא בְּכוֹי. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַתִּיר בַּכִּלְאַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא שֶׂה, וְאוֹסֵר בַּכּוֹי מִפְּנֵי שֶׁהוּא סָפֵק. נְתָנוֹ לְכֹהֵן — אֵין הַכֹּהֵן רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ עַד שֶׁיַּפְרִישׁ שֶׂה תַּחְתָּיו.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Quelle opinion exprime la première clause de la Michna ? C'est l'opinion de ben Bag Bag, car il est enseigné dans une baraïta que ben Bag Bag dit : il est dit ici, pour le rachat d'un premier-né d'ânesse : « tu rachèteras un premier-né d'ânesse avec un agneau » (Chémot 13, 13), et il est dit là, pour l'offrande pascale : « au dixième jour de ce mois, chacun prendra un agneau » (Chémot 12, 3). Par analogie : comme là, pour l'offrande pascale, la Torah exclut tous ces types d'animaux énumérés dans la Michna de pouvoir servir d'offrande pascale, de même ici, pour le rachat d'un premier-né d'ânesse, la Torah exclut tous ces types.
גְּמָ׳ מַתְנִיתִין מַנִּי? בֶּן בַּג בַּג הִיא, דְּתַנְיָא: בֶּן בַּג בַּג אוֹמֵר: נֶאֱמַר כָּאן ״שֶׂה״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן ״שֶׂה״, מָה לְּהַלָּן פְּרָט לְכׇל הַשֵּׁמוֹת הַלָּלוּ, אַף כָּאן פְּרָט לְכׇל הַשֵּׁמוֹת הַלָּלוּ.
La Guemara conteste : si cette halakha est dérivée de l'offrande pascale, alors peut-être que, comme là l'offrande pascale doit être un agneau mâle, sans défaut et âgé d'un an (Chémot 12, 5), de même ici l'agneau devrait être mâle, sans défaut et âgé d'un an. La Guemara explique que le verset dit : « tu rachèteras » (Chémot 13, 13) et : « tu rachèteras » (Chémot 34, 20) — cette répétition sert à inclure les agnelles, les agneaux avec défaut et les agneaux de plus d'un an.
אִי מָה לְהַלָּן זָכָר תָּמִים וּבֶן שָׁנָה, אַף כָּאן זָכָר תָּמִים וּבֶן שָׁנָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תִּפְדֶּה״ ״תִּפְדֶּה״ — רִיבָּה.
La Guemara demande : si la répétition « tu rachèteras », « tu rachèteras » sert à inclure, alors même tous ces types d'animaux énumérés dans la Michna devraient être inclus. La Guemara répond : si c'était ainsi, à quoi servirait l'analogie verbale « agneau », « agneau » entre le premier-né d'ânesse et l'offrande pascale ?
אִי ״תִּפְדֶּה״ ״תִּפְדֶּה״ רִיבָּה, אֲפִילּוּ כֹּל הָנֵי נָמֵי? אִם כֵּן, ״שֶׂה״ ״שֶׂה״ מַאי אַהֲנִי לֵיהּ?
§ Un dilemme fut soulevé devant les Sages : quelle est la halakha pour racheter un premier-né d'ânesse avec un agneau retiré vivant du ventre de sa mère après l'abattage rituel de celle-ci [ben pekua] ? La Guemara explique la question : selon l'opinion de Rabbi Meir, tu ne devrais pas soulever le dilemme, car Rabbi Meir dit qu'un ben pekua requiert l'abattage rituel — c'est donc un agneau à part entière. Le dilemme ne se pose que selon l'opinion des Sages, qui disent que l'abattage de la mère rend le fœtus permis à la consommation, car il est considéré comme faisant partie de la mère déjà abattue.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לִפְדּוֹת בְּבֶן פְּקוּעָה? אַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר לָא תִּיבְּעֵי לָךְ, דְּכֵיוָן דְּאָמַר רַבִּי מֵאִיר: בֶּן פְּקוּעָה טָעוּן שְׁחִיטָה, שֶׂה מְעַלְּיָא הוּא. אֶלָּא כִּי תִּבְּעֵי לָךְ אַלִּיבָּא דְּרַבָּנַן, דְּאָמְרִי: שְׁחִיטַת אִמּוֹ מְטַהַרְתּוֹ.
Est-il considéré comme de la viande placée dans une marmite — c'est-à-dire comme s'il avait été abattu —, auquel cas il entre dans l'interdiction de racheter un premier-né d'ânesse avec un animal abattu ? Ou peut-être, puisque maintenant, en tout cas, il court et se déplace, l'appelle-t-on un agneau ?
כְּבִישְׂרָא בְּדִיקּוּלָא דָּמֵי, אוֹ דִלְמָא: כֵּיוָן דְּהַשְׁתָּא מִיהָא רָהֵיט וְאָזֵיל, ״שֶׂה״ קָרֵינָא בֵּיהּ?
