Guémara
[Il s'agit d'une date portant six années de plus par rapport à la date scribale correcte, qui prend pour point de départ le commencement de la domination grecque.] Les Sages qui étudiaient devant Rabba voulaient dire : ce promis de dette est postdaté [il ne peut être utilisé qu'à partir de la date qu'il mentionne]. Attendons donc que son terme arrive, afin que le créancier ne saisisse pas des biens que le débiteur aurait vendus avant la date figurant sur le document. Rav Naḥman n'était pas de cet avis et dit : ce promis a été rédigé par un scribe méticuleux, et ces six années renvoient aux années où les Grecs ont régné uniquement en Élam. Nous ne les comptons pas [car la domination grecque ne s'était pas encore étendue au monde entier], mais lui les compte. Il a donc inscrit sur le promis la date correcte, qui correspond bien à l'année de sa rédaction.
״שֵׁית שְׁנִין יַתִּירָתָא״, סְבוּר רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַבָּה לְמֵימַר: הַאי שְׁטָר מְאוּחָר הוּא, נִיעַכְּבֵיהּ עַד דְּמָטֵיא זִמְנֵיהּ וְלָא טָרֵיף. אָמַר רַב נַחְמָן: הַאי סָפְרָא דַּוְקָנָא כַּתְבֵיהּ, וְהָנָךְ שֵׁית שְׁנִין דִּמְלַכוּ בְּעֵילָם, דַּאֲנַן לָא חָשְׁבִינַן לְהוּ, הוּא קָחָשֵׁיב (לֵיהּ) [לְהוּ], וּבְזִמְנֵיהּ כַּתְבֵיהּ.
Rav Naḥman appuie sa résolution sur une preuve : comme il est enseigné dans une baraïta, Rabbi Yosse dit : les Grecs ont régné six ans en Élam seul, puis leur domination s'est étendue à tout le monde. C'est cet événement ultérieur qui sert de point de départ au système de datation employé par la plupart des scribes.
דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שֵׁשׁ שָׁנִים מָלְכוּ בְּעֵילָם, וְאַחַר כָּךְ פָּשְׁטָה מַלְכוּתָן בְּכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
Rav Aḥa bar Ya'akov conteste la réponse de Rav Naḥman : d'où sait-on que nous comptons les années selon la domination grecque, et que ce promis a été daté selon un système prenant la domination grecque pour point de départ et rédigé par un scribe méticuleux ? Peut-être comptons-nous les années à partir de la sortie d'Égypte, qui eut lieu mille ans avant le début de la domination grecque ; le scribe aurait alors omis le premier millier depuis la sortie d'Égypte et retenu seulement le dernier millier, omettant le chiffre des milliers et n'inscrivant que les centaines, dizaines et unités. Si tel est le cas, ce promis est postdaté. Rav Naḥman répond : en exil, nous ne comptons les années que selon les rois grecs.
מַתְקֵיף לַהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: מִמַּאי דִּלְמַלְכוּת יְוָנִים מָנֵינַן? דִּלְמָא לִיצִיאַת מִצְרַיִם מָנֵינַן, וְשַׁבְקֵיהּ לְאַלְפָּא קַמָּא וְנַקְטֵיהּ אַלְפָּא בָּתְרָא, וְהַאי מְאוּחָר הוּא! אָמַר רַב נַחְמָן: בַּגּוֹלָה אֵין מוֹנִין אֶלָּא לְמַלְכֵי יְוָנִים בִּלְבַד.
En entendant cette réponse, Rav Aḥa bar Ya'akov pensa : Rav Naḥman ne fait que repousser mes objections légitimes. Plus tard, il sortit, examina la question et découvrit que Rav Naḥman avait raison. Comme il est enseigné dans une baraïta : en exil, nous ne comptons les années que selon les rois grecs.
הוּא סָבַר דַּחוֹיֵי קָא מְדַחֵי לֵיהּ, נְפַק דָּק וְאַשְׁכַּח, דְּתַנְיָא: בַּגּוֹלָה אֵין מוֹנִין אֶלָּא לְמַלְכֵי יְוָנִים בִּלְבָד.
Ravina dit : la michna est elle aussi formulée avec précision, car elle enseigne que nous calculons les années selon les rois grecs. Nous avons appris dans une michna (Rosh HaShana 2a) : le premier Nissan est le Nouvel An pour les rois et pour les fêtes. Et nous demandons : à quelle halakha se rapporte-il que le premier Nissan soit le Nouvel An pour les rois ? Rav Ḥisda dit : cela concerne la datation des documents et la détermination de leur validité.
אָמַר רָבִינָא: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דִּתְנַן: ״בְּאֶחָד בְּנִיסָן רֹאשׁ הַשָּׁנָה לַמְּלָכִים וְלָרְגָלִים״, וְאָמְרִינַן: לַמְּלָכִים — לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַב חִסְדָּא: לִשְׁטָרוֹת.
Et nous avons appris dans la même michna : le premier Tichri est le Nouvel An pour le compte des années et pour le calcul des années sabbatiques [shemittot]. Et nous demandons : à quelle halakha se rapporte-il que le premier Tichri soit le Nouvel An pour le compte des années ? Rav Ḥisda dit : cela concerne la datation des documents. Ces deux déclarations sur la datation des documents se contredisent, car selon l'une le système de datation prend Nissan pour premier mois, tandis que selon l'autre l'année commence en Tichri.
וּתְנַן: בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי רֹאשׁ הַשָּׁנָה לַשָּׁנִים וְלַשְּׁמִיטִּין, וְאָמְרִינַן: לַשָּׁנִים — לְמַאי הִלְכְתָא? וְאָמַר רַב חִסְדָּא: לִשְׁטָרוֹת. קַשְׁיָא שְׁטָרוֹת אַהֲדָדֵי!
Et nous avons résolu la contradiction en expliquant que ici la datation suit les rois d'Israël, et là elle suit les rois des nations païennes du monde. Autrement dit : lorsque nous datons les années selon les rois des nations, nous comptons à partir du mois de Tichri ; lorsque nous les datons selon les rois d'Israël, nous comptons à partir du mois de Nissan.
וּמְשַׁנֵּינַן: כָּאן לְמַלְכֵי יִשְׂרָאֵל, כָּאן לְמַלְכֵי אוּמּוֹת הָעוֹלָם. לְמַלְכֵי אוּמּוֹת הָעוֹלָם מִתִּשְׁרִי מָנֵינַן, לְמַלְכֵי יִשְׂרָאֵל מִנִּיסָן מָנֵינַן.
Ravina expose sa preuve : et maintenant que nous comptons à partir du mois de Tichri pour dater les documents, on peut raisonner ainsi : si l'on pensait que nous comptons et datons les années en prenant la sortie d'Égypte pour point de départ tout en omettant le premier millier d'années, nous devrions compter à partir du mois de Nissan, date de la sortie d'Égypte. N'est-il pas correct de conclure de la michna que nous comptons les années selon les rois grecs ? La Guemara confirme : concluez-en que les années scribales sont en effet calculées selon les rois grecs. On doit donc expliquer comme Rav Naḥman : un promis qui paraît postdaté de six ans n'est peut-être pas réellement postdaté ; on suppose plutôt qu'il a été rédigé par un scribe méticuleux.
וַאֲנַן הַשְׁתָּא מִתִּשְׁרִי מָנֵינַן, וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ לִיצִיאַת מִצְרַיִם מָנֵינַן — מִנִּיסָן בָּעֵינַן לְמִימְנֵי! אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ לְמַלְכֵי יְוָנִים מָנֵינַן? שְׁמַע מִינַּהּ.
§ L'une des fêtes païennes énumérées dans la michna est le jour de la fête [geinuseya] de leurs rois. La Guemara demande : que signifie « le jour de geinuseya de leurs rois » ? Rav Yehouda dit : c'est le jour où les païens nomment et couronnent leur roi. La Guemara objecte : mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : deux fêtes païennes sont le jour de geinuseya et le jour où les païens nomment leur roi ? Cela indique qu'il s'agit de deux occasions distinctes. La Guemara répond : ce n'est pas difficile : ici, le jour de geinuseya, renvoie au couronnement du roi lui-même ; là, le jour où les païens nomment et couronnent leur roi, renvoie au couronnement de son fils, lorsqu'un fils est couronné du vivant de son père.
וְיוֹם גִּינּוּסְיָא שֶׁל מַלְכֵיהֶם וְכוּ׳. מַאי ״וְיוֹם גִּינּוּסְיָא שֶׁל מַלְכֵיהֶם״? אָמַר רַב יְהוּדָה: יוֹם שֶׁמַּעֲמִידִין בּוֹ גּוֹיִם אֶת מַלְכָּם. וְהָתַנְיָא: יוֹם גִּינּוּסְיָא וְיוֹם שֶׁמַּעֲמִידִין בּוֹ אֶת מַלְכָּם! לָא קַשְׁיָא, הָא דִידֵיהּ, הָא דִּבְרֵיהּ.
La Guemara demande : et les Romains nomment-ils vraiment comme roi le fils du roi ? Mais Rav Yosef n'a-t-il pas enseigné, au sujet d'une prophétie concernant Édom, associée à l'Empire romain : « Voici, je t'ai rendu petit parmi les nations » (Abdias 1, 2) — cela signifie que les Romains ne placent pas sur le trône comme roi le fils du roi. La suite du verset : « Tu es grandement méprisé » — signifie que les Romains n'ont ni écriture ni langue propres, mais empruntent ceux d'autres nations. La Guemara rejette donc l'explication de la baraïta qui distingue couronnement du roi et couronnement du fils du roi : plutôt, qu'est-ce que le jour de geinuseya ? C'est l'anniversaire du roi.
וּמִי מוֹקְמִי מַלְכָּא בַּר מַלְכָּא? וְהָתָנֵי רַב יוֹסֵף: ״הִנֵּה קָטֹן נְתַתִּיךָ בַּגּוֹיִם״ — שֶׁאֵין מוֹשִׁיבִין מֶלֶךְ בֶּן מֶלֶךְ, ״בָּזוּי אַתָּה מְאֹד״ — שֶׁאֵין לָהֶן לֹא כְּתָב וְלֹא לָשׁוֹן. אֶלָּא מַאי יוֹם גִּינּוּסְיָא? יוֹם הַלֵּידָה.
La Guemara demande : mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : deux fêtes païennes sont le jour de geinuseya et l'anniversaire ? Ces deux événements ne peuvent donc pas être identiques. La Guemara répond : ce n'est pas difficile : ici, le jour de geinuseya, renvoie à l'anniversaire du roi lui-même ; là, l'anniversaire mentionné dans la baraïta renvoie à l'anniversaire de son fils.
וְהָתַנְיָא: יוֹם גִּינּוּסְיָא וְיוֹם הַלֵּידָה! לָא קַשְׁיָא: הָא דִידֵיהּ, הָא דִּבְרֵיהּ.
La Guemara demande encore : mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : le jour de geinuseya du roi, le jour de geinuseya de son fils, et l'anniversaire du roi et l'anniversaire de son fils ? Si tel est le cas, geinuseya ne peut être ni l'un ni l'autre anniversaire. Plutôt, que signifie le jour de geinuseya ? En fait, il s'agit du jour où les païens nomment et couronnent leur roi. Et le fait qu'une baraïta mentionne à la fois le jour de geinuseya et le jour où les païens nomment et couronnent leur roi n'est pas difficile : ici, le jour de geinuseya renvoie à son propre couronnement ; là, le jour où les païens nomment et couronnent leur roi renvoie au couronnement de son fils.
וְהָתַנְיָא: יוֹם גִּינּוּסְיָא שֶׁלּוֹ, יוֹם גִּינּוּסְיָא שֶׁל בְּנוֹ, וְיוֹם הַלֵּידָה שֶׁלּוֹ, וְיוֹם הַלֵּידָה שֶׁל בְּנוֹ! אֶלָּא מַאי ״יוֹם גִּינּוּסְיָא״? יוֹם שֶׁמַּעֲמִידִין בּוֹ מַלְכָּם, וְלָא קַשְׁיָא — הָא דִידֵיהּ, הָא דִּבְרֵיהּ.