Guémara
à partir de ceux consacrés pour l'entretien du Temple, par exemple une maison consacrée — mais l'on ne déduit pas le statut des biens consacrés pour l'entretien du Temple à partir des biens consacrés pour l'autel, tels que les deux agneaux apportés à Chavouot [Shavuot].
מִקׇּדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, וְאֵין דָּנִין קׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת מִקׇּדְשֵׁי מִזְבֵּחַ.
La Guemara objecte : et que Rabbi Shimon déduise aussi la halakha par une analogie verbale à partir de celui qui consacre une maison ! Pourquoi diverge-t-il de Rabbi Yehouda ? La Guemara explique : on déduit la halakha d'un objet qui est un don aux cohanim — tel qu'un champ ancestral donné aux cohanim pendant l'année du Yovel — à partir d'un autre objet qui est un don aux cohanim, c'est-à-dire les deux agneaux apportés à Chavouot ; mais on ne déduit pas la halakha d'un objet qui est un don aux cohanim à partir d'un objet qui n'est pas un don aux cohanim — c'est-à-dire une maison consacrée.
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן נָמֵי, נֵילַף מִמַּקְדִּישׁ בַּיִת! דָּנִין דָּבָר שֶׁמַּתָּנָה לַכֹּהֲנִים, מִדָּבָר שֶׁמַּתָּנָה לַכֹּהֲנִים, וְאֵין דָּנִין דָּבָר שֶׁמַּתָּנָה לַכֹּהֲנִים, מִדָּבָר שֶׁאֵינוֹ מַתָּנָה לַכֹּהֲנִים.
§ La Michna enseigne que si l'on consacre son champ ancestral et qu'il n'est pas racheté avant le Yovel, Rabbi Éliézer dit : les cohanim n'entrent pas dans le champ, et ils ne versent pas non plus son prix de rachat au trésor du Temple. Selon Rabbi Éliézer, les cohanim n'obtiennent la possession d'un champ consacré pendant l'année du Yovel que si une autre personne l'a d'abord racheté.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: לֹא נִכְנָסִין, וְלֹא נוֹתְנִין.
Rabba dit : quelle est la raison de l'avis de Rabbi Éliézer ? C'est parce que le verset dit : « Et s'il ne rachète pas le champ, il ne sera plus racheté ; ou s'il a vendu le champ, et le champ, quand il sortira au Yovel » (Vayikra 27, 20-21). Selon Rabba, Rabbi Éliézer maintient que ces versets enseignent deux halakhot distinctes, et doivent être lus ainsi : « Et s'il ne rachète pas le champ… il ne sera plus racheté » comme champ ancestral ; et : « Ou s'il a vendu le champ… Mais le champ, quand il sortira au Yovel… sa possession ancestrale sera pour le cohen. » Par conséquent, si le champ n'a pas encore été vendu à un autre homme, il n'est pas transféré aux cohanim pendant le Yovel.
אָמַר רַבָּה: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר? אָמַר קְרָא: ״וְאִם לֹא יִגְאַל אֶת הַשָּׂדֶה לֹא יִגָּאֵל עוֹד, וְאִם מָכַר אֶת הַשָּׂדֶה וְהָיָה הַשָּׂדֶה בְּצֵאתוֹ בַיּוֹבֵל״.
Abbaye dit : un couteau aiguïné coupe-t-il les versets, pour qu'on puisse les interpréter en lisant les mots dans le désordre ? Plutôt, Abbaye dit : la raison de l'avis de Rabbi Éliézer est comme il est enseigné dans une baraïta : puisque le verset dit : « Et s'il ne rachète pas le champ, ou s'il a vendu le champ à un autre homme, il ne sera plus racheté », on aurait pu penser que cela signifie qu'il ne sera plus racheté du tout par son propriétaire — même pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté [sdeh mikna], qui reste en sa possession jusqu'au Yovel. Le verset dit donc : « Plus » [od] — indiquant qu'il ne sera plus racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était — c'est-à-dire pour retrouver le statut de champ ancestral — mais il peut être racheté pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté.
אָמַר אַבָּיֵי: סַכִּינָא חֲרִיפָא מַפְסְקָא קְרָאֵי? אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי: טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר כִּדְתַנְיָא: ״לֹא יִגָּאֵל״ — יָכוֹל לֹא תְּהֵא נִגְאֶלֶת שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה? תַּלְמוּד לוֹמַר ״עוֹד״ — לִכְמוֹת שֶׁהָיְתָה אֵינָהּ נִגְאֶלֶת, אֲבָל נִגְאֶלֶת שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה.
Abbaye poursuit : selon cette baraïta, de quelle période le verset parle-t-il ? Si l'on dit qu'il vise un rachat survenant pendant le premier cycle du Yovel au cours duquel le champ a été consacré, pourquoi ne pourrait-il pas être racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était ? À ce moment-là, il est même rachetable comme champ ancestral, car si le propriétaire le rachète alors, il n'est pas retiré de sa possession pendant l'année du Yovel. Plutôt, il est évident que la baraïta interprète le verset comme visant un rachat survenant pendant le second cycle du Yovel.
אֵימַת? אִילֵּימָא בְּיוֹבֵל רִאשׁוֹן — אַמַּאי אֵינָהּ נִגְאֶלֶת? שְׂדֵה אֲחוּזָּה נָמֵי הָוְיָא! אֶלָּא פְּשִׁיטָא בְּיוֹבֵל שֵׁנִי.
Et selon l'avis de qui est cette baraïta ? Si l'on dit qu'elle est conforme soit à Rabbi Yehouda soit à Rabbi Shimon, cela ne peut être correct — car selon eux, le champ sort de la possession du trésor du Temple et est donné aux cohanim dès la première année du Yovel, après quoi il ne peut plus être racheté. Plutôt, n'est-ce pas conforme à l'avis de Rabbi Éliézer, qui maintient que le champ reste en la possession du trésor du Temple jusqu'à ce qu'il soit racheté, même pendant un cycle du Yovel ultérieur ? Et par conséquent, conclus de cette baraïta que la raison de l'avis de Rabbi Éliézer vient d'ici — c'est-à-dire du terme superflu « plus » [od].
וּלְמַאן? אִילֵימָא לְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן, לְכֹהֲנִים נָפְקָא! אֶלָּא לָאו רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וּשְׁמַע מִינַּהּ טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מֵהָכָא.
La Guemara demande : et peut-on comprendre la baraïta de cette manière ? Si tel est le cas, que dérivent Rabbi Yehouda et Rabbi Shimon de ce terme : « Plus » ? Plutôt, la baraïta peut être comprise conformément à leurs avis aussi — de quoi traitons-nous ici ? Nous traitons d'un champ ancestral dont le propriétaire l'a consacré et ne l'a pas racheté, qui est sorti de la possession du trésor du Temple et a été donné aux cohanim pendant la première année du Yovel ; et le cohen qui a reçu le champ l'a ensuite consacré, puis le propriétaire d'origine est venu le racheter au trésor du Temple.
וְתִסְבְּרָא, רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הַאי ״עוֹד״ מַאי דָּרְשִׁי בֵּיהּ? אֶלָּא, הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן — בְּשָׂדֶה שֶׁיָּצְאָה לַכֹּהֲנִים, וְהִקְדִּישָׁהּ כֹּהֵן, וְאָתוּ בְּעָלִים לְמִיפְרְקַהּ.
Il pourrait venir à l'esprit de dire : puisque le propriétaire n'a pas racheté ce champ pendant le premier cycle du Yovel, il ne sera plus racheté par lui du tout — même pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté. Le verset dit donc : « Plus » — indiquant qu'il ne sera plus racheté pour qu'il retourne à ce qu'il était — c'est-à-dire un champ ancestral — mais il peut être racheté pour qu'il soit traité pour lui comme un champ acheté, qui reste en sa possession seulement jusqu'à l'année du Yovel.
סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: לָא תִּיפְרוֹק, שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עוֹד״, לִכְמוֹת שֶׁהָיְתָה אֵינָהּ נִגְאֶלֶת, אֲבָל נִגְאֶלֶת שֶׁתְּהֵא לְפָנָיו כִּשְׂדֵה מִקְנָה.
Et de même, il est enseigné dans une baraïta : concernant celui qui a consacré un champ acheté et l'a racheté, puisque le verset dit : « À l'année du Yovel, le champ retournera à celui de qui il a été acheté » (Vayikra 27, 24), on aurait pu penser que le champ retournera au trésorier du Temple, de qui il l'a acheté lorsqu'il l'a racheté. Le verset dit donc immédiatement après : « À celui à qui appartient la possession du sol » — c'est-à-dire au propriétaire ancestral qui avait initialement vendu le champ à celui qui l'a consacré.
וְהָתַנְיָא: ״בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל יָשׁוּב הַשָּׂדֶה לַאֲשֶׁר קָנָהוּ מֵאִתּוֹ״, יָכוֹל יַחְזוֹר לַגִּזְבָּר שֶׁלְּקָחוֹ מִמֶּנּוּ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לַאֲשֶׁר לוֹ אֲחֻזַּת הָאָרֶץ״.
La baraïta poursuit : que le verset dise simplement : « À celui à qui appartient la possession du sol. » Pourquoi le verset doit-il dire d'abord : « À celui de qui il a été acheté » ? La baraïta répond : le verset vise un champ ancestral dont le propriétaire l'a consacré et ne l'a pas racheté, qui est sorti de la possession du trésor du Temple et a été donné aux cohanim pendant l'année du Yovel ; et le cohen qui a reçu le champ l'a ensuite vendu à un autre, et l'acheteur l'a ensuite consacré, et une autre personne l'a racheté au trésor du Temple. On aurait pu penser que, lorsque le prochain Yovel arrive, il retournera au propriétaire d'origine. Le verset dit donc : « À l'année du Yovel, le champ retournera à celui de qui il a été acheté » — indiquant que le champ est rendu au cohen qui a vendu le champ.
יֵאָמֵר: ״לַאֲשֶׁר לוֹ אֲחֻזַּת הָאָרֶץ״, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ מֵאִתּוֹ״? שָׂדֶה שֶׁיָּצָאת לַכֹּהֲנִים, וּמְכָרָהּ כֹּהֵן, וְהִקְדִּישָׁהּ לוֹקֵחַ, וּגְאָלָהּ אַחֵר — יָכוֹל תַּחְזוֹר לַבְּעָלִים הָרִאשׁוֹנִים? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״.
La Guemara note : et il a été nécessaire que la Torah écrive : « Il ne sera plus racheté », et il a aussi été nécessaire qu'elle écrive : « À celui de qui il a été acheté » — malgré le fait que les deux expressions enseignent apparemment la même halakha, à savoir qu'après qu'un champ ancestral consacré est resté non racheté et donné aux cohanim pendant l'année du Yovel, il ne retourne jamais au propriétaire d'origine.
וְאִיצְטְרִיךְ ״לֹא יִגָּאֵל״, וְאִיצְטְרִיכָא לְמִיכְתַּב ״לַאֲשֶׁר קָנָהוּ״.