Guémara
mais il est permis de faire bénéficier [l'idole]. Bien qu'en achetant dans la boutique on soutienne indirectement l'idolâtrie — une partie des ventes étant versée à l'entretien de l'idole —, cela n'est pas interdit par la Torah. Et Rabbi Yoḥanan dit : même si les boutiques ne sont parées que de fruits, il est aussi interdit d'acheter. On le déduit par un argument a fortiori : s'il est interdit de tirer profit de l'idolâtrie, à plus forte raison est-il interdit de faire bénéficier l'idolâtrie !
אֲבָל מְהַנֶּה שְׁרֵי. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ מְעוּטָּרוֹת בְּפֵירוֹת נָמֵי אָסוּר, קַל וָחוֹמֶר: נֶהֱנֶה — אָסוּר, מְהַנֶּה — לֹא כׇּל שֶׁכֵּן!
La Guemara soulève une objection à l'avis de Reish Lakish à partir d'une baraïta. Rabbi Natan dit : le jour où une réduction d'impôt est accordée en l'honneur de l'idolâtrie, on proclame : quiconque prend une couronne de roses et la place sur sa tête et sur la tête de son âne en l'honneur de l'idole verra son impôt réduit. Et si l'on ne place pas de couronne sur sa tête, son impôt ne sera pas réduit.
מֵיתִיבִי, רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: יוֹם שֶׁעֲבוֹדָה זָרָה מַנַּחַת בּוֹ אֶת הַמֶּכֶס, מַכְרִיזִין וְאוֹמְרִים: כׇּל מִי שֶׁנּוֹטֵל עֲטָרָה וְיַנִּיחַ בְּרֹאשׁוֹ וּבְרֹאשׁ חֲמוֹרוֹ לִכְבוֹד עֲבוֹדָה זָרָה — יַנִּיחַ לוֹ אֶת הַמֶּכֶס, וְאִם לָאו — אַל יַנִּיחַ לוֹ אֶת הַמֶּכֶס.
Que doit faire un Juif qui se trouve là ? S'il place la couronne sur sa tête et sur celle de son âne, on constatera qu'il tire profit de l'idolâtrie. Et s'il ne place pas la couronne sur sa tête, on constatera qu'il fait bénéficier l'idolâtrie, par l'impôt qu'il paie.
יְהוּדִי שֶׁנִּמְצָא שָׁם מָה יַעֲשֶׂה? יַנִּיחַ — נִמְצָא נֶהֱנֶה, לֹא יַנִּיחַ — נִמְצָא מְהַנֶּה.
De là les Sages ont déclaré : celui qui fait du commerce sur un marché d'idolâtrie sera contraint soit de tirer profit de l'idolâtrie, soit d'en faire bénéficier. Par conséquent, tout animal qu'il y aurait acheté doit être détruit ; tout produit, vêtement ou ustensile doit être laissé pour se décomposer ; et pour tout argent ou ustensile de métal, qui ne se décomposeraient pas d'eux-mêmes, on doit les jeter dans la mer Morte. Qu'est-ce que constitue la destruction de l'animal ? On lui coupe les sabots depuis le genou et en dessous.
מִכָּאן אָמְרוּ: הַנּוֹשֵׂא וְנוֹתֵן בְּשׁוּק שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה, בְּהֵמָה תֵּיעָקֵר, פֵּירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים יֵרָקְבוּ, מָעוֹת וּכְלֵי מַתָּכוֹת יוֹלִיכֵם לְיָם הַמֶּלַח, וְאֵיזֶהוּ עִיקּוּר? הַמְנַשֵּׁר פַּרְסוֹתֶיהָ מִן הָאַרְכּוּבָּה וּלְמַטָּה.
La Guemara expose l'objection à la déclaration de Reish Lakish. En tout cas, la baraïta enseigne qu'il est interdit de faire bénéficier l'idolâtrie, car elle dit : s'il place la couronne sur sa tête, on constatera qu'il tire profit de l'idolâtrie ; et s'il ne la place pas, on constatera qu'il fait bénéficier l'idolâtrie. Comment Reish Lakish peut-il donc prétendre qu'il est permis de faire bénéficier l'idolâtrie ?
קָתָנֵי מִיהַת: יַנִּיחַ — נִמְצָא נֶהֱנֶה, לֹא יַנִּיחַ — נִמְצָא מְהַנֶּה!
Rav Mesharshiya, fils de Rav Idi, dit : Rabbi Shimon ben Lakish raisonne ainsi : les Sages ne sont pas d'accord avec Rabbi Natan, dont l'avis figure dans la baraïta, et moi je me suis exprimé selon l'avis des Sages qui contredisent Rabbi Natan. La Guemara note : Rabbi Yoḥanan, qui décide selon la déclaration de Rabbi Natan, estime que les Sages ne contredisent pas Rabbi Natan ; plutôt, tous s'accordent à dire qu'il est interdit de faire bénéficier l'idolâtrie.
אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: קָסָבַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי נָתָן, וַאֲנָא דַּאֲמַרִי כְּרַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ. וְרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר: לָא פְּלִיגִי.
La Guemara demande : et est-ce qu'ils ne sont vraiment pas en désaccord ? Mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : on peut aller à la foire des païens, dont le but est d'honorer l'idolâtrie, et leur acheter des animaux, des esclaves et des servantes — car l'achat élève ces biens à un état plus sanctifié ; et on peut leur acheter des maisons, des champs et des vignobles, en vertu de la mitsva de coloniser Erets Israël. Et on peut rédiger les actes nécessaires et les faire confirmer devant leurs tribunaux païens [be'arkaot], bien que cela implique une reconnaissance de leur autorité, car c'est comme si l'on sauvait sa propriété de leurs mains — la confirmation du tribunal empêchant le vendeur de nier la vente et de prétendre que le bien lui appartient encore.
וְלָא פְּלִיגִי? וְהָא תַּנְיָא: הוֹלְכִין לְיָרִיד שֶׁל גּוֹיִם, וְלוֹקְחִין מֵהֶם בְּהֵמָה, עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת, בָּתִּים וְשָׂדוֹת וּכְרָמִים, וְכוֹתֵב וּמַעֲלֶה בְּעַרְכָּאוֹת שֶׁלָּהֶן, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּמַצִּיל מִיָּדָם.
Et s'il est Cohen, il peut s'imposer une impureté rituelle en sortant hors d'Erets Israël — bien qu'un Cohen soit en principe interdit de quitter Erets Israël pour le territoire impur de l'extérieur — afin de plaider contre eux et de contester leurs revendications. Et tout comme un Cohen peut s'imposer une impureté en sortant hors d'Erets Israël, il peut aussi s'imposer une impureté à cette fin en entrant dans un cimetière.
וְאִם הָיָה כֹּהֵן — מִטַּמֵּא בְּחוּצָה לָאָרֶץ, לָדוּן וּלְעַרְעֵר עִמָּהֶם. וּכְשֵׁם שֶׁמִּטַּמֵּא בְּחוּצָה לָאָרֶץ, כָּךְ מִטַּמֵּא בְּבֵית הַקְּבָרוֹת.
La Guemara interrompt sa citation de la baraïta pour exprimer sa surprise face à cette dernière règle : peut-on imaginer qu'un Cohen puisse s'imposer une impureté en entrant dans un cimetière ? La halakha selon laquelle un cimetière transmet une impureté rituelle à un Cohen est d'origine toranique ; comment les Sages pourraient-ils annuler cette interdiction ? Plutôt, la baraïta vise un terrain où l'on ignore l'emplacement d'une tombe ou d'un cadavre [beit haperas], parce qu'une tombe y a été labourée par inadvertance et que les ossements ont pu se disperser dans tout le champ. Un tel terrain transmet une impureté par décret rabbinique.
בְּבֵית הַקְּבָרוֹת סָלְקָא דַּעְתָּךְ? טוּמְאָה דְּאוֹרָיְיתָא הִיא! אֶלָּא בֵּית הַפְּרָס דְּרַבָּנַן.
La baraïta poursuit : et un Cohen peut aussi s'imposer une impureté rituelle et quitter Erets Israël pour étudier la Torah ou pour se marier. Rabbi Yehouda dit : quand cette dispense s'applique-t-elle ? Lorsqu'il ne trouve pas de lieu d'étude en Erets Israël. Mais lorsqu'il peut trouver un lieu d'étude en Erets Israël, il ne doit pas s'imposer une impureté en quittant le pays.
וּמְטַמֵּא לִלְמוֹד תּוֹרָה וְלִישָּׂא אִשָּׁה, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי? בִּזְמַן שֶׁאֵין מוֹצֵא לִלְמוֹד, אֲבָל בִּזְמַן שֶׁמּוֹצֵא לִלְמוֹד — אֵינוֹ מְטַמֵּא.
Rabbi Yosse dit : même lorsqu'il peut trouver un lieu d'étude en Erets Israël, il peut quitter le pays et s'imposer une impureté, car on ne mérite pas d'apprendre de n'importe qui, et il est possible que le maître le plus adapté pour lui vive hors d'Erets Israël.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ בִּזְמַן שֶׁמּוֹצֵא לִלְמוֹד — יִטַּמֵּא, לְפִי שֶׁאֵין אָדָם זוֹכֶה לִלְמוֹד מִכֹּל.
Rabbi Yosse dit, pour appuyer son avis : il y eut un incident impliquant Yosef le Cohen, qui suivit son maître jusqu'à la ville de Sidon, hors d'Erets Israël, pour étudier la Torah, bien que le Sage prééminent de sa génération, Rabban Yoḥanan ben Zakkaï, vécût en Erets Israël. Et Rabbi Yoḥanan dit à ce sujet : la halakha est selon l'avis de Rabbi Yosse.
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַעֲשֶׂה בְּיוֹסֵף הַכֹּהֵן שֶׁהָלַךְ אַחַר רַבּוֹ לְצִידוֹן לִלְמוֹד תּוֹרָה. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.