Guémara
§ Un dilemme fut soulevé devant les Sages : les libations apportées à elles seules, sans offrande animale, exigent-elles le chant de la part des Lévimes pendant que les libations sont versées sur l'autel, ou n'exigent-elles pas le chant ? La Guemara expose les faces du dilemme : doit-on supposer que, puisque Shmouel bar Nahmani dit que Rabbi Yonatan dit : d'où déduit-on que les chants de louange au Temple ne sont récités que sur le vin, on en infère que nous récitons des chants chaque fois que du vin est versé sur l'autel ? Ou peut-être récitons-nous des chants seulement lors de l'« alimentation et boisson » de l'autel — c'est-à-dire quand une offrande animale est brûlée et qu'une libation est aussi versée sur l'autel — mais pour la « boisson » de l'autel seule, nous ne récitons pas de chants ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: נְסָכִים הַבָּאִים בִּפְנֵי עַצְמָן טְעוּנִין שִׁירָה אוֹ אֵין טְעוּנִין שִׁירָה? כֵּיוָן דְּאָמַר שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: ״מִנַּיִן שֶׁאֵין אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא עַל הַיַּיִן״ — אָמְרִינַן, אוֹ דִלְמָא עַל אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אָמְרִינַן, אַשְּׁתִיָּיה לְחוֹדַהּ לָא אָמְרִינַן?
La Guemara cherche à résoudre le dilemme par une baraïta citée plus haut. Viens et entends : Rabbi Yosse dit qu'on fait rouler le mérite vers un jour propice et le démérite vers un jour fâcheux — par exemple le 9 Av, date à laquelle plusieurs tragédies se sont déjà produites. Comme les Sages ont dit : quand le Temple fut détruit pour la première fois, ce jour était le 9 Av ; c'était la fin du Chabbat ; c'était l'année suivant une année de démission ; c'était la semaine de la garde sacerdotale de Yehoyariv ; et les prêtres et Lévites se tenaient sur leur plateforme et chantaient le verset : « Et Il fit retomber sur eux leur iniquité, et Il les exterminera dans leur mal » (Tehilim 94, 23).
תָּא שְׁמַע: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מְגַלְגְּלִין זְכוּת לְיוֹם זַכַּאי וְכוּ׳.
La Guemara analyse la baraïta : ce chant, quel était son objet ? Si l'on dit qu'il accompagnait un holocauste obligatoire, y avait-il alors un holocauste communautaire obligatoire sacrifié à ce moment ? L'offrande quotidienne avait cessé d'être apportée le 17 Tamouz, trois semaines avant le 9 Av. Plutôt, il semblerait que ce chant accompagnait un holocauste volontaire. La Guemara demande : mais Rav Mari, fils de Rav Kahana, n'a-t-il pas enseigné qu'un holocauste volontaire n'exige pas de chant ? Plutôt, n'est-ce pas le cas que le chant accompagnait des libations apportées sans offrande animale ? Cela prouverait que les Lévites chantent quand une libation de vin est apportée, même sans offrande animale.
הַאי שִׁירָה מַאי עֲבִידְתַּיהּ? אִילֵּימָא דְּעוֹלַת חוֹבָה, מִי הֲוָה? בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בְּתַמּוּז בָּטַל הַתָּמִיד! וְאֶלָּא דְּעוֹלַת נְדָבָה — וְהָא תָּנֵי רַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא דְּלָא צְרִיכָא! אֶלָּא לָאו דִּנְסָכִין.
Rava dit, et certains disent que c'était Rav Ashi : et peut-on comprendre que ce chant fut récité sur une offrande quelconque ? Le chant du jour pour le dimanche — jour où la baraïta dit que le Temple fut détruit — est le psaume commençant par le verset : « Psaume de David. La terre est au Seigneur, et ce qu'elle contient » (Tehilim 24, 1). Et pourtant le verset que la baraïta dit que les Lévites chantaient — « Et Il fit retomber sur eux leur iniquité » — figure dans le chant du mercredi, non celui du dimanche. Plutôt, ce n'était qu'une lamentation prémonitoire [eiliyya] qui leur vint aux lèvres, non un chant récité sur une offrande. Par conséquent, aucune preuve ne peut être tirée de cette baraïta.
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַב אָשֵׁי: וְתִסְבְּרָא?! שִׁירָה דְּיוֹמֵיהּ ״לַה׳ הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ״, ״וַיָּשֶׁב עֲלֵיהֶם אֶת אוֹנָם״ בְּשִׁירָה דְּאַרְבְּעָה בְּשַׁבָּא הוּא! אֶלָּא אִילְיָיא בְּעָלְמָא הוּא דִּנְפַל לְהוּ בְּפוּמַּיְיהוּ.
La Guemara demande : mais n'est-il pas enseigné dans la baraïta que les Lévites se tenaient sur leur plateforme près de l'autel — lieu où ils chantent pour accompagner les offrandes ? La Guemara répond : cela s'explique selon l'avis de Reish Lakish. Car Reish Lakish dit : les Lévites sont autorisés à réciter un chant sur la plateforme même quand ce n'est pas pour une offrande. La Guemara demande : si c'est ainsi, qu'ils récitent aussi un chant pour des libations apportées sans offrande animale, même si ce n'est pas requis. La Guemara répond : cela pourrait entraîner un accident, car les Lévites pourraient supposer que, de même que chanter pour des libations apportées seules est facultatif, chanter pour des libations qui accompagnent une offrande animale l'est aussi.
וְהָא ״עוֹמְדִים עַל דּוּכָנָן״ קָתָנֵי! כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אוֹמֵר שִׁירָה שֶׁלֹּא עַל הַקׇּרְבָּן. אִי הָכִי, בִּנְסָכִים נָמֵי לֵימָא! נָפֵיק מִינֵּיהּ חוּרְבָּא.
§ La Guemara discute la matière elle-même citée dans la baraïta. Rabbi Yosse dit : on fait rouler le mérite vers un jour propice et le démérite vers un jour fâcheux. Comme les Sages ont dit : quand le Temple fut détruit pour la première fois, ce jour était le 9 Av ; c'était la fin du Chabbat ; c'était l'année suivant une année de démission.
גּוּפָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מְגַלְגְּלִין זְכוּת לְיוֹם זַכַּאי וְכוּ׳.
La Guemara demande : peut-on trouver une telle possibilité — que lors de la destruction du Premier Temple ce fût l'année suivant une année de démission ? Mais n'est-il pas écrit dans un verset qu'Ézéchiel eut une prophétie « la vingt-cinquième année de notre captivité, au commencement de l'année, le dixième du mois, la quatorzième année après que la ville fut frappée » (Yechezkel 40, 1) ? Quelle est l'année dont le commencement tombe le dixième du mois ? Dis : il s'agit du Jubilé [yovel], qui commence à Yom Kippour, le dixième de Tichri.
בָּרִאשׁוֹנָה, בְּמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית מִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? וְהָכְתִיב: ״בְּעֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה לְגָלוּתֵנוּ, בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ, בְּאַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה אַחַר אֲשֶׁר הוּכְּתָה הָעִיר״! אֵיזוֹ הִיא שָׁנָה שֶׁרֹאשׁ הַשָּׁנָה בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ? הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה יוֹבֵל.
Mais si tu es enclin à dire que le Temple fut détruit la première année du cycle de démission [shemitta], il est impossible que le Jubilé — qui suit une année de démission — soit survenu la quatorzième année après la destruction du Temple : en comptant de la première année du cycle de démission à la suivante, on arrive à l'année huit. Si l'on continue jusqu'à la première année d'un autre cycle de démission, c'est la quinzième année après l'année de la destruction du Temple, non la quatorzième.
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ בְּחַד בְּשָׁבוּעַ חֲרוּב, מֵחַד בְּשָׁבוּעַ לְחַד בְּשָׁבוּעַ — תַּמְנֵי, לְחַד בְּשָׁבוּעַ אַחֲרִינָא — חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה הָוְויָין.
La Guemara répond : Ravina dit : le sens du verset est qu'il s'agissait de la quatorzième année après l'année où la ville fut frappée. L'année de la destruction n'est pas comptée comme année un des quatorze ans ; l'année un fut l'année suivante. La destruction eut lieu la trente-sixième année du cycle du Jubilé, et le Jubilé survint donc quatorze ans plus tard.
אָמַר רָבִינָא: בְּאַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה אַחַר שָׁנָה שֶׁהוּכְּתָה הָעִיר.
La Guemara objecte : si c'est ainsi, quand le verset dit que la prophétie d'Ézéchiel quatorze ans après la destruction du Temple fut « la vingt-cinquième année de captivité », ce n'est pas précis ; c'était en réalité la vingt-sixième année de captivité. Car le Maître dit dans une baraïta : les Juifs furent exilés une première fois la septième année de Neboukhadnetsar, et ils furent aussi exilés une première fois la huitième année de Neboukhadnetsar. Ce premier exil eut lieu la huitième année de Neboukhadnetsar comptée depuis le début de son règne ; c'était la septième année comptée depuis l'année où il soumit Yehoyakim, roi de Juda.
אִי הָכִי, ״בְּעֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה״? עֶשְׂרִים וָשֵׁשׁ הָוְיָין! דְּאָמַר מָר: גָּלוּ בְּשֶׁבַע, גָּלוּ בִּשְׁמוֹנֶה.
La baraïta poursuit : ils furent ensuite exilés une seconde fois la dix-huitième année de Neboukhadnetsar, et ils furent exilés la dix-neuvième année de Neboukhadnetsar, quand le Temple fut détruit. Cette déclaration sera expliquée plus loin.
גָּלוּ בִּשְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, גָּלוּ בִּתְשַׁע עֶשְׂרֵה.
La Guemara explique l'objection : de la septième année, quand le premier exil eut lieu, jusqu'à la dix-huitième année, quand le second exil eut lieu en même temps que la destruction du Temple, il y a onze ans — sans compter l'année de la destruction — et quinze années de plus, jusqu'à la date mentionnée dans le verset d'Ézéchiel, ce qui fait vingt-six ans depuis le premier exil, non vingt-cinq.
מִשַּׁב וְעַד תַּמְנֵי סְרֵי — חַד סְרֵי, וַחֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה — עֶשְׂרִים וְשֵׁית הָוְיָא!