Guémara
Les deux Sages ne sont en désaccord que sur le cas d'un billet à ordre postdaté en général, c'est-à-dire celui dans lequel le fait qu'il soit postdaté n'est pas facilement discernable à partir de la datation du document, par opposition à celui daté du Chabbat ou de Yom Kippour.
לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בִּשְׁטָר מְאוּחָר בְּעָלְמָא –
Comme Rabbi Yehouda se conforme à son raisonnement, comme il le dit: On n'écrit pas de reçu pour un débiteur lorsqu'il paie sa dette; le document original est plutôt déchiré, et en cas de remboursement partiel, un nouveau document est rédigé, attestant du solde dû. Et par conséquent, aucun préjudice ne peut résulter d’un document postdaté. Il n'y a aucune inquiétude quant au fait que la date sur le document postdaté ait pu être enregistrée après la rédaction d'un reçu.
דְּרַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: אֵין כּוֹתְבִין שׁוֹבָר, וְלָא נָפֵיק מִינֵּיהּ חוּרְבָּא;
Et le rabbin Yosei se conforme à son raisonnement, comme il le dit: On rédige un reçu pour un débiteur lorsqu'il paie sa dette, au lieu de déchirer le billet à ordre. Et par conséquent, un préjudice peut résulter d’un billet à ordre postdaté. Un préjudice peut survenir dans un cas comme le suivant: Le prêt a été accordé le premier Nissan. La dette fut payée le lendemain et, plutôt que de déchirer le billet à ordre, un reçu fut rédigé et daté le 2 Nissan. Si le billet original avait été postdaté au tiers de Nissan ou après, le créancier pourrait l’utiliser pour recouvrer sa dette une seconde fois, arguant que le reçu du débiteur n’est pas pertinent, car sa date est antérieure à la date indiquée sur le billet à ordre.
וְרַבִּי יוֹסֵי לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: כּוֹתְבִין שׁוֹבָר, וְנָפֵיק מִינֵּיהּ חוּרְבָּא.
§ Rav Houna, fils du Rav Yehoshua, dit: Même selon celui qui dit qu'on écrit un reçu pour le débiteur lorsqu'il paie, au lieu de déchirer le billet à ordre, cette déclaration ne s'applique qu'au cas où le débiteur paie la moitié, c'est-à-dire une partie, de la dette. Mais s'agissant du cas où le débiteur vient rembourser la totalité de la dette et où le créancier a perdu le billet à ordre et ne peut le déchirer, tous s'accordent pour dire qu'on ne rédige pas de quittance. Au contraire, le débiteur ne sera pas tenu de rembourser le prêt à moins que le créancier ne puisse présenter le billet à ordre.
אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר כּוֹתְבִין שׁוֹבָר, הָנֵי מִילֵּי אַפַּלְגָא, אֲבָל אַכּוּלֵּיהּ – לָא.
La Guemara rejette cette opinion: Mais il n'en est rien; nous rédigeons un reçu même dans le cas où le débiteur paie la totalité de la dette.
וְלָא הִיא, אֲפִילּוּ אַכּוּלֵּיהּ כָּתְבִינַן.
La Guemara prouve son affirmation: c’est comme ce cas où le Rav Yitzhak bar Yossef devait de l’argent au rabbin Abba. Rav Yitzhak bar Yossef se présenta devant Rabbi Hanina bar Pappi et dit à Rabbi Abba: Donne-moi mon argent. Rabbi Abba lui dit: Donne-moi d'abord mon billet à ordre, puis prends ton argent. Rav Yitzḥak bar Yosef lui dit: J'ai perdu ton billet à ordre; à la place, je vous rédigerai un reçu. Rabbi Abba lui dit: N'y a-t-il pas l'opinion de Rav et de Chmouel, qui disent tous deux que la halakha est qu'on n'écrit pas de reçu?
כִּי הָא דְּרַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף הֲוָה מַסֵּיק בֵּיהּ זוּזִי בְּרַבִּי אַבָּא. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא בַּר פַּפֵּי, אֲמַר לֵיהּ: ״הַב לִי זוּזַיי״. אֲמַר לֵיהּ: ״הַב לִי שְׁטָרַאי, וּשְׁקוֹל זוּזָךְ״. אֲמַר לֵיהּ: ״שְׁטָרָךְ אִירְכַס לִי, אֶכְתּוֹב לָךְ תְּבָרָא״. אָמַר לֵיהּ: ״הָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: אֵין כּוֹתְבִין שׁוֹבָר!״
Rabbi Hanina bar Pappi, le juge, dit alors: Qui nous donnera un peu de la poussière de Rav et Chmouel, et je la mettrai sur mes yeux, tant je les considère en haute estime. Néanmoins, n’y a-t-il pas l’opinion de Rabbi Yohanan et de Reish Lakish, qui disent tous deux qu’on rédige un reçu?
אֲמַר: ״מַאן יָהֵיב לַן מֵעַפְרֵיהּ דְּרַב וּשְׁמוּאֵל, רָמִינַן בְּעַיְינִין; הָא רַבִּי יוֹחָנָן וְהָא רֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כּוֹתְבִין שׁוֹבָר״.
Et de même, lorsque Ravin est venu d'Eretz Israël en Babylonie, il a dit que Rabbi Ilai a dit: La halakha est que l'on rédige un reçu.
וְכֵן כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעָא: כּוֹתְבִין שׁוֹבָר.
La Guemara conclut: Et il va de soi que l'on rédige un reçu. Car si vous pensiez qu’on ne rédige pas de reçu, si le billet à ordre de ce créancier est perdu, ce débiteur devrait-il manger et se réjouir? Est-il juste qu’il garde l’argent qu’il sait devoir au créancier?
וּמִסְתַּבְּרָא דְּכוֹתְבִין שׁוֹבָר; דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּא אֵין כּוֹתְבִין שׁוֹבָר, אָבַד שְׁטָרוֹ שֶׁל זֶה – יֹאכַל הַלָּה וְחָדֵי?!
Abaye s'oppose à ce raisonnement: quelle devrait plutôt être la halakha, selon laquelle on rédige un reçu lorsque le créancier ne trouve pas le billet à ordre? Si le reçu du débiteur est perdu, ce créancier doit-il manger et se réjouir? Une fois que le débiteur a perdu sa quittance, rien n’empêche le créancier de recouvrer la créance une seconde fois. Cela aussi est injuste. Dans les deux cas, qu’un reçu soit écrit ou non, une injustice pourrait en résulter. Pourquoi préférerait-on que le risque de subir une injustice soit supporté par le débiteur plutôt que par le créancier? Rava dit à Abaye: Oui, c'est préférable, car, comme il est écrit: « L'emprunteur est le serviteur de celui qui prête » (Proverbes 22: 7). Les intérêts du débiteur sont subordonnés à ceux du créancier.
מַתְקֵיף לַהּ אַבָּיֵי: וְאֶלָּא מַאי, כּוֹתְבִין שׁוֹבָר?! אָבַד שׁוֹבָרוֹ שֶׁל זֶה – יֹאכַל הַלָּה וְחָדֵי? אֲמַר לֵיהּ רָבָא: אִין, ״עֶבֶד לֹוֶה לְאִישׁ מַלְוֶה״.
§ Nous avons appris ailleurs dans une mishna (Shevi'it 10: 5): Les billets à ordre antidatés ne sont pas valides, mais ceux qui sont postdatés sont valides.
תְּנַן הָתָם: שִׁטְרֵי חוֹב הַמּוּקְדָּמִין – פְּסוּלִין, וְהַמְאוּחָרִין – כְּשֵׁרִין.
Rav Hamnuna dit: Ils ont enseigné cette halakha uniquement en ce qui concerne les billets à ordre, mais en ce qui concerne les actes d'achat et de vente de propriétés, même les documents postdatés ne sont pas valables. Quelle est la raison de cette rigueur dans le cas des actes de vente? Si les documents postdatés étaient autorisés, il pourrait arriver que le vendeur vende un terrain à l'acheteur au mois de Nissan d'une année donnée et rédige un acte postdaté pour lui indiquant que la vente a eu lieu au Tichri suivant, et qu'un peu d'argent parvienne au vendeur entre Nissan et Tichri et qu'il rachète le terrain à l'acheteur. Et puis, quand Tichri arrive, l'acheteur sort l'acte de vente original et dit au vendeur: Il est vrai que vous m'avez acheté le champ, mais je vous l'ai ensuite racheté maintenant, à Tichri, comme indiqué dans ce document.
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שְׁטָרֵי הַלְוָאָה, אֲבָל שְׁטָרֵי מִקָּח וּמִמְכָּר – אֲפִילּוּ מְאוּחָרִין נָמֵי פְּסוּלִין. מַאי טַעְמָא? זִימְנִין דִּמְזַבֵּין לֵיהּ אַרְעָא בְּנִיסָן וְכָתֵיב לֵיהּ בְּתִשְׁרִי, וּמִתְרְמֵי לֵיהּ זוּזֵי בֵּינֵי בֵּינֵי וְזָבֵין לַיהּ מִינֵּיהּ, וְכִי מָטֵי תִּשְׁרִי – מַפֵּיק לֵיהּ, וְאָמַר לֵיהּ: הֲדַר זְבֵנְתַּהּ מִינָּךְ!