La Guemara cite une dispute sur cette question : Mar Zoutra dit qu'on ne peut pas racheter un premier-né d'ânesse avec un ben pekua, et Rav Ashi dit qu'on peut racheter avec lui.
מָר זוּטְרָא אָמַר: אֵין פּוֹדִין, וְרַב אָשֵׁי אָמַר: פּוֹדִין.
Rav Ashi dit à Mar Zoutra : quelle est la raison de ton opinion ? Est-ce parce que tu dérives les halakhot du rachat d'un premier-né d'ânesse de l'offrande pascale, et qu'un ben pekua est impropre comme offrande pascale ? Si c'est ainsi, comme là, pour l'offrande pascale, il faut un mâle sans défaut âgé d'un an, de même ici l'agneau devrait être mâle, sans défaut et âgé d'un an. Mar Zoutra répondit : la répétition « tu rachèteras », « tu rachèteras » a inclus un agneau qui n'est pas mâle, sans défaut ou âgé d'un an.
אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְמָר זוּטְרָא: מַאי דַּעְתָּיךְ? דְּיָלְפַתְּ מִפֶּסַח. אִי מָה לְהַלָּן זָכָר תָּמִים וּבֶן שָׁנָה, אַף כָּאן זָכָר תָּמִים וּבֶן שָׁנָה! ״תִּפְדֶּה״ ״תִּפְדֶּה״ — רִיבָּה.
Rav Ashi lui dit : si la répétition « tu rachèteras », « tu rachèteras » a inclus des types supplémentaires d'agneaux, un ben pekua est inclus aussi. Mar Zoutra répondit : si c'était ainsi, à quoi servirait l'analogie verbale « agneau », « agneau » entre le premier-né d'ânesse et l'offrande pascale ? Il faut donc que le terme « tu rachèteras » ne serve pas à inclure ces animaux.
אִי ״תִּפְדֶּה״ ״תִּפְדֶּה״ רִיבָּה, אֲפִילּוּ בֶּן פְּקוּעָה נָמֵי! אִם כֵּן, ״שֶׂה״ ״שֶׂה״ מַאי אַהֲנִי לֵיהּ?
§ Un dilemme fut soulevé devant les Sages : quelle est la halakha pour racheter un premier-né d'ânesse avec un agneau dont les deux parents sont des brebis mais qui ressemble à un autre animal, comme une chèvre ? La Guemara précise : selon l'opinion de Rabbi Eliezer, tu ne devrais pas soulever le dilemme — puisqu'il est établi qu'il permet de racheter avec un hybride de chèvre et de brebis, faut-il encore dire qu'on peut racheter avec un agneau qui ressemble à une chèvre mais n'est pas issu d'un hybride ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לִפְדּוֹת בְּנִדְמָה? אַלִּיבָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לָא תִּיבְּעֵי לָךְ, הַשְׁתָּא בְּכִלְאַיִם פָּרְקִינַן, בְּנִדְמָה מִיבַּעְיָא?
Le dilemme ne se pose que selon l'opinion des Sages, qui estiment qu'on ne peut pas racheter un premier-né d'ânesse avec un hybride de brebis et de chèvre. Estiment-ils qu'on ne rachète pas avec un hybride de chèvre et de brebis, mais qu'on rachète avec un agneau ressemblant à un autre animal ? Ou peut-être n'y a-t-il pas de différence entre les deux cas ?
כִּי תִּיבְּעֵי לָךְ אַלִּיבָּא דְּרַבָּנַן, בְּכִלְאַיִם הוּא דְּלָא פָּרְקִינַן, בְּנִדְמָה פָּרְקִינַן, אוֹ דִלְמָא לָא שְׁנָא?
La Guemara suggère : viens et entends une résolution tirée d'une baraïta : si une vache a mis bas quelque chose ressemblant à une chèvre, on ne peut pas racheter un premier-né d'ânesse avec cette progéniture. La Guemara en déduit : mais on peut en déduire qu'avec une brebis ayant mis bas quelque chose ressemblant à une chèvre, on peut racheter. Selon quelle opinion va cette baraïta ? Si l'on dit que c'est selon Rabbi Eliezer — il permet même de racheter avec un hybride de brebis et de chèvre, et cette décision serait superflue. Ce n'est donc pas selon lui, mais selon les Sages — ce qui indique qu'ils estiment qu'on peut racheter un premier-né d'ânesse avec un agneau ressemblant à un autre animal.
תָּא שְׁמַע: פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז — אֵין פּוֹדִין, הָא רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז — פּוֹדִין. מַנִּי? אִילֵימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר — הָא בְּכִלְאַיִם נָמֵי פָּרְקִינַן! אֶלָּא לָאו רַבָּנַן הִיא?