Guémara
Les sédiments de teinture dans les chaudrons — c'est-à-dire que le teinturier a utilisé pour ce vêtement la teinture restée dans le chaudron d'un usage antérieur, ce qui a produit un résultat inférieur.
כַּפְרָא דּוּדֵי.
§ Les Sages ont enseigné (Tosefta 10, 8) : à propos de celui qui confie du bois à un charpentier pour en faire une chaise et qui en a fait un banc, ou qui lui confie du bois pour en faire un banc et qui en a fait une chaise : Rabbi Meir dit que le charpentier donne au client la valeur de son bois et garde la chaise ou le banc, car il l'a acquis par le changement de forme [shinui]. Rabbi Yehouda dit qu'il ne l'acquiert pas : plutôt, si la valeur de l'amélioration du bois dépasse les dépenses du charpentier, le propriétaire lui donne les dépenses ; et si les dépenses dépassent l'amélioration, il lui donne la valeur de l'amélioration. Puisque le charpentier s'est écarté de l'ordre du client, il n'a droit qu'aux dépenses ou à l'amélioration — le moindre des deux.
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנּוֹתֵן עֵצִים לֶחָרָשׁ לַעֲשׂוֹת מֵהֶן כִּסֵּא, וְעָשָׂה מֵהֶן סַפְסָל; סַפְסָל, וְעָשָׂה מֵהֶן כִּסֵּא – רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי עֵצָיו. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם הַשֶּׁבַח יָתֵר עַל הַיְּצִיאָה – נוֹתֵן לוֹ אֶת הַיְּצִיאָה, וְאִם הַיְּצִיאָה יְתֵירָה עַל הַשֶּׁבַח – נוֹתֵן לוֹ אֶת הַשֶּׁבַח.
La baraïta poursuit : et Rabbi Meir reconnaît que si l'on a confié du bois à un charpentier pour en faire une belle chaise et qu'il en a fait une chaise disgracieuse, ou pour en faire un beau banc et qu'il en a fait un banc disgracieux : si la valeur de l'amélioration du bois dépasse les dépenses du charpentier, le propriétaire lui donne la valeur des dépenses ; et si les dépenses dépassent l'amélioration, il lui donne la valeur de l'amélioration. Puisque le charpentier ne s'est pas notablement écarté des instructions du client, Rabbi Meir reconnaît qu'il n'acquiert pas l'objet par le changement de forme.
וּמוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר אִם נָתַן עֵצִים לֶחָרָשׁ לַעֲשׂוֹת מֵהֶן כִּסֵּא נָאֶה, וְעָשָׂה מֵהֶן כִּסֵּא כָּעוּר; סַפְסָל נָאֶה, וְעָשָׂה סַפְסָל כָּעוּר – אִם הַשֶּׁבַח יָתֵר עַל הַיְּצִיאָה, נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי הַיְּצִיאָה; וְאִם הַיְּצִיאָה יְתֵירָה עַל הַשֶּׁבַח, נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי הַשֶּׁבַח.
§ Dans le prolongement de la discussion sur les implications halakhiques de l'amélioration d'un vêtement évoquée plus haut, la Guemara rapporte qu'une question fut soulevée devant les Sages : quelle est la halakha ? L'amélioration que les colorants apportent à la laine est-elle une entité substantielle — c'est-à-dire que la teinture demeure une substance distincte de la laine qu'elle a teinte ? Ou bien l'amélioration que les colorants apportent à la laine n'est-elle pas substantielle — la teinture ne reste pas une entité indépendante, et l'on considère qu'il n'y a que de la laine colorée ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: יֵשׁ שֶׁבַח סַמָּנִין עַל הַצֶּמֶר, אוֹ אֵין שֶׁבַח סַמָּנִין עַל הַצֶּמֶר?
La Guemara demande : dans quelles circonstances cette question se pose-t-elle ? Si l'on dit qu'elle se pose lorsque l'un a volé des pigments à autrui, les a broyés et trempés dans l'eau pour en faire de la teinture, puis a teint de la laine avec eux — alors la question porterait sur la façon dont le voleur restitue les pigments. En ce cas, on peut déduire la halakha du fait que le voleur a acquis les pigments par changement de forme, survenu lorsqu'il les a broyés, et qu'en tout état de cause il sera tenu de restituer la valeur des pigments au moment du vol.
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דִּגְזַל סַמָּנִין וְדַקִּינְהוּ וּתְרָנְהוּ וּצְבַע (בָּהֶן) [בְּהוּ], תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דִּקְנָנְהוּ בְּשִׁינּוּי!
La Guemara répond : non, il faut résoudre la question dans un cas où l'on a volé des pigments déjà trempés dans l'eau, puis a teint de la laine avec eux. Quelle est la halakha ici ? L'amélioration que la teinture apporte à la laine est-elle substantielle — une entité distincte — de sorte que le propriétaire peut dire au voleur : « Donne-moi mes colorants que tu as pris » ? Ou bien l'amélioration n'est-elle pas substantielle, mais fusionne avec la laine, de sorte que le voleur peut dire au propriétaire : « Je n'ai plus rien de toi du tout », puisque les colorants ne sont plus considérés comme existants ?
לָא צְרִיכָא, דִּגְזַל סַמָּנִין שְׁרוּיִין, וּצְבַע בְּהוּ. מַאי? יֵשׁ שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי צֶמֶר, דַּאֲמַר לֵיהּ: ״הַב לִי סַמָּנַאי דִּשְׁקַלְתִּינְהוּ״; אוֹ דִלְמָא אֵין שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי הַצֶּמֶר, דַּאֲמַר לֵיהּ: ״לֵית לָךָ גַּבַּאי וְלָא מִידֵּי״?
La Guemara rejette cette application de la question. Les Sages disent : et même si l'amélioration que les colorants apportent à la laine n'est pas substantielle, le voleur peut-il vraiment lui dire : « Je n'ai plus rien de toi du tout » ? Que le propriétaire lui dise plutôt : « Donne-moi mes colorants que tu m'as fait perdre » ! Même si les colorants ne sont plus considérés comme existants, le propriétaire a toujours droit à une indemnisation pécuniaire pour le vol.
אָמְרִי: וְאִי אֵין שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי צֶמֶר, מִי מָצֵי אָמַר לֵיהּ: ״לֵית לָךָ גַּבַּאי וְלָא מִידֵּי״?! נֵימָא לֵיהּ: ״הַב לִי סַמָּנַאי דְּאַפְסֵדְתִּינְהוּ״!
Plutôt, la question se pose de l'autre côté : la halakha est-elle que l'amélioration que les colorants apportent à la laine n'est pas substantielle, et que le voleur doit donc le dédommager ? Ou bien l'amélioration est-elle substantielle, et le voleur peut-il lui dire : « Les colorants absorbés dans la laine sont devant toi ; prends-les » ? La Guemara rejette cela aussi : les prendre ? Avec quoi devrait-il extraire les colorants — avec du savon ? Certes, le savon fait sortir la teinture de la laine, mais il ne la restitue pas à la victime du vol, car la teinture ne peut pas être récupérée.
אֶלָּא לְהָךְ גִּיסָא: אֵין שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי הַצֶּמֶר, וּבָעֵי שַׁלּוֹמֵי לֵיהּ; אוֹ דִּלְמָא יֵשׁ שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי צֶמֶר, וַאֲמַר לֵיהּ: ״הָא מַנְּחִי קַמָּךְ – שִׁקְלִינְהוּ״? ״שִׁקְלִינְהוּ״?! בְּמַאי (שָׁקְלֵיהּ) [שָׁקֵיל לְהוּ], בְּצָפוֹן? צָפוֹן עַבּוֹרֵי מְיעַבַּר, הֲשָׁבָה לָא עָבֵיד!
La Guemara propose un autre scénario : plutôt, de quoi traitons-nous ? D'un cas où l'on a volé à une personne de la laine et des colorants, a teint cette laine avec ces colorants, et restitue la laine teinte. La question est : l'amélioration que la teinture apporte à la laine est-elle substantielle, de sorte qu'il restitue à la fois la teinture et la laine ? Ou bien l'amélioration n'est-elle pas substantielle, et ce n'est que la laine qu'il restitue, sans restituer la teinture, puisqu'elle n'existe plus ?
אֶלָּא הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן דִּגְזַל צֶמֶר וְסַמָּנִין דְּחַד, וְצַבְעֵיהּ לְהָהוּא צֶמֶר בְּהָנָךְ סַמָּנִין, וְקָא מַהְדַּר לֵיהּ נִיהֲלֵיהּ לְצֶמֶר. יֵשׁ שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי הַצֶּמֶר, וְקָא מַהְדַּר לֵיהּ סַמָּנִין וְצֶמֶר; אוֹ דִלְמָא אֵין שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי צֶמֶר, וְצֶמֶר מַהְדַּר לֵיהּ, סַמָּנִין לָא מַהְדַּר לֵיהּ?
La Guemara rejette cette application également. Les Sages disent : on peut déduire la halakha du fait qu'il a augmenté la valeur de la laine pour le propriétaire, la laine teinte valant plus que la laine brute. Par conséquent, même s'il n'a pas restitué la teinture, il l'indemnise lorsqu'il restitue la laine valorisée. La Guemara suggère : non, il faut résoudre la question dans un cas où le prix de la teinture a baissé. Si la teinture est considérée comme une entité distincte, le voleur restitue laine et teinture ; sinon, il doit indemniser la victime pour la valeur de la teinture au moment du vol. Et si tu veux, dis plutôt : la question se pose dans un cas où l'on a volé de la teinture et un panier, et a teint le panier avec la teinture — la teinture n'augmentant alors pas la valeur de l'objet teint.
אָמְרִי: תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאִיַּיקַּר לֵיהּ נִיהֲלֵיהּ בִּדְמֵי! לָא צְרִיכָא, דְּזַל צִיבְעָא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: כְּגוֹן שֶׁצָּבַע בְּהוּ קוֹפָא.
La Guemara présente une autre compréhension du cas où la question s'applique. Ravina dit : de quoi traitons-nous ? D'un cas où il y avait de la laine appartenant à une personne et des colorants appartenant à une autre, et qu'un singe est venu teindre cette laine avec ces colorants. La question est la suivante : l'amélioration que la teinture apporte à la laine est-elle substantielle, de sorte que le propriétaire des colorants peut dire au propriétaire de la laine : « Donne-moi mes colorants qui sont chez toi » ? Ou bien l'amélioration n'est-elle pas substantielle, et le propriétaire de la laine peut-il dire au propriétaire des colorants : « Je n'ai rien de toi chez moi », et il est exempt de toute responsabilité puisque les colorants n'existent plus ?
רָבִינָא אָמַר: הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן דְּצֶמֶר דְּחַד וְסַמָּנִין דְּחַד, וְקָאָתֵי קוֹף וְצַבְעֵיהּ לְהָהוּא צֶמֶר בְּהָנָךְ סַמָּנִין. יֵשׁ שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי צֶמֶר, דַּאֲמַר לֵיהּ: הַב לִי סַמָּנַאי דְּגַבָּךְ נִינְהוּ; אוֹ דִלְמָא אֵין שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי צֶמֶר, וַאֲמַר לֵיהּ: לֵית לָךָ גַּבַּאי כְּלוּם?
Ayant déterminé le scénario pertinent, la Guemara cherche à résoudre la question. Viens et entends une solution tirée d'une michna (Orla 3, 1) : un vêtement que l'on a teint avec de la teinture extraite des pelures d'orla [fruits des trois premières années d'un arbre] doit être brûlé, car il est interdit de tirer profit de l'orla. Apparemment, l'amélioration de l'apparence d'un objet est considérée comme une chose significative, et la teinture demeure donc une substance distincte même après avoir été absorbée par la laine.
תָּא שְׁמַע: בֶּגֶד שֶׁצְּבָעוֹ בִּקְלִיפֵּי עׇרְלָה – יִדָּלֵק. אַלְמָא חֲזוּתָא מִילְּתָא הִיא!