Guémara
Car si le tanna n'avait enseigné que le cas d'un objet trouvé, on aurait pu dire que ce n'est que pour un objet trouvé que les Sages ont imposé un serment, car dans ce cas on peut se justifier en disant : l'autre partie — celle qui a en réalité trouvé l'objet — ne perd rien en ne le gardant pas tout entier, puisqu'il ne lui appartenait pas à l'origine ; je vais le saisir chez lui et le partager avec lui ! Mais pour un achat et une vente, où l'on ne peut pas dire cela, on aurait pu dire que les Sages n'ont pas imposé de serment.
דְּאִי תְּנָא מְצִיאָה הֲוָה אָמֵינָא: מְצִיאָה הוּא דִּרְמוֹ רַבָּנַן שְׁבוּעָה עֲלֵיהּ מִשּׁוּם דְּמוֹרֵי וְאָמַר, חַבְרַאי לָאו מִידֵּי חָסַר בָּהּ, אֵיזִל אֶתְפִּיס וְאִתְפְּלֵיג בַּהֲדֵיהּ! אֲבָל מִקָּח וּמִמְכָּר, דְּלֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי – אֵימָא לָא.
Et si le tanna n'avait enseigné que le cas d'un achat et d'une vente, on aurait pu dire que c'est spécifiquement dans ce cas que les Sages ont imposé un serment, car on peut se justifier en disant : l'autre a donné de l'argent au vendeur et moi aussi j'ai donné de l'argent au vendeur ; maintenant que j'en ai besoin pour moi, je vais le prendre et l'autre ira se donner la peine d'en acheter un autre semblable. Mais pour un objet trouvé, où l'on ne peut pas dire cela, on aurait pu dire que les Sages n'ont pas soupçonné qu'il saisît un objet qui ne lui appartenait pas, et qu'il n'y a donc pas lieu d'imposer un serment. Les deux cas sont donc nécessaires.
וְאִי תְּנָא מִקָּח וּמִמְכָּר, הוּא דִּרְמוֹ רַבָּנַן שְׁבוּעָה עֲלֵיהּ מִשּׁוּם דְּמוֹרֵי וְאָמַר: חַבְרַאי דְּמֵי קָא יָהֵיב וַאֲנָא דְּמֵי קָא יָהֵיבְנָא, הַשְׁתָּא דִּצְרִיכָא לְדִידִי אֶשְׁקְלֵיהּ אֲנָא, וְחַבְרַאי לֵיזִיל לִטְרַח לִיזְבַּן, אֲבָל מְצִיאָה, דְּלֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי – אֵימָא לָא. צְרִיכָא.
La Guemara demande : comment la Michna peut-elle viser un cas d'achat et de vente ? Regardons de qui le vendeur a pris l'argent : évidemment, celui qui lui a donné l'argent en est l'acheteur. La Guemara répond : non, il faut un cas où il a pris l'argent des deux. Il a accepté l'argent volontiers de celui à qui il voulait vendre l'objet, et il a reçu l'argent malgré lui de celui à qui il ne voulait pas le vendre, et je ne sais pas qui est celui de qui il l'a pris volontiers et qui est celui de qui il l'a reçu malgré lui. La question est donc tranchée par un serment.
מִקָּח וּמִמְכָּר, וְלִחְזֵי זוּזֵי מִמַּאן נָקֵט? לָא צְרִיכָא דְּנָקֵט מִתַּרְוַיְיהוּ, מֵחַד מִדַּעְתֵּיהּ וּמֵחַד בְּעַל כָּרְחֵיהּ, וְלָא יָדַעְנָא מִי הוּא מִדַּעְתֵּיהּ, וּמִי הוּא בְּעַל כָּרְחֵיהּ.
§ La Guemara suggère : disons que la Michna n'est pas conforme à l'opinion de ben Nannas, car ben Nannas ne dit-il pas qu'on n'administre pas de serment à deux parties au tribunal lorsque l'une d'elles ment certainement ?
לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּבֶן נַנָּס, דְּאִי בֶּן נַנָּס, הָאָמַר:
Comme il est énoncé dans une Michna (Shevuot 45a) : un homme dit à son ouvrier : va chez l'épicier et il te donnera à manger en lieu de ton salaire ; plus tard l'ouvrier prétend que l'épicier ne lui a rien donné, tandis que l'épicier prétend qu'il a donné — les Rabbins disent que l'épicier et l'ouvrier doivent chacun prêter serment pour étayer leurs affirmations, et l'employeur doit les payer tous les deux. Ben Nannas répond : comment permettre à ces gens et à ceux-là de venir prêter serment en vain ? Puisque l'un d'eux ment certainement, les Sages n'imposeraient pas un serment qui serait par définition faux. De même, dans le cas de la Michna ici, puisque l'objet trouvé est de toute façon partagé entre les parties, selon ben Nannas ils devraient recevoir leurs parts sans prêter serment.
כֵּיצַד אֵלּוּ וָאֵלּוּ בָּאִין לִידֵי שְׁבוּעַת שָׁוְא?
La Guemara rejette cette suggestion : on peut même dire que la Michna est conforme à l'opinion de ben Nannas. Là, dans le cas de l'ouvrier et de l'épicier, un serment est certainement prêté en vain, car il est clair que l'un d'eux ment. Ici, on peut dire qu'il n'y a pas de serment prêté en vain : disons qu'ils prêtent tous deux serment en disant la vérité, car ils ont soulevé l'objet ensemble, et chacun en possède donc la moitié. Dans ce cas, ben Nannas serait d'accord pour qu'ils prêtent tous deux serment.
אֲפִילּוּ תֵּימָא בֶּן נַנָּס, הָתָם וַדַּאי אִיכָּא שְׁבוּעַת שָׁוְא. הָכָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּלֵיכָּא שְׁבוּעַת שָׁוְא, אֵימוֹר דְּתַרְוַיְיהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי אַגְבְּהוּהָ.
La Guemara suggère davantage : disons que la Michna n'est pas conforme à l'opinion de Sumakhos, car Sumakhos ne dit-il pas ce principe : dans un cas de bien de propriété incertaine, les parties se le partagent sans prêter serment ?
לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּסוֹמְכוֹס, דְּאִי כְּסוֹמְכוֹס, הָאָמַר: מָמוֹן הַמּוּטָּל בְּסָפֵק – חוֹלְקִין בְּלֹא שְׁבוּעָה.
La Guemara rejette cette suggestion : plutôt, quelle opinion la Michna suit-elle ? Suit-elle l'opinion des Rabbins, qui contredisent Sumakhos ? Mais les Rabbins ne disent-ils pas que dans un cas de bien de propriété incertaine, la charge de la preuve incombe au demandeur ? Or dans le cas de la Michna, aucune des parties n'apporte de preuve.
וְאֶלָּא מַאי, רַבָּנַן? הָא אָמְרִי הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵרוֹ עָלָיו הָרְאָיָה!
La Guemara répond : quelle est cette comparaison ? Admettons que la Michna suit l'opinion des Rabbins : on peut distinguer deux cas. Là, dans le cas d'un bien de propriété incertaine où les deux parties ne tiennent pas le bien, les Rabbins disent que la charge de la preuve incombe au demandeur, puisque celui qui en a la possession a ostensiblement le droit sur ce bien. Ici, dans le cas de la Michna, où les deux tiennent le bien et aucun n'en a la possession exclusive, ils le partagent à condition de prêter serment.
הַאי מַאי, אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא רַבָּנַן: הָתָם דְּלָא תָּפְסִי תַּרְוַיְיהוּ אֲמַרוּ רַבָּנַן הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה, הָכָא דְּתַרְוַיְיהוּ תָּפְסִי [פָּלְגִי] לַהּ בִּשְׁבוּעָה.
La Guemara poursuit sa preuve que la Michna n'est pas conforme à Sumakhos : mais si tu dis que la Michna suit l'opinion de Sumakhos, comment résoudre la contradiction suivante : là, dans un cas où ils ne tiennent pas tous deux le bien, ils se le partagent néanmoins sans prêter serment ; ici, où ils tiennent tous deux le bien, n'est-ce pas à plus forte raison qu'ils devraient se le partager sans prêter serment ?
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ סוֹמְכוֹס, הַשְׁתָּא וּמָה הָתָם דְּלָא תָּפְסִי תַּרְוַיְיהוּ – חוֹלְקִין בְּלֹא שְׁבוּעָה, הָכָא דְּתַרְוַיְיהוּ תָּפְסִי לַהּ – לֹא כׇּל שֶׁכֵּן!
La Guemara rejette cette suggestion : on peut même dire que la Michna est conforme à l'opinion de Sumakhos. Quand Sumakhos dit que dans un cas de bien de propriété incertaine les parties se le partagent sans prêter serment, c'est dans le cas d'une revendication incertaine et d'une revendication incertaine — lorsque les circonstances sont telles qu'aucune des parties ne peut affirmer définitivement qu'elle a droit au bien. Mais dans un cas de revendication certaine et de revendication certaine, où chaque partie affirme définitivement qu'elle a droit au bien, Sumakhos ne dit pas qu'ils se le partagent sans prêter serment.
אֲפִילּוּ תֵּימָא סוֹמְכוֹס: כִּי אָמַר סוֹמְכוֹס שֶׁמָּא וְשֶׁמָּא, אֲבָל בָּרִי וּבָרִי – לָא אָמַר.
La Guemara demande : et selon l'opinion de Rabba bar Rav Huna, qui dit que Sumakhos affirme que même dans un cas de revendication certaine et de revendication certaine les parties se partagent le bien sans serment, que peut-on dire pour établir la Michna conformément à l'opinion de Sumakhos ?
וּלְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא, דְּאָמַר: אָמַר סוֹמְכוֹס אֲפִילּוּ בָּרִי וּבָרִי, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?