Guémara
D.ieu ne parla pas avec Moïse [pendant les trente-huit années de deuil], comme il est dit : « Et il advint que tous les hommes de guerre furent consumés et moururent du milieu du peuple » (Devarim 2, 16), et à côté de ce verset il est écrit : « Alors l'Éternel me parla, en disant » (Devarim 2, 17). Moïse indique : ce n'est qu'après la mort du dernier de cette génération que la parole de D.ieu me fut adressée. Lorsque le peuple juif comprit que le décret était levé, ce jour fut établi comme jour permanent de réjouissance.
לֹא הָיָה דִּיבּוּר עִם מֹשֶׁה – שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כַּאֲשֶׁר תַּמּוּ כׇּל אַנְשֵׁי הַמִּלְחָמָה לָמוּת מִקֶּרֶב הָעָם״, וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וַיְדַבֵּר ה׳ אֵלַי לֵאמֹר״ – אֵלַי הָיָה הַדִּיבּוּר.
La Guemara continue à citer des explications de la signification du quinze Av. Oulla dit : le quinze Av fut le jour où le roi Hoshea, fils d'Ela, retira les gardes [pardesaot] que Jéroboam, fils de Nevat, avait placées sur les routes pour empêcher Israël de monter à Jérusalem pour la fête du pèlerinage. En agissant ainsi, le roi Hoshea rétablit l'accès à Jérusalem pour les pèlerins.
עוּלָּא אָמַר: יוֹם שֶׁבִּיטֵּל בּוֹ הוֹשֵׁעַ בֶּן אֵלָה פַּרְדְּסָאוֹת שֶׁהוֹשִׁיב יָרׇבְעָם עַל הַדְּרָכִים, שֶׁלֹּא יַעֲלוּ יִשְׂרָאֵל לָרֶגֶל.
Rav Mattana dit : le quinze Av fut le jour où les victimes tuées de Beitar reçurent sépulture, plusieurs années après leur massacre, alors que l'empereur romain Hadrien avait décrété qu'elles ne devaient pas être enterrées (voir Gittin 57a). Comme Rav Mattana dit : le jour où les tués de Beitar reçurent sépulture, les Sages de Yavné instituèrent la bénédiction : « Béni soit Celui qui est bon et qui fait le bien. » Le terme « qui est bon » sert à rendre grâce que les cadavres ne se soient pas décomposés malgré le long délai ; et le terme « et qui fait le bien » sert à rendre grâce que les tués aient finalement reçu sépulture.
רַב מַתְנָה אָמַר: יוֹם שֶׁנִּתְּנוּ הֲרוּגֵי בֵיתָר לִקְבוּרָה. דְּאָמַר רַב מַתְנָה: אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁנִּתְּנוּ הֲרוּגֵי בֵיתָר לִקְבוּרָה – תִּקְנוּ בְּיַבְנֶה ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״; ״הַטּוֹב״ – שֶׁלֹּא הִסְרִיחוּ, ״וְהַמֵּטִיב״ – שֶׁנִּתְּנוּ לִקְבוּרָה.
Rabba et Rav Yosef disent tous deux : le quinze Av est le jour où l'on cesse de couper du bois pour l'arrangement de bois sur l'autel. Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Eliezer le Grand dit : une fois arrivé le quinze Av, la force du soleil s'affaiblissait, et à partir de cette date on ne coupait plus de bois supplémentaire pour l'arrangement, car le bois coupé ensuite ne sécherait pas correctement et serait impropre à l'usage au Temple. Rav Menashe dit : et les gens appelaient le quinze Av : le jour de la rupture de la faucille [maggal], car ils n'avaient plus besoin des outils de bûcheronnage jusqu'à l'année suivante.
רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: יוֹם שֶׁפּוֹסְקִין בּוֹ מִלִּכְרוֹת עֵצִים לַמַּעֲרָכָה. תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ חֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב – תָּשַׁשׁ כֹּחָהּ שֶׁל חַמָּה, וְלֹא הָיוּ כּוֹרְתִין עֵצִים לַמַּעֲרָכָה. אָמַר רַב מְנַשֶּׁה: וְקָרוּ לֵיהּ ״יוֹם תְּבַר מַגָּל״.
La Guemara ajoute : à partir de ce moment, lorsque les nuits s'allongent, celui qui ajoute [demosif] à son étude nocturne de Torah ajoutera [yosif] à sa vie, et celui qui n'ajoute pas — cette personne est yesif. La Guemara demande : que signifie le terme yesif ? Rav Yosef enseigne : cela signifie que sa mère l'enterrera, car il mourra du vivant de sa mère.
מִכָּאן וְאֵילָךְ, דְּמוֹסִיף – יוֹסִיף, שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף – יְסִיף. מַאי ״יְסִיף״? תָּנֵי רַב יוֹסֵף: תִּקְבְּרֵיהּ אִמֵּיהּ.
§ Après avoir discuté de la génération de ceux qui moururent au désert, la Guemara mentionne une tradition qui s'y rapporte. Les Sages ont enseigné : sept personnes ont embrassé dans leur vie le monde entier, c'est-à-dire que leurs vies ont couvert toute l'histoire humaine. Metoushelah vit Adam de son vivant ; Sem vit Metoushelah ; Jacob vit Sem ; Amram vit Jacob ; Aḥiya le Shilonite vit Amram ; Élie vit Aḥiya le Shilonite ; et Élie est encore vivant.
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁבְעָה קִפְּלוּ אֶת כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ – מְתוּשֶׁלַח רָאָה אָדָם, שֵׁם רָאָה מְתוּשֶׁלַח, יַעֲקֹב רָאָה אֶת שֵׁם, עַמְרָם רָאָה אֶת יַעֲקֹב, אֲחִיָּה הַשִּׁילוֹנִי רָאָה אֶת עַמְרָם, אֵלִיָּהוּ רָאָה אֶת אֲחִיָּה הַשִּׁילוֹנִי – וַעֲדַיִין קַיָּים.
La Guemara demande : et est-il vrai qu'Aḥiya le Shilonite vit Amram ? Mais il est écrit : « Et il ne resta d'eux aucun homme, si ce n'est Caleb, fils de Yefouné, et Josué, fils de Noun » (Bamidbar 26, 65). Puisqu'Amram mourut bien avant que le peuple juif quitte l'Égypte, pour avoir vécu à l'époque d'Amram, Aḥiya aurait dû être adulte au moment de l'Exode. Comment aurait-il pu survivre à la génération de ceux qui moururent au désert ?
וַאֲחִיָּה הַשִּׁילוֹנִי רָאָה אֶת עַמְרָם? וְהָא כְּתִיב: ״וְלֹא נוֹתַר מֵהֶם אִישׁ, כִּי אִם כָּלֵב בֶּן יְפֻנֶּה וִיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן״!
Rav Hamnuna dit : le décret de mort prononcé contre la génération des espions ne frappa pas la tribu de Lévi, comme il est écrit : « Vos cadavres tomberont dans ce désert, et tous ceux qui furent dénombrés parmi vous, selon votre nombre entier, depuis l'âge de vingt ans et au-dessus » (Bamidbar 14, 29). Le verset s'interprète ainsi : le décret s'applique à celui dont le dénombrement au recensement commence à vingt ans, excluant la tribu de Lévi, dont le dénombrement commence à trente ans. Aḥiya était un Lévite, et il n'était pas soumis au décret.
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: לֹא נִגְזְרָה גְּזֵרָה עַל שִׁבְטוֹ שֶׁל לֵוִי, דִּכְתִיב: ״בַּמִּדְבָּר הַזֶּה יִפְּלוּ פִגְרֵיכֶם וְכׇל פְּקֻדֵיכֶם לְכׇל מִסְפַּרְכֶם מִבֶּן עֶשְׂרִים שָׁנָה וָמָעְלָה״ – מִי שֶׁפְּקוּדָיו מִבֶּן עֶשְׂרִים; יָצָא שִׁבְטוֹ שֶׁל לֵוִי, שֶׁפְּקוּדָיו מִבֶּן שְׁלֹשִׁים.
La Guemara demande : et est-il vrai qu'aucun membre des autres tribus n'entra en Erets Israël ? Mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : Yair, fils de Manassé, et Makhir, fils de Manassé, naquirent du vivant de Jacob, et ne moururent pas avant que le peuple juif entrât en Erets Israël, comme il est dit : « Et les hommes d'Aï tuèrent d'entre eux environ trente-six hommes » (Yehoshoua 7, 5). Et à propos de ce verset, il est enseigné : littéralement trente-six personnes furent tuées — c'est la déclaration de Rabbi Yehouda.
וּמִשְּׁאָר שְׁבָטִים לָא עֲיֻיל? וְהָתַנְיָא: יָאִיר בֶּן מְנַשֶּׁה וּמָכִיר בֶּן מְנַשֶּׁה נוֹלְדוּ בִּימֵי יַעֲקֹב, וְלֹא מֵתוּ עַד שֶׁנִּכְנְסוּ יִשְׂרָאֵל לָאָרֶץ – שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּכּוּ מֵהֶם אַנְשֵׁי הָעַי כִּשְׁלֹשִׁים וְשִׁשָּׁה אִישׁ״, וְתַנְיָא: שְׁלֹשִׁים וְשִׁשָּׁה מַמָּשׁ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.
Rabbi Neḥemya lui dit : mais est-il dit « trente-six » ? N'est-il pas dit seulement « environ trente-six » ? Plutôt, ce terme inhabituel désigne Yair, fils de Manassé, qui valait la majorité du Sanhédrin, dont le nombre maximum de juges est de soixante et onze, dont trente-six constitue une légère majorité. Il est donc évident que Yair, fils de Manassé, survécut aussi au séjour au désert.
אָמַר לוֹ רַבִּי נְחֶמְיָה: וְכִי נֶאֱמַר ״שְׁלֹשִׁים וְשִׁשָּׁה״? וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ״כִּשְׁלֹשִׁים וְשִׁשָּׁה״! אֶלָּא זֶה יָאִיר בֶּן מְנַשֶּׁה, שֶׁשָּׁקוּל כְּרוּבָּהּ שֶׁל סַנְהֶדְרִין!
Plutôt, Rav Aḥa bar Ya'akov dit : le décret de mort ne frappa ni ceux qui avaient moins de vingt ans, ni ceux qui avaient plus de soixante ans au moment du péché des espions. La Guemara explique : pas ceux de moins de vingt ans, comme il est écrit : « Depuis vingt ans et au-dessus » (Bamidbar 14, 29). Et pas ceux de plus de soixante ans, car il déduit une analogie verbale entre « et au-dessus » dans ce verset et « et au-dessus » des halakhot d'évaluation, dans l'expression : « Depuis soixante ans et au-dessus » (Vayikra 27, 7). Comme là, pour les évaluations, plus de soixante ans est comparable à moins de vingt ans — car il existe une catégorie distincte entre vingt et soixante ans — de même ici, plus de soixante ans est comparable à moins de vingt ans en ce que les plus âgés n'étaient pas soumis à la sentence. Yair, fils de Manassé, qui était déjà âgé, ne mourut pas au désert.
אֶלָּא אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: לֹא נִגְזְרָה גְּזֵירָה לֹא עַל פָּחוּת מִבֶּן עֶשְׂרִים, וְלֹא עַל יָתֵר מִבֶּן שִׁשִּׁים. לֹא עַל פָּחוּת מִבֶּן עֶשְׂרִים – דִּכְתִיב: ״מִבֶּן עֶשְׂרִים שָׁנָה וּמַעְלָה״. וְלֹא עַל יָתֵר מִבֶּן שִׁשִּׁים – גָּמַר ״וּמַעְלָה״–״וּמַעְלָה״ מֵעֲרָכִין; מָה לְהַלָּן – יָתֵר מִבֶּן שִׁשִּׁים כְּפָחוּת מִבֶּן עֶשְׂרִים, אַף כָּאן – יָתֵר מִבֶּן שִׁשִּׁים כְּפָחוּת מִבֶּן עֶשְׂרִים.
§ Un dilemme fut soulevé devant les Sages : Erets Israël fut-elle partagée selon les tribus, c'est-à-dire que chacune des douze tribus reçut une portion égale à celle de toutes les autres, et que les membres de chaque tribu se partagèrent ces portions tribales selon leurs effectifs ; ou peut-être Erets Israël fut-elle partagée selon les têtes [des hommes], c'est-à-dire qu'une certaine superficie fut attribuée à chaque individu, et la taille des allotissements tribaux dépendait de la population de la tribu ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל – לִשְׁבָטִים אִיפְּלוּג, אוֹ דִּלְמָא לְקַרְקַף גַּבְרֵי אִיפְּלוּג?