Guémara
Concernant la halakha selon laquelle une personne sur son lit de mort qui a rédigé un document accordant tous ses biens à sa femme l'a nommée intendante, Rava soulève un dilemme: dans le cas d'une personne en bonne santé, qu'est-ce que la halakha? Doit-on raisonner que, spécifiquement dans le cas d'une personne sur son lit de mort, on suppose qu'il avait l'intention de nommer sa femme comme intendant, car il est préférable pour lui que sa parole soit entendue et qu'elle soit honorée après sa mort, mais dans le cas d'une personne en bonne santé, il est toujours debout et peut veiller à ce que sa femme soit honorée, donc il avait apparemment l'intention de lui donner tous ses biens? Ou peut-être faudrait-il considérer que, même dans le cas d’une personne en bonne santé, il est préférable que la parole de sa femme soit désormais entendue et qu’elle soit honorée?
בָּעֵי רָבָא: בְּבָרִיא הֵיאַךְ? בִּשְׁכִיב מְרַע הוּא דְּנִיחָא לֵיהּ – דְּלִישְׁתַּמְעוּן מִלֵּהּ, אֲבָל בְּבָרִיא – הָא קָאֵי אִיהוּ; אוֹ דִלְמָא בָּרִיא נָמֵי נִיחָא לֵיהּ, דְּלִישְׁתַּמְעוּן מִלֵּהּ מֵהַשְׁתָּא?
La Guemara suggère: Venez entendre une baraïta résoudre le dilemme: si quelqu'un rédige un document selon lequel les bénéfices de ses biens doivent revenir à sa femme en cas de décès ou de divorce, elle perçoit le paiement de son contrat de mariage, qu'il lui a écrit au moment de leur mariage, sur la terre elle-même. Les bénéfices lui appartiennent grâce à son don. De même, s'il a rédigé un document lui accordant la moitié, le tiers ou le quart de ses biens, elle perçoit le paiement de son contrat de mariage sur le reste de ses biens, qu'il ne lui a pas donnés en cadeau séparé.
תָּא שְׁמַע: הַכּוֹתֵב פֵּירוֹת נְכָסָיו לְאִשְׁתּוֹ – גּוֹבָה כְּתוּבָּתָהּ מִן הַקַּרְקַע. לְמֶחֱצָה, לִשְׁלִישׁ וְלִרְבִיעַ – גּוֹבָה כְּתוּבָּתָהּ מִן הַשְּׁאָר.
La baraïta poursuit: Si quelqu'un rédige un document accordant tous ses biens à sa femme, et qu'un billet à ordre soit ensuite émis contre lui pour un prêt qu'il a contracté pendant leur mariage mais avant de lui faire ce cadeau, Rabbi Eliezer dit qu'elle doit déchirer son acte de donation et rester avec son contrat de mariage, afin que le créancier ne puisse pas récupérer les biens qu'elle a reçus, puisque son contrat de mariage a précédé le billet à ordre. Et les rabbins disent: Elle doit déchirer son contrat de mariage et conserver son acte de donation, car en acceptant la donation de tous les biens de son mari, elle a renoncé à son droit de recevoir le paiement de son contrat de mariage. Puisque le billet à ordre a précédé l'acte de donation, le créancier reçoit le bien, et la femme se trouve chauve d'ici et de là, c'est-à-dire qu'elle ne reçoit ni sa donation ni son contrat de mariage.
כָּתַב כׇּל נְכָסָיו לְאִשְׁתּוֹ, וְיָצָא עָלָיו שְׁטַר חוֹב – רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: תִּקָּרַע מַתְּנָתָהּ וְתַעֲמוֹד עַל כְּתוּבָּתָהּ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: תִּקָּרַע כְּתוּבָּתָהּ וְתַעֲמוֹד עַל מַתְּנָתָהּ; וְנִמְצֵאת קֵרַחַת מִכָּאן וּמִכָּאן.
Et Rabbi Yehouda le boulanger dit: Il y a eu un incident au cours duquel cette affaire est arrivée à la fille de ma sœur qui est ma belle-fille [kalla], que mon fils lui a écrit un tel document, et l'incident a été porté devant les Sages. Et ils ont dit qu'elle devait rompre son contrat de mariage et rester avec son acte de donation, et on la retrouve chauve d'ici et d'ailleurs.
וְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הַנַּחְתּוֹם: מַעֲשֶׂה וְאֵירַע הַדָּבָר בְּבַת אֲחוֹתִי כַּלָּה, וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי חֲכָמִים, וְאָמְרוּ: תִּקָּרַע כְּתוּבָּתָהּ וְתַעֲמוֹד עַל מַתְּנָתָהּ, וְנִמְצֵאת קֵרַחַת מִכָּאן וּמִכָּאן.
La Guemara en déduit: La raison pour laquelle elle perd son don est qu'un billet à ordre a été émis contre lui, mais si aucun billet à ordre n'a été émis contre lui, elle acquiert le don de ses biens. Et à propos de quel cas cela est-il indiqué? Si nous disons que c'est à propos d'une personne sur son lit de mort, mais n'avez-vous pas dit précédemment que dans ce cas il la rendait simplement intendante? Ne s’agit-il pas plutôt d’une personne en bonne santé? En conséquence, le dilemme de Rava est résolu: si une personne en bonne santé rédige un document accordant tous ses biens à sa femme, ceux-ci lui appartiennent.
טַעְמָא דְּיָצָא עָלָיו שְׁטַר חוֹב, הָא לֹא יָצָא עָלָיו שְׁטַר חוֹב – קָנְיָא. וּבְמַאי? אִילֵּימָא בִּשְׁכִיב מְרַע – וְהָא אָמְרַתְּ לֹא עֲשָׂאָהּ אֶלָּא אַפּוֹטְרוֹפּוֹס! אֶלָּא לָאו בְּבָרִיא?
La Guemara rejette cette preuve: En réalité, la halakha de la baraïta est énoncée à propos d'une personne sur son lit de mort; et Rav Avira interpréterait la baraïta comme faisant référence à tous les cas mentionnés ci-dessus dans lesquels, à son avis, la femme acquiert la propriété et n'est pas nommée intendant. Et Ravina l'interpréterait spécifiquement en référence à un cas où l'on rédigeait un document accordant tous ses biens à sa fiancée ou à son ex-épouse, dont il a divorcé, et dans lequel il admet qu'elle acquiert la propriété.
לְעוֹלָם בִּשְׁכִיב מְרַע; וְרַב עַוִּירָא מוֹקֵי לַהּ בְּכוּלְּהוּ, רָבִינָא מוֹקֵי לַהּ בְּאִשְׁתּוֹ אֲרוּסָה וְאִשְׁתּוֹ גְּרוּשָׁה.
Rav Yosef bar Minyumi dit que Rav Nahman dit: La halakha est conforme à l'opinion des rabbins. Elle doit déchirer son contrat de mariage et rester avec son acte de donation, et on la retrouve chauve d'ici et d'ailleurs.
אָמַר רַב יוֹסֵף בַּר מִנְיוֹמֵי אָמַר רַב נַחְמָן, הֲלָכָה: תִּקָּרַע כְּתוּבָּתָהּ וְתַעֲמוֹד עַל מַתְּנָתָהּ, וְנִמְצֵאת קֵרַחַת מִכָּאן וּמִכָּאן.
La Guemara demande: Cela veut-il dire que Rav Nahman ne suit pas le principe de l’évaluation de l’intention, ce qui signifie que même si quelqu’un n’a pas déclaré explicitement quelque chose, le tribunal évalue quelle était son intention et décide de la halakha sur la base de cette évaluation? De toute évidence, en acceptant le don, l’épouse n’avait pas l’intention de renoncer au paiement de son contrat de mariage et de se retrouver ainsi sans rien au cas où le créancier de son mari produirait un billet à ordre antérieur à son don.
לְמֵימְרָא דְּלָא אָזֵיל רַב נַחְמָן בָּתַר אוּמְדָּנָא?!
Mais n’est-ce pas enseigné dans une baraïta (Tosefta, Ketubot 5: 9): Dans le cas où le fils d’une personne part à l’étranger et apprend que son fils est mort, puis il se lève et écrit un document accordant tous ses biens à d’autres, puis son fils revient, son don aux autres est un don valable. Rabbi Shimon ben Menasya dit: Son don n'est pas un don valable, car s'il avait su que son fils était en vie, il n'aurait pas écrit de document leur accordant sa propriété. Et Rav Nahman dit que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon ben Menasya. Apparemment, Rav Nahman suit le principe de l’évaluation de l’intention.
וְהָתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָלַךְ בְּנוֹ לִמְדִינַת הַיָּם, וְשָׁמַע שֶׁמֵּת בְּנוֹ, וְעָמַד וְכָתַב כׇּל נְכָסָיו לַאֲחֵרִים, וְאַחַר כָּךְ בָּא בְּנוֹ – מַתְּנָתוֹ מַתָּנָה. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: אֵין מַתְּנָתוֹ מַתָּנָה – שֶׁאִילּוּ הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁבְּנוֹ קַיָּים, לֹא כְּתָבָן. וְאָמַר רַב נַחְמָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא.
La Guemara répond: Là, dans le cas de celui qui rédige un document accordant tous ses biens à sa femme, c'est différent, car il est avantageux pour elle que l'on sache qu'il a écrit un document lui accordant tous ces biens, et elle était prête à risquer de ne pas recevoir le paiement de son contrat de mariage pour obtenir cet avantage.
שָׁאנֵי הָתָם, דְּנִיחָא לַהּ דְּתִיפּוֹק עֲלַהּ קָלָא דְּכַתְבִינְהוּ נִיהֲלַהּ לְהָנְהוּ נְכָסִים.
§ Nous avons appris dans une mishna là-bas (Pe'a 3:7): Si un homme rédige un document accordant sa propriété à ses fils, et qu'il rédige un document accordant une certaine quantité de terre à sa femme, elle perd son droit de recevoir le paiement de son contrat de mariage. La Guemara remet en question ceci: Parce qu'il a rédigé un document lui accordant n'importe quelle superficie de terre, elle a perdu son droit au paiement de son contrat de mariage? Pourquoi cela devrait-il être le cas?
תְּנַן הָתָם: הַכּוֹתֵב נְכָסָיו לְבָנָיו, וְכָתַב לְאִשְׁתּוֹ קַרְקַע כׇּל שֶׁהוּא – אִבְּדָה כְּתוּבָּתָהּ. מִשּׁוּם דְּכָתַב לָהּ קַרְקַע כׇּל שֶׁהוּא – אִבְּדָה כְּתוּבָּתָהּ?!
Rav dit: Cette mishna fait référence à un cas où le mari transfère la propriété de ses biens à ses fils par le biais de la participation de sa femme à un acte formel d'acquisition. Non seulement elle n’a pas protesté contre le transfert des biens aux fils, mais elle a facilité la transaction. Visiblement, elle a accepté de renoncer au paiement de son contrat de mariage. Et Shmouel dit: Cela fait référence non seulement au cas où elle participe effectivement à l'acte d'acquisition, mais aussi au cas où il distribue la propriété à ses fils en sa présence, et elle se tait et ne pose pas de questions sur son contrat de mariage. Rabbi Yossei, fils de Rabbi Ḥanina, dit: Cela fait référence à un cas où il lui dit: Prends seulement cette parcelle de terrain pour ton contrat de mariage.
אָמַר רַב: בִּמְזַכֶּה לָהֶן עַל יָדָהּ. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בִּמְחַלֵּק לְפָנֶיהָ וְהִיא שׁוֹתֶקֶת. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא אֲמַר: בְּאוֹמֵר לָהּ: ״טְלִי קַרְקַע זוֹ בִּכְתוּבָּתִךְ״.