Il s'agit de toute année au milieu du cycle du Yovel [Jubilé]. L'énoncé de la Michna doit être lu ainsi : après l'année du Yovel, on ne peut pas racheter un champ pour moins que le prix d'une année — c'est-à-dire que tant qu'une année n'est pas complète, on ne la déduit pas du prix de rachat. Par exemple, s'il reste cinq ans et demi jusqu'au Yovel, il doit donner six sela et six pundeyon pour son rachat, et non cinq sela et demi et cinq pundeyon et demi.
בְּאֶמְצַע יוֹבֵל, דְּכֹל כַּמָּה דְּלָא מָלְיָא לֵיהּ שָׁנָה לָא מְגָרַע לֵיהּ.
La Guemara demande : qu'enseigne le tannaïm ? Dit-il qu'on ne compte pas les mois afin de réduire le prix à payer au trésor du Temple ? Une telle interprétation est intenable, car cette halakha est enseignée explicitement dans la ligne suivante de la Michna — on ne compte pas les mois afin de réduire le prix à payer au trésor du Temple. La Guemara répond : le tannaïm ne tente pas d'enseigner ici une halakha distincte. Plutôt, il emploie le style connu sous le nom de : « Quelle est la raison », et la Michna doit être lue ainsi : quelle est la raison pour laquelle on ne peut pas racheter un champ après l'année du Yovel pour moins que le prix d'une année complète ? C'est parce qu'on ne compte pas les mois afin de réduire le prix à payer au trésor du Temple.
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן, דְּאֵין מְחַשְּׁבִין חֳדָשִׁים עִם הַהֶקְדֵּשׁ? הָא בְּהֶדְיָא קָתָנֵי: ״אֵין מְחַשְּׁבִין חֳדָשִׁים עִם הַהֶקְדֵּשׁ!״ מָה טַעַם קָאָמַר: מָה טַעַם לֹא גּוֹאֲלִין לְאַחַר יוֹבֵל פָּחוֹת מִשָּׁנָה — מִשּׁוּם דְּאֵין מְחַשְּׁבִין חֳדָשִׁים עִם הַהֶקְדֵּשׁ.
§ La Michna enseigne : on ne compte pas les mois afin de réduire le prix à payer au trésor du Temple, mais le trésor du Temple peut compter les mois afin d'augmenter le prix de rachat. À ce sujet, les Sages ont enseigné dans une baraïta : d'où déduit-on qu'on ne compte pas les mois afin de réduire le prix à payer au trésor du Temple ? Le verset dit : « Alors le cohen calculera pour lui l'argent selon les années qui restent jusqu'à l'année du Yovel, et il sera fait une déduction de ton évaluation » (Vayikra 27, 18). Cela enseigne qu'on calcule des années, mais qu'on ne compte pas des mois.
אֵין מְחַשְּׁבִין חֳדָשִׁים וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁאֵין מְחַשְּׁבִין חֳדָשִׁים עִם הַהֶקְדֵּשׁ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְחִשַּׁב לוֹ הַכֹּהֵן אֶת הַכֶּסֶף עַל פִּי הַשָּׁנִים הַנּוֹתָרוֹת״ — שָׁנִים אַתָּה מְחַשֵּׁב, וְאִי אַתָּה מְחַשֵּׁב חֳדָשִׁים.
De plus, d'où déduit-on que si toi — c'est-à-dire le cohen représentant le trésor du Temple — tu veux considérer des mois comme une année complète, tu peux le faire ? Et quelles sont les circonstances dans lesquelles le cohen voudrait agir ainsi ? Par exemple, dans un cas où l'on a consacré le champ au milieu de la quarante-huitième année et souhaite le racheter. Dans un tel cas, si les mois écoulés sont calculés comme une année complète, alors la halakha concernant le rachat d'un champ l'année précédant le Yovel s'applique, et le champ doit être racheté selon son évaluation complète de cinquante sela par beit kor — plutôt que le prix de rachat de deux sela et deux pundeyon par beit kor qui s'appliquerait si le calcul se fondait sur deux années restant jusqu'au Yovel.
מִנַּיִין שֶׁאִם אַתָּה רוֹצֶה לַעֲשׂוֹת חֳדָשִׁים לַשָּׁנָה עוֹשֶׂה? הֵיכִי דָּמֵי — כְּגוֹן דְּאַקְדְּשֵׁיהּ בְּפַלְגָא דְּאַרְבְּעִין וְתַמְנֵי.
D'où déduit-on cette halakha ? Le verset dit : « Alors le cohen calculera pour lui » — ce qui indique que le cohen calcule pour lui en tout cas, c'est-à-dire que le calcul s'effectue selon sa discrétion.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְחִשַּׁב לוֹ הַכֹּהֵן״, מִכׇּל מָקוֹם.
Mishna 1
MISHNA : Dans le cas de celui qui consacre son champ ancestral pendant une période où l'année du Yovel est observée et souhaite le racheter, il verse au trésor du Temple cinquante sela — mesure talmudique appelée dans la Bible shekels d'argent — pour une surface nécessaire pour semer un homer, mesure connue en terminologie talmudique comme un kor, de graines d'orge (voir Vayikra 27, 16). S'il y avait des crevasses [neka'im] profondes de dix tefahim [paumes] dans le champ, ou des rochers hauts de dix tefahim, ces zones ne sont pas mesurées avec le reste du champ lors du calcul du prix de rachat. Mais si la profondeur des crevasses ou la hauteur des rochers était inférieure à cette mesure, elles sont mesurées avec le reste du champ.
מַתְנִי׳ הַמַּקְדִּישׁ שָׂדֵהוּ בִּשְׁעַת הַיּוֹבֵל, נוֹתֵן בְּזֶרַע חוֹמֶר שְׂעוֹרִים ״חֲמִשִּׁים שֶׁקֶל כָּסֶף״. הָיוּ שָׁם נְקָעִים עֲמוּקִּים עֲשָׂרָה טְפָחִים, אוֹ סְלָעִים גְּבוֹהִים עֲשָׂרָה טְפָחִים — אֵינָן נִמְדָּדִין עִמָּהּ, פָּחוֹת מִכָּאן — נִמְדָּדִין עִמָּהּ.(משנה)
S'il a consacré le champ deux ou trois ans avant l'année du Yovel et souhaite le racheter, il verse au trésor du Temple un sela et un pundeyon par année restant jusqu'au Yovel. Et s'il a dit : « Je donnerai le paiement de chaque année au cours de cette année », on ne l'écoute pas ; il doit plutôt donner la somme entière en un seul paiement. C'est la halakha tant pour le cas où le propriétaire rachète le champ que pour celui où toute autre personne le rachète. Quelle est alors la différence entre le rachat par le propriétaire et le rachat par toute autre personne ? Seulement que le propriétaire verse un cinquième supplémentaire en plus du paiement, et toute autre personne qui rachète le champ ne verse pas ce cinquième supplémentaire.
הִקְדִּישָׁהּ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים לִפְנֵי הַיּוֹבֵל — נוֹתֵן סֶלַע וּפוּנְדְּיוֹן לְשָׁנָה, וְאִם אָמַר: ״הֲרֵינִי נוֹתֵן דְּבַר שָׁנָה בְּשָׁנָה״ — אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ, אֶלָּא נוֹתֵן אֶת כּוּלּוֹ כְּאֶחָד. אֶחָד בְּעָלִים וְאֶחָד כׇּל הָאָדָם, מָה בֵּין בְּעָלִים לְכׇל אָדָם? אֶלָּא שֶׁבְּעָלִים נוֹתְנִין חוֹמֶשׁ, וְכׇל אָדָם אֵין נוֹתְנִין חוֹמֶשׁ.
Guémara
GUEMARA : Les Sages ont enseigné dans une baraïta : l'expression « le semis d'un homer d'orge sera évalué à cinquante shekels d'argent » (Vayikra 27, 16) vise une surface nécessaire pour semer un kor — trente saa — de graines d'orge, et non une surface qui produit un kor de récolte d'orge, qui est nettement plus petite. Cette surface est mesurée selon un champ semé à la main et non semé par des bœufs. Puisque les bœufs sèment le champ en tirant un semoir qui répand les graines plus densément, la surface contenant un kor semé par des bœufs est plus petite que celle d'un kor semé à la main. Lévi a enseigné dans une baraïta : la surface n'est pas mesurée selon un semis particulièrement dense, ni selon un semis clairsemé, mais selon une quantité moyenne de graines.
גְּמָ׳ תָּנָא: כּוֹר זֶרַע, וְלֹא כּוֹר תְּבוּאָה, מַפּוֹלֶת יָד, וְלֹא מַפּוֹלֶת שְׁוָורִים. תָּנֵי לֵוִי: לֹא מְעֻבֶּה וְלָא מֵידֵק, אֶלָּא בֵּינוֹנִי.
§ La Michna enseigne que s'il y avait des crevasses profondes de dix tefahim dans le champ, elles ne sont pas mesurées avec le reste du champ. La Guemara suggère : et qu'elles soient consacrées à part, car elles conviennent à la semaille et devraient donc exiger un rachat au même taux que le reste du champ — on pourrait simplement mesurer le champ avec les crevasses, et la mesure sera égale à la somme des tailles du champ et des crevasses.
הָיוּ שָׁם נְקָעִים עֲמוּקִּים כּוּ׳. וְלִיקְדְּשׁוּ בְּאַנְפֵּי נַפְשַׁיְיהוּ!
Et si tu disais que la Michna vise des crevasses qui ensemble n'occupent qu'une petite surface, et que puisqu'elles ne mesurent pas un beit kor elles ne sont pas consacrées — cela ne peut être correct : mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : le verset dit : « Et si un homme consacre pour l'Éternel une partie de son champ ancestral » (Vayikra 27, 16). Pourquoi le verset doit-il dire : « Champ » ? Puisqu'il est dit dans le même verset : « Ton évaluation sera selon son semis ; le semis d'un homer d'orge sera évalué à cinquante shekels d'argent », on pourrait dire : je n'ai déduit que la halakha lorsqu'il a consacré un champ comme celui-ci — c'est-à-dire mesurant au moins un beit kor. D'où déduit-on d'inclure des champs ne pouvant recevoir qu'un demi-kor ou la moitié d'un demi-kor, un saa ou un demi-saa [vetarkav], ou même la moitié d'un demi-saa ? Le verset dit : « Champ » — indiquant qu'on peut consacrer un champ en tout cas, quelle que soit sa taille.
וְכִי תֵּימָא, כֵּיוָן דְּלָא הָווּ בֵּית כּוֹר, לָא (הֲווֹ) קָדְשִׁי, וְהָתַנְיָא: שְׂדֵה, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר ״זֶרַע חוֹמֶר שְׂעוֹרִים בַּחֲמִשִּׁים שֶׁקֶל כָּסֶף״, אֵין לִי אֶלָּא שֶׁהִקְדִּישׁ כָּעִנְיָן הַזֶּה, מִנַּיִן לְרַבּוֹת לֶתֶךְ וַחֲצִי לֶתֶךְ, סְאָה וְתַרְקַב וַחֲצִי תַרְקַב? תַּלְמוּד לוֹמַר ״שָׂדֶה״, מִכׇּל מָקוֹם!
Mar Ukva bar Hama dit : ici, la Michna vise des crevasses remplies d'eau, qui ne conviennent pas à la semaille. Elles ne sont donc pas mesurées avec le champ, car le verset dit que l'évaluation est selon les surfaces propices à semer des graines d'orge. Le langage est aussi précis, car le tannaïm enseigne la halakha concernant les crevasses de manière similaire à celle des rochers — qui ne conviennent pas non plus à la semaille — comme il est dit : s'il y avait des crevasses profondes de dix tefahim ou des rochers hauts de dix tefahim. Conclus-en que la Michna vise des crevasses impropres à la semaille.
אָמַר מָר עוּקְבָא בַּר חָמָא: הָכָא בִּנְקָעִים מְלֵאִים מַיִם, דְּלָאו בְּנֵי זְרִיעָה נִינְהוּ. דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי דּוּמְיָא דִסְלָעִים, שְׁמַע מִינַּהּ.
La Guemara demande : si tel est le cas, lorsque la différence de hauteur entre le champ et les crevasses ou rochers est inférieure à dix tefahim, elles ne devraient pas non plus être mesurées avec le champ. Pourquoi la Michna indique-t-elle qu'elles sont mesurées avec le champ dans ce cas ? La Guemara répond : ces crevasses de moins de dix tefahim de profondeur sont appelées fissures du sol, et ces rochers de moins de dix tefahim de hauteur sont appelés arêtes du sol. Comme il n'y a pas de grande disparité de niveau entre eux et le champ lui-même, ils sont considérés comme faisant partie du champ et sont donc mesurés avec lui, malgré le fait qu'ils ne conviennent pas à la semaille.
אִי הָכִי, פָּחוֹת מִכָּאן נָמֵי! הָנְהוּ נְגָאנֵי דְאַרְעָא מִיקְּרוּ, שִׁידְרֵי דְּאַרְעָא מִיקְּרוּ.