La Guemara demande : et puisque Rav a énoncé sa halakha selon Rabbi Meir — qui dit que celui qui valorise un enfant de moins d'un mois doit payer son évaluation —, pourquoi Rav a-t-il eu besoin de l'énoncer ? N'est-ce pas évident ?
וּלְרַבִּי מֵאִיר לְמַאי אִיצְטְרִיךְ?
Réponse : Rav a dû l'énoncer, de peur qu'on dise que la raison de Rabbi Meir là, pour l'enfant, est qu'il décrète qu'on doit payer si l'enfant a moins d'un mois, par crainte qu'autrement on s'abstienne à tort de payer la valorisation d'un enfant d'un mois. Mais ici, pour celui qui valorise un ustensile, où il n'y a pas lieu à une telle erreur et donc pas besoin de décret, on pourrait dire que Rabbi Meir ne l'obligerait pas à payer. Rav nous enseigne donc que, puisque la raison de Rabbi Meir est qu'une personne n'émet pas de déclaration de consécration en vain, il n'y a pas de différence entre ce cas et celui de l'enfant : la halakha est la même.
מַהוּ דְּתֵימָא: טַעְמָא דְּרַבִּי מֵאִיר הָתָם, דְּגָזַר פָּחוֹת מִבֶּן חוֹדֶשׁ אַטּוּ בֶּן חוֹדֶשׁ, אֲבָל הָכָא דְּלֵיכָּא לְמִיגְזַר — אֵימָא לָא. קָא מַשְׁמַע לַן: טַעְמָא דְּרַבִּי מֵאִיר דְּאֵין אָדָם מוֹצִיא דְּבָרָיו לְבַטָּלָה, לָא שְׁנָא הָכָא וְלָא שְׁנָא הָכָא.
La Guemara demande : selon l'avis de qui va ce que Rabba bar Yossef dit que Rav dit — et certains disent que Rav Yeiva bar Yossei dit que Rav dit — : celui qui consacre l'animal d'autrui doit donner son évaluation marchande ? Selon qui ? Selon Rabbi Meir — qu'une personne n'émet pas de déclaration de consécration en vain. Puisqu'elle sait qu'elle ne peut pas consacrer ce qui ne lui appartient pas, elle a voulu s'obliger dans l'évaluation de l'animal.
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַבָּה בַּר יוֹסֵף אָמַר רַב, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַב יֵיבָא בַּר יוֹסֵי אָמַר רַב: הַמַּקְדִּישׁ בֶּהֱמַת חֲבֵירוֹ נוֹתֵן דָּמֶיהָ? כְּמַאן — כְּרַבִּי מֵאִיר.
La Guemara demande : mais Rav ne l'a-t-il pas déjà dit une fois ? Car Rav Giddel dit que Rav dit : celui qui dit : « L'érakh de cet ustensile est à ma charge », doit donner son évaluation. Réponse : Rav a dû énoncer les deux déclarations, de peur qu'on dise que cette halakha ne vaut que pour l'ustensile — car une personne sait qu'un ustensile n'a pas d'érakh, que le terme « érakh » ne s'applique pas à un ustensile, et qu'elle a donc voulu donner de l'argent en employant « érakh » de façon imprécise pour désigner la valeur marchande.
הָא אַמְרַהּ רַב חֲדָא זִימְנָא, דְּאָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: הָאוֹמֵר ״עֵרֶךְ כְּלִי עָלַי״ נוֹתֵן דָּמָיו! מַהוּ דְּתֵימָא הָתָם הוּא דְּיוֹדֵעַ שֶׁאֵין עֵרֶךְ לִכְלִי, וְגָמַר וְאָמַר לְשֵׁם דָּמִים.
Mais pour celui qui s'est obligé dans la valorisation de l'animal d'autrui — qui est assujetti à la consécration, quoique pas par lui —, on pourrait dire qu'il se disait : si je disais au propriétaire que je veux l'acheter, il me la vendrait ; qu'elle soit donc consacrée dès maintenant, et je la sacrifierai une fois achetée. Son intention est de consacrer l'animal lui-même pour le sacrifier. Mais puisqu'il ne s'est pas dit qu'il donnerait son évaluation, sa déclaration serait sans effet — on ne peut pas consacrer un bien qui n'appartient pas à soi. Rav nous enseigne donc que ce n'est pas le cas : sa déclaration doit être interprétée de manière à ce qu'il soit tenu de donner l'évaluation de l'animal au Trésor du Temple.
אֲבָל בְּהֵמָה, דְּבַת מִיקְדַּשׁ הִיא, אִיכָּא לְמֵימַר דְּהָכִי קָאָמַר: אִי אָמֵינָא לֵהּ לְמַרַּהּ מְזַבֵּין לַהּ נִיהֲלִי, תִּיקְדּוֹשׁ לַהּ מֵהַשְׁתָּא וְאַקְרְבַהּ, אֲבָל דְּמֵי לָא קָאָמַר, קָא מַשְׁמַע לַן.
Rav Ashi dit : la règle de Rav ne s'applique que si l'on a dit : « à ma charge [alai] ». Mais si l'on a dit : « Voici [haréï zo] » — cet animal est consacré —, on n'est pas tenu de payer son évaluation. Cette formulation indique clairement qu'il voulait consacrer cet animal, ce qu'il ne peut pas faire tant qu'il ne lui appartient pas.
אָמַר רַב אָשֵׁי: וְהוּא דְּאָמַר ״עָלַי״, אֲבָל אָמַר ״הֲרֵי זוֹ״ — לֹא.
Mishna 1
MICHNA : Pour un païen [nokhri] : Rabbi Meir dit qu'il peut être évalué [ne'érakh] — si un Juif dit : « L'érakh de ce païen est à ma charge » —, mais qu'il ne fait pas de vœu de valorisation. Rabbi Yehouda dit qu'il fait des vœux de valorisation, mais qu'il ne peut pas être évalué. Et tous deux — Rabbi Meir et Rabbi Yehouda — conviennent que les païens font des vœux d'évaluation marchande et peuvent en être l'objet.
מַתְנִי׳ נָכְרִי — רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: נֶעֱרָךְ, אֲבָל לֹא מַעֲרִיךְ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מַעֲרִיךְ, אֲבָל לֹא נֶעֱרָךְ. וְזֶה וָזֶה מוֹדִים שֶׁנּוֹדְרִין וְנִידָּרִין.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Les Sages ont enseigné dans une baraïta exposant le raisonnement de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda. Il est écrit au début du passage de la Torah sur les érakhin : « Parle aux enfants d'Israël » (Vayikra 27, 2). Cela enseigne que les enfants d'Israël peuvent faire un vœu de valorisation, mais pas les païens.
גְּמָ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מַעֲרִיכִין וְאֵין הַגּוֹיִם מַעֲרִיכִין.
On aurait pu penser que les païens ne peuvent pas non plus être l'objet d'une valorisation. C'est pourquoi le verset dit l'expression inclusive : « Quand un homme énoncera clairement un vœu de personnes à l'Éternel, selon ton évaluation » (Vayikra 27, 2) — pour enseigner qu'à cet égard, tout « homme [ish] », même un païen, est inclus dans les halakhot des érakhin. Tel est l'avis de Rabbi Meir.
יָכוֹל לֹא יְהוּ נֶעֱרָכִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִישׁ״, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.
Rabbi Meir explique son opinion : puisqu'un verset — « un homme » — inclut les païens, et qu'un autre — « les enfants d'Israël » — les exclut, pourquoi dis-je qu'un païen peut être l'objet d'une valorisation mais ne peut pas en faire un ?
אָמַר רַבִּי מֵאִיר: וְכִי מֵאַחַר שֶׁמִּקְרָא אֶחָד מְרַבֶּה וּמִקְרָא אֶחָד מְמַעֵט, מִפְּנֵי מָה אֲנִי אוֹמֵר נֶעֱרָךְ וְלֹא מַעֲרִיךְ?
Parce que le verset a inclus davantage de personnes dans la catégorie de ceux qui sont l'objet d'une valorisation que dans celle de ceux qui en font un. Car la Michna enseigne (2a) : un sourd-muet, un imbécile et un mineur peuvent être l'objet d'un vœu et être évalués, mais ils ne font ni vœu d'évaluation marchande ni vœu de valorisation.
מִפְּנֵי שֶׁרִיבָּה הַכָּתוּב בַּנֶּעֱרָכִין יוֹתֵר מִבַּמַּעֲרִיכִין, שֶׁהֲרֵי חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן נֶעֱרָךְ, אֲבָל לֹא מַעֲרִיכִין.
Rabbi Yehouda dit que les versets doivent être interprétés à l'inverse : « Les enfants d'Israël » peuvent être l'objet d'une valorisation, mais pas les païens. On aurait pu penser que les païens ne peuvent pas non plus faire de vœu de valorisation. C'est pourquoi le verset dit l'expression inclusive : « Un homme » (Vayikra 27, 2) — pour inclure tout « homme », même un païen, dans la halakha des érakhin.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נֶעֱרָכִין וְאֵין הַגּוֹיִם נֶעֱרָכִין; יָכוֹל לֹא יְהוּ מַעֲרִיכִין? תַּלְמוּד לוֹמַר ״אִישׁ״.