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Traité Arachin

30b

Étude de Arachin 30b

Étude de la Guémara 30b

Guémara
Je suis prêt à répondre à toute question qu'on me pose, comme ben Azzai, qui exposait régulièrement dans les marchés de Tibériade. L'un des Sages dit à Abbaye : les versets traitant du rachat d'un esclave hébreu peuvent être interprétés comme une indulgence pour l'esclave, et ils peuvent aussi être interprétés comme une rigueur à son égard. D'où déduit-on que les versets doivent être interprétés comme une indulgence pour l'esclave ? Dis plutôt qu'ils doivent être interprétés comme une rigueur à son égard !
הֲרֵינִי כְּבֶן עַזַּאי בְּשׁוּקֵי טְבֶרְיָא. אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן לְאַבָּיֵי: אִיכָּא לְמִידְרְשִׁינְהוּ לְקוּלָּא, וְאִיכָּא לְמִידְרְשִׁינְהוּ לְחוּמְרָא, מִמַּאי דִּלְקוּלָּא? אֵימָא לְחוּמְרָא!
Abbaye explique : une telle possibilité ne devrait pas te venir à l'esprit, du fait que le Miséricordieux a été explicitement indulgent envers l'esclave. Comme il est enseigné dans une baraïta : le verset dit au sujet d'un esclave hébreu : « Et il arrivera, s'il te dit : Je ne sortirai pas de chez toi… car il se porte bien avec toi » (Devarim 15, 16). Le terme « avec toi » indique que l'esclave doit être avec toi, c'est-à-dire traité à égalité, en ce qui concerne la nourriture, et avec toi en ce qui concerne la boisson. Cela signifie que tu ne dois pas manger du pain fin pendant qu'il mange du pain inférieur [kibbar], pain de farine grossière mélangée au son. De même, tu ne dois pas boire du vin vieux pendant qu'il boit du vin nouveau inférieur. Tu ne dois pas dormir sur un lit de draps doux pendant qu'il dort à même le sol. De là les Sages ont dit : celui qui acquiert un esclave hébreu est considéré comme celui qui acquiert un maître pour lui-même, car il doit veiller à ce que les conditions de vie de l'esclave soient égales aux siennes.
לָא סָלְקָא דַּעְתָּיךְ, מִדְּאַקֵּיל רַחֲמָנָא גַּבֵּיהּ, דְּתַנְיָא: ״כִּי טוֹב לוֹ עִמָּךְ״ — עִמָּךְ בַּמַּאֲכָל, עִמְּךָ בַּמִּשְׁתֶּה, שֶׁלֹּא תְּהֵא אוֹכֵל פַּת נְקִיָּה וְהוּא אוֹכֵל פַּת קִיבָּר, אַתָּה שׁוֹתֶה יַיִן יָשָׁן וְהוּא שׁוֹתֶה יַיִן חָדָשׁ, אַתָּה יָשֵׁן עַל גַּבֵּי מוֹכִין וְהוּא יָשֵׁן עַל גַּבֵּי קַרְקַע; מִיכָּן אָמְרוּ: הַקּוֹנֶה עֶבֶד עִבְרִי כְּקוֹנֶה אָדוֹן לְעַצְמוֹ.
Ce Sage soulève une objection à Abbaye : au contraire, imposons une rigueur à l'esclave, en raison de l'énoncé de Rabbi Yossei, fils de Rabbi Ḥanina. Car Rabbi Yossei, fils de Rabbi Ḥanina, dit, en expliquation du rapprochement de plusieurs passages dans la Torah (Vayikra, chapitre 25) : viens et vois combien est sévère, même la trace de violation de l'interdiction de l'année sabbatique [Shevi'it], car l'interdiction de faire du commerce avec les produits de la Shevi'it n'est pas l'une des interdictions principales de la Shevi'it, et pourtant sa punition est dure.
אַדְּרַבָּה, נַחְמִיר עֲלֵיהּ מִדְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא! דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: ״בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה קָשֶׁה אֲבָקָהּ שֶׁל שְׁבִיעִית״.
Rabbi Yossei, fils de Rabbi Ḥanina, poursuit : si une personne fait du commerce avec les produits de la Shevi'it ou du Yovel, finalement elle deviendra si pauvre qu'elle sera contrainte de vendre ses biens mobiliers, comme il est dit : « Dans cette année de Yovel, vous retournerez chacun à sa possession » (Vayikra 25, 13), et il est écrit dans le verset suivant : « Et si vous vendez une vente à votre prochain, ou achetez de la main de votre prochain », ce qui vise un objet acquis en le passant de main en main. Le rapprochement des deux versets indique que si l'on viole les halakhot du Yovel ou de la Shevi'it, on finira par devoir vendre ses biens mobiliers.
אָדָם נוֹשֵׂא וְנוֹתֵן בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית, לְסוֹף מוֹכֵר אֶת מִטַּלְטְלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל הַזֹּאת תָּשׁוּבוּ אִישׁ אֶל אֲחוּזָּתוֹ״, וּכְתִיב: ״וְכִי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר לַעֲמִיתֶךָ אוֹ קָנֹה מִיַּד עֲמִיתֶךָ״, דָּבָר הַנִּקְנֶה מִיָּד לְיָד.
S'il ne ressent pas de remords et ne se repent pas, finalement il sera contraint de vendre ses champs, comme il est dit dans un verset adjacent : « Si ton frère devient pauvre et vend une partie de sa possession ancestrale » (Vayikra 25, 25).
לֹא הִרְגִּישׁ — לַסּוֹף מוֹכֵר אֶת שְׂדוֹתָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכִי יָמוּךְ אָחִיךָ וּמָכַר מֵאֲחֻזָּתוֹ״.
Si la conscience de ses péchés ne lui vient pas, finalement il sera contraint de vendre sa maison, comme il est dit : « Et si un homme vend une maison d'habitation dans une ville fortifiée » (Vayikra 25, 29). La Guemara demande : qu'y a-t-il de différent là, dans la clause précédente, où le tanna dit que le pécheur ne ressent pas de remords, et ici, où il dit que la conscience de ses péchés ne lui vient pas ? La Guemara répond : c'est conforme à l'énoncé de Rav Houna, car Rav Houna dit : une fois qu'une personne commet une transgression et la répète, il lui est permis [de la commettre à nouveau].
לֹא בָּאת לְיָדוֹ — לַסּוֹף מוֹכֵר אֶת בֵּיתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִישׁ כִּי יִמְכּוֹר בֵּית מוֹשַׁב עִיר חוֹמָה״. מַאי שְׁנָא הָתָם דְּקָאָמַר ״לֹא הִרְגִּישׁ״, וּמַאי שְׁנָא הָכָא דְּקָאָמַר ״לֹא בָּאת לְיָדוֹ״? כִּדְרַב הוּנָא, דְּאָמַר רַב הוּנָא: כֵּיוָן שֶׁעָבַר אָדָם עֲבֵירָה וְשָׁנָה בָּהּ, הוּתְּרָה לוֹ.
La Guemara demande : il lui est permis, cela te vient à l'esprit ?! Plutôt, dis : cela devient pour lui comme permis — c'est-à-dire qu'après avoir transgressé la prohibition deux fois, il s'habitue à ce comportement et ne ressent plus que c'est un péché. Si l'on ne transgresse la prohibition qu'une seule fois, on est enclin à ressentir du remords. Une fois qu'on répète sa transgression, on perd cette sensibilité concernant ses péchés et on ne ressent plus aucun remords.
הוּתְּרָה לוֹ סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא: נַעֲשֵׂית לוֹ כְּהֶיתֵּר.
Rabbi Yossei, fils de Rabbi Ḥanina, poursuit : si la conscience de ses péchés ne lui vient pas, finalement il sera contraint d'emprunter à intérêt, comme il est dit : « Et si ton frère devient pauvre et défaille près de toi, alors tu le soutiendras » (Vayikra 25, 35), et il est écrit dans le verset suivant : « Tu ne prendras de lui ni intérêt ni augmentation » (Vayikra 25, 36).
לֹא בָּאת לְיָדוֹ — לַסּוֹף שֶׁלֹּוֶה בְּרִבִּית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכִי יָמוּךְ אָחִיךָ וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״אַל תִּקַּח מֵאִתּוֹ נֶשֶׁךְ וְתַרְבִּית״.
On n'en vient pas à emprunter à intérêt avant d'avoir déjà été contraint de vendre sa fille, comme il est dit : « Et quand un homme vendra sa fille comme servante » (Chémot 21, 7). La Guemara explique : et bien que sa fille ne soit pas mentionnée dans ce contexte dans Vayikra, néanmoins, une personne préfère vendre sa fille plutôt que d'emprunter de l'argent à intérêt. Car là, lorsqu'on vend sa fille, la somme requise pour la racheter diminue continuellement, tandis qu'ici, lorsqu'on emprunte à intérêt, sa dette augmente continuellement. On peut donc supposer que si l'on emprunte à intérêt, on a déjà vendu sa fille.
לֹא בָּאת לְיָדוֹ — עַד שֶׁמּוֹכֵר אֶת בִּתּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכִי יִמְכּוֹר אִישׁ [אֶת] בִּתּוֹ לְאָמָה״, וְאַף עַל גַּב דְּבִתּוֹ בְּהַאי עִנְיָנָא לֵיתַהּ, נִיחָא לְאִינִישׁ דְּלִיזַבֵּין בְּרַתֵּיה וְלָא לֵיזִיף בְּרִיבִּיתָא, דְּאִילּוּ הָתָם מְיגָרְעָא וְאָזְלָא, וְאִילּוּ הָכָא קָא מוֹסְפָא וְאָזְלָא.
Si la conscience de ses péchés ne lui vient pas, finalement il sera contraint de se vendre lui-même, comme il est dit : « Et quand ton frère deviendra pauvre près de toi et se vendra à toi » (Vayikra 25, 39). Non seulement il sera vendu à toi, un Juif de naissance ; il sera même vendu à un étranger, comme il est dit : « Et se vendra à l'étranger » (Vayikra 25, 47). Et non seulement à un étranger qui est un converti, mais même à un ger toshav [gentil résidant en Erets Yisrael et observant les sept préceptes noachides], comme il est dit : « Et se vendra à un ger toshav avec toi » (Vayikra 25, 47).
לֹא בָּאת לְיָדוֹ — לַסּוֹף שֶׁמּוֹכֵר אֶת עַצְמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יָמוּךְ אָחִיךָ עִמָּךְ וְנִמְכַּר לָךְ״; לֹא לָךְ אֶלָּא לְגֵר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְגֵר״, וְלֹא לְגֵר צֶדֶק אֶלָּא לְגֵר תּוֹשָׁב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְגֵר תּוֹשָׁב״.
Lorsque le verset dit ensuite : « Ou à la famille d'un étranger », cela vise les parents païens d'un ger toshav, qui sont idolâtres. Lorsqu'il dit : « Ou à la souche [le'eker] de la famille d'un étranger », cela vise celui qui est vendu et devient serviteur de l'idolâtrie elle-même — c'est-à-dire qu'on le met au service dans un temple dédié à l'idolâtrie. En tout état de cause, la baraïta enseigne que ce n'est qu'à cause des péchés d'un individu qu'il atteint un point si bas qu'il doit se vendre comme esclave. Si tel est le cas, les versets traitant d'un esclave hébreu devraient être interprétés de manière stricte, afin que l'esclave ne puisse pas être facilement racheté.
״מִשְׁפַּחַת גֵּר״ — זֶה הַגּוֹי. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״אוֹ לְעֵקֶר מִשְׁפַּחַת גֵּר״ — זֶה הַנִּמְכָּר וְנַעֲשֶׂה מְשָׁרֵת לַעֲבוֹדָה זָרָה עַצְמָהּ.
Abbaye lui dit : mais le verset le restitue ensuite — c'est-à-dire qu'il exige qu'on s'efforce de le racheter de l'esclavage. Comme le tanna de l'école de Rabbi Yishmaël a enseigné : puisqu'il est allé et s'est vendu à un temple dédié à l'idolâtrie, lancerais-je une pierre après celui qui est tombé ? En d'autres termes, peut-être devrait-on le laisser à ses propres dispositifs ? Le verset dit : il aura un droit de rachat perpétuel, et il sortira au Yovel (voir Vayikra 25, 31, 48). La Guemara objecte : même ainsi, tu peux dire qu'il aura un rachat afin qu'il ne soit pas assimilé parmi les païens — mais en réalité, en ce qui concerne son rachat, nous serons stricts, car ce n'est qu'à cause de ses péchés qu'il est asservi.
אֲמַר לֵיהּ: הָא אַהְדְּרֵיהּ קְרָא, וְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: הוֹאִיל וְהָלַךְ וּמָכַר עַצְמוֹ לַעֲבוֹדָה זָרָה, אֶידְחֶה אֶבֶן אַחֵר הַנּוֹפֵל? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״גְּאוּלַּת עוֹלָם תִּהְיֶה לּוֹ וּבַיּוֹבֵל יֵצֵא״. אֵימָא: גְּאוּלָּה תִּהְיֶה לוֹ — דְּלָא לִיטַּמַּע בַּגּוֹיִם, וּלְעוֹלָם לְעִנְיַן פִּדְיוֹנוֹ נַחְמִיר!
Arachin 30b
100%
ערכין ל׳ במַסֶּכֶת עֲרָכִין