Guémara
Parce que si tel est le cas, si celui dont le bœuf encorne un bœuf consacré est exonéré de toute responsabilité, que le verset écrive cette phrase: « D'un autre », en ce qui concerne le cas d'un bœuf prévenu. On pourrait alors en déduire que le propriétaire est également exonéré de toute responsabilité dans le cas d'un bœuf inoffensif, car la responsabilité à l'égard d'un bœuf inoffensif est moins sévère que dans le cas d'un bœuf averti. L'énonciation de cette exemption spécifiquement dans le contexte d'un bœuf inoffensif indique que l'exemption concerne uniquement la clémence indiquée dans le verset, selon lequel si le bœuf encorné appartient à une autre personne, le propriétaire du bœuf belligérant n'est tenu de payer que la moitié du coût des dommages.
דְּאִם כֵּן, נִכְתּוֹב קְרָא לְהַאי ״רֵעֵהוּ״ גַּבֵּי מוּעָד.
§ La Michna enseigne: En ce qui concerne le bœuf d'un Juif qui a encorné le bœuf d'un gentil, le propriétaire du bœuf belligérant est exonéré de toute responsabilité; tandis que si le bœuf d’un gentil encorne le bœuf d’un juif, le propriétaire est tenu de payer la totalité du coût des dommages. Les Sages ont dit: Cette affirmation est difficile quelle que soit la manière dont on la considère. Si l’expression « d’un autre » est entendue d’une manière précise et que, par conséquent, la responsabilité ne s’applique que si son bœuf encorne le bœuf d’un autre Juif, lorsque le bœuf d’un gentil encorne celui d’un Juif, il devrait également être exempté de responsabilité. Et si l’expression « d’un autre » n’est pas entendue d’une manière précise, alors même lorsque le bœuf d’un juif encorne celui d’un gentil, le propriétaire du bœuf belligérant devrait être responsable.
שׁוֹר שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל גּוֹי – פָּטוּר. אָמְרִי: מִמָּה נַפְשָׁךְ, אִי ״רֵעֵהוּ״ דַּוְקָא – דְּגוֹי כִּי נָגַח דְּיִשְׂרָאֵל נָמֵי לִיפְּטַר! וְאִי ״רֵעֵהוּ״ לָאו דַּוְקָא – אֲפִילּוּ דְּיִשְׂרָאֵל כִּי נָגַח דְּגוֹי נִחַיַּיב!
Le rabbin Abbahu a déclaré que la raison de cette décision est que le verset déclare: « Il se leva et secoua la terre; il regarda et fit trembler les nations [vayyatter] » (Habacuc 3: 6). Ceci est interprété de manière homilétique comme signifiant que Dieu a vu les sept mitsvot que les descendants de Noé se sont engagés à accomplir, et comme ils ne les ont pas accomplies, Il s'est levé et a permis [vehittir] leur argent au peuple juif, de sorte que dans certains cas, les Juifs ne sont pas responsables des dommages causés aux gentils.
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ, אָמַר קְרָא: ״עָמַד וַיְמֹדֶד אֶרֶץ, רָאָה וַיַּתֵּר גּוֹיִם״ – רָאָה שֶׁבַע מִצְוֹת שֶׁקִּיבְּלוּ עֲלֵיהֶם בְּנֵי נֹחַ. כֵּיוָן שֶׁלֹּא קִיְּימוּ – עָמַד וְהִתִּיר מָמוֹנָן לְיִשְׂרָאֵל.
Rabbi Yohanan a dit que la source de cette halakha vient d'ici: Il est dit en référence au don de la Torah: « Le Seigneur est venu du Sinaï et est monté de Séir vers eux; Il est apparu du mont Paran » (Deutéronome 33: 2), ce qui est interprété homilétiquement comme signifiant: À partir du moment où Dieu est venu du mont Paran, lors du don de la Torah, l'argent des nations païens est apparu, c'est-à-dire qu'il a été révélé et accordé au peuple juif.
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר מֵהָכָא: ״הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן״ – מִפָּארָן הוֹפִיעַ מָמוֹנָם לְיִשְׂרָאֵל.
Ceci est également enseigné dans une baraïta: En ce qui concerne le bœuf d'un juif qui a encorné le bœuf d'un gentil, le propriétaire du bœuf belligérant est exonéré de toute responsabilité. En revanche, s’agissant d’un bœuf d’un gentil qui a encorné le bœuf d’un Juif, qu’il soit inoffensif ou prévenu, le propriétaire du bœuf belligérant paie la totalité du coût du dommage, comme il est dit: « Il s’est tenu et a secoué la terre; il a vu et a fait trembler les nations. » Et un autre verset déclare: « Il est apparu du mont Paran. »
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: שׁוֹר שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל גּוֹי – פָּטוּר. שׁוֹר שֶׁל גּוֹי שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל יִשְׂרָאֵל – בֵּין תָּם בֵּין מוּעָד מְשַׁלֵּם נֶזֶק שָׁלֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עָמַד וַיְמֹדֶד אֶרֶץ, רָאָה וַיַּתֵּר גּוֹיִם״. וְאוֹמֵר: ״הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן״.
La Guemara demande: Quelle est la raison pour laquelle la baraïta ajoute: Et un autre verset indique, indiquant que le premier verset n'est pas une source suffisante?
מַאי ״וְאוֹמֵר״?
La Guemara explique que c'est ainsi qu'il faut comprendre la baraïta: Et si vous dites que ce verset: « Il se leva et secoua la terre » est nécessaire pour exprimer ce que Rav Mattana et Rav Yosef ont dérivé du verset, venez entendre une autre source: « Il est apparu du mont Paran », signifiant: De Paran leur argent est apparu au peuple juif. Quelle est l’exposé du Rav Mattana? C’est comme le dit Rav Mattana: « Il s’est levé et a secoué la terre. » Qu’a-t-il vu? Il vit les sept mitsvot que les descendants de Noé avaient commandées mais qu'ils n'avaient pas accomplies, et il se leva et les exila de leur pays à cause de leurs transgressions.
וְכִי תֵּימָא, הַאי ״עָמַד וַיְמֹדֶד אֶרֶץ״ – מִבַּעְיָא לֵיהּ לְכִדְרַב מַתְנָה וְכִדְרַב יוֹסֵף, תָּא שְׁמַע: ״הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן״ – מִפָּארָן הוֹפִיעַ מָמוֹנָן לְיִשְׂרָאֵל. מַאי דְּרַב מַתְנָה? דְּאָמַר רַב מַתְנָה: ״עָמַד וַיְמֹדֶד אֶרֶץ, רָאָה וְכוּ׳״. מָה רָאָה – רָאָה שֶׁבַע מִצְוֹת שֶׁנִּצְטַוּוּ עֲלֵיהֶן בְּנֵי נֹחַ וְלֹא קִיְּימוּם, עָמַד וְהִגְלָה אוֹתָם מֵעַל אַדְמָתָם.
Et d’où peut-on déduire que ce terme vayyatter est un terme d’exil? Il est écrit ici: « Et fit trembler les nations [vayyatter] » (Habacuc 3:6), et il est écrit là: « Lénatter sur la terre » (Lévitique 11:21), ce qui se traduit en araméen par: « Sauter sur la terre ». Apparemment, la racine nonne, tav, reish, commune aux deux mots, indique un déracinement d'un lieu à un autre.
וּמַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״וַיַּתֵּר״ לִישָּׁנָא דְּאִגַּלּוֹיֵי הוּא? כְּתִיב הָכָא: ״וַיַּתֵּר גּוֹיִם״, וּכְתִיב הָתָם: ״לְנַתֵּר בָּהֵן עַל הָאָרֶץ״ – וּמְתַרְגְּמִינַן: לְקַפָּצָא בְּהוֹן עַל אַרְעָא.
Quelle est l’explication de Rav Yossef? C'est comme le dit Rav Yossef: « Il se leva et secoua la terre; il regarda. » Qu’a-t-il vu? Il a vu les sept mitsvot que les descendants de Noé ont acceptées sur eux-mêmes et n'ont pas accomplies, alors Il s'est levé et leur a permis leurs interdictions.
מַאי דְּרַב יוֹסֵף? דְּאָמַר רַב יוֹסֵף: ״עָמַד וַיְמֹדֶד אֶרֶץ, רָאָה וְכוּ׳״; מָה רָאָה? רָאָה שֶׁבַע מִצְוֹת שֶׁקִּיבְּלוּ עֲלֵיהֶם בְּנֵי נֹחַ וְלֹא קִיְּימוּם, עָמַד וְהִתִּירָן לָהֶם.
La Guemara demande: Ont-ils ainsi profité du fait que leurs interdictions leur étaient devenues permises? Si tel est le cas, nous avons trouvé un transgresseur qui est récompensé. Mar, fils de Rabbana, dit: Cela ne veut pas dire que pour eux, transgresser leurs mitsvot n'est plus un péché; cela revient plutôt à dire que même s’ils les accomplissent, ils ne reçoivent aucune récompense pour les avoir accomplis.
אִיתְּגוֹרֵי אִתְּגוּר?! אִם כֵּן, מָצִינוּ חוֹטֵא נִשְׂכָּר! אָמַר מָר בְּרֵיהּ דְּרַבְנָא: לוֹמַר שֶׁאֲפִילּוּ מְקַיְּימִין אוֹתָן – אֵין מְקַבְּלִין עֲלֵיהֶן שָׂכָר.
La Guemara demande: Mais ne reçoivent-ils pas une récompense pour avoir accompli ces mitsvot? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraïta que Rabbi Meir dit: D’où vient-il que même un gentil qui s’engage dans la Torah est considéré comme un grand prêtre? Le verset déclare à propos des mitsvot: « Si quelqu'un les fait, il vivra par elles » (Lévitique 18: 5). Il n'est pas dit: Si les prêtres, les Lévites et les Israélites le font, ils vivront par eux, mais plutôt: Une personne, indiquant que tous les peuples sont inclus. Vous avez donc appris que même un gentil qui étudie la Torah est considéré comme un grand prêtre.
וְלָא?! וְהָתַנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מִנַּיִן שֶׁאֲפִילּוּ גּוֹי וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה – שֶׁהוּא כְּכֹהֵן גָּדוֹל? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹתָם הָאָדָם, וָחַי בָּהֶם״ – ״כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״אָדָם״; הָא לָמַדְתָּ, שֶׁאֲפִילּוּ גּוֹי וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה – הֲרֵי הוּא כְּכֹהֵן גָּדוֹל!
Les Sages ont répondu: Rav Yossef voulait dire qu'ils ne reçoivent pas la récompense comme celui à qui on ordonne d'accomplir une mitsva et l'accomplit, mais comme celui à qui on n'ordonne pas d'accomplir une mitsva et qui l'accomplit quand même. Comme le dit Rabbi Ḥanina: Celui à qui on commande et qui accomplit une mitsva est plus grand que celui à qui on ne commande pas et qui ne l'accomplit pas.
אָמְרִי: אֵין מְקַבְּלִים עֲלֵיהֶן שָׂכָר כִּמְצֻוֶּוה וְעוֹשֶׂה, אֶלָּא כְּמִי שֶׁאֵינוֹ מְצֻוֶּוה וְעוֹשֶׂה. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: גָּדוֹל הַמְצֻוֶּוה וְעוֹשֶׂה יוֹתֵר מִמִּי שֶׁאֵינוֹ מְצֻוֶּוה וְעוֹשֶׂה.