[La Guemara conclut une discussion sur la kenas (amende) versée à une Samaritaine violée :] afin que le pécheur, c'est-à-dire le violeur, ne soit pas récompensé.
שֶׁלֹּא יְהֵא חוֹטֵא נִשְׂכָּר.
La Guemara suggère : mais si c'est la raison, qu'il donne l'amende aux pauvres plutôt qu'à la Samaritaine qu'il a violée, pour empêcher l'assimilation ! Rav Mari dit : on ne le fait pas, car c'est de l'argent qui n'a pas de demandeurs déterminés. Puisqu'on ne serait pas tenu de le donner à un pauvre précis — le violeur pourrait échapper au paiement en répondant à tout demandeur qu'il veut le donner à un autre pauvre — les Sages ont maintenu la loi de la Torah telle quelle, et l'amende est donnée à la Samaritaine pour que le pécheur n'en profite pas.
וְנִתְּבֵיהּ לַעֲנִיִּים! אָמַר רַב מָרִי: מִשּׁוּם דְּהָוֵי מָמוֹן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹבְעִים.
Mishna 1
MICHNA : Si un bœuf d'une personne halakhiquement compétente a encorné un bœuf d'un sourd-muet, d'un faible d'esprit ou d'un mineur — tous considérés comme halakhiquement incompétents — le propriétaire est responsable des dommages. Mais si un bœuf d'un sourd-muet, d'un faible d'esprit ou d'un mineur a encorné un bœuf d'une personne compétente, le propriétaire du bœuf est exempt de responsabilité.
מַתְנִי׳ שׁוֹר שֶׁל פִּקֵּחַ שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן – חַיָּיב. וְשֶׁל חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל פִּקֵּחַ – פָּטוּר.(משנה)
Si un bœuf appartenant à un sourd-muet, à un faible d'esprit ou à un mineur a encorné un autre bœuf et causé un dommage, le tribunal nomme pour eux un tuteur [apotropos] et les avertit concernant le bœuf qui a encorné en présence du tuteur. Le bœuf est ainsi rendu prévenu [mouad], car le tuteur est considéré comme son propriétaire pour l'exigence du verset : « et avertissement a été donné à son propriétaire » (Shemot 21, 29).
שׁוֹר שֶׁל חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן שֶׁנָּגַח – בֵּית דִּין מַעֲמִידִין לָהֶן אַפּוֹטְרוֹפּוֹס, וּמְעִידִין לָהֶן בִּפְנֵי אַפּוֹטְרוֹפּוֹס.
Si, après que le bœuf a été rendu prévenu de cette manière, le sourd-muet a retrouvé l'ouïe, le faible d'esprit est devenu compétent, ou le mineur a atteint la majorité — le bœuf est retourné à son statut d'innocent [tam]. Telle est la déclaration de Rabbi Meir, qui soutient que le bœuf n'avait le statut de prévenu que tant qu'il était sous la garde du tuteur. Rabbi Yosse dit : il conserve son statut antérieur de bœuf prévenu.
נִתְפַּקֵּחַ הַחֵרֵשׁ, נִשְׁתַּפָּה הַשּׁוֹטֶה וְהִגְדִּיל הַקָּטָן – חָזַר לְתַמּוּתוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הֲרֵי הוּא בְּחֶזְקָתוֹ.
Si un bœuf de stade [ha'itztadin] — c'est-à-dire dressé pour combattre dans une arène — encorne et tue une personne, il n'est pas passible de mort, comme il est dit : « si un bœuf encorne un homme ou une femme » (Shemot 21, 28). Ceci ne vise qu'un bœuf qui encorne de sa propre initiative — et non le cas d'un bœuf qu'on a incité à encorner. Le propriétaire d'un bœuf de stade, dressé pour encorner, est donc exempt de responsabilité s'il le fait.
שׁוֹר הָאִצְטָדִין – אֵינוֹ חַיָּיב מִיתָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יִגַּח״ – וְלֹא שֶׁיַּגִּיחוּהוּ.
Guémara
GUEMARA : La Guemara commente : cette affaire elle-même est difficile. D'abord la michna a dit : si un bœuf d'un sourd-muet, d'un faible d'esprit ou d'un mineur a encorné un bœuf d'une personne compétente, le propriétaire est exempt — apparemment, le tribunal ne nomme pas de tuteur pour le propriétaire d'un bœuf innocent afin de recouvrer des dommages sur le produit de la vente de son corps. Mais dis la dernière clause de la michna : si un bœuf appartenant à un sourd-muet, à un faible d'esprit ou à un mineur a encorné un autre bœuf et causé un dommage, le tribunal nomme pour eux un tuteur et les avertit concernant le bœuf qui a encorné en présence du tuteur — apparemment, le tribunal nomme un tuteur pour le propriétaire d'un bœuf innocent afin de recouvrer des dommages sur son corps !
גְּמָ׳ הָא גוּפָא קַשְׁיָא – אָמְרַתְּ: שׁוֹר שֶׁל חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן, שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל פִּקֵּחַ – פָּטוּר; אַלְמָא אֵין מַעֲמִידִין אַפּוֹטְרוֹפּוֹס לְתָם – לִגְבּוֹת מִגּוּפוֹ. אֵימָא סֵיפָא: שׁוֹר שֶׁל חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן שֶׁנָּגַח – בֵּית דִּין מַעֲמִידִין לָהֶם אַפּוֹטְרוֹפּוֹס, וּמְעִידִין לָהֶם בִּפְנֵי אַפּוֹטְרוֹפּוֹס. אַלְמָא מַעֲמִידִין לָהֶם אַפּוֹטְרוֹפּוֹס לְתָם, לִגְבּוֹת מִגּוּפוֹ!
Rava dit que voici ce qu'enseigne la michna : un tuteur n'est pas nommé pour permettre le recouvrement d'indemnisation sur le corps de bœufs innocents ; mais s'ils ont acquis la réputation d'être des encorneurs habituels — car ce n'était pas un incident isolé — le tribunal nomme un tuteur pour les propriétaires, les avertit en présence du tuteur, et rend ainsi les bœufs prévenus. Ainsi, lorsque l'un des bœufs encornera de nouveau, le propriétaire sera tenu de payer une indemnisation sur sa propriété de qualité supérieure [me'alya], et non seulement sur le produit de la vente du bœuf encorneur.
אָמַר רָבָא, הָכִי קָתָנֵי: וְאִם הוּחְזְקוּ נַגְחָנִין – מַעֲמִידִין לָהֶם אַפּוֹטְרוֹפּוֹס, וּמְעִידִין לָהֶן בִּפְנֵי אַפּוֹטְרוֹפּוֹס, וּמְשַׁוֵּינַן לְהוּ מוּעָד; דְּכִי הָדַר וְנָגַח – לְשַׁלֵּם מֵעֲלִיָּיה.
La Guemara demande : de la propriété de qualité supérieure de qui l'indemnisation est-elle recouvrée pour un dommage causé par un bœuf prévenu appartenant à des orphelins mineurs ? Rabbi Yohanan dit : de la propriété de qualité supérieure des orphelins. Rabbi Yossi bar Hanina dit : de la propriété de qualité supérieure du tuteur.
מֵעֲלִיַּית מַאן? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מֵעֲלִיַּית יְתוֹמִין, רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אָמַר: מֵעֲלִיַּית אַפּוֹטְרוֹפּוֹס.
La Guemara demande : mais Rabbi Yohanan a-t-il réellement dit cela ? Mais Rav Yehouda ne dit-il pas que Rav Assi dit : le tribunal ne s'occupe pas des biens des orphelins pour les faire payer une dette, sauf si des intérêts grignotent leur patrimoine. Autrement dit, dans un cas où le père des orphelins avait emprunté de l'argent à un païen avec intérêts, le tribunal veille à ce que la dette soit payée depuis les biens des orphelins — car si on attend, la dette augmentera considérablement. Apparemment, dans les autres cas, le tribunal ne recouvre pas sur leurs biens.
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אַסִּי: אֵין נִזְקָקִין לְנִכְסֵי יְתוֹמִין, אֶלָּא אִם כֵּן רִבִּית אוֹכֶלֶת בָּהֶן.
Et Rabbi Yohanan dit : le tribunal recouvre sur leurs biens soit pour payer une dette consignée dans un document stipulant le paiement d'intérêts — afin que les intérêts ne diminuent pas la valeur de leur patrimoine — soit pour le paiement du contrat de mariage d'une femme, en raison de l'intérêt à ne pas payer sa subsistance. Une veuve peut réclamer son contrat de mariage sur les biens laissés par son mari défunt, et tant qu'elle ne le reçoit pas, les héritiers du mari sont responsables de sa subsistance. Lorsque les héritiers sont des orphelins mineurs, le tribunal recouvre le paiement du contrat de mariage sur les biens des orphelins, afin qu'on n'ait pas à payer sa subsistance entre-temps. Il ressort donc que Rabbi Yohanan estime que, à l'exception de ces deux cas, le tribunal ne recouvre pas les dettes sur les biens des orphelins.
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אוֹ לִשְׁטָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רִבִּית, אוֹ לִכְתוּבַּת אִשָּׁה מִשּׁוּם מְזוֹנֵי!
La Guemara répond : inversez les opinions. Rabbi Yohanan est celui qui dit que le paiement pour un dommage causé par des bœufs prévenus est recouvré sur la propriété de qualité supérieure du tuteur, et Rabbi Yossi bar Hanina est celui qui dit qu'il est recouvré sur la propriété de qualité supérieure des orphelins.
אֵיפוֹךְ – רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מֵעֲלִיַּית אַפּוֹטְרוֹפְּסִין, רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אָמַר: מֵעֲלִיַּית יְתוֹמִין.