§ Un dilemme fut soulevé devant les Sages : selon Rabbi Éliézer, si le propriétaire a consacré son champ ancestral et n'a pas réussi à le racheter avant la première année du Yovel [Jubilé], mais l'a racheté pendant le second cycle du Yovel, est-il considéré comme une autre personne qui a racheté le champ — auquel cas il est donné aux cohanim au Yovel suivant — ou non — c'est-à-dire que, puisque celui qui a finalement racheté le champ en premier a été le propriétaire, le champ reste-t-il en sa possession comme s'il l'avait racheté pendant le premier cycle du Yovel ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: בְּעָלִים בְּיוֹבֵל שֵׁנִי, כְּאַחֵר דָּמוּ אוֹ לָא?
La Guemara propose : viens entendre une résolution de ce dilemme tirée de la baraïta suivante : puisque le verset dit : « Et s'il ne rachète pas le champ, ou s'il a vendu le champ à un autre homme, il ne sera plus racheté » (Vayikra 27, 20), on aurait pu penser que cela signifie qu'il ne sera plus racheté du tout par son propriétaire — même pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté [sdeh mikna]. Le verset dit donc : « Plus » [od] — indiquant qu'il ne sera plus racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était — c'est-à-dire un champ ancestral — mais il peut être racheté pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté.
תָּא שְׁמַע: ״לֹא יִגָּאֵל״ — יָכוֹל לֹא תְּהֵא נִגְאֶלֶת, שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה? תַּלְמוּד לוֹמַר ״עוֹד״ — לִכְמוֹת שֶׁהָיְתָה אֵינָהּ נִגְאֶלֶת, אֲבָל נִגְאֶלֶת שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה.
La Guemara poursuit : selon cette baraïta, de quelle période le verset parle-t-il ? Si l'on dit qu'il vise un rachat survenant pendant le premier cycle du Yovel au cours duquel le champ a été consacré, pourquoi ne pourrait-il pas être racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était ? À ce moment-là, il est même rachetable comme champ ancestral, car si le propriétaire le rachète alors, il n'est pas retiré de sa possession pendant l'année du Yovel. Plutôt, il est évident que la baraïta interprète le verset comme visant un rachat survenant pendant le second cycle du Yovel.
אֵימַת? אִילֵּימָא בְּיוֹבֵל רִאשׁוֹן — אַמַּאי אֵינָהּ נִגְאֶלֶת? אֲחוּזָּה נָמֵי הָוְיָא! אֶלָּא פְּשִׁיטָא בְּיוֹבֵל שֵׁנִי.
Et selon l'avis de qui est cette baraïta ? Si l'on dit qu'elle est conforme soit à Rabbi Yehouda soit à Rabbi Shimon, cela ne peut être correct — car selon eux, le champ sort de la possession du trésor du Temple et est donné aux cohanim dès la première année du Yovel, après quoi il ne peut plus être racheté. Plutôt, n'est-ce pas conforme à l'avis de Rabbi Éliézer, qui maintient que le champ reste en la possession du trésor du Temple jusqu'à ce qu'il soit racheté, même pendant un cycle du Yovel ultérieur ? Et par conséquent, tu peux conclure de cette baraïta que, selon Rabbi Éliézer, un propriétaire qui rachète son champ ancestral au trésor du Temple pendant le second cycle du Yovel est considéré comme un autre — car il ne peut le racheter que pour qu'il soit traité comme un champ acheté.
וּלְמַאן? אִי לְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן — לְכֹהֲנִים נָפְקָא! אֶלָּא לָאו לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וּשְׁמַע מִינַּהּ: בְּעָלִים בְּיוֹבֵל שֵׁנִי כְּאַחֵר דָּמוּ.
La Guemara demande : et peut-on comprendre la baraïta de cette manière ? Si tel est le cas, que dérivent Rabbi Yehouda et Rabbi Shimon de ce terme : « Plus » ? Plutôt, de quoi traitons-nous ici ? Nous traitons d'un champ ancestral dont le propriétaire l'a consacré et ne l'a pas racheté, qui est sorti de la possession du trésor du Temple et a été donné aux cohanim à la première année du Yovel ; et le cohen qui a reçu le champ l'a ensuite consacré, puis le propriétaire d'origine est venu le racheter au trésor du Temple. Il pourrait venir à l'esprit de dire : puisque le propriétaire n'a pas racheté ce champ pendant le premier cycle du Yovel, il ne sera plus racheté par lui du tout — même pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté. Le verset dit donc : « Plus » — indiquant qu'il ne sera plus racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était — c'est-à-dire un champ ancestral — mais il peut être racheté pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté.
וְתִסְבְּרַאּ?! רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הַאי ״עוֹד״ מַאי דָּרְשִׁי בֵּיהּ? אֶלָּא, הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? בְּשָׂדֶה שֶׁיָּצְאָה לַכֹּהֲנִים, וְהִקְדִּישָׁהּ כֹּהֵן, וַאֲתוֹ בְּעָלִים לְמִיפְרְקַהּ. סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: לָא תִּיפְרוֹק, שֶׁתְּהֵא כִּשְׂדֵה מִקְנָה. תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עוֹד״ — לִכְמוֹת שֶׁהָיְתָה אֵינָהּ נִגְאֶלֶת, אֲבָל נִגְאֶלֶת שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה.
Et de même, il est enseigné dans une baraïta : concernant celui qui a consacré un champ acheté et l'a racheté, puisque le verset dit : « À l'année du Yovel, le champ retournera à celui de qui il a été acheté » (Vayikra 27, 24), on aurait pu penser que le champ retournera au trésorier du Temple, de qui il l'a acheté lorsqu'il l'a racheté. Le verset dit donc : « À celui à qui appartient la possession du sol » — c'est-à-dire au propriétaire ancestral.
וְהָתַנְיָא: ״יָשׁוּב הַשָּׂדֶה לַאֲשֶׁר קָנָהוּ מֵאִתּוֹ״, יָכוֹל יַחְזוֹר לַגִּזְבָּר שֶׁלְּקָחָהּ הֵימֶנּוּ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לַאֲשֶׁר לוֹ אֲחֻזַּת הָאָרֶץ״.
La baraïta poursuit : pourquoi le verset doit-il dire : « À celui de qui il a été acheté » ? La baraïta répond : le verset vise un champ ancestral qui avait été consacré et non racheté, et qui est donc sorti de la possession du trésor du Temple et a été donné aux cohanim à l'année du Yovel ; et le cohen qui a reçu le champ l'a ensuite vendu à un autre, et l'acheteur l'a ensuite consacré, et une autre personne l'a racheté au trésor du Temple. On aurait pu penser que, lorsque le prochain Yovel arrive, il retournera au propriétaire d'origine. Le verset dit donc : « À l'année du Yovel, le champ retournera à celui de qui il a été acheté » — indiquant que le champ est rendu au cohen qui a vendu le champ.
מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״? שָׂדֶה שֶׁיָּצְאָה לַכֹּהֲנִים, וּמְכָרָהּ כֹּהֵן, וְהִקְדִּישָׁהּ לוֹקֵחַ, וּגְאָלָהּ אַחֵר — יָכוֹל תַּחְזוֹר לַבְּעָלִים הָרִאשׁוֹנִים? תַּלְמוּד לוֹמַר ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״.
La Guemara note : et il a été nécessaire que la Torah écrive : « Il ne sera plus racheté », et il a aussi été nécessaire qu'elle écrive : « À celui de qui il a été acheté » — car si le Tout-Miséricordieux avait écrit seulement : « Il ne sera plus racheté », on aurait pu penser que le champ ne retourne pas au propriétaire d'origine seulement dans un cas où le cohen a consacré le champ et que le propriétaire d'origine l'a racheté — car un champ ancestral consacré par son propriétaire et racheté par un autre ne retourne pas du tout. Mais dans un cas où le cohen l'a vendu à un autre et que l'acheteur l'a consacré, peut-être devrait-il retourner à son propriétaire d'origine. Le Tout-Miséricordieux a donc écrit : « À celui de qui il a été acheté » — indiquant qu'il retourne au cohen.
וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב ״לֹא יִגָּאֵל״, וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יִגָּאֵל״ דְּלָא קָא הָדְרָא כְּלָל, כְּתַב רַחֲמָנָא ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״.
Et si le Tout-Miséricordieux avait écrit seulement : « À celui de qui il a été acheté », on aurait pu penser que le champ ne retourne pas à son propriétaire d'origine pendant l'année du Yovel seulement dans un cas où le cohen l'a vendu et que l'acheteur l'a consacré — car le propriétaire n'a donné aucun paiement pour le champ au trésor du Temple. Mais ici, où le cohen a consacré le champ et que son propriétaire d'origine l'a racheté — car le propriétaire verse un paiement pour le champ au trésor du Temple — on aurait pu penser qu'il devrait rester en ses mains comme son champ ancestral. Le Tout-Miséricordieux a donc écrit : « Il ne sera plus racheté. »
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״, דְּלָא קָיָהֲבִי בְּעָלִים דְּמֵי, אֲבָל הָכָא, דְּיָהֲבִי בְּעָלִים דְּמֵי, דְּתֵיקוּם בִּידַיְהוּ, כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יִגָּאֵל״.
Et si le Tout-Miséricordieux avait écrit seulement : « Il ne sera plus racheté », sans écrire : « Plus », j'aurais dit qu'il ne sera plus racheté du tout, car son propriétaire d'origine n'a pas réussi à le racheter pendant le premier cycle du Yovel. Le Tout-Miséricordieux écrit donc : « Plus » — pour indiquer qu'il ne sera plus racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était, mais qu'il peut être racheté pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יִגָּאֵל״, וְלָא כְּתַב ״עוֹד״, הֲוָה אָמֵינָא לָא תִּיפְרוֹק כְּלָל, כְּתַב רַחֲמָנָא ״עוֹד״, לִכְמוֹת שֶׁהָיְתָה אֵינָהּ נִגְאֶלֶת, אֲבָל נִגְאֶלֶת שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה.
La Guemara demande : puisqu'il a été établi que le terme « plus » est nécessaire selon tous les avis, quelle conclusion a été tirée du dilemme initial concernant la question de savoir si le propriétaire est considéré comme une autre personne pendant le second cycle du Yovel ? La Guemara répond : viens entendre une preuve tirée de la baraïta suivante : Rabbi Éliézer dit : si le propriétaire l'a racheté pendant le second cycle du Yovel, il sort de la possession du trésor du Temple et est donné aux cohanim pendant l'année du Yovel.
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? תָּא שְׁמַע: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: גְּאָלָהּ בְּעָלִים בְּיוֹבֵל שֵׁנִי — יוֹצְאָה לַכֹּהֲנִים בַּיּוֹבֵל.
Ravina dit à Rav Ashi : mais nous n'avons pas appris cette interprétation de l'avis de Rabbi Éliézer dans la Michna ! La Michna dit plutôt que Rabbi Éliézer dit : les cohanim n'entrent jamais dans un champ consacré pendant l'année du Yovel avant qu'une autre personne ne l'ait d'abord racheté. Cela indiquerait que si c'est le propriétaire — plutôt que toute autre personne — qui rachète finalement le champ, il reste en sa possession même s'il l'a fait pendant le second cycle du Yovel. Rav Ashi lui répondit : pendant le second cycle du Yovel, le propriétaire est considéré comme une autre personne.
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: הָאֲנַן לָא תְּנַן הָכִי, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֵין הַכֹּהֲנִים נִכְנָסִין לְתוֹכָהּ עַד שֶׁיִּגְאָלֶנָּה אַחֵר! אֲמַר לֵיהּ: בְּעָלִים בְּיוֹבֵל שֵׁנִי כְּאַחֵר דָּמוּ.