Guémara
Depuis la province la plus septentrionale [mehiparkheya] d'Eretz Yisrael jusqu'à la province la plus méridionale de la Syrie.
מֵהִיפַּרְכְיָא לְהִיפַּרְכְיָא.
Les Sages ont enseigné: On ne peut pas réaliser de profit en Eretz Israël en achetant et en revendant des produits contenant un élément de subsistance de base, tels que des vins, des huiles et des farines, car cela entraîne une hausse de leur prix. Ceux qui cultivent ces produits devraient plutôt les vendre sur les marchés, sans recourir à un intermédiaire.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מִשְׂתַּכְּרִים בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בִּדְבָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן חַיֵּי נֶפֶשׁ, כְּגוֹן: יֵינוֹת, שְׁמָנִים וּסְלָתוֹת.
Les Sages ont dit de Rabbi Elazar ben Azarya qu'il réaliserait un profit grâce à la vente de vin et d'huile. En ce qui concerne le vin, il partage l'avis du rabbin Yehuda ben Beteira, qui affirme qu'il est permis d'exporter du vin d'Eretz Israël, même si cela le rend plus cher, car boire du vin conduit au libertinage. En ce qui concerne le pétrole, dans la région du rabbin Elazar ben Azarya, le pétrole était courant; par conséquent, il n’y avait aucune crainte que son prix augmente s’il n’était pas vendu directement au consommateur.
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, שֶׁהָיָה מִשְׂתַּכֵּר בְּיַיִן וָשֶׁמֶן. בְּיַיִן – סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה; בְּשֶׁמֶן – בְּאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שְׁכִיחַ מִישְׁחָא.
Les Sages ont enseigné: On ne peut pas tirer deux fois profit de la vente d’œufs. Mari bar Mari a dit: Rav et Chmouel ne sont pas d'accord sur le sens de cette déclaration. L’un d’entre eux a déclaré que cela signifiait que le vendeur ne pouvait pas facturer le double du prix qu’il avait payé pour les œufs. Et l’un d’eux a dit qu’un commerçant ne pouvait pas vendre à un autre commerçant; le commerçant qui achète les œufs au propriétaire doit plutôt les vendre directement au consommateur.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מִשְׂתַּכְּרִין פַּעֲמַיִם בְּבֵיצִים. אָמַר מָרִי בַּר מָרִי: פְּלִיגִי בַּהּ רַב וּשְׁמוּאֵל; חַד אָמַר: עַל חַד תְּרֵי. וְחַד אָמַר: תַּגָּר לְתַגָּרָא.
§ A propos des fluctuations des prix, la Guemara cite une baraïta. Les Sages ont enseigné: Une communauté tire la sonnette d'alarme et se rassemble en prière publique pour une marchandise [perakmatya] dont le prix a baissé. Et même le Chabbat, il est permis de pleurer et de plaider, même si l'on ne peut pas prier pour ses besoins personnels le Chabbat, car cette épreuve affecte l'ensemble du public.
תָּנוּ רַבָּנַן: מַתְרִיעִין עַל פְּרַקְמַטְיָא, וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.
Rabbi Yohanan a dit: La baraïta fait spécifiquement référence aux marchandises qui servent de base à l’économie locale, comme les vêtements en lin en Babylonie, et le vin et l’huile en Eretz Israël. Rav Yossef a dit: Et cette halakha, cette prière publique qui est récitée même le jour du Chabbat, ne s'applique que lorsque le prix de la marchandise a été réduit et s'est élevé à des prix tels que des marchandises qui valaient dix se vendent actuellement six.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּגוֹן כְּלֵי פִשְׁתָּן בְּבָבֶל, וְיַיִן וָשֶׁמֶן בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. אָמַר רַב יוֹסֵף: וְהוּא דְּזָל וְקָם עַשְׂרָה בְּשִׁיתָּא.
Les Sages ont enseigné: On ne peut pas quitter Eretz Israël pour vivre en dehors d’Eretz Israël à moins que le prix de deux mers de céréales ne s’élève à un sela, qui est le double de son prix habituel. Rabbi Shimon a dit: Quand cette exception, permettant à quelqu'un de quitter Eretz Israël dans certaines circonstances, s'applique-t-elle? Cela s’applique lorsqu’une personne ne trouve pas de produits à acheter, car elle n’a pas d’argent. Mais quand quelqu’un a de l’argent et est capable de trouver des produits à acheter, même si le prix d’une mer de céréales s’élève à un sela, il ne peut pas partir.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין יוֹצְאִין מֵאָרֶץ לְחוּץ לָאָרֶץ, אֶלָּא אִם כֵּן עָמְדוּ סָאתַיִם בְּסֶלַע. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: אֵימָתַי – בִּזְמַן שֶׁאֵינוֹ מוֹצֵא לִיקַּח, אֲבָל בִּזְמַן שֶׁמּוֹצֵא לִיקַּח – אֲפִילּוּ עָמְדָה סְאָה בְּסֶלַע, לֹא יֵצֵא.
Et Rabbi Shimon ben Yoḥai dirait également: Élimélec et ses fils Mahlon et Chilion étaient des membres éminents de leur génération et étaient des dirigeants de leur génération. Et pour quelle raison ont-ils été punis? Ils furent punis parce qu’ils quittèrent Eretz Israël pour sortir d’Eretz Israël, comme il est dit à propos de Naomi et Ruth: « Et toute la ville était en émoi à leur sujet, et les femmes dirent: Est-ce Naomi? (Ruth 1:19). La Guemara demande: Quelle est la signification de la phrase: « Est-ce Naomi »? Comment cela indique-t-il que son mari et ses fils ont été punis pour avoir quitté Eretz Israël? Rabbi Yitzḥak dit que les femmes dirent: Avez-vous vu ce qui est arrivé à Naomi, qui a quitté Eretz Israël pour l'extérieur d'Eretz Israël? Non seulement elle n’y a pas échappé aux tribulations, mais elle a complètement perdu son statut.
וְכֵן הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אוֹמֵר: אֱלִימֶלֶךְ, מַחְלוֹן וְכִלְיוֹן, גְּדוֹלֵי הַדּוֹר הָיוּ, וּפַרְנְסֵי הַדּוֹר הָיוּ; וּמִפְּנֵי מָה נֶעְנְשׁוּ? מִפְּנֵי שֶׁיָּצְאוּ מֵאָרֶץ לְחוּצָה לָאָרֶץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתֵּהֹם כׇּל הָעִיר עֲלֵיהֶן, וַתֹּאמַרְנָה הֲזֹאת נׇעֳמִי״. מַאי ״הֲזֹאת נָעֳמִי״? אָמַר רַבִּי יִצְחָק, אָמְרוּ: חֲזִיתֶם נָעֳמִי שֶׁיָּצָאת מֵאָרֶץ לְחוּץ לָאָרֶץ – מָה עָלְתָה לָהּ?
Et Rabbi Yitzhak dit également à propos de ce passage: Le jour même où Ruth la Moabite vint en Eretz Israël, la femme de Boaz mourut, c'est-à-dire qu'à partir du moment de leur arrivée, la possibilité d'un éventuel mariage de Ruth avec Boaz fut créée. Cela explique l’adage que l’on dit: Avant que le défunt ne meure, la personne qui sera ensuite responsable de sa maison se lève, comme dans ce cas la nouvelle épouse de Boaz, Ruth, est arrivée alors que sa précédente épouse est décédée.
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁבָּאת רוּת הַמּוֹאֲבִיָּה לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, מֵתָה אִשְׁתּוֹ שֶׁל בֹּעַז. וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: עַד דְּלָא שָׁכֵיב שִׁיכְבָא – קָיְימָא מְנוּ בַיְיתֵיהּ.
À propos de l'histoire de Ruth la Guemara, on ajoute: Rabba bar Rav Houna dit que Rav dit: Le juge Ibzan de Bethléem (voir Juges 12: 8-10) est Boaz. La Guemara demande: Que nous enseigne-t-il? La Guemara explique que ce commentaire est conforme à l'autre déclaration de Rabba bar Rav Houna, car Rabba bar Rav Houna dit que Rav dit: Boaz a préparé cent vingt fêtes pour ses enfants lors de leurs mariages. Comme il est dit à propos d'Ibzan: « Et il eut trente fils, et il envoya trente filles à l'étranger, et il fit venir de l'étranger trente filles pour ses fils. Et il jugea Israël pendant sept ans » (Juges 12: 9). Le verset indique qu'il a eu soixante enfants.
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב: אִבְצָן זֶה בֹּעַז. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? כִּי אִידַּךְ דְּרַבָּה בַּר רַב הוּנָא – דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב: מֵאָה וְעֶשְׂרִים מִשְׁתָּאוֹת עָשָׂה בֹּעַז לְבָנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי לוֹ שְׁלֹשִׁים בָּנִים, וּשְׁלֹשִׁים בָּנוֹת שִׁלַּח הַחוּצָה, וּשְׁלֹשִׁים בָּנוֹת הֵבִיא לְבָנָיו מִן הַחוּץ, וַיִּשְׁפֹּט אֶת יִשְׂרָאֵל שֶׁבַע שָׁנִים״.
Et à chaque mariage qu'il préparait pour ses enfants, il faisait deux fêtes, une dans la maison du père du marié et une dans la maison du beau-père du marié. Et il n'a invité Manoah, le futur père de Samson, dont la femme était stérile (voir Juges 13:2), comme il l'a dit: Cela ne vaut pas la peine de l'inviter; c'est un mulet stérile, comment va-t-il me rembourser? Manoah ne m'invitera jamais en retour, car il n'a pas d'enfants.
וּבְכׇל אַחַת וְאַחַת עָשָׂה שְׁנֵי מִשְׁתָּאוֹת – אֶחָד בְּבֵית אָבִיו, וְאֶחָד בְּבֵית חָמִיו; וּבְכוּלָּן לֹא זִימֵּן אֶת מָנוֹחַ – אָמַר: כּוּדָנָא עֲקָרָה, בְּמַאי פָּרְעָא לִי?
Un sage a enseigné: Et tous les enfants d'Ibzan sont morts de son vivant. Et cela explique l'adage que l'on dit: Pourquoi avez-vous besoin des soixante, des soixante enfants que vous engendrez au cours de votre vie? Allez-y et engendrez-en un qui sera plus diligent que soixante ans. Cet adage fait référence à Boaz, qui eut soixante enfants qui moururent, et pourtant son dernier enfant, né de Ruth, est sa gloire, car le roi David est né de cette lignée.
תָּאנָא: וְכוּלָּן מֵתוּ בְּחַיָּיו. וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״בְּחַיִּיךְ דִּילַדְתְּ שִׁיתִּין שִׁיתִּין – לְמָה לִיךְ? אִיכְּפַל, וְאוֹלִיד חַד דְּמִשִּׁיתִּין זָרִיז.