Guémara
La Guemara suggère : viens entendre une preuve. Le verset dit : « Selon le sort sera partagé leur héritage entre le plus nombreux et le moins nombreux » (Bamidbar 26, 56). Il est évident que, que la tribu ait beaucoup ou peu de membres, la tribu dans son ensemble reçut une portion égale à celle de toute autre tribu, et que chaque individu au sein de la tribu reçut une quantité de terre différente de celle des membres des autres tribus.
תָּא שְׁמַע: ״בֵּין רַב לִמְעָט״.
Et une autre preuve peut être tirée de ce qui est enseigné dans une baraïta : Erets Israël est destinée à être partagée entre treize tribus à l'ère messianique, contrairement au partage au temps de Josué. Car au départ, la terre ne fut partagée qu'entre douze tribus, la Torah n'attribuant pas de portion à la tribu de Lévi. La baraïta poursuit : et la terre ne fut partagée qu'avec de l'argent, de sorte que chaque tribu ayant reçu une portion plus précieuse que la moyenne compensait une autre tribu ayant reçu une portion moins précieuse, comme il est dit : « Entre le plus nombreux et le moins nombreux. » Rabbi Yehouda dit : la superficie dont le rendement est d'un seah de grain en Judée est si précieuse qu'elle équivaut en valeur à la superficie nécessaire pour produire cinq seah de grain en Galilée.
וְעוֹד, תַּנְיָא: עֲתִידָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁתִּתְחַלֵּק לִשְׁלֹשָׁה עָשָׂר שְׁבָטִים – שֶׁבַּתְּחִלָּה לֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא לִשְׁנֵים עָשָׂר שְׁבָטִים. וְלֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא בְּכֶסֶף – שֶׁנֶּאֱמַר: ״בֵּין רַב לִמְעָט״. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: סְאָה בִּיהוּדָה, שָׁוָה חָמֵשׁ סְאִין בַּגָּלִיל.
La baraïta poursuit : et la terre ne fut partagée que par un tirage au sort, comme il est dit : « Seulement par le sort sera partagée la terre » (Bamidbar 26, 55). Et la terre ne fut partagée qu'avec les Ourim veToumim, comme il est dit : « Sur la déclaration du sort » (Bamidbar 26, 56).
וְלֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא בְּגוֹרָל – שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַךְ בְּגוֹרָל״. וְלֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא בְּאוּרִים וְתוּמִּים – שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל פִּי הַגּוֹרָל״.
La baraïta demande : comment concilier ces textes ? L'un indique que la terre fut partagée par tirage au sort, et l'autre qu'elle fut partagée avec les Ourim veToumim. La baraïta explique : Elazar le Grand Cohen était revêtu des Ourim veToumim, Josué et tout le peuple juif se tenaient devant lui, et un récipient de tirage au sort contenant les noms des tribus et un autre récipient contenant les noms des limites des douze régions d'Erets Israël furent placés devant lui.
הָא כֵּיצַד? אֶלְעָזָר מְלוּבָּשׁ אוּרִים וְתוּמִּים, וִיהוֹשֻׁעַ וְכׇל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִים לְפָנָיו; וְקַלְפִּי שֶׁל שְׁבָטִים וְקַלְפִּי שֶׁל תְּחוּמִין מוּנָּחִין לְפָנָיו;
Et Elazar déterminait les attributions avec l'Esprit divin et disait, conformément à la notification des Ourim veToumim : le nom de la tribu Zébulon émerge maintenant du récipient au tirage au sort, et la région dont la limite est Akko émerge avec lui de l'autre récipient. Après avoir dit cela, il mélangeait les lots dans le récipient des tribus et le lot de Zébulon sortait dans sa main. Il mélangeait ensuite les lots dans le récipient des limites, et la limite d'Akko sortait dans sa main.
וְהָיָה מְכַוֵּין בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ וְאוֹמֵר: זְבוּלֻן עוֹלֶה, תְּחוּם עַכּוֹ עוֹלֶה עִמּוֹ. טָרַף בְּקַלְפִּי שֶׁל שְׁבָטִים – וְעָלָה בְּיָדוֹ זְבוּלֻן, טָרַף בְּקַלְפִּי שֶׁל תְּחוּמִין – וְעָלָה בְּיָדוֹ תְּחוּם עַכּוֹ.
Et Elazar répétait le processus et déterminait les attributions avec l'Esprit divin en disant : le nom de la tribu Naftali émerge maintenant, et la région dont la limite est Ginnosar émerge avec elle de l'autre récipient. Après avoir dit cela, il mélangeait les lots dans le récipient des tribus et le lot de Naftali sortait dans sa main. Il mélangeait ensuite les lots dans le récipient des limites, et la limite de Ginnosar sortait dans sa main. Et ainsi procédait-il pour chaque tribu.
וְחוֹזֵר וּמְכַוֵּין בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ וְאוֹמֵר: נַפְתָּלִי עוֹלֶה, וּתְחוּם גִּינּוֹסַר עוֹלֶה עִמּוֹ. טָרַף בְּקַלְפִּי שֶׁל שְׁבָטִים – וְעָלָה בְּיָדוֹ נַפְתָּלִי, טָרַף בְּקַלְפִּי שֶׁל תְּחוּמִין – וְעָלָה בְּיָדוֹ תְּחוּם גִּינּוֹסַר. וְכֵן כׇּל שֵׁבֶט וָשֵׁבֶט.
La baraïta poursuit : et contrairement au partage en ce monde, c'est-à-dire au temps de Josué, sera le partage des portions dans le monde à venir, c'est-à-dire à l'ère messianique. En ce monde, si une personne a un champ de céréales, elle n'a pas de champ pour un verger ; si elle a un champ pour un verger, elle n'a pas de champ de céréales — car chaque climat et variété de sol convient à un type de production différent. Mais dans le monde à venir, il n'y aura aucune personne qui n'aura pas de portion en Erets Israël à la montagne, dans la plaine et dans la vallée, comme il est dit : « La porte de Ruben, une ; la porte de Juda, une ; la porte de Lévi, une » (Yehezkel 48, 31) — pour dire que la portion de chacun sera la même. Et le Saint, béni soit-Il, la leur distribuera personnellement, comme il est dit : « Et ce sont leurs parts, dit l'Éternel » (Yehezkel 48, 29). Voici la conclusion de la baraïta.
וְלֹא כַּחֲלוּקָּה שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה, חֲלוּקָּה שֶׁל עוֹלָם הַבָּא. הָעוֹלָם הַזֶּה, אָדָם יֵשׁ לוֹ שְׂדֵה לָבָן – אֵין לוֹ שְׂדֵה פַרְדֵּס, שְׂדֵה פַרְדֵּס – אֵין לוֹ שְׂדֵה לָבָן. לָעוֹלָם הַבָּא, אֵין לָךְ כׇּל אֶחָד וְאֶחָד שֶׁאֵין לוֹ בָּהָר וּבַשְּׁפֵלָה וּבָעֵמֶק, שֶׁנֶּאֱמַר: שַׁעַר רְאוּבֵן אֶחָד, שַׁעַר יְהוּדָה אֶחָד, שַׁעַר לֵוִי אֶחָד״. הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְחַלֵּק לָהֶן בְּעַצְמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֵלֶּה מַחְלְקֹתָם נְאֻם ה׳״.
La Guemara énonce sa preuve : en tout cas, la baraïta enseigne : car au départ, la terre ne fut partagée qu'entre les douze tribus. Conclus de la baraïta que la terre fut partagée selon les tribus, et non attribuée directement à chaque personne. La Guemara confirme : conclus de la baraïta que tel est le cas.
קָתָנֵי מִיהַת: ״שֶׁבַּתְּחִלָּה לֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא לִשְׁנֵים עָשָׂר שְׁבָטִים״; שְׁמַע מִינַּהּ, לִשְׁבָטִים אִיפְּלוּג! שְׁמַע מִינַּהּ.
§ La Guemara revient analyser la baraïta citée. Le Maître dit plus haut : Erets Israël est destinée à être partagée entre treize tribus. La Guemara demande : quant à l'autre, la treizième portion, pour qui est-elle ? Rav Ḥisda dit : pour le roi, comme il est écrit : « Et ceux qui servent la ville, de toutes les tribus d'Israël, la cultiveront » (Yehezkel 48, 19). Le verset s'entend comme signifiant que la nation attribuera collectivement une portion au roi, qui sert les besoins de la nation. Rav Pappa dit à Abaye : pourquoi interpréter le verset ainsi ? Dis plutôt que le verset parle de simples salaires [rongar], de sorte que le roi a le droit de percevoir des impôts, mais pas une portion de terre effective. La Guemara répond : cette possibilité ne devrait pas t'effleurer l'esprit, car il est écrit : « Et le reste sera pour le prince, d'un côté et de l'autre de l'offrande sainte et de la possession de la ville » (Yehezkel 48, 21). D'après ce dernier verset, le premier parle d'une parcelle de terre déterminée.
אָמַר מָר: עֲתִידָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁתִּתְחַלֵּק לִשְׁלֹשָׁה עָשָׂר שְׁבָטִים. אִידַּךְ לְמַאן? אָמַר רַב חִסְדָּא: לְנָשִׂיא, דִּכְתִיב: ״וְהָעֹבֵד הָעִיר יַעַבְדוּהוּ מִכֹּל שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל״. אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבָּיֵי, אֵימָא רוּנְגָּר בְּעָלְמָא! לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וְהַנּוֹתָר לַנָּשִׂיא מִזֶּה וּמִזֶּה, לִתְרוּמַת הַקֹּדֶשׁ וְלַאֲחֻזַּת הָעִיר״.
La baraïta dit aussi : et la terre ne fut partagée qu'avec de l'argent, comme il est dit : « Entre le plus nombreux et le moins nombreux. » À propos de quoi cela est-il dit ? Si l'on dit qu'il s'agit de la beauté et de la laideur du sol — c'est-à-dire que ceux qui reçoivent une terre de qualité inférieure reçoivent une compensation monétaire des autres — dirait-on que nous traitons avec des fous [beshufetanei] qui accepteraient une terre de qualité inférieure en échange de plus d'argent ? Plutôt, cela concerne la différence entre une terre proche de Jérusalem et une terre éloignée de Jérusalem. Ceux dont la propriété était proche de Jérusalem compensaient ceux dont la propriété était plus éloignée.
וְלֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא לִכְסָפִים – שֶׁנֶּאֱמַר: ״בֵּין רַב לִמְעָט״. לְמַאי? אִילֵּימָא לְשׁוּפְרָא וְסַנְיָא, אַטּוּ בְּשׁוּפְטָנֵי עָסְקִינַן? אֶלָּא לִקְרוֹבָה וּרְחוֹקָה.
La Guemara note : il y a une dispute entre tannaïm quant à la manière dont cette compensation fut donnée : Rabbi Eliezer dit : les tribus se compensaient mutuellement avec de l'argent. Rabbi Yehoshoua dit : les tribus se compensaient mutuellement avec de la terre, en donnant une superficie supplémentaire à ceux dont les portions se trouvaient dans des emplacements moins avantageux.
כְּתַנָּאֵי – רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּכְסָפִים הֶעֱלוּהָ. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: בְּקַרְקַע הֶעֱלוּהָ.
La baraïta dit aussi : et la terre ne fut partagée que par un tirage au sort, comme il est dit : « Seulement par le sort sera partagée la terre » (Bamidbar 26, 55). Les Sages ont enseigné : dans l'expression « seulement par le sort », le terme « seulement » indique que Josué et Caleb en sont exclus. La Guemara demande : à propos de quoi furent-ils exclus ? Si l'on dit qu'ils ne prirent pas de portions du tout — or il a déjà été enseigné qu'ils prirent les portions des espions (118b) qui n'étaient pas les leurs — faut-il enseigner qu'ils prirent leurs propres portions ? Cela va de soi. Plutôt, l'exclusion enseigne qu'ils ne prirent pas de portions par tirage au sort, mais selon une désignation explicite du Seigneur. Quant à Josué, c'est comme il est écrit : « Selon le commandement de l'Éternel, on lui donna la ville qu'il demanda, Timnat-Sérakh dans la montagne d'Éphraïm » (Yehoshoua 19, 50).
וְלֹא נִתְחַלְּקָה אֶלָּא בְּגוֹרָל – שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַךְ בְּגוֹרָל״. תָּנָא: ״אַךְ בְּגוֹרָל״ – יָצְאוּ יְהוֹשֻׁעַ וְכָלֵב. לְמַאי? אִילֵּימָא דְּלָא שְׁקוּל כְּלָל; הַשְׁתָּא דְּלָאו דִּידְהוּ שְׁקוּל, דִּידְהוּ מִיבַּעְיָא?! אֶלָּא שֶׁלֹּא נָטְלוּ בְּגוֹרָל, אֶלָּא עַל פִּי ה׳. יְהוֹשֻׁעַ – דִּכְתִיב: ״עַל פִּי ה׳ נָתְנוּ לוֹ אֶת הָעִיר אֲשֶׁר שָׁאָל, אֶת תִּמְנַת סֶרַח בְּהַר אֶפְרָיִם״.