Guémara
Pourquoi le verset doit-il dire: « Il ne peut pas faire du fils de la bien-aimée le premier-né » (Deutéronome 21:16)?
מָה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֹא יוּכַל לְבַכֵּר״?
Abba Hanan explique: C'est nécessaire parce qu'il est dit précédemment dans le verset: « Alors cela arrivera le jour où il fera hériter à ses fils », comme on aurait pu le penser: Cela ne pourrait-il pas être déduit d'une inférence a fortiori, comme suit: Et si, à l'égard d'un fils ordinaire, celui qui n'est pas premier-né, dont le pouvoir est accru en ce qu'il prend en héritage les biens dus au défunt comme il le fait pour les biens que le défunt possédait au moment de sa mort, néanmoins, la Torah a donné au père la permission de léguer sa succession à celui de ses fils qu'il veut, en privant ses autres fils de leurs parts, puis à l'égard du premier-né, dont le pouvoir est diminué en ce qu'il ne prend pas une double part des biens dus à son père comme il prend des biens que le défunt possédait au moment de sa mort, n'est-il pas d'autant plus clair que son père peut le priver de la double part qu'il reçoit comme premier-né? C’est pourquoi le verset déclare: « Il ne peut pas faire du fils de la bien-aimée le premier-né. »
לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה בְּיוֹם הַנְחִילוֹ אֶת בָּנָיו״. שֶׁיָּכוֹל וַהֲלֹא דִין הוּא – וּמָה פָּשׁוּט, שֶׁיִּפָּה כֹּחוֹ, שֶׁנּוֹטֵל בָּרָאוּי כִּבְמוּחְזָק – הַתּוֹרָה נָתְנָה רְשׁוּת לָאָב לְהַנְחִיל לְכׇל מִי שֶׁיִּרְצֶה; בְּכוֹר, שֶׁהוֹרַע כֹּחוֹ, שֶׁאֵינוֹ נוֹטֵל בָּרָאוּי כִּבְמוּחְזָק – לֹא כׇּל שֶׁכֵּן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֹא יוּכַל לְבַכֵּר״.
Abba Ḥanan continue: Et que le verset énonce seulement l'interdiction de: « Il ne peut pas faire du fils de la bien-aimée le premier-né. » Pourquoi le verset doit-il dire: « Alors cela arrivera le jour où il fera hériter ses fils »?
וְיֹאמַר ״לֹא יוּכַל לְבַכֵּר״; מָה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהָיָה בְּיוֹם הַנְחִילוֹ אֶת בָּנָיו״?
C'est nécessaire parce qu'on aurait pu penser: cela ne pourrait-il pas être déduit a fortiori de la manière suivante: Et si, à l'égard d'un premier-né, dont le pouvoir est diminué en ce qu'il ne prend pas une double part des biens dus à son père comme il prend des biens que possédait le défunt, la Torah dit néanmoins: « Il ne peut pas faire du fils de l'aimé le premier-né », c'est-à-dire que le premier-né ne peut pas être privé de sa double part, alors à l'égard d'un fils ordinaire, dont le pouvoir est accru en cela il prend en héritage les biens dus au défunt comme les biens que possédait le défunt, n'est-il pas clair d'autant plus que son père ne peut pas le priver de sa part d'héritage?
שֶׁיָּכוֹל וַהֲלֹא דִּין הוּא – וּמָה בְּכוֹר, שֶׁהוֹרַע כֹּחוֹ, שֶׁאֵינוֹ נוֹטֵל בָּרָאוּי כִּבְמוּחְזָק – אָמְרָה תּוֹרָה: ״לֹא יוּכַל לְבַכֵּר״; פָּשׁוּט, שֶׁיִּפָּה כֹּחוֹ, שֶׁנּוֹטֵל בָּרָאוּי כִּבְמוּחְזָק – לֹא כׇּל שֶׁכֵּן?!
Par conséquent, le verset déclare: « Alors cela arrivera le jour où il fera hériter à ses fils », indiquant que la Torah a donné au père la permission de léguer sa succession à celui de ses fils qu’il souhaite. Par conséquent, l’interdiction « de ne pas faire du fils de la bien-aimée le premier-né » n’est pas applicable pour prouver que l’on peut léguer sa succession à celui de ses fils qu’il veut.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהָיָה בְּיוֹם הַנְחִילוֹ אֶת בָּנָיו״ – הַתּוֹרָה נָתְנָה רְשׁוּת לָאָב לְהַנְחִיל לְכׇל מִי שֶׁיִּרְצֶה.
§ La Guemara reprend la discussion sur la décision halakhique: Rabbi Zerika dit que Rabbi Ami dit que Rabbi Ḥanina dit que Rabbi Yehouda HaNasi dit: La halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka. Rabbi Abba dit à Rabbi Zerika: Il a été déclaré que Rabbi Yehouda HaNasi a statué dans un cas réel conformément à l'opinion de Rabbi Yohanan ben Beroka.
אָמַר רַבִּי זְרִיקָא אָמַר רַבִּי אַמֵּי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא אָמַר רַבִּי: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא: ״הוֹרָה״ אִיתְּמַר.
La Guemara demande: Sur quel principe sont-ils en désaccord? Puisque le rabbin Zerika et le rabbin Abba conviennent que la halakha est conforme à l’opinion du rabbin Yohanan ben Beroka, pourquoi le rabbin Abba a-t-il déclaré que le rabbin Yehuda HaNasi a statué de la même manière dans un cas réel? La Guemara répond: Un sage, le rabbin Zerika, soutient qu'une décision de principe est une source préférable pour une halakha, plutôt qu'une décision issue d'un incident; et un Sage, le Rabbin Abba, soutient qu'un incident spécifique jugé par un Sage est une source préférable.
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מָר סָבַר: הֲלָכָה עֲדִיפָא, וּמָר סָבַר: מַעֲשֶׂה רַב.
La Guemara examine quelle source est préférable. Les Sages ont enseigné dans une baraïta: On ne peut déduire la halakha ni d'une déclaration ni d'un incident où l'on a vu un jugement émis d'une certaine manière, à moins que les Sages ne lui disent explicitement qu'il s'agit de la halakha pratique. S'il a demandé aux Sages et qu'ils lui ont donné la halakha pratique, il peut aller agir selon la décision dans ces circonstances, à condition de ne pas comparer les cas et d'appliquer la décision à d'autres circonstances.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לְמֵדִין הֲלָכָה לֹא מִפִּי תַלְמוּד, וְלֹא מִפִּי מַעֲשֶׂה, עַד שֶׁיֹּאמְרוּ לוֹ הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה. שָׁאַל וְאָמְרוּ לוֹ הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה – יֵלֵךְ וְיַעֲשֶׂה מַעֲשֶׂה, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְדַמֶּה.
La Guemara demande: Quel est le sens de la déclaration: À condition qu'il ne compare pas? Mais ne comparons-nous pas les cas dans toute la Torah? La principale méthode de dérivation halakhique consiste à comparer les cas où la halakha était déjà établie avec les cas où la halakha n'est pas claire.
מַאי ״וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְדַמֶּה״? וְהָא כׇּל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ דַּמּוֹיֵי מְדַמֵּינַן לַהּ!
Rav Ashi a dit que c'est ce que dit la baraïta: à condition qu'il ne compare pas les différents cas d'animaux présentant des blessures qui les feront mourir dans les douze mois [tereifot], qui sont interdits à la consommation. En général, on peut comparer les cas, mais en ce qui concerne la définition d'un tereifa, on ne peut pas comparer.
אָמַר רַב אָשֵׁי, הָכִי קָאָמַר: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְדַמֶּה בִּטְרֵפוֹת.
C'est ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta: Concernant le tereifot, on ne dit pas: Cette blessure est semblable à cette blessure-là. Chaque type de blessure a son propre halakhot. Et ne vous étonnez pas de ce principe, car il y a des organes pour lesquels on le coupe d'ici, c'est-à-dire d'un côté, et l'animal meurt au bout de douze mois, mais on le coupe de là, c'est-à-dire d'un autre côté, et il vit.
דְּתַנְיָא: אֵין אוֹמְרִים בִּטְרֵפוֹת זוֹ דּוֹמָה לָזוֹ. וְאַל תִּתְמַהּ, שֶׁהֲרֵי חוֹתְכָהּ מִכָּאן וּמֵתָה, חוֹתְכָהּ מִכָּאן וְחָיְתָה.
Rabbi Asi dit à Rabbi Yohanan: Lorsque le Maître, c'est-à-dire Rabbi Yohanan, nous dit: Ceci est la halakha, devons-nous agir conformément à la décision? Rabbi Yohanan a dit: N’agissez pas conformément à la décision à moins que je dise qu’il s’agit d’une halakha pratique.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַסִּי לְרַבִּי יוֹחָנָן: כִּי אָמַר לַן מָר ״הֲלָכָה הָכִי״, נַעֲבֵיד מַעֲשֶׂה? אָמַר: לָא תַּעְבְּידוּ עַד דְּאָמֵינָא הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה.