Le vendeur restitue à l'acheteur la valeur des graines. Puisque la majorité des graines de lin vendues sont destinées à la plantation, il s’agit d’une transaction erronée. Ils lui dirent, c'est-à-dire à Rabbi Yossei: Beaucoup, c'est-à-dire la majorité des gens, achètent des graines de lin à des fins autres que la plantation. La vente est donc maintenue.
נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי זֶרַע. אָמְרוּ לוֹ: הַרְבֵּה לוֹקְחִין אוֹתוֹ לִדְבָרִים אֲחֵרִים.
La Guemara demande: Qui sont les tanna’im de cette baraïta qui ont une dispute qui ressemble à celle entre Rav et Chmouel? Si nous disons qu'il s'agit de Rabbi Yossei et que l'opinion citée est la suivante: Ils lui ont dit, cela est incorrect, car tous deux soutiennent qu'en matière monétaire, on suit la majorité. Leur différend porte uniquement sur la majorité à suivre: un Sage, c'est-à-dire l'opinion citée comme suit: Ils lui ont dit, suit la majorité des personnes effectuant des achats, et un Sage, c'est-à-dire le Rabbin Yosei, suit la majorité du volume global de graines vendues. La disparité vient du fait que la majorité des ventes sont réalisées avec une quantité relativement faible de semences achetées à des fins autres que la plantation. La minorité des ventes concerne de grandes quantités de semences achetées pour être plantées. Cela signifie que la majorité des semences vendues dans l’ensemble sont achetées pour être plantées, mais que la majorité des personnes qui achètent des semences le font à des fins autres que la plantation.
מַאן תַּנָּאֵי? אִילֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי וְ״אָמְרוּ לוֹ״; תַּרְוַיְיהוּ בָּתַר רוּבָּא אָזְלִי – מָר אָזֵיל בָּתַר רוּבָּא דְאִינָשֵׁי, וּמָר אָזֵיל בָּתַר רוּבָּא דִזְרִיעָה!
Au contraire, la dispute qui ressemble à la dispute entre Rav et Chmouel est soit la dispute entre le premier tanna et Rabbi Yossei, soit la dispute entre le premier tanna et l'opinion citée comme: Ils lui dirent.
אֶלָּא אִי תַּנָּא קַמָּא וְרַבִּי יוֹסֵי, אִי תַּנָּא קַמָּא וְ״אָמְרוּ לוֹ״.
§ Les Sages ont enseigné dans une baraïta: Lorsque le vendeur assume la responsabilité financière de la vente de graines qui n'ont pas germé, que doit-il donner à l'acheteur? Il est tenu de lui donner uniquement la valeur des semences elles-mêmes, mais pas les dépenses que l'acheteur a engagées pour les planter, par exemple l'embauche d'ouvriers. Et certains disent: il est tenu de lui remettre même les dépenses engagées par l'acheteur.
תָּנוּ רַבָּנַן: מַהוּ נוֹתֵן לוֹ? דְּמֵי זֶרַע, וְלֹא הוֹצָאָה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הוֹצָאָה.
La Guemara demande: Qui est le tanna dont l'opinion est citée comme suit: Certains disent? Rav Hisda a dit qu'il s'agissait de Rabban Shimon ben Gamliel.
מַאן יֵשׁ אוֹמְרִים? אָמַר רַב חִסְדָּא: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הִיא.
La Guemara précise: D’après quelle déclaration de Rabban Shimon ben Gamliel ressort-il qu’il tient le vendeur responsable des dépenses de l’acheteur? Une possibilité est si nous disons que la déclaration en question est celle de Rabban Shimon ben Gamliel dans la Michna, comme nous l'avons appris dans la MISHNA: Celui qui vend à un autre un produit qui est tantôt acheté pour la consommation, tantôt pour la plantation, et l'acheteur l'a planté et il n'a pas germé, et même s'il avait vendu des graines de lin, qui ne sont consommées qu'occasionnellement, le vendeur n'en assume pas la responsabilité financière. La Guemara extrapole: Par déduction, si ce tanna estime qu'il a vendu des graines de plantes de jardin, qui ne sont pas du tout consommées, alors le vendeur assume la responsabilité financière d'indemniser l'acheteur pour celles-ci.
הֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל? אִילֵּימָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּמַתְנִיתִין – דִּתְנַן: הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת לַחֲבֵירוֹ וּזְרָעָן וְלֹא צִמֵּחוּ, וַאֲפִילּוּ זֶרַע פִּשְׁתָּן – אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן. הָא זֵרְעוֹנֵי גִינָּה שֶׁאֵינָן נֶאֱכָלִין – חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן.
La Guemara continue: Mais en conséquence, dites cette dernière clause: Rabban Shimon ben Gamliel dit: S'il avait vendu des graines pour des plantes de jardin, qui ne sont pas du tout consommées, alors le vendeur en assume la responsabilité financière. La Guemara demande: Mais selon la déduction faite à partir de la première clause, le premier Tanna dit également cela, car il soutient que ce n'est que pour la vente de graines de lin que le vendeur n'assume pas la responsabilité financière d'indemniser l'acheteur pour celles-ci, mais en ce qui concerne la vente de graines pour plantes de jardin, qui ne sont pas du tout consommées, le vendeur en porte la responsabilité financière. Quel est donc le différend entre le premier tanna et Rabban Shimon ben Gamliel?
אֵימָא סֵיפָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: זֵרְעוֹנֵי גִינָּה שֶׁאֵינָן נֶאֱכָלִין – חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן. תַּנָּא קַמָּא נָמֵי הָכִי קָאָמַר – זֶרַע פִּשְׁתָּן הוּא דְּאֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן, הָא זֵרְעוֹנֵי גִינָּה שֶׁאֵינָן נֶאֱכָלִין – חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן!
La Guemara suggère donc: La différence entre les deux n’est-elle pas plutôt la question de savoir si le vendeur est responsable des dépenses de l’acheteur? Un Sage, c'est-à-dire le premier tanna, soutient que le vendeur n'est responsable que de la valeur des graines, et l'autre Sage, c'est-à-dire Rabban Shimon ben Gamliel, soutient que le vendeur est responsable même des dépenses de l'acheteur.
אֶלָּא לָאו הוֹצָאָה אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ – מָר סָבַר דְּמֵי זֶרַע, וּמָר סָבַר אַף הוֹצָאָה?
La Guemara demande: D'où apparaît-il que c'est Rabban Shimon ben Gamliel qui soutient que le vendeur est responsable des dépenses? Peut-être est-ce le contraire, c'est-à-dire que c'est le premier tanna qui considère que le vendeur est responsable des dépenses, et Rabban Shimon ben Gamliel soutient qu'il n'est responsable que de la valeur des graines. La Guemara rejette cette suggestion: Cela n'est pas difficile, car le dernier tanna cité vient toujours ajouter quelque chose à la décision du premier tanna, et non l'enlever.
מִמַּאי? דִּלְמָא אִיפְּכָא! הָא לָא קַשְׁיָא; כׇּל תַּנָּא בָּתְרָא, לְטַפּוֹיֵי מִילְּתָא קָא אָתֵי.
La Guémara suggère: Mais peut-être que toute la Michna exprime l'opinion de Rabban Shimon ben Gamliel, et la Michna est incomplète, et voici ce qu'elle enseigne: Quant à celui qui vend à un autre des produits qui sont parfois achetés pour manger et parfois pour planter, et que l'acheteur les a plantés et ils n'ont pas germé, et même s'il a vendu des graines de lin, qui ne sont consommées qu'occasionnellement, le vendeur n'en assume pas la responsabilité financière. Mais s'il vend des graines de plantes de jardin, qui ne sont pas du tout consommées, le vendeur en assume la responsabilité financière. C'est la déclaration de Rabban Shimon ben Gamliel, car Rabban Shimon ben Gamliel dit que ce n'est que pour la vente de graines de lin que le vendeur n'assume pas la responsabilité financière d'indemniser l'acheteur, mais par déduction, pour la vente de graines pour plantes de jardin, qui ne sont pas du tout consommées, le vendeur en porte la responsabilité financière. Interprétée de cette manière, il n'y a aucune preuve dans la mishna que Rabban Shimon ben Gamliel considère que le vendeur est responsable des dépenses.
וְדִלְמָא כּוּלָּהּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הִיא – וְחַסּוֹרֵי מְחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת לַחֲבֵירוֹ וּזְרָעָן וְלֹא צִמֵּחוּ, אֲפִילּוּ זֶרַע פִּשְׁתָּן – אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן, הָא זֵרְעוֹנֵי גִינָּה שֶׁאֵינָן נֶאֱכָלִין – חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן; דִּבְרֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל; שֶׁרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: זֶרַע פִּשְׁתָּן הוּא דְּאֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן, הָא זֵרְעוֹנֵי גִינָּה שֶׁאֵינָן נֶאֱכָלִין – חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן.
La déclaration en question est plutôt celle de Rabban Shimon ben Gamliel, telle qu'elle est enseignée dans une baraïta (Tosefta, Bava Kamma 10:9). Dans le cas de quelqu'un qui apportait du blé à un meunier pour le moudre, et le meunier n'a pas suffisamment mouillé les grains pour que le broyage soit effectué efficacement, et en conséquence, il a converti le grain en son ou en son grossier [mursan], ou dans le cas de quelqu'un qui a donné de la farine au boulanger et le boulanger a fait ou si l'on a donné un animal à un boucher et que le boucher l'a tué de manière à en faire une carcasse d'animal non abattu, dans tous ces cas, l'ouvrier est responsable, car il est comme un baille payé.
אֶלָּא הָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל – דְּתַנְיָא: הַמּוֹלִיךְ חִטִּין לַטָּחוֹן, וְלֹא לְתָתָן – וַעֲשָׂאָן סוּבִּין אוֹ מוּרְסָן; קֶמַח לַנַּחְתּוֹם, וַאֲפָאוֹ פַּת נִיפּוּלִין; בְּהֵמָה לַטַּבָּח, וְנִיבְּלָהּ – חַיָּיב, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּנוֹשֵׂא שָׂכָר.
La baraïta continue: Rabban Shimon ben Gamliel dit: Si le propriétaire a invité des invités à manger la nourriture et qu'en raison des actions de l'ouvrier, il n'a pas pu les servir, alors l'ouvrier doit lui donner une compensation pour son humiliation et une compensation pour l'humiliation de ses invités. Et de même, Rabban Shimon ben Gamliel dirait: Il y avait une grande coutume à Jérusalem selon laquelle si quelqu'un donne des matières premières pour un repas à un autre pour lui préparer le repas, et que cette personne le gâte, cette personne donne à l'ancien une compensation pour son humiliation et une compensation pour l'humiliation de ses invités.
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי בוֹשְׁתּוֹ, וּדְמֵי בּוֹשֶׁת אוֹרְחָיו. וְכֵן הָיָה רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: מִנְהָג גָּדוֹל הָיָה בִּירוּשָׁלָיִם – הַמּוֹסֵר סְעוּדָה לַחֲבֵרוֹ, וְקִלְקְלָהּ; נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי בׇשְׁתּוֹ וּדְמֵי בּוֹשֶׁת אוֹרְחָיו